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La revanche du monde animal

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Irvinrtr

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La forêt est en émoi, ce soir au coucher de soleil, une grande réunion va se tenir. Les derniers restes de forêt primaire en bordure d’océan vont accueillir le grand conseil biséculaire des animaux du monde, où chacun pourra dire son ressenti sur sa vie et les changements ressentis. Tout le monde animal est là, ou presque, à perte de vue, sur terre, dans les airs, sur l’eau, dans et sous l’eau, le règne animal a tenu à vivre cet instant, car quelque chose ne va plus dans la bioS...Terre.
Durant des jours, et des semaines, certains sont venus des cinq continents, pour dire leur mot, et raconter leur vécu actuel ou passé.
De la haute dalle qui domine la plaine côtière, le roi des animaux rugit et ouvre le conseil où chacun pourra s’exprimer...Peu à peu une rumeur monte, des conciliabules se forment, de plus en plus assourdissants. Le tatou se lance : « Oh toi, Lion, nous ne voulons plus de toi pour régner comme roi des animaux. Ton règne est un échec, regarde autour de toi, l’homme a fait ce qu’il a voulu sous ton règne. Tes congénères vivent dans des réserves, tu as passé la moitié de ton temps affalé sur des dalles brûlantes en attendant que tes lionnes te nourrissent. 40 à 50 % de nos semblables ont disparu au dire des hommes eux mêmes, du moins c’est ce que m’a rapporté le perroquet que tu vois là...Un des derniers aux plumes multicolores réchappé de quelque maison d’homme.
Tu dois te retirer et nous laisser nous gérer, sans roi fantôche, affublé d’un simple titre honorifique : Roi des animaux, quelle plaisanterie criminelle ! Tu as même fait du cinéma pour eux. Notre règne décline peu à peu, vers l’extinction probable si nous ne réagissons pas.
«  Il a raison le tatou » s'écrit le pangolin, alors que des vols de chauve-souris approchent tardivement, s’accrochant tête à l’envers aux branches d’arbres fruitiers. «  Ils viennent nous déranger dans nos grottes, et nous attrapent pour nous mettre en bocal, entre autres façons de conservation. »
« Moi, Pangolin, je finis sur leurs marchés, ils m’enlèvent les écailles, et je ne sais à quoi ils me destinent. J’ai entendu dire qu’ils mettaient dans des bocaux remplis d’alcool de riz, des serpents, des insectes et bien d’autres espèces encore... Et le pire c’est qu’ils les mangent paraît-il»
«De toutes façons, dit la tortue marine, les hommes font ce qu’ils veulent pour leur confort personnel, même certains scientifiques qui donnent l’air de s’occuper de nous, nous attrapent et nous agraffent des balises, puis nous relâchent. Enfin j’ai l’impression que notre sujet leur sert de prétexte à de belles promenades en mer, puisque les résultats sont là : la tortue est bonne en soupe pour eux. Et moi je bouffe du plastique tant et plus, les plages où je vais pondre, sont pleines de déchets plastiques et j’ai des cousins qui en sont morts.»
«Qui sait, comment se nourrissent les hommes ? »
- «Moi le Buffle je crois savoir. Ma femme bufflone a été enlevée et mise dans un enclos afin de donner son lait aux humains. Elle, ils la traitent assez bien pour qu’elle donne du bon lait, mais elle m’a dit voir des bœufs, vaches et cochons à qui elle parle, monter dans ce qu’ils appellent des camions et ne plus revenir. Il se dit que l’homme mange leur viande.»
- Et toi éléphant si puissant qu’as tu à nous dire ?
- Moi si fort, indolent, et si fragile à la fois face à l’homme, je ne pèse pas lourd. Ils ont des fusils, ils ont tué ma mère agée pour ses défenses, qu’ils disent, on ne s’en sort plus de ces hommes, notre fin est proche...
- A moi, maintenant, j’aimerais prendre la parole en tant que crocodile dont la famille existe depuis la préhistoire. La gueule grande ouverte à moitié immergée il se met à parler : De mémoire de crocodile, et on se la transmet de génération en génération, depuis l’ère des dinosaures, et bien, quand l’homme n’était pas encore apparu sur terre, la nature était en équilibre, les dinosaures herbivores géants broutaient, vivaient parmi les fougères arborescentes, les forêts denses, et les carnivores équilibraient l’ensemble de la chaîne alimentaire. Après le grand cataclysme, il fallut des milliers d’années pour qu’apparaîsse l’homme ! Et depuis il n’a cessé d’essayer de dominer la nature et le monde animal pour assurer son confort et son expansion...» Jusqu’à nos jours, nous vivions en plus ou moins bon entendement, mais depuis quelques décennies, tout bascule. Il bétonne les rivages et les lisières de forêts, il déboise, réduit nos espèces selon ses besoins. Il n’est pas bon pour cette terre, ces fleuves fragiles, les océans se vident et se dégradent, demandez aux baleines, elles vous le confirmeront. Tout ce que nous aimons, il ne le respecte pas vraiment, c’est selon son humeur et ses besoins.
-Pensez vous qu’il pourrait disparaître un jour ? Il n’a pas de prédateur, seul un cataclysme invisible, l’infiniment petit pourrait le surprendre de l’intérieur car les plus grands animaux sont vulnérables. Moi le dauphin qui le cotoie gentiment, Je pense qu’il est désorienté, tantôt gentil, tantôt sauvage et méchant, je le sens courir à sa perte à plus ou moins longue échéance.
- Que proposez vous donc ? De s’unir ? Et pour faire quoi ?
- Nous ne pouvons guère faire grand-chose, j’ai vu la nature s’adapter à toutes les circonstances au travers des âges, et je crois que si une espèce doit s’éteindre elle le fera naturellement. Notre biosterre est belle et forte, la nature fait bien les choses, si nous disparaissons, il disparaitra aussi, et ce sera le fruit de son action auto destructive. Laissons faire et profitons des derniers instants qu’il nous laisse profiter de nos milieux naturels. Comment voulez vous qu’il survive à la destruction des forêts, des mangroves, des littoraux, des océans, des terres arables, des insectes pollinisateurs et de la vie en général. Sa folie le perdra...
- Je me souviens pourtant qu’il l’aime cette terre ou du moins qu’il l’a aimée...à sa façon à condition que ce soit dans son intérêt. Il parle beaucoup de la fonte des glaciers en ce moment, mais ne fait pratiquement rien. Le cycle de l’eau est déjà perturbé, et qui sait si l’eau ne manquera pas sur toute la planète ? Pauvre homme, tu ne te rends pas compte...de tes agissements, rajouta le chimpanzé.
Le conseil animalier se fit peu à peu plus discret, mais s’éternisa au rythme de la nature, dura longtemps, longtemps,...beaucoup plus longtemps que ce que pouvait l’imaginer et supporter l’homme. De petits groupes continuaient à bavarder, les lucioles éclairant les coins de forêt, les bruissements de la forêt redonnant un peu de ce goût de nature sauvage que l’homme avait tant apprécié auparavant...il y a si longtemps... si longtemps...quand il était encore présent sur terre.

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Mohamed Laïd Athmani · il y a
Ah, que j'aime........................................................
J'aime,faute de plus.