La sorcière de Poméranie

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Le voyage
Marika préparait depuis une bonne heure toutes les affaires pour le voyage, les valises étaient presque terminées. Son fiancé Francis était resté toute la matinée à travailler sur son ordinateur pour la finalisation d’un site internet qu’un client lui avait commandé deux mois auparavant.
Énervée par le peu d’enthousiasme de son compagnon pour la préparation du voyage, Marika décida de couper le courant dans l’appartement en faisant sauter le disjoncteur et ainsi faire réagir son fiancé.
En plein travail, Francis hurla des noms d’oiseaux et comprit alors l’exaspération de sa femme à préparer toute seule un voyage qui était prévu de longue date et qui avait beaucoup d’importance pour elle.
Francis descendit du premier étage, l’air penaud il s’avança devant sa femme et lui fit un baiser pour se faire pardonner. Le sourire revint sur le visage de Marika et à deux personnes, les préparatifs du voyage furent terminés en un temps record.

Marika et Francis habitaient ensemble depuis deux ans dans un petit appartement au dernier étage d’une tour d’habitation collective bon marché.
La descente des deux grosses valises et des autres sacs fut plutôt acrobatique, le bâtiment vétuste ne possédait pas d’ascenseur. Depuis leur arrivée, la concierge, Madame Cortez, exprimait l’espoir que la construction de l’ascenseur démarrerait peut-être à la « Saint-Glinglin ! ».
Après cette descente périlleuse et fatigante des cinq étages, Marika et Francis mirent les deux grosses valises dans le coffre de leur vieille Peugeot et le reste des sacs sur le siège arrière. Le plein de carburant était fait, Francis avait imprimé l’itinéraire Google Map sur des feuilles A4, le voyage pouvait commencer...

Ce samedi matin la circulation automobile était calme et Francis, suivant consciencieusement l’itinéraire qu’il avait imprimé, sortit sans encombre de la grande agglomération où ils vivaient tous les deux.
Le voyage qu’ils faisaient pour la première fois ensemble allait être long. Marika avait souvent fait ce périple avec sa mère et son père, pour aller retrouver sa famille en Poméranie, une région côtière au sud de la mer Baltique à cheval entre l’Allemagne et la Pologne.
Mais aujourd’hui, Francis était au volant et cette perspective ne rassurait pas beaucoup la jeune femme. Francis était plutôt doué pour tout ce qui touchait à l’informatique, mais lire une carte ou réparer un problème mécanique sur la voiture ne faisait pas partie de ses compétences.
Ainsi Marika se disait que le moindre souci sur la route pouvait se transformer en cauchemar.

La première heure du voyage passa rapidement, Marika était tellement excitée de revoir ses grands-parents qu’elle n’arrêtait pas de parler, de son enfance heureuse à la campagne, de la nourriture si particulière de son pays et des fêtes récurrentes souvent arrosées de Vodka.
Francis participait à cette discussion en hochant la tête et en acquiesçant, mais au fond de lui il aurait préféré rester en France pour terminer ses commandes et rester tranquillement chez lui à ne rien faire. La perspective de se retrouver une semaine à ne pas dormir chez lui, à ne pas pouvoir travailler sur un ordinateur, et être coupé d’internet faisait monter en lui une angoisse certaine.
Marika et Francis faisaient face à près de douze heures de voyage, le temps allait être long.

Les heures passèrent, les paysages également et ils arrivèrent sans encombre à Berlin.
Marika demanda à Francis, de s’écarter du chemin tout tracé de Google Map et de sortir de l’autoroute pour se diriger vers le parc national de Schorfheide-Chorin, un magnifique écrin de verdure semi-sauvage entre l’Allemagne et la Pologne. Elle voulait profiter un peu de ce voyage pour visiter la région.
Le jour commençait à tomber et la pluie s’invitait à la fête. La route qu’ils avaient prise n’était pas très récente et de nombreux nids-de-poule parsemaient la chaussée.
Francis avait bien prévu une roue de secours en cas de problème de crevaison, mais il ne savait pas changer un pneu, une qualification requise dans ce genre de situation.
Après une demi-heure de route il s’arrêta sur le bas-côté et consulta sa carte. Malheureusement l’itinéraire qui y était décrit ne comportait pas une excursion en pleine nature dans un immense parc national. Se retournant et regardant Marika dans les yeux il lui dit : « On est paumé... Je ne vois pas du tout où on est et où on doit aller ». À cette phrase Marika ne fut pas très étonnée.
Francis redémarra la voiture et ils reprirent la route forestière en espérant pouvoir reprendre l’autoroute après être sortis du parc.
Les heures passèrent, la nuit était de plus en plus profonde et Francis craignait qu’à tout instant un animal sauvage surgisse et percute la voiture, accident pas très rare à cette heure de la nuit sur une route de forêt.
Il était deux heures du matin quand enfin ils purent récupérer les grands axes routiers et se diriger enfin vers le village où habitaient les grands-parents de Marika.
Arrivée
Ils arrivèrent enfin au village de Siedlce qui se trouvait au milieu d’une grande forêt d’arbres centenaires. La principale rue du village n’était éclairée que de deux lampadaires de l’époque soviétique, qui effectuaient leur travail avec plus ou moins de succès. Francis s’engagea dans la rue principale. Il avait du mal à distinguer les façades des maisons car les lieux étaient très sombres. Marika lui indiqua que la maison de sa grand-mère se trouvait tout au bout de la rue principale dans un cul-de-sac au bord de la forêt.
Après quelques minutes ils se garèrent devant la grande demeure. La maison datait de la fin du XIXe siècle, elle avait été reconvertie en maison collective au début de l’ère communiste et vendue aux grands-parents de Marika dans les années cinquante.
La grande demeure avait deux étages, au rez-de-chaussée se trouvaient la cuisine, le salon et une grande salle à manger. À l’étage de la maison il y avait quatre chambres séparées par un escalier qui donnait sur les combles qui servaient à faire sécher le linge.
Marika et Francis sortirent de la voiture en essayant de faire le moins de bruit possible, il régnait dans ce village un silence pesant et la nuit était des plus profondes. Francis se dirigea vers le coffre de la voiture pendant que Marika s’occupait des sacs à l’arrière.
À cet instant Francis sentit comme un regard qui se posait sur lui, il se retourna et vit à la fenêtre du dernier étage de la maison une femme qui le regardait intensément. Perturbé par cette vision, Francis demanda à sa fiancée de regarder à son tour à la fenêtre. Mais il était trop tard la femme avait disparu. Marika dit à Francis qu’il devait être fatigué par le voyage et qu’une bonne nuit de sommeil arrangerait les choses.

La lumière venait de s’allumer dans la cuisine, et Marika et Francis toquèrent à la porte, la grand-mère de Marika, prénommée Malgoska ouvrit la porte et sans attendre prit la jeune femme dans ses bras et l’embrassa goulûment sur la joue. Francis eut un petit moment de recul mais c’était trop tard, l’étreinte de la grand-mère l’avait piégé et il eut lui aussi droit à l’embrassade virile.
« Vous pouvez mettre vos affaires dans les chambres du premier étage, choisissez celle qui vous plaît le plus » dit la grand-mère. Marika acquiesça avec un grand sourire et les bagages furent rangés dans la première chambre à droite de l’escalier.
« Ta grand-mère à l’air très chaleureuse dit Francis d’un ton un peu ironique.
— C’est comme ça ici, quand on reçoit sa famille répondit Marika. »
Après s’être rafraîchi à la salle de bains commune entre le salon et la salle à manger, le jeune couple arriva dans la cuisine. La grand-mère avait préparé la table depuis de nombreuses heures et la soupe qui mijotait dans la marmite parfumait la cuisine d’odeurs d’épices, de légumes cuits et de viande bouillie.
« Il est tard grand-mère pour souper, tu dois être fatiguée dit Marika.
— Ne t’inquiète pas ma petite fille... À mon âge il ne faut pas perdre trop de temps à dormir, j’aurais bien le temps de sommeiller quand je serais morte ! Et tu ne viens pas tous les jours ! À cela Marika eut un sourire réprobateur. »
Malgoska savait mettre les gens à l’aise et ils discutèrent de tout et de rien, pendant une bonne heure.
En fin de soirée, chacun rejoignit sa chambre pour dormir. Le silence tomba sur la maison.

Le lendemain matin Francis fut réveillé par un rayon de soleil qui traversait les rideaux de la chambre, il était seul dans le lit, Marika était déjà descendue à la cuisine aider sa grand-mère pour le petit-déjeuner. Il entendit alors des craquements au dernier étage où pendait le linge. Le jeune homme mis cela sur le compte d’un vieux plancher en bois, mais le bruit reprit de plus belle, comme si quelqu’un marchait doucement. Sortant de son lit, et s’habillant rapidement d’un jean et d’un tee-shirt, Francis entreprit de vérifier qui était au dernier étage, il pensa alors surprendre Marika en train de pendre le linge.

