4
min

La St Valentin

Image de Francine

Francine

15 lectures

2

Bonne fête mon chéri

La journée touchait à sa fin. Elle déboucha des arcades donnant sur la place principale, une grande place pavée ornée d’une fontaine et de bancs de pierre. Elle porta la main à sa nuque et tâta légèrement du bout des doigts le bouffant de ses cheveux, contente de l’effet. Elle avait gardé son après-midi pour se consacrer à elle-même. Séance chez le coiffeur, nouvelle tête, une belle coupe bien nette, assez courte, des mèches rouges pour relever son côté animal, un brushing savant et des accroches cœur sur les tempes. Elle était ravie. La nouvelle petite manucure lui avait fait des doigts de fée. Une french blanche, du gel pour bomber les ongles, les cuticules repoussées et un massage des mains pour une peau douce et claire.
Elle pressa le pas et se dirigea en direction de la rue de l’horloge. Le traiteur l’attendait avec son panier. Pratique les commandes en ligne. Elle avait choisi méticuleusement les plats, les vins, les douceurs sucrés salés. Tout devait être impeccable. Le champagne était déjà au frais. Restait le dessert, des fondants au chocolat préparés par le maître-pâtissier de la rue Emile Zola.
Elle se dirigea ensuite vers la boutique Sophie Miss Coquine, colifichets et dessous de charme quelque peu osés, pour essayer un ensemble corset et porte jarretelles rouge avec force dentelle, savamment lacé dans le dos. Des bas ultras fins en soie noirs, une mince ligne sombre dessinée sur l’arrière de la jambe et un petit nœud de velours en haut de la cuisse. Une culotte échancrée rouge aussi, un léger triangle devant, le derrière en satin bordé de tulle transparent, montant haut sur les hanches, faisant le ventre plat et la jambe fuselée. Elle fit aussi l’acquisition d’un bracelet en plume et des boucles d’oreilles en long fil d’or agrémentées de perles rouges.

Et maintenant pensa-t-elle, le plus important, la surprise !

Elle repéra la devanture rose et noire du magasin, jeta un œil à la vitrine où s’exposaient divers pièces et modèles, passa la porte. Une clochette tinta. Ecartant un fin voilage rouge elle pénétra dans la boîte à merveilles ! Ses yeux furetaient de droite à gauche. Que de trésors ! Que de découvertes ! Tout un monde à explorer, un monde presque inconnu pour elle, ouvrant sur tant de possibilités.....
Sur une étagère là, en velours, en métal, du bariolé au plus sophistiqué, des petits, des grands, des gros, des énormes, des soyeux, des à poils, des ludiques, des parfumés..... Elle survola les rayons sachant instinctivement ce qu’elle désirait. Là, au fond du magasin, avec une attache solide et élégante, bien fermée, de belle taille, au toucher doux et agréable : Exactement ce qu’il lui fallait.
Elle fit faire un paquet cadeau avec un papier noir à cœurs rouges, un nœud de ruban pourpre et une jolie étiquette dorée.

Elle avait bien fait de laisser les enfants chez sa mère. Ce soir c’était leur soirée à eux, tous seuls tous les deux.

Elle monta l’escalier, ses achats sous le bras, et poussa la porte de l’appartement. Elle se fit couler un bain avec des sels musqués, des bougies d’ambiance sur le rebord de la baignoire, une musique romantique en fond sonore. Calogero et Christophe Maé, de belles voix chaleureuses, des mélodies douces, à l’unisson de son état d’esprit. Après avoir trempée avec délice dans l’eau chaude et parfumée, elle appliqua sur son corps souple une crème soyeuse qui irisa sa peau. Elle s’enroula dans une serviette moelleuse et s’assit devant sa coiffeuse. En experte, elle répartit uniformément la base teintée sur son visage, puis se poudra les joues et le haut du buste. Un trait de liner, une touche de mascara, quelques paillettes au contour des yeux, un peu de blush. Elle termina par le bâton de rouge pour se dessiner des lèvres pulpeuses et appétissantes. Quelques gouttes de parfum entre les seins, une touche derrière les oreilles et à la base du cou. Un dernier coup de houppette, elle fronça le nez et sourit.

Elle se glissa délicatement dans sa petite robe noire si sexy et chaussa des escarpins vernis ouverts à fine lanière. Perchée sur des talons de huit centimètres, elle contempla son reflet dans le miroir et fut satisfaite.

La table décorée d’étoiles d’or et d’argent fut dressée avec la vaisselle fine, des verres de cristal et l’argenterie réservée aux repas de fêtes. Le vin chambré trônait en bonne place, aux côtés des mets fins prévus pour cette soirée exceptionnelle.

Il rentra et fut accueilli par une femme attentionnée et joyeuse. Il se débarrassa de son manteau, enlaça son épouse avec fougue. Les effusions durèrent encore. Après maintes cajoleries leurs mains se cherchèrent et leurs bouches se soudèrent.

La soirée avançait. Les reliefs du festin jonchaient la table. Un alignement de bouteilles vides, preuve de repas arrosé, témoignait du bon déroulement des agapes. C’est le cerveau embué et l’esprit en tangage qu’ils se sont rendus dans la chambre. Elle se déshabilla langoureusement au son des Platters qui s’égosillaient sur la platine. Sa tenue affriolante eut l’effet escompté et il l’attira contre lui. Elle lui tendit une coupe de champagne. Il était déjà bien éméché, mais il téta goulument le liquide pétillant qui lui procura euphorie et chaleur. Une lueur pétillante dans les yeux, elle tendit le paquet cadeau à son époux. Il déchira le papier et contempla sa surprise...

Elle sortit l’objet tant convoité et l’harnacha autour de son bassin.
Elle retourna son homme sur le ventre, s’assit à califourchon sur ses jambes et le pénétra profondément. Elle lui laboura le fondement avec force. « Tiens ce coup-ci pour ton plaisir pervers » « ce coup-là pour l’humiliation que tu m’as fait subir » « cet autre pour ton attitude de gros rustaud » « encore un pour ta dictature machiste de petit chef ».....
Elle le pénétra au plus profond à coups redoublés. Les doigts crispés lui labourant les côtes, elle s’évertua à tenir la cadence et ne pas faiblir. Il couina mais elle resta sourde à ses appels.
Enfin, essoufflée et suante, elle se laissa tomber aux côtés de l’homme défait, sur le lit témoin de leur folle nuit.

Les pompiers le lendemain constatèrent des dégâts irréversibles. Déchirement de l’anus, fissures du rectum, perforations du colon... l’homme blessé dans sa chair mais surtout dans sa fierté fut évacué sur une civière par l’ambulance qui stationnait au bas de la rue. Les officiers du SMUR pensaient un sourire aux lèvres, aux titres de la Une qui allait se déchainer ; et gênés par cet acte inhabituel, eurent bien du mal à condamner unanimement la femme qui les regardait assise tranquillement sur une chaise, un café dans une main, l’objet du scandale dans l’autre.

2

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Doria Lescure
Doria Lescure · il y a
Voilà un récit bien construit, porté par un rythme progressif. Le personnage est suffisamment dense pour emmener le lecteur vers une issue surprenante et à contre-temps du sujet. Simple et efficace, un bon moment de lecture.
·
Image de Francine
Francine · il y a
merci, mais je crains que ce genre de sujet ne plaise pas trop au comité de lecture, dommage !
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur