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La malédiction des sables

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Esteban

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Sacha, la chouette postière, avançait péniblement, luttant contre les vents arides du désert qui s'étendait à perte de vue. Elle redoubla d’efforts quand elle discerna au loin quelques petites taches sombres en mouvement. L'image déformée par la vague de chaleur qui courait sur le sol lui fit d’abord croire à de quelconques insectes prisonniers d’une toile d’araignée Camelrachnide géante mais elle reconnut bientôt la caravane qu'elle cherchait dans ce brasier de sable mortel. Les sept hommes, montant chevaux et chameaux, transportaient à l’aide d’un filet de cordes tressé entre eux un encombrant bagage. Un mouvement d'aile la fit piquer vers un des cavalier sur qui elle laissa s'échapper un tube de cuir avant de filer droit vers l'horizon entre deux pics de montagnes escarpées. Dans un geste brusque une main gantée se saisit de l’objet en plein vol, ce qui effraya un cheval et le fit se cabrer. Son hennissement aigu fut immédiatement suivi par un claquement sec beaucoup plus sourd. La corde attachée à la selle venait de se rompre ce qui entraina l’affaissement rapide du filet. En se détendant il laissa tomber lourdement l'objet qu’il soutenait. La taille imposante et le poids visiblement important de ce dernier le fit s’enfoncer profondément dans le sable chaud.

L'équipage stoppa sur l’ordre de Louis, le chef de troupe, qui grogna :

— Monterey ! J’avais dit pas de chouette ! C’est quoi ça ?

— Désolé patron, mes excuses… C’est… c’est La Gazette…

— Sérieusement Monte…

— Silence ! Il ne faut pas rester ici. Il va falloir réparer ça et passer les pics au plus vite ! coupa Hakim.

 D’un geste de la tête Louis s’enquit du Touareg monté sur son chameau. Son chèche blanc enroulé autour du visage ne laissait apparaitre que ses yeux ce qui avait pour effet d’accentuer la sévérité de son regard qui scrutait l’horizon. Louis y chercha quelque chose à son tour.

— Qu’est-ce qu’il y a ? Je ne vois rien.

— Quelque chose nous suit... je le sens. De plus une tempête approche. Il faut se mettre à l’abri avant la nuit. Prions pour qu’elle détourne sa course.

— On ne va pas perdre plus de temps. Pied à terre ! On répare le filet… et vérifiez bien que le chargement est toujours correctement emballé. On se dépêche.

De bonne constitution physique, Monterey, se sentant fautif  mit sa force à l’épreuve pour désensabler la cargaison tandis que Louis s’occupait de raccommoder le cordage. Liang le troisième cavalier en profita pour administrer ses soins à Kingscott le dernier venu et la plus jeune recrue du régiment qui se trouvait souffrant. Hakim, accompagné de deux autres Touaregs, les frères Tawa et Aman, se posta en sentinelle, surveillant le désert.

Une fois le travail accompli la troupe reprit sa route vers les montagnes, entamant une course contre le soleil et la tempête. En chemin on tenta de se distraire en discutant :

— Alors Monterey ? Il vaut le coup ce journal ? Interrogea Liang.

Oui… ça fait du bien un peu de lecture… D’ailleurs je n’ai toujours pas retrouvé mon livre. Enfin bref… et puis… on est déjà en mai… Regarde…  le 12 mai 1937… Le temps passe si vite… Brossdur vient de sortir son troisième modèle de balai… je me tiens informé des résultats de quidditch aussi… En revanche toujours rien sur nous.

— Tant mieux ! C’est qu’on fait bien notre travail.

— Jacunda Sykes traverse l’Atlantique en balai : édition spéciale de la Gazette. Nous on traverse le désert à cheval et rien. C’est frustrant. Pourtant qu’est-ce qu’on est beaux hein ! Le patron qu’est quand même un moldu, et Français qui plus est, je sais pas c’qu’est le pire. Toi Liang t’es un samouraï ou quelque chose comme ça…

— Monterey les samouraïs sont Japonais et moi je suis Chinois…

— Oh pardon… Enfin bref… Mon copain l’Ecossais qu’est malade et pâle comme un mort et nos trois amis dont deux qui semblent muets ou presque, nos charmants guides et garde du corps… Joli tableau, un vrai patchwork. Heureusement que je suis là pour le relever le niveau…

Monterey s’esclaffa bruyamment. Les semaines passées avait laissé du temps à ses collègues pour s’habituer à son humour lourdaud  mais bon enfant qui pouvait décontenancer.

— Arrêtons-nous là ! dit Louis en regardant Hakim, comme s'il attendait son approbation. La nuit va tomber. Liang Peux-tu t’occuper du feu s’il te plait ?

Descendu de cheval, Liang s'accroupit en sortant sa baguette de dessous sa tenue ample, il murmura quelques mots inaudibles près de la pointe qui se mit à rougir. Il accompagna ses paroles d’un souffle long et précis alors un crépitement de braises fit naitre un feu de belle taille à même le sable. Pendant ce temps les autres montèrent les tentes et délestèrent les chevaux de leur fardeau. On veilla à ce que la cargaison reste bien ficelée dans un enchevêtrement de pièces de tissus épais. Kingscott fut mis au lit par Louis tandis qu’on se regroupait pour souper. Personne sur le moment ne pensait plus au danger de la tempête toute proche. 

Louis ressortit de la tente du malade en arborant un air soucieux et prit place autour du feu au côté de ses compagnons.

— Comment va-t-il ? S’inquiéta Monterey.

— Je serais bien incapable de le dire. Je ne sais pas ce...

— Il est trop fragile, coupa Hakim.

— Non, non enfin, moi-même je n'avais jamais vu pareille horreur par le passé…

— Nous avons ouvert des portes que nul homme ne devrait franchir messieurs. Le désert cache bien des dangers et tout autant de mystères. La malédiction des sables !

— Mais notre cause est juste !

— C'est votre cause ! Pas la nôtre et je commence à regretter d'avoir accepté de vous accompagner. Toutes vos belles paroles ne valent pas la damnation éternelle... Nous ne sommes pas concernés. Je vous conduirai au port comme prévu, mais par la suite…

— Cela vous concerne aussi. Toutes les têtes pensantes, qu’elles soient moldus ou sorciers sont persuadées que les choses ne peuvent en être autrement ! Une guerre approche ! Une guerre qui touchera le monde dans sa globalité. Qui le changera à jamais. Et ma mission, NOTRE mission à vous comme à moi est de mettre des objets, comme celui que nous ramenons, à l’abri avant qu'il ne soit trop tard. Avant qu'ils ne tombent entre de mauvaises mains.

— Et qui me dit que VOS mains ne sont pas mauvaises?

Sur ces paroles Louis se leva préférant couper court à la discussion et décida de rejoindre sa tente sans toutefois oublier de passer surveiller Kingscott que l'épuisement avait déjà fait sombrer dans le sommeil.

Les tentes, bien que très rudimentaires d’un point de vu extérieur, comportaient quatre pièces spacieuses à l’intérieur, offrant ainsi tout le confort désiré. Une fois installé à son bureau Louis sortit de sa besace en cuir son kit de pensine de voyage, mais n'étant qu'un « simple » moldu la cérémonie de la pensine restait pour lui un acte plus compliqué que pour un sorcier lambda. En premier lieu il plaça devant lui les objets communs à toute cérémonie : une bassine, ici plus petite, faisant à peu près la taille de sa main et qu'on aurait pu aisément confondre avec un cendrier en terre cuite. Puis il agita une fiole de verre fermé par un bouchon de liège contenant un liquide blanc argenté. Avec précaution il le vida dans la pensine ce qui eut pour effet de révéler des runes gravées sur le pourtour et qui étaient jusqu'ici restées invisibles. De là le rituel divergea de celui qu'on avait l'habitude de voir. Il posa devant lui un mécanisme ressemblant à une horloge aux rouages apparent avec en son centre un balancier. Il remonta le mécanisme à l'aide d'une clé et le balancier commença son mouvement de pendule au rythme du tic-tac régulier. Le temps sembla ralentir et se figer. Le pendule était maintenant coincé dans la phase descendante de son mouvement. Une larme perla au coin de l'œil de Louis et se cristallisa en une bille de sel. Un frisson lui fit reprendre connaissance. Le mécanisme avait rattrapé son retard. Délicatement il se saisit de la larme de sel du bout des doigts et la laissa tomber dans la pensine. En se dissolvant elle produisit des crachats de lumière qui prirent une telle ampleur que bientôt le liquide dans son entier semblait rayonner. Au-dessus du bassin de légères volutes pâles vinrent lui chatouiller le nez. D'un geste des mains il les fit venir à lui pour les respirer comme on hume un bon plat. Il plongea dans sa mémoire...

Plus tôt dans la matinée l’équipage avait atteint la ville fantôme de Lamakan, sa destination. Devant eux les portes géantes d’un édifice rectangulaire rappelant une ziggourat s'ouvrirent lourdement faisant valser un nuage de sable. Avec une telle hauteur de mur le bâtiment aurait pu renfermer un monstre mythologique et l’air qui s’en échappait était chargée d'une odeur putride. Laissant les chevaux à l’extérieur les hommes entrèrent avec prudence. Les portes donnaient sur un long couloir abandonné depuis longtemps…

— Tu peux me rappeler pourquoi on fait ça Kingscott ?

— Parce que c'est notre travail Monsieur.

— Monsieur, monsieur, appelles-moi Monterey. Et oui d'accord c'est notre travail mais moi je voulais être pirate ! dit-il en gloussant.

— Et au lieu de ça tu as un travail respectable. Mais tu chasses quand même les trésors après tout. Répliqua Liang.

— Je chasse les trésors certes mais je peux jamais les garder, enfin presque jamais répondit-il en appuyant ses dires d'un large clin d'œil adressé à Kingscott.

— Et toi Kingscott qu'est-ce que t'en penses ? Ça te plait de travailler pour le ministère ? Traquer les objets dangereux, les reliques magiques et tout et tout ?

— Oui, oui je crois...

— Il croit ! Ah ah ah !!!

— Moins fort s’il vous plait Monsieur Monterey !! On ne sait pas ce qu'il pourrait y avoir ici ! S'insurgea Hakim.

— Oh si on sait ! Tout est marqué dans mon livre : « Contes et Légendes Magiques du Désert » un glossaire animalier de tout ce qu’on peut croiser ici. Plantes carnivores, esprits des sables et j’en passe… C’est de la zoomagie les amis, y’a tout là-dedans !

            A mesure que l’odeur de mort se faisait plus présente les pas se faisaient plus lents et silencieux.

— Oh mon Dieu... S'exclama Liang en faisant un pas en arrière avant de se figer.

Devant eux s'ouvrait une salle gigantesque richement décorée, construite comme une cuvette en escalier de quelques marches. Le plafond était soutenu par d'épaisses colonnes gravées. Le cadre magnifique reflétait toute la beauté des constructions orientales mais au milieu de ces splendeurs s’étalait devant leurs yeux horrifiés un charnier colossal, une accumulation de corps rachitiques. Les regards sautaient d'un cadavre à l'autre tentant de comprendre comment des centaines de personnes avaient pu s'entasser dans une même pièce pour y mourir. Et pire encore, en observant attentivement les corps on pouvait remarquer que tous étaient placés dans la même direction, paisiblement assis le regard tourné vers un objet dont la troupe ne voyait que l'arrière. Un cadre d’or sculpté et recouvert d’une épaisse couche de poussière, plus grand et plus large qu’un homme. Louis inspira profondément et repris sa marche.

— Avancez avec réserve. C'est sûrement ce que nous sommes venus chercher, quoiqu'il arrive... Surtout ne le regardez pas.

Monterey sortit de sa serviette des tubes de cuivre qu'il assembla en une perche télescopique munie de plusieurs miroirs colorés amovibles en son extrémité. Prudemment il poussa sa tige jusqu'à ce que la face avant de l'objet ne lui apparaisse dans un des reflet.

— C'est ça ! On le tient vite on l'emballe.

Aussitôt l'équipe s'affaira à la tâche. On déplia une grande pièce de tissu amenée pour l'occasion et on la jeta par-dessus l'objet qui malheureusement s'avéra être plus grand que prévu et en dépassait donc. Alors on improvisa. Les tapis de la salle furent utilisés pour rapiécer le sac de fortune. On fit passer des cordes tout autour et soudain Kingscott s'écroula prit de convulsions. Tout le monde stoppa et accouru pour lui porter assistance. Poitrine contre terre la tête tournée vers les corps et le regard perdu. Catatonique, personne ne put lui faire dire quoi que ce soit. Alors on l'ausculta. Nulle part on ne trouva de trace d'une quelconque blessure. Pas de sang, pas d'hématome. L'objet emballé on fit venir les chevaux et on confectionna un filet de cordes pour transporter le la nouvelle trouvaille. Il s'agissait maintenant d'atteindre le port au plus vite pour embarquer la cargaison et retourner au pays. Evidemment la prudence était de mise mais en quittant Lamakan chacun savait que quelque chose s'était déjà mis en marche et que le retour ne serait pas une mince affaire...

— Louis je te dérange ?

La voix du sorcier ramena Louis au temps présent…

— Oh Liang ! Non non entre, je range ça et je suis à toi.

Louis avait été tiré de sa torpeur mémorielle et  il transvasait maintenant le contenu de la pensine dans la fiole de verre à l'aide d'un entonnoir métallique. Une fois l'opération accomplie il la reboucha et la rangea soigneusement dans son sac.

— C'est fait ! Voilà une rude journée que nous ne sommes pas prêt d'oublier n'est-ce pas mon ami.

— Oui certainement, Monterey s'est endormi en grognant qu’on lui avait volé son livre... Je venais te voir pour savoir si tu voulais que je prenne le premier tour de garde. En plus de nos trois guides évidemment... à croire qu’ils ne dorment jamais...

— Laisse-les faire pour le moment et tâchons de nous détendre. Veux-tu du thé ?

— Si tu as du thé de Chine seulement dit-il en souriant. Sourire que lui rendit Louis.

— À ce propos Liang. Dis-moi pourquoi à tu quitté ton pays ? Une folle envie de travailler au ministère ?

— Non, ce n'était pas prévu comme ça... Je suis allé à l'école de la magie en Chine et puis j'ai accepté un travail à l'étranger. Mon envie de voir le monde a fait le reste un de mes professeur ma recommandé au ministère et on m’a proposé une place dans l’escadron de recherches. Et toi ? Français c'est ça ? Et Moldu de surcroît ! Oh pardon ! Se reprit-il.

Louis grimaça.

— C’est rien je suis navré de réagir comme ça je ne devrais pas. Tu sais j'ai découvert l'existence des sorciers en...

Aaaahhh !!!

Un hurlement ! Monterey entra dans la tente en perdant l'équilibre.

— Vite il se passe quelque chose !

Ils se précipitèrent dehors où les Touaregs avait déjà formés un cercle autour du campement.

—Votre ami malade était dehors, quelque chose l’a effrayé, quelque chose qui rôde…

— Mais quoi ?

— Je n'en sais rien mais ce n'est pas là pour nous faire du bien. Monsieur Liang auriez-vous l'amabilité de nous éclairer, mais que cela ne dépasse pas la pointe des sommets alentours s'il vous plait. Quand à vous Monsieur Monterey je vous prierai de vérifier l’état des nerfs de votre camarade souffrant. En cas d'attaque même faible une paire de bras pourra nous aider.

Monterey disparu en courant tandis que Liang tirait de son paquetage une sorte d'accordéon en papier rouge. Il le déplia et le replia pour s'assurer qu'il était en bonne état et, se plaçant au centre du camp, le lança vers le ciel en le pointant de sa baguette.

— Nà guang shi !

L'accordéon s'ouvrit dans un jaillissement de lumière pour former une lanterne chinoise crachant des gerbes de flammèches écarlates. L'obscurité de la nuit fut comme chassée du campement par ce halo incandescent. À la lisère du visible Louis discerna une ombre mouvante se déplaçant sur quatre longues pattes rappelant la démarche d’un lévrier et braquant sur eux un regard rougeâtre.

— Là !

Il dégaina son arme et s'apprêta à faire feu.

— Non !

D'un geste brutal sur l'avant-bras Hakim lui fit baisser son arme qui tira dans le sable et aussitôt la créature disparue comme vaporisée dans la nuit.

— Pourquoi m'avoir arrêté ! Hurla-t-il.

— Vous n'auriez pas dû tirer. Vous ne comprenez rien au désert ! Le tir va attirer des tas de choses qui vivent cachées dans le sable... des choses bien plus dangereuses que... ça.

— Qu'en savez-vous ? Et c'était quoi ça justement ?

— Un mirage…

— Un mirage ?

— Oui un mirage spirituel. Un résidu de pensées noires. Je vous l'ai dit, il y a quelque chose. Une ombre tourne autour de nous. Et ça ce sont les traces qu'elle laisse. Quelque chose à matérialisé cette créature. Les pensées mauvaises rebondissent sur le sable et nous arrivent… un mirage spirituel comme un...

— Comme un miroir... Bon dieu ! Sécurisez le campement !

Louis s'en alla vers sa tente avec l'intention d'en ramener de quoi se défendre quand il tomba nez à nez avec Monterey et Kingscott de nouveau catatonique. Il regarda le jeune homme droit dans les yeux.

— Dis-moi petit : tu as vu la créature près du camp ? C'est elle que tu as vu là-bas ? Réponds c'est important. Est-ce que tu as vu quelque chose là-bas, dans la salle ? Tu as vu quelque chose qui t'as fait peur ?

— Y'a rien à faire dit Monterey, il est comme ça depuis le départ de Lamakan. Tout à l'heure j'ai cru qu'il bredouillait, qu'il essayait de me parler mais rien.

— Tu n’as rien à craindre je te le promets. Hakim et les autres ont grandi dans ce désert ils le connaissent et ils savent faire face à ses dangers. Quant à moi je te jure que je rentre avec toi ou je ne rentre pas…

Louis tapota l'épaule de Kingscott, puis celle de Monterey en souriant.

— Ça va aller, ça va aller...

— La lanterne n'en a plus que pour une heure, grand maximum, intervint Liang.

— On a donc une heure pour vérifier les bagages, les vivres et les chevaux. Monterey ramène Kingscott à la tente. Une fois la lanterne disparut on se relaiera par groupe de deux jusqu'aux premiers rayons de soleil et nous partirons dès que la visibilité nous le…

Un grondement sourd sembla envahir le ciel nocturne, écrasant la tranquillité naissante et, semblable à un hurlement profond le tonnerre déchira le ciel. On se regroupa au centre du campement, tous tourné vers Hakim.

— Un orage approche, et avec lui la tempête !

Un nouveau cri et déjà loin dans la nuit la silhouette de Kingscott courant à toute vitesse droit vers la mort.

—  Il a perdu l’esprit ! Je dois le rattraper, je lui ai donné ma parole. Rassemblez les affaires Il faut tenir tant bien que mal !

— Non ! J’envoie Aman à sa recherche. C’est trop dangereux pour vous. Regardez là-bas.

A l’horizon dans l’obscurité les éclairs explosaient en flashs stroboscopiques et prenaient la direction du camp.

— Regardez bien… vous n’avez encore sans doute jamais vu ce qui approche… Ce ne sont pas des éclairs…

Louis resta un moment immobile comme perdu. Aman partit rapidement après que Hakim lui ai murmuré à l’oreille. Il fit ensuite signe à Tawa qui prit poste derrière les tentes.

Aman avançait droit devant lui avec le courage du désespoir, il connaissait le désert et il savait qu’une telle tempête ne laissait que très rarement de survivants, malgré tous il poursuivit sa route décidé à secourir le jeune homme. Il se savait sur le bon chemin, son instinct ne le trompait pas. Quand il ressentit une présence toute proche il stoppa net ! Tout autour de lui des ombres quadrupèdes, identiques à celle qui avait attaqué le camp plus tôt… et au milieu d’elles, une ombre humanoïde qui leva un bras et frappa pendant l’éclaire ! Aman s’écroula lourdement et pourtant la bête frappa encore, et encore, y mettant les deux poings  le battant comme on joue du tambour de guerre.

            La tempête avait atteint le camp. Chacun résistait à la morsure du sable comme il le pouvait. Un crépitement électrique fit réagir Monterey quand il vit que Liang se dirigeait sur l’ouragan. Il hurla à travers la bourrasque :

— Liang non ! Pas des éclairs !! Pas des éclairs !!!  Louis ! Je vais lui prêter main forte !

Monterey se saisit de sa baguette qui au contact sa main se changea en une ronce aux épines tranchantes qui s’enroula autour de son poing et de son avant-bras comme un boa lacérant sa peau et sa chair. Dans un hurlement de douleur il se jeta au sol, frappant le sable de son bras blessé espérant ainsi se débarrasser de son assaillant. Liang le rejoignit en courant. Il pointa sa baguette « Donji ». Le sort gela la ronce qui se contorsionna et tomba en se rigidifiant pour reprendre sa forme originelle. Monterey leva les yeux pour remercier son ami et vit derrière lui, grandissant dans le ciel d’encre noir ce qu’il ne connaissait que d’après son livre mais qu’il reconnut immédiatement : une méduse d’orage ! Une méduse gigantesque d’un bleu électrique phosphorescent qui tranchait d’avec les ténèbres. L’ombrelle de l’animal enfla comme gonflée par le vent et sous elle se trainait des tentacules porteurs de mort. Monterey resta muet, paralysé par l’horreur quand l’appendice de l’animal s’eut saisit de Liang, le soulevant dans les airs et qui, comme un aiguillon électrique le foudroya sur l’instant par vagues de décharges. La chose ne lâcha pas sa proie jusqu’à ce que le corps du sorcier ne fût entièrement consumé.

De son côté Louis ne pouvait s’empêcher de revoir Kingscott s’enfonçant dans le désert en courant droit sur la mort. Mais le temps n’était pas au deuil il fallait sauver ses hommes, accomplir la mission et ramener la marchandise coûte que coûte… Un instant il imagina que, peut-être, sa pensine serait la seul trace qu’il laisserait de son existence mais dans ce chaos il revînt brutalement à lui quand il vit Hakim debout devant l’orage, debout devant la méduse géante qui semblait se nourrir de la nuit même. Face au monstre Hakim tenait entre ses mains une orbe semi transparente dans laquelle une image reflétait à l’identique l’animal… Ses doigts pareillement à ceux d’un marionnettiste dansaient et semblaient  interagir avec la sphère. Pour Louis les choses devinrent claires et les paroles du guide résonnèrent dans son esprit : « Nous avons ouvert des portes que nul homme ne devrait franchir — Qui me dit que vos mains ne sont pas mauvaises? »  Louis couru et s’élança sur le traitre pour le plaquer au sol. Hakim surprit fut projeté à terre et l’orbe éclata comme une bulle de savon. S’en suivit une bagarre désordonnée où nul ne savait bien ce qu’il devait faire. Le revolver de Louis tomba dans le sable et par reflexe il s’en saisit immédiatement en se relevant. Sans sommation il tira une première fois. Hakim se figea. Dans la rixe son chèche était tombé et dévoilait ses traits tendus. Louis tira une deuxième fois puis une troisième. Le Touareg s’écroula en jetant un dernier regard à Tawa, qui, rendu sourd par la tempête ne sût rien de la mort qui venait de frapper. Un mur de sable lui fouettait le visage et une bourrasque plus puissante le fit basculer au sol. Son turban plaqué contre le visage il tentait de se déplacer à plat ventre dans l’espoir de se redresser, quand un écho diffus le força à tendre l’oreille pour s’assurer qu’il ne rêvait pas.