Les marches de l’escalier qui menaient au dernier étage grinçaient fortement au passage de Francis. Il trouva, à ce niveau de la maison, de nombreux draps et vêtements qui séchaient, pendus sur des cordes qui étaient elles-mêmes attachées à des clous fixés à la charpente centenaire. Dégageant les draps de ses bras, Francis cherchait Marika pour lui faire peur en poussant des « hou ! hou ! » fantomatiques. Soudain il entendit une voix comme des incantations : « Viens me voir... » disait cette voix féminine. Des frissons parcoururent le dos du jeune homme, mais il pensa que Marika avait décidé de lui jouer un tour. S’avançant de plus belle dans le linge, Francis reçut comme un coup de poing dans le dos et failli tomber à terre tellement le choc avait été violent. Paniqué, il s’exclama : « Arrête Marika, c’est bon tu as gagné tu m’as fichu la trouille... » à cet instant Francis entendit la voix de Marika au rez-de-chaussée, qui lui demandait de descendre pour prendre le petit-déjeuner. N’écoutant que son courage, Francis s’enfuit rapidement, et descendit quatre à quatre les escaliers et se retrouva dans la cuisine, essoufflé. Il tomba nez à nez avec Marika qui lui dit : « Tu en fais une tête on dirait que t’a vu un fantôme ! » et à cela elle ria aux éclats.
Francis n’était pas très fier de son arrivée triomphante dans la cuisine, il reprit ses esprits et s’installa à table.
Encore perturbé par sa mésaventure, il demanda à la cantonade si tout le monde avait bien dormi. Marika répondit : « Comme un loir, pour une fois que je fais une nuit complète sans me réveiller plusieurs fois... ».

À la fin du petit-déjeuner, Malgoska entraîna le jeune couple dans le jardin pour visiter les lieux.
La journée était ensoleillée. Un poulailler trônait en plein milieu du terrain et la grand-mère ne fut pas peu fière de présenter ses volatiles.
L’arrière du jardin donnait directement sur la forêt, curieux, Francis s’avança vers le bois et remarqua une construction en béton plutôt ancienne à l’entrée de celui-ci. Il reconnut sans peine un blockhaus littéralement une maison forte en allemand, Francis en avait vu beaucoup pendant sa jeunesse à la frontière allemande.
La construction était envahie de branches et de la mousse verte parsemait ses façades. Le temps avait fait son œuvre.
À cet instant, il sentit une main se poser sur son épaule, Francis se retourna et vit Malgoska qui regardait la construction. « Ils nous ont fait beaucoup de mal dans la région, c’étaient de vrais diables, tant de malheur à cause d’eux, mais c’est fini maintenant... » dit la grand-mère. Compatissant, Francis fit un léger sourire à la vieille femme et ils rentrèrent tous les trois à la maison.
La journée passa tranquillement, le village était paisible, et la nature environnante donnait un aspect très bucolique au lieu. Irina, la tante de Marika, devait venir le soir même pour voir la jeune femme, la soirée s’annonçait festive et donc bien arrosée.
La tante de Marika était une ancienne comédienne, et elle avait cette âme d’artiste, une extravagance naturelle, qui la transformait en spectacle ambulant pour les gens qu’elle rencontrait.
Irina arriva à vingt heures pétantes, elle ouvrit la porte de la maison sans manière, se jeta littéralement sur Marika et l’étouffa de baisers.
« Ah ma chère petite tu es enfin revenue comme je suis contente de te revoir, tu es si belle ! Alors tu ne me présentes pas ton mari ! » dit-elle.
Essayant de s’extirper des bras de sa tante, Marika s’esclaffa : « On n’en est pas encore là ! Je n’ai toujours pas eu mon diamant ! ».
Francis rougit, et les trois femmes rirent ensemble si fort que la maison aurait pu se mettre à trembler.
La soirée passa, arrosée copieusement de vodka locale, un breuvage brûlant qu’il valait mieux consommer l’estomac plein.
Chacun des convives y allait de son anecdote croustillante, d’une blague salace ou d’un jeu de mots raté. Après quelques verres d’alcool, Francis prit plus d’assurance et demanda à l’assistance d’écouter sa mésaventure du matin. Marika, à l’écoute de cette histoire à dormir debout, fit remarquer à Francis : « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé mon chéri, arrête là ton histoire ou bientôt les extraterrestres vont arriver ! ».
Mais l’exclamation de Marika ne fut pas couronnée d’effets, Irina et Malgoska ne rirent pas et écoutèrent avec attention le récit de Francis.
Le jeune homme ayant terminé, Irina prit la parole : « Il m’est arrivé presque la même aventure, il y a un mois de cela, un dimanche après-midi, suite à un repas copieux, je souhaitais me détendre seule et admirer la magnifique vue de la forêt que l’on a au dernier étage. Mais quand j’ai ouvert la fenêtre, j’ai senti comme des mains glacées qui me touchaient le dos, une présence était là avec moi, mais je ne pouvais pas la voir... ».
Malgoska avait elle aussi vécu de mystérieuses expériences dans la maison, un soir elle avait entendu une voix de femme qui semblait chanter, une complainte triste et envoûtante dans les combles.
Marika cessa alors de sourire, que Francis raconte des bêtises et se fasse des idées, d’accord, mais que sa tante et surtout sa grand-mère, personne des plus terre à terre qu’elle connaisse, confirment ces phénomènes, cela devenait inquiétant.
La soirée se termina, la grand-mère proposa à Irina de dormir chez elle. Après un passage rapide à la salle de bains, chacun alla se coucher.
Agression
Pendant cette nuit, la maison était une nouvelle fois très silencieuse. Irina dormait dans la chambre en face de celle du jeune couple qui sommeillait profondément.
Des grincements se firent entendre venant de l’escalier qui menait au dernier étage. Les bruits ressemblaient à des pas lents qui descendaient l’escalier. Devant la porte de la chambre du couple, une des lattes de bois du sol émit un craquement et la poignée de la porte pivota lentement.
La porte s’ouvrit sans un bruit, laissant entrer un vent glacial dans la pièce. Les pas se dirigèrent au pied du lit, une forme brumeuse commençait à apparaître et s’avançait vers Francis. Dormant sur le dos, le visage du jeune homme fut frôlé par un souffle froid et nauséabond. Sur son ventre Francis ressenti comme un poids, l’impression qu’un étau lui serrait les côtes.
Encore embrumé par les vapeurs d’alcool du repas, se frottant les yeux, il souleva doucement ces paupières. Ce qu’il vit était abominable, à califourchon sur lui, une femme au visage émacié, ravagé par la pourriture, la bouche grande ouverte, un nuage grisâtre sortant de ses entrailles, se mit à l’étrangler. Francis était pétrifié, après quelques secondes qui lui parurent une éternité, il réussit, pour sauver sa vie, à pousser l’horrible engeance qui disparut en un instant dans un cri de colère.
Marika, qui avait entendu le hurlement, se réveilla en sursaut : « Mais qu’est-ce qui t’arrive, tu as fait un cauchemar ? dit-elle.
— Pire que ça ma chérie, une femme monstrueuse a voulu me tuer ! Je crois que je deviens fou ici ! répondit Francis en reprenant ses esprits et sa respiration ».
Le jeune homme se leva prestement du lit et alluma la lumière. Il remarqua tout de suite que la porte était ouverte et dit à Marika : « Regarde ! La porte était fermée quand on s’est couché et maintenant elle est ouverte ! ».
La jeune femme commença franchement à avoir peur. Les lattes du couloir qui séparait les deux chambres se mirent à grincer de nouveau et le jeune couple était prêt à la confrontation quand, soulagés, ils virent Irina qui leur dit avec un grand sourire : « Alors les tourtereaux on en fait du bruit, l’alcool vous aurait-il échauffés à ce point ?
— Ce n’est pas ce que tu crois ma tante, Francis vient de se faire agresser par une sorte de fantôme ! dit Marika. »
Irina savait que des choses bizarres arrivaient dans cette maison, mais les phénomènes n’avaient jamais été aussi loin. Le visage de la tante se ferma, ce qui n’était pas son habitude, et elle conseilla au jeune couple de se recoucher.
D’une façon particulièrement énigmatique, Irina déclara : « Nous en saurons plus demain... ».
Malgré la peur qui tenaillait Francis, chacun retourna à sa chambre pour une courte nuit.

À son réveil Francis tenait sa femme dans ses bras, il n’avait pratiquement pas dormi et il eut la conviction que la chose de la nuit avait l’intention de le tuer, cela lui glaça le sang.
Tout le monde se retrouva à table pour le petit-déjeuner, l’ambiance était pesante. Francis, expliqua à la grand-mère sa mésaventure.
Malgoska prit un temps de réflexion et décida qu’il fallait convoquer l’esprit et lui demander pourquoi en avait-il contre lui. Irina protesta en expliquant que cela pouvait être très dangereux, qu’on ne savait jamais sur quel esprit l’on tombait, avec ce genre de séances.
Malgré cette protestation, la grand-mère avait pris sa décision, depuis toujours dans sa famille les problèmes de ce genre se réglaient de cette façon et cela n’allait pas changer. La famille de Marika, avait dans la région la réputation d’être des sorciers, des invocateurs d’esprits.
« Ce soir nous convoquerons les esprits et nous découvrirons la vérité » dit Malgoska.
La journée fut particulièrement morose, chacun allant à ses occupations sans entrain, dans l’attente de cette soirée.
Le jour tomba, les oiseaux cessèrent de chanter dans le jardin et la grand-mère convia ses invités autour de la table du salon. Au centre de cette table se trouvait un verre vide et retourné. Autour de ce verre étaient placés des petits cartons où sur chacun était écrite une lettre de l’alphabet. Malgoska demanda à ses invités de se tenir la main, de fermer les yeux et de se concentrer.
Quelques minutes passèrent quand la grand-mère dit :
« Esprit, nous sommes ensemble ce soir, nous t’invitons à venir, partager tes griefs avec nous... ».
Un silence lourd régna alors, Marika dit : « Grand-mère tu crois vraiment que ça va marcher tout ça ?
— Concentre-toi Marika, soit attentive et attends... dit Malgoska. »
Des minutes comme des heures passèrent, quand soudain, un bruit violent comme un formidable coup de poing se fit entendre au dernier étage. L’assistance sursauta et les mains des participants devinrent moites.
À ce moment Malgoska déclara : « Quel est ton nom ? » Le verre se dirigea alors vers les cartons posés sur la table, désignant une lettre par passage, et le prénom de Lucyna se révéla.
La séance continua, d’autres questions furent posées mais aucune réponse de l’esprit. La grand-mère demanda alors quel était le prénom de la personne autour de la table contre laquelle Lucyna avait tant de colère. Le verre refit son manège, et le prénom d’Enrick sortit.
La séance continua quelques minutes mais il n’y eut aucune autre réponse.

Les participants desserrèrent leurs mains le cœur battant. Après réflexion, Malgoska dit alors se souvenir qu’il y avait bien longtemps dans les années quarante, pendant l’occupation Allemande, une jeune fille du village prénommée Lucyna avait disparu mystérieusement sans laisser de traces.
Après la guerre, ses parents n’avaient cessé de la rechercher, mais sans succès. Francis prit également la parole et dit d’une voix emprise d’émotion : « Mon père m’a parlé de mon grand-père, mais dans la famille c’était un sujet tabou. Mon grand-père était un soldat de la Wehrmacht qui avait combattu en Pologne et qui était arrivé en France à la fin de la guerre, il s’appelait Enrick... »
Les personnes autour de la table se regardèrent alors, les yeux pleins d’étonnement ne sachant quoi dire. Le mystère commençait à se dissiper, mais d’autres questions venaient à l’esprit.
Mais que s’était-il passé entre Lucyna et Enrick, pour que même après sa mort l’esprit de la jeune fille s’en prenne à Francis ?
Terrible vérité
Francis devenait, sans le vouloir, l’acteur principal dans cette ancienne histoire qui hantait toujours les murs de la maison. Il commençait à être tard et après tant d’émotions, chacun rejoignit sa chambre pour un sommeil réparateur. La nuit porterait conseil, ou peut-être révélerait-elle enfin la vérité sur cette histoire.

Le jeune couple se retrouva dans leur lit et Marika demanda à Francis : « Pourquoi ne m’as-tu jamais parlé de ton grand-père ? »
Francis répondit que son père avait beaucoup souffert de cette situation. Après la guerre, être le fils d’un soldat allemand n’était pas accepté par la population. Il lui avait toujours dit de ne jamais parler de cette histoire à personne.
Marika prit Francis dans ses bras et le serra fort : « Je t’aime moi, cette vieille histoire n’a plus d’importance maintenant... » dit Marika.
Le jeune homme fit un léger sourire mais il pensait au fond de lui que justement cela allait devenir son histoire, ici et maintenant.

Marika s’endormit rapidement dans les bras de son fiancé. La maison était calme comme après un terrible orage. Francis ne trouvait pas le sommeil, il guettait le moindre bruit dans la maison, un simple craquement le faisait sursauter et une sueur froide coulait sur ses tempes. Il se retrouva alors dans un état proche du sommeil, entre rêve et réalité, cet endroit mystérieux où tout peut se passer.
Dans cet état particulier, Francis fut comme propulsé au dernier étage de la maison. Cependant les lieux avaient beaucoup changé. Une chaise se trouvait au fond de la pièce, de grandes armoires étaient disposées le long des murs et un grand bureau trônait au centre de la pièce.
De toute évidence Francis se retrouvait maintenant dans un temps plus ancien, mais tout semblait si réel. Il entendit alors des cris de femme au bas de l’escalier, ponctués de « schnell ! ».
Le jeune homme était comme suspendu au plafond il voyait toute la scène se dérouler sous ses yeux. Un homme, habillé d’un uniforme allemand de la Seconde Guerre mondiale, tenait fermement au bras une jeune femme blonde aux cheveux long habillé d’une robe à motifs fleuris. La victime avait des menottes aux poignets et sur son visage se lisait de la peur et de la colère teintée de tristesse.
Le soldat allemand emmena la femme au fond de la salle et la fit s’asseoir de force sur la chaise. L’homme se mit devant elle et commença à lui aboyer dessus en allemand et ses phrases étaient ponctuées de claques violentes assénées au visage.
Cet interrogatoire en forme de torture dura plusieurs minutes jusqu’au moment ou la suppliciée tomba au sol inanimée. Comme étonné, le soldat allemand souleva la jeune femme pour la remettre sur la chaise en la secouant violemment. Mais rien n’y faisait la victime était inconsciente. Le soldat essuya son front qui perlait de sueur et s’arrêta un instant. Pris par une terrible angoisse, il se mit la main sur la bouche et ouvrit grand les yeux, conscient de son terrible acte.
Affolé, il marcha longuement dans la pièce sans but, puis il se dirigea vers la victime, la souleva et la mit sur son dos comme un vulgaire sac. L’homme descendit alors les escaliers et arriva dans le jardin. Le poulailler ne se trouvait plus au milieu du jardin, à la place il y avait une grande antenne radio. À la lisière du bois, le blockhaus était intact comme neuf et une voiture blindée était garée devant.
Portant la jeune femme sur son dos, le soldat l’emmena à quelque pas du bâtiment fortifié et la déposa sur l’herbe. Il secoua de nouveau sa victime mais elle n’eut aucune réaction. L’homme laissa la jeune femme à son endroit, repartit à la maison et revint rapidement avec une pelle.
Le jour commençait à tomber quand le soldat se mit à creuser un trou dans le sol de la forêt. Le travail terminé, il tira par les jambes la victime et la fit basculer dans le trou, à ce moment la jeune femme gémit, elle n’était pas morte.
L’homme regardait sa victime comme s’il avait vu un fantôme et comme pris par une sorte de frénésie il recouvrit rapidement de terre le corps qui continuait de bouger.
La nuit était venue, l’horreur était là, bien réelle devant les yeux de Francis, la barbarie humaine n’avait pas de limite.

Sentant son cœur battre à tout rompre Francis se réveilla dans son lit en sueur. L’angoisse envahissait ses entrailles. L’aube venait à peine de se lever et le silence régnait dans la maison.
Le jeune homme s’habilla rapidement, descendit l’escalier qui donnait sur la cuisine et se retrouva dans le jardin. Il prit une pelle dans le poulailler et se dirigea vers le blockhaus.
Pour Francis le meurtre ignoble venait de se dérouler et il sut en un instant où creuser. Enragé, avec cette envie d’en finir il creusa pendant quelques minutes et la pelle cogna sur quelque chose de dure. Francis arrêta son sinistre ouvrage et vit un os qui sortait de la terre. Horrifié le jeune homme faillit vomir. Une impression d’épouvante remplit alors son cœur.
Ce terrible cauchemar était donc vrai, l’acte ignoble avait été commis, cette pauvre femme avait été enterrée vivante. La tête baissée, se tenant debout grâce au manche de la pelle, des larmes coulèrent sur les joues du jeune homme.
« Lucyna tu es bien là... Pourquoi on t’a fait ça... Quel crime as-tu fait pour mériter cette mort atroce... » dit Francis dans un sanglot.

Le soleil commençait à se lever quand il fut ébloui par un éclat lumineux qui se trouvait au bord de la terrible sépulture. S’avançant vers l’objet qui émettait cette lumière, il s’accroupit et vit une gourmette, son visage se mit à blêmir, sur le bijou était écrit Enrick.
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