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La naissance d'un empereur

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Orion

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Prélude
Ile de Corvus, an 49 du calendrier d’Allein
Silinaï hurlait. Et ses hurlements déchiraient le cœur de son oncle, Bruno, qui depuis des heures essayait avec ses faibles moyens de la soutenir dans sa tentative de mettre au monde son enfant. Mais de toute évidence, l’accouchement se passait mal. Très mal. Dans la chambre, les sages-femmes s’agitaient, en vain, alors que la peur glaçait l’âme de Bruno.
Silinaï était arrivée sur son île de Corvus, cinq mois auparavant, bannie par son oncle, Lroldegar, grand frère de Bruno, qui l’avait élevée depuis la mort de son père, leur aîné, Hulgar.
Tout ce que Silinaï avait dit à son oncle sur le père de son enfant, c’était son nom, Rufios. Elle pensait peut-être nommé ainsi l’enfant si c’était un garçon, mais vu comment tourner les choses, il était fort probable que ce nom ne soit jamais qu’une épitaphe.
Silinaï poussa un nouveau cri, serrant un peu plus fort la main de Bruno. Il était la seul famille qui lui restait, son père était mort, assassiné, Bruno n’en doutait pas, par Jilrar, leur propre frère, pour s’approprier son trône. Jilrar épousa ensuite, Alaneï, la femme de Hulgar, et éloigna sa nièce de la succession, en l’envoyant dans le peuple de leur mère, où régnait Lroldegar, qui à son tour l'avait rejetée.
La mère de Silinaï était morte, il y a de cela vingt ans, après avoir donné un fils à Jilrar, qu’il proclamait héritier du trône d’Allein, usant de son influence et de la menace sur les seigneurs d’Allein, comme il l’avait déjà fait, pour destituer Silinaï, à son profit.
Leurs deux sœurs, Loraï et Kristalane, s’étaient jointes à Jilrar dans sa perfidie, et leur dernier frère, Mazer, était mort, au combat. Ainsi s’était divisés les enfants de Vilmar Tar-Zer, et aujourd’hui le benjamin de cette fratrie était le seul à se soucier de leur nièce.
Maudissant une fois de plus Jilrar, comme il le faisait presque chaque jour depuis des années, Bruno n’eut conscience que Casin, le capitaine de ses gardes, venait d’entrer, que quand celui-ci lui dit :
- Mon prince, un étranger demande à vous voir de toute urgence.
- J’avais ordonné qu’on ne me dérange pas !
- Je sais, mais il a insisté, et m’a dit qu’il venait au sujet de... votre nièce.
A ces mots, Bruno fixa son capitaine. Casin était un de ses plus vieux compagnons, et son meilleur ami. Il le connaissait bien, et savait qu’il ne l’aurait pas dérangé pour rien.
- Je reviens, Silinaï, murmura-t-il à sa nièce, en l’embrassant sur le front. Allons-y, et vite, rajouta-t-il en se levant.
- Suivez-moi.
Casin le mena jusqu’à la grande salle, où Bruno recevait les doléances de ses gens, tenait ses conseils et organisait ses rares banquets. Là, le capitaine se dirigea vers une alcôve, où se tenait un homme vêtu d’un long manteau noir, appuyé sur un bâton, le visage encapuchonné.
- Voici le prince Bruno Tar-Zer, messire, annonça le capitaine.
- Bien, laissez-nous à présent, ordonna l’inconnu. Sa voix était plus pure que du cristal, envoûtante et traînante, pleine d’autorité. Casin alla pour obéir, le regard soudain vide et l’expression neutre, mais Bruno le retint et fixa l’étranger.
- Ici c’est moi qui donne les ordres, en aucun cas vous, déclara le prince.
- Alors donnez l’ordre à votre homme de nous laisser, si vous voulez avoir une chance pour votre nièce.
Bruno réfléchit à peine une seconde, et lâcha Casin, en lui faisant signe de s’en aller.
- J’aime voir le visage de mes interlocuteurs, dit Bruno d’un ton froid.
- Si ça peut vous faire plaisir, répondit l’homme avec indifférence en rabaissant sa capuche.
Aussitôt, Bruno regretta sa demande, honteux du visage qu’il devait présenter à l’individu. Celui-ci, bien que d’un âge fort avancé, était d’une beauté effrayante. Loin d’avoir érodé la perfection de ses traits, la vieillesse les avait chargés de sagesse et de charisme. Ses yeux, semblables à deux améthystes, au regard aussi profond que les âges, le fixaient sans ciller, sous la ligne harmonieuse de ses sourcils. Ses cheveux de platine étaient parfaitement coiffés, et sa barbe, un carré de poils drus recouvrant son menton, tout aussi bien taillée. Si tout comme le prince il devait avoisinait les six pieds, c’était le seul point qu’ils avaient en commun.
Bruno était laid, les traits irréguliers, les épaules voutées, les cheveux filasse et ternes. Dans son enfance, une maladie avait failli l’emporter. Il avait put s’échapper des mains de la mort d’extrême justesse, mais en était marqué à jamais, le blanc de son œil gauche pris une étrange couleur, se rapprochant de l’orange. Comme si ça ne suffisait pas, quelques années après, la variole lui avait grêlé à jamais le visage. Pour finir, un coup pris au combat avait tailladé dans sa chair, lui arrachant une partie de la lèvre, laissant voir en permanence ses dents jaunes et abîmées.
Déjà enfant, sa laideur le déranger, face à la prestance de ses aînées. Alors, face à cet homme...
- Un problème ? demanda ce dernier, comme Bruno ne cessait de le dévisager.
- Non, rien. Vous pouvez sauver ma nièce ?
- Non, mais je peux sauver son enfant.
- Pourquoi vous croirais-je ?
- Ne faîtes rien, et vous êtes certain d’avoir deux cadavres sur les bras demain. Si mon intervention est infructueuse, vous serez en paix avec vous-même, car vous aurait tout tenté pour en sauver un. Refuser mon offre, et vous pouvez être certains que le doute et le remord vous rongeront à jamais.
L’étranger avait fait sa déclaration d’un ton calme et particulièrement détaché.
- Et quel est votre prix ?
- Ca, je vous le dirais une fois ma tâche accomplie. A présent, dépêchons nous, le temps pourrait manquer.
Sans se le faire dire une seconde fois, Bruno mena l’individu à la chambre de sa nièce. Les étroites fenêtres perçant les épais murs du donjon laissaient voir que la nuit tombait, la Lune commençant à apparaître sur l’horizon. A la démarche claudicante de l’étranger, qui s’appuyait de toutes ses forces sur sa canne, Bruno comprit que celle-ci n’était pas qu’un symbole. Il aperçut également que l’homme portait un pendentif, dont il ne parvenait à définir la matière, et qui représentait une simple flèche, dirigée vers le sol.
Lorsqu’ils arrivèrent au chevet de Silinaï, celle-ci tourna la tête vers eux, et gémit en tendant une main que Bruno attrapa aussitôt, en s’agenouillant à ses côtés.
- Sortez tous, ordonna l’étranger.
- Je reste, déclara Bruno.
- Je vous le déconseille fortement...
- Je ne quitterais pas ma nièce pour vous ! hurla le prince. Puis, se redressant, il murmura « Si ce doit être ses derniers instants je veux être là ». Son interlocuteur l’observa quelques instants, et Bruno eut l’impression qu’il sondait son âme de ses yeux violets.
- Fort bien, si c’est votre souhait.
Quand la dernière servante eut quitté la pièce, l’étranger retira la couverture couvrant les jambes de Silinaï, l’exposant dans touts sa nudité. Bruno se mordit la lèvre pour ne rien dire, l’instant n’étant pas à la pudeur. Son hôte, le visage éclairé par les rayons de la Lune, accentuant sa pâleur, posa ses mains aux longs doigts sur le ventre de la jeune femme. Puis, il psalmodia quelques mots incompréhensibles, dans un souffle à peine audible, et Bruno sentit l’atmosphère de la pièce refroidir. Il vit alors que les ongles de l’homme poussaient, devenant des griffes longues et acérées. Bruno voulut lui hurler de cesser ses diableries, mais le froid était devenu tel qu’il ne parvint qu’à émettre qu’un peu de buée, les mots se coinçant dans sa gorge. Paniqué, il tenta de se relever, pour repousser et affronter cet homme, mais une force maléfique le tétanisait totalement de froid et d’effroi, pesant sur lui comme un manteau d’horreur. Incapable du moindre mouvement il dut observer, impuissant, toute la scène.
Sa nièce haletait, ses yeux gris fixant l’étranger. Celui-ci passa lentement une de ses griffes sur le ventre de Silinaï, laissant une fine ligne écarlate derrière son passage. La jeune femme laissa tombait la tête et expira une dernière fois.
Mais le silence qu’elle laissa derrière elle, fut rapidement brisé par les cris d’un nouveau né, petit être rose à la toison noire, arraché dans le sang des entrailles de sa mère. L’homme trancha de ses griffes le cordon ombilical, et enveloppa délicatement le bébé dans un linge, laissé par les servantes. La présence ténébreuse sembla se retirer, rendant à l’atmosphère sa normalité, et l’étranger reprit forme humaine. Dés que la force qui l’immobilisait faiblit, Bruno se releva et hurla :
- Qu’avez-vous fait, démon ?!
- J’ai rempli mon contrat. Vous avez un petit neveu en vie et en parfaite santé. Oh, et je vous prierais d’éviter de commettre à nouveaux ce genre d’erreur à propos de ma nature.
- Quel monstre êtes-vous ? cracha Bruno avec dégoût.
- Un monstre qui vient de sauver un enfant, répondit l’étranger de sa voix toujours posée, insensible à la rage de Bruno. Et je vous déconseille de vous en prendre à moi, rajouta-t-il alors que Bruno saisissait son poignard. Et n’usez pas votre force pour appeler vos gardes. Ils ne vous entendront pas.
Accablé de chagrin et de culpabilité, abruti par ces dernières paroles, Bruno ne put que lâcher :
- Quel est votre prix ?
- C’est évident, non ? Donnez-moi cet enfant.
- Quoi ?!
- Je veux cet enfant.
- Pourquoi ?!
- Pour des raisons qui vous dépasse. Comme vous le savez, il est l’enfant de Silinaï Tar-Zer, aînée des enfants du roi Hulgar Tar-Zer, et de par ce fait, héritier légitime du trône d’Allein. Du trône de votre père.
- Allein a un héritier...
- Qui est le fils d’un usurpateur fratricide qui épousa la femme de son frère. Jilrar a enfreint presque toutes les lois du sang, des hommes et des dieux, perdant toute la légitimité. Le crime ne paie pas. Il n’a aucun droit sur sa couronne, pas même celui de conquête.
- Fort bien, Jilrar est un voleur et un assassin. Et après ? A moins que ma nièce ne se soit mariée, ce que j’ignorais, cet enfant n’en demeure pas moins un bâtard ! Sans droit aucun !
- Ce que vous ignorez remplirait plus d’une bibliothèque, prince Bruno Tar-Zer. Ce garçon est l’héritier de Farold, que cela vous plaise ou non.
Bruno soupira, jeta un regard au cadavre de sa nièce et faillit vomir. Las et fatigué, il souffla :
- C’est mon neveu. Je vous remercie de lui avoir sauvé la vie, mais je vous en prie, laissez le moi, et partez. Prenez ce que vous voulez, et allez-vous-en.
- Ce que je veux, c’est cet enfant.
- Il est en vie, laissez-le.
- Non ! Oubliez-le. Il est mort à la naissance. C’est tout.
- Quoi ?
- Dites à tous qu’il est mort-né, et laissez-moi le prendre.
- Vous êtes fou ! murmura Bruno.
- Je le confierais à une bonne famille. Il y aura un père, une mère, des frères et sœurs. Il grandira en paix, sans avoir à se cacher des sbires de Jilrar.
- De quoi parlez-vous ?
- Croyez-vous que Lroldegar n’a banni votre nièce que pour respecter d’antiques lois barbares ? Il l’aimait comme l’une de ses filles. Non, il l’a fait pour la protéger, vous le savez. Quand Jilrar apprit quelle était enceinte, son bannissement l’avait déjà mise hors de portée. Mais rien n’arrêtera sa soif de pouvoir, et il ne tardera pas à retrouver sa trace et celle de son enfant. Ils représentent un bien trop grand danger pour lui, et pour son fils, Joosef. Pensez-vous réellement pouvoir faire face à l’assassin de votre frère, Hulgar. Ils l’ont eu alors qu’il était roi et protégé par toute son armée. Alors vous...
Bruno sentit la fatigue le prendre. Il était las. Las de tout cela. Las de Jilrar et de ses complots. Si fatigué qu’il était à peine surprit par la parfaite connaissance de l’étranger sur cette histoire. Ce dernier avait raison. Jamais il ne pourrait donner une famille à ce gosse. Sa femme était morte, il n’avait pas d’enfant.
- Pourquoi vous ferais-je confiance ?
- Parce que je viens de sauver la vie de cet enfant. Je peux faire de lui l’homme qu’il doit-être, de la race de ceux qui écrivent l’Histoire, et pas qu’avec de l’encre. Alors qu’il pourrait faire ployer les rois, élever et détruire des nations, vous vous contenteriez d’en faire l’héritier de votre petite principauté, perdue au milieu de tant d’autre ? Et ceci, s’il ne succombe pas avant sous l’ambition de votre frère aîné.
Sa voix était calme, grave, sage. Bruno sentit sa volonté faiblir à son écouté, chaque argument faisant mouche. Une lassitude anormale l’envahit, et ses pensées devinrent confuses. Il n’eut plus la force de soutenir le regard de l’inconnu. En coup de grâce, celui-ci rajouta d’un ton presque suppliant :
- Faîtes que votre nièce ne soit pas morte en vain...
- Bien ! hurla le prince. Prenez le, mettez-le en sûreté et allez aux diables.
- Vous ne croyez pas si bien dire, affirma l’inconnu. Puis il partit sans rien ajouter, ni même se retourner. Dès qu’il fut hors de vue, Bruno s’effondra au côté de Silinaï et pleura.
*
Comme il l’avait deviné, l’endroit grouillé de rats et autres vermines. La nuit tombée, sortant de leurs sombres recoins, ces parasites infestaient les tas d’ordures, issus des déchets des hommes et de leurs activités. Ils se nourrissaient de ces immondices, et dégageaient la pire des puanteurs. Rien de tel que les bas-fonds déserts d’un port pour les rencontrer.
Dans son sommeil, l’enfant remua quelque peu. Raffermissant son bras, il l’enveloppa de la protection de son pouvoir, s’assurant qu’aucun des maux qui allait survenir ne puisse l’atteindre. De sa main libre, il prit une pincée de poudre dans une de ses poches, porteuse d’un des plus grands malheurs qui soit : la peste, qu’il souffla sur la vermine avec nonchalance.
Toutes ses traces seraient ainsi effacées. Lorsque ses ennemis essaieraient de remonter la piste de la fille d’Hulgar Tar-Zer, et de son enfant, ils apprendraient leur mort pendant l’accouchement, et tous les témoins de la scène auront alors étaient, depuis longtemps, emportés par l’épidémie qui allait dévaster Corvus.
La première des victimes serait le prince Bruno Tar-Zer, il avait pris toutes ses précautions pour qu’il en soit ainsi. Le prince ne passera pas la semaine, et tous penseront que la menace pour la paix qu’était ce garçon n’avait jamais vu le jour. Du moins, pendant quelques décennies.
S’assurant de n’emporter aucune germe sur lui, il s’envola doucement. Dans son sommeil, l’enfant gémit. Baissant les yeux sur le bambin, l’homme esquissa un sourire tendre. Même si pour l’instant son visage était le même que celui de tous les nouveaux nés, lui pouvait voir comment il serait enfant, adolescent, adulte.
Et il ne sera pas beau. Sa figure sera longue, blafarde, ses joues creuses, ses lèvres minces, son menton puissant. Ses yeux, qu’il savait déjà vairons, l’un noir, l’autre gris, seront cernés, enfoncés et surmonté d’épais sourcils broussailleux. Et dedans, se refléterait son esprit.
Et par tous les Diables, quel esprit ! Il sentait que si cet enfant n’avait pas été gâté en matière de physique, il en était autrement pour son esprit, et ce, sans qu’il eut à intervenir. Le Destin lui avait fait un splendide cadeau, du pain béni. Ou plutôt maudit, plaisanta-t-il tristement. Là, dans cette tête, pas encore complètement formée, se trouvait un véritable trésor. Une grande force de volonté, peu de scrupule, mais juste assez, de l’ambition, de la curiosité, de l’imagination. Mais surtout, une immense intelligence, une capacité à raisonner et à apprendre comme l’homme n’en avait encore jamais vu. Il se savait lui-même brillant, mais ne put s’empêcher de s’émerveiller devant un tel entendement. Dans moins d’une vingtaine d’année, il n’aurait plus que sa sagesse, acquise par son expérience, pour surpasser ce jeune homme.
Lorsqu’il commença à prendre de la vitesse et à gagner en altitude, se dirigeant vers l’ouest en survolant l’Océan, l’enfant s’agita et se mit à pleurer.
- Là, là, calme-toi, lui dit-il avec douceur en le berçant. Puis, traversant le ciel de plus en plus rapidement, s’élevant au niveau des nuages les plus bas, sous le regard bienveillant de la pleine lune, il chanta de sa voix pure et grave, une antique berceuse, dont les origines étaient déjà tombée dans l’oubli quand lui-même était enfant, il y a si longtemps. Le souffle du vent, le claquement de sa cape et le froissement de l’écume, l’accompagnaient tandis qu’il faisait montre de ses talents de rhapsode, son timbre atteignant la perfection de ses traits, ses paroles prononçait dans une antique langue berçant l’enfant d’histoire de marin, de bateau, de tempête, de perdition, de solitude, d’amour perdu, et de destin aussi épique que tragique.

Ayant dépassé les îles du Grand Archipel, il redescendit quelque peu, jusqu’à être à une quarantaine de mètres au-dessus de l’Océan. Le ciel était à présent dégagé, et la lumière lunaire peignait d’argent et de platine l’écume. Une baleine jaillit des flots en contrebas, brisant le miroir de la mer en une myriade d’éclats, avant de replonger dans un fracas, suffisamment puissant pour que des gouttelettes d’eau salée l’atteignent.
Dans ses bras, l’enfant s’était calmé. Il le fixait à présent de ses yeux vairons, apparemment fasciné par son porteur. Ce dernier, sentant que le froid nocturne et marin commençait à gagner l’enfant et à le faire frissonner, l’enveloppa de son pouvoir, lui diffusant une douce chaleur qui fit bientôt somnoler le bambin, toujours bercé par sa voix.
Quand il fut certain que l’enfant s’était rendormi profondément, il usa de nouveaux de son pouvoir, pour s’assurer que jamais, de son vivant, cet enfant ne douterait de sa provenance. Du moins c’était ainsi qu’il lui présenterait. Il fit de nouveau pousser ses... griffes, et de son index, marqua le visage du bambin. Immédiatement après le passage de sa serre, la blessure cicatrisait, laissant finalement deux longues balafres sur la face du bébé, chacune partant d’un côté de sa mâchoire pour se rejoindre au milieu de son front, formant un V à l’envers. L’enfant ne broncha, et il reprit son vol, prenant toujours plus de vitesse.

Ainsi il traversa la nuit, suivant la révolution des astres, restant sous le manteau de la nuit, guidée par la Lune. Quand celle-ci fut à son zénith, la terre réapparut sous ses pieds. Tout le continent qu’il survoler à présent était recouvert d’une seule et immense forêt, du nord au sud, ayant pour unique découverts les côtes, occupées par des colonies humaines, Längoriennes à l’est, Menyardiennes à l’ouest. C’était vers ces dernières qu’il se rendait, tandis que le tapis au milles nuances de verts des forêts, se déroulait sous lui. Qui savait combien de trésor, de cités en ruines et de savoir d’ères précédant l’humanité, était perdus sous ces multitudes d’arbres, qui sur d’autres terres auraient déjà étaient dépouillés de leurs feuillages d’émeraude et de jade en ce premier jour d’hiver. Mais pas ici. Par un miracle qu’il ignoré, jamais les feuilles de cette forêt infinie ne tombaient.
Après deux longues heures de vol, à une vitesse qui rendrait envieux bien des dragons, la côte ouest du continent apparut. Il se dirigea vers une centaine de petits points lumineux lumières, éparpillait au pied d’une colline. Le village de Curwen. Petit, insignifiant, perdu dans cette immensité, composé de quelques familles d’hommes libres ou d’affranchis, ayant l’espoir de se trouver une meilleure vie dans ce continent neuf, qu’en Menyard. Et bientôt, foyer pour celui qui serait leur meilleure arme contre la lignée d’Allein, ces servants fidèles et valeureux des dieux.

Il amorça sa descente, pour rejoindre le sol à quelques kilomètres du village, dans une clairière en lisière de la forêt. Ses pieds retrouvèrent la terre ferme en douceur, faisant craquer quelques brindilles. Se dressant de toute sa hauteur au milieu des arbres, l’enfant endormi dans ses bras, il étendit son esprit, effleurant celui des habitants de ces bois d’un message précis. Rapidement, il sentit qu’un de ceux à qui il était destiné l’avait reçu, et s’approchait. Quelques instants plus tard, un énorme loup, au pelage d’argent et aux yeux d’émeraudes, arriva dans la clairière.
La bête le fixa d’un regard méfiant. L’animal était aux abois. Ne lui laissant pas le temps de devenir agressif, l’homme l’écrasa de son aura, son regard violet luisant de puissance, son esprit s’imposant fermement à l’animal. Après une courte et inégale lutte silencieuse, le loup recula quelque peu, la queue entre les jambes, avant de se rouler sur le côté, en signe de soumission.
Ne craint rien, petit frère, je ne te veux pas de mal, lui dit l’homme, usant du langage silencieux de la pensée. Le loup se redressa prudemment, avant de venir précautionneusement vers lui. Quand il fut à sa portée, l’homme tendit sa main libre, et caressa de ses longs doigts le pelage soyeux du canidé, avant de se pencher vers lui, ses yeux fixant sans ciller ceux de la bête. Petit frère, j’ai besoin de toi jusqu’à l’aube, continua-t-il. Bien mon roi, pourrait être la réponse de l’animal.
Alors, après un dernier échange, il lui tendit le bambin endormi, que l’animal pris délicatement dans sa gueule, avant d’aller délicatement le poser entre les racines d’un vieux chêne et de s’allonger à ses côtés. Dans les branches de l’arbre majestueux, se trouvait un nid de corbeau. Alors que l’enfant se lovait entre les pattes de son gardien, un œuf tardif se brisait, un oisillon voyant le jour, sous le regard intéressé de l’humain.

Puis l’homme s’en alla vers Curwen, toujours appuyé sur son bâton.

*
Les rayons du soleil n’avaient pas encore déchiré le voile ténébreux de la nuit, que de nouveau soufflait sur la forêt un appel du roi de la nuit. Son destinataire le reçut et s’exécuta.

Quelques minutes plus tard, un loup argenté entrait discrètement dans le village de Curwen, avançant silencieusement entre les maisons aux habitants encore endormis, en petit paquet entre les crocs. D’habitude, il ne s’approchait jamais des meutes d’humains. Mais là, son seigneur l’avait appelé, et il n’avait d’autre instinct que de lui obéir.
Il s’arrêta devant une maison de bonne taille, située parmi les plus élevées, sur le bas de la colline. Là sur le seuil, le dominant de sa taille et de sa puissance, son aîné l’attendait. Sans hésitation, il s’avança dans le jardin entourant la maison, progressant sur l’allée de terre battue, jusqu’au pied de l’homme, à qui il tendit son paquet. L’homme se pencha pour le prendre, puis le congédia. Sans attendre, le fauve s’en fut, retournant sus le couvert des bois, alors que l’aurore teintant de grenat l’horizon ne tarderait pas à réveiller les familles.

L’enfant commençant à s’agiter dans ses bras, l’homme retourna dans le foyer, traversant la pièce commune, jusqu’à une chambre, où, allongée sur un lit de paille, une femme tenait le bébé qu’elle venait de mettre au monde, grâce à l’aide de cet homme sans nom. Son mari à ses côtés, regardait l’étranger qui venait de sauver sa femme et sa fille, avec un mélange de méfiance et de gratitude.
Ce dernier, après avoir jeté un rapide regard amusé aux deux jeunes garçons plus âgés de la famille, qui enfreignant les instructions de leurs parents, étaient hors de leur lit à l’espionnait, tendit l’enfant qu’il portait à Ignas le potier, et à sa femme Adonia.
- Voici mon prix, leur déclara-t-il. Elevez cet enfant comme s’il était le vôtre, né cette nuit, jumeau de cette petite fille. Quand je le déciderais, je viendrais le chercher. En attendant, occupez-vous de lui, comme de n’importe laquelle de vos progénitures.
Avec un certain soulagement, ils acceptèrent enthousiastes, rassurés que ceux soit là la seule demande de cet étranger, pour la vie de leur petite fille. Ignas prit le garçon dans ses bras et retourna auprès de sa femme, le sourire aux lèvres. Ils ne posèrent aucune question, le ton de l’étranger étant sans réplique.
Avant de partir, celui-ci rajouta.
- Une dernière chose : vous le prénommerez Jack. Nom royal.

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Penny A. Moïra · il y a
J'ai beaucoup aimé l'histoire qui, je trouve, a toujours un fort arrière goût d'ASOIAF xD
Le récit est intéressant et mystérieux, les personnages variés (avec un petit air de Targaryen pour ton roi de la Nuit :B ) et atypiques et j'ai hâte de lire la suite !
Même si cette partie ne répond pas à ma question : qu'est-il arrivé au fils de Mazer et Alaneï ? :B
Par contre, ton texte aurait peut-être mérité une relecture plus approfondie puisqu'il y a quand même pas mal de fautes ;)

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