— Tawaaaa… frère… Taaaawaaa…

— Amaaan ?!

Dans la tempête il aperçut la silhouette chancelante de son frère prêt à s’écrouler alors sans même y réfléchir  son courage le fit se rétablir et il courut contre le vent mais quand l’image d’Aman disparue il comprit que l’illusion l’avait attiré à bonne distance du camp. Alors une gueule béante de sable mortel se referma sur lui.

Plus loin Monterey courait vers Louis en tenant son bras meurtri contre sa poitrine. Il se déplaçait avec difficulté terrassé par la fatigue et la douleur.

— Louis ! Pour… pourquoi est-ce que tu… ? Par tous les saints c’est Hakim !

— La méduse ! C’est lui ! Je l’ai vu ! Il l’a contrôlait à distance dans une…

— Dans une sphère ! Une « sphère Caveadomus » un sort de captivité ! Le seul moyen pour maitriser ses choses ! C’était dans mon livre ! Il tentait juste de l’arrêter et maintenant Liang est mort ! On est tous mort Louis !

— Non ! Je t’interdis de dire ça on va… Mais que-ce que… Là ! Sur ton cou !

— Quoi ? Tu… Je ne me sens pas très bien, c’est, c’est… mon bras… c’est fou Louis, complètement fou… je …

Sous le regard de Louis, Monterey devînt de plus en plus pâle tandis que son visage se marbrait de nervures sombres. Il ferma les yeux, crispé par la douleur et les écarquilla brutalement quand des épines de ronce transpercèrent sa peau de l’intérieur. Chaque blessure provoqua une hémorragie qui draina toute vie hors de son corps. Avant que Louis ne comprenne ce qui venait de se passer Monterey tombait raide mort à ses pieds.

Dans un état de transe profonde Louis tomba à genoux, le regard perdu il laissa ses larmes couler sur ses joues. Des larmes qui cristallisèrent tous les souvenirs de ses amis disparus et qui s’évaporèrent dans le vent du désert. Le temps sembla se distendre et s’accélérer. Voilà que l’orage était passé, emporté par la tempête et la méduse avec. Déjà le jour revenait. Le camp avait presque complètement disparu sous le sable, les chevaux avaient pris la fuite avec la relique. Mû par un réflexe primaire Louis se releva, marcha jusqu’aux restes de sa tente ou il trouva sa besace dont il passa la sangle sur son épaule et partit à marcher en direction du port. Il marcha des jours entiers jusqu’aux limites du supportable et plus loin encore jusqu’à ce qu’un matin, il reconnut au loin trois des chevaux tirant encore le trésor maudit source de leur malheur. Sur le cheval de tête : un homme…

— Kingscott !!!

Le jeune homme stoppa les chevaux et prit la peine de se retourner. Il n’était plus l’enfant fragile et malingre des premières semaines de l’expédition, non. Sa physionomie paraissait plus robuste, plus sombre. Dans ses mains le livre disparut de Monterey…

— Le livre… sur… les dangers du désert… alors… c’était… mais tu… tu nous as tué ! Tu nous as tous tué !

Kingscott pointa l’objet du menton.

— Là-bas… Dans… dans la forteresse… Ils sont morts parce qu’ils ont préférés fantasmer sans avoir le courage de vivre. Moi… Je ne serais jamais comme eux… Maintenant que j’ai vu… maintenant je sais ce que je désir vraiment. Je vais embrasser ma destinée. La décision n’a pas été facile… Je ramène l’objet seul. Moi ! l’unique survivant d’une expédition mortelle. Je serai adulé. Je serai glorifié !

Louis s’effondra sous le poids de la vérité. Tout son corps s’enfonça lourdement dans le sable brulant. En voyant Kingscott s’éloigné il ne pleura pas mais murmura :

— Pars… Je ne serais pas l’instrument de ta mort. Le désert m’a tout volé et je prie pour qu’il soit ton tombeau.

PRIX

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Chtitebulle · il y a
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Patrick Peronne · il y a
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Aurélien Azam · il y a
Un très bon texte, à l'intrigue et l'univers très travaillé qui m'ont laissé admiratif. L'ambiance du désert est également excellemment rendue, et les personnages saisissant de réalisme et d'originalité : les spécialisations magiques (ou non !) de chacun sont très bien pensées, et ton texte rendrait très bien en images ! :)
L'écriture est à mon sens le petit point faible de ton récit : elle est bien travaillée, assez efficace, mais je me suis perdu parfois dans son aspect fouillis et très remuante. En épurant le style et les actions, je pense que ton texte a les moyens d'être franchement excellent. Des fautes d'orthographe ponctuent aussi parfois tes lignes (confusions entre passé simple/participe passé notamment), ce qui fait passer pour amateur un texte qui ne l'est pas à mon sens !
Merci et grand bravo, Esteban :)

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Esteban · il y a
Merci de votre soutien et de la qualité de vos critiques. L'aspect parfois confus de l'action semble en effet être une remarque récurrente dont je prends bonne note. Quant à faiblesse de l'orthographe/conjugaison je suis ennuyé de présenter le texte en l'état. Étant actuellement mon seul relecteur et correcteur j'ai malheureusement manqué d'organisation et de temps pour la finalisation de la nouvelle. Situation à laquelle j'espère pouvoir très bientôt remédier. Merci
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Maia Acklins · il y a
Le miroir du Riséd ! Beau travail, et ta fanfiction se classe d'ors et déjà comme une de mes favorites dans ce concours ! Tu mérites bien plus de voix que ce que tu as ! Ton récit est captivant et fascinant : du début à la fin, on se demande ce qu'ils transportent, et quelle malédiction ils combattent, et comment tout cela se déroule... Et tout se termine dans un coup de tonnerre parfaitement ficelé ! Chapeau bas !

Me ferais-tu l'honneur de lire ma fanfiction s'il-te-plaît ? :) https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/de-larticle-37-9-du-code-de-la-division-des-relations-avec-le-monde-moldu-3

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Esteban · il y a
Merci pour les compliments et le soutien. Je me penche au plus vite sur votre texte. Bonne chance à vous.
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Alizée Le Pocher · il y a
C'est génial, on veut en savoir plus !!!

Je participe aussi, mais côté Fanart, si ça t'intéresse de jeter un œil ;)
https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/cetait-un-poil-de-chat-7

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Esteban · il y a
Merci et bonne chance à vous pour votre fanart que je vais découvrir d'ici peu.
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Laurent Berdolou · il y a
j'adore quand les fanfic HP sortent un peu de Poudlard !
tu as ma voix !
je participe aussi coté fanart, je t'invite à aller jeter un oeil !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/anniversaire-chez-les-potters

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Esteban · il y a
Merci. Si cela vous intéresse je vous propose de découvrir ma fanfiction "L'herboriste de Dusk" datant de 2016 ici: https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/l-herboriste-de-dusk
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Coraline Parmentier · il y a
Très dépaysant, j'ai beaucoup aimé, bravo !
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Esteban · il y a
Merci à vous !
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Hervé Mazoyer · il y a
Encore un texte d une remarquable ecriture vraiment c est top. L originalité en plus dans ce contexte desertique...mes voix pour vous.
Si vous le désirez je vous invite à découvrir mon tout dernier texte en compétition :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/un-train-denfer
Tres amicalement.

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Esteban · il y a
Merci de votre soutien. C'est avec plaisir que je m'en vais lire.
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Ginette Vijaya · il y a
Une veritable expédition dans le désert !
je participe aussi et je vous invite à litre ma fanfiction ; "tout a commencé dans un phare"
Merci beaucoup .

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Esteban · il y a
Merci. Je vais découvrