La sale affaire de l'oiseau vert

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La sale affaire de l’oiseau vert



Rien dans l’affaire de l’oiseau ne laissait supposer un tel drame.

Un soir de juin, quand la nuit est très longue à tomber, j’aperçois une silhouette inhabituelle sur la branche basse du frêne.
Un oiseau vert qui se déplace prudemment en demis pas chassés, en se frottant le bec crochu sur le bois clair, une tache rouge orangée au cou. Bien plus petit qu’un perroquet, bien plus gros qu’une perruche ; nul doute il appartient à une de ces races d’oiseaux jamais vus dans mes arbres de mémoire de Pinchins.
J’essaie de lui parler, nulle réponse, mais de savantes contorsions du cou pour mettre un œil rond, puis l’autre, en connexion avec les miens, ou avec ma bouche peut-être d’où s’échappent quelques sons sans doute incongrus pour l’animal. Il ne s’en offusque pas cependant.
A la crête encore lisible mais déjà douteuse de la montagne du Chat, je sais que la nuit va s’abattre pour de bon, la chaleur étouffante du jour avec. C’est à cet instant précis que se produit la scène la plus extraordinaire et la plus invraisemblable à laquelle il m’ait été donné d’assister dans mon jardin, et qu’il me soit donné de relater.
Un second animal, de la même espèce inconnue, mais probablement coutumière en d’autres contrées exotiques, vient se joindre en silence au premier. Puis dix, puis cent, puis un nombre incalculable, dans la même seconde, sur le même frêne ébahi de se voir changer de vert, à l’entrée imminente d’une nuit noire de nouvelle lune.
Le chat des Lulu’s, nos voisins, aussi intrigué que moi, mais moins stupéfait je crois, sans vouloir offenser son QI, s’est approché en silence sous l’arbre, tout gonflé de sa forte réputation de chasseur de merles et d’amateur de jeunes moineaux.
Plus la nuit s’abat, plus je sens le nombre des volatiles s’accroitre, au point de fléchir les branches les plus grosses de l’arbre, déjà bien penché depuis la foudre d’un récent 14 juillet. Plus le ciel noircit, plus les frondaisons s’enflent de plumes, et plus les pupilles luisantes du chat s’arrondissent, au plus rond qu’il lui soit possible d’ouvrir le diaphragme. Que dire sinon que mes yeux s’écarquillent autant, et que mon cœur se met subitement à battre tambour.
Tambour qui devait sonner la charge à mon insu. Ainsi survient un premier cri d’oiseau, frêle et lugubre à la fois ; émis probablement par celui qui s’est aiguisé le bec sur la branche basse, et qui m’a regardé prestement, d’un œil intense puis de l’autre, quand je l’ai prévenu de l’arrivée du chat des voisins. Alors dix cris, puis mille, dans la fraction de seconde qui suit, relaient le premier cri et se confondent en un vacarme horrifiant. Et voilà qu’une nuée compacte et informe de plumes vertes tachetées d’éclairs rouge orangés s’abat d’un coup dans la nuit noire sur le pauvre chat des Lulu’s, dans un rapide et sauvage déchiquètement.

Nous n’avons retrouvé le lendemain matin que des dents et des griffes, dans l’herbe du pré et entre les gravillons du chemin, sous le frêne encore tremblant, aux branches soulagées de tous ces incroyables volatiles, disparus dans la nuit, sitôt leur étrange équipée crépusculaire accomplie.
Plus de traces d’eux, venus de nulle part et repartis on ne sait où. Si ce n’est cette plume d’un étrange vert mortel frangée de rouge orangé, sans laquelle, même avec les griffes et les dents du chat que je me suis bien gardé de rendre à ses propriétaires, il m’aurait été bien difficile de vous faire croire à cette fort brutale et bien inquiétante affaire.

Depuis cette nuit-là, il faut bien reconnaître que le chat des Lulu’s laisse ma pelouse et parterres de fleurs propres ; et mes merles, tourterelles et autres moineaux tranquilles.





Retranscrit le 28.06.2017, Publié le 1.03.2018 Claude d'Aix
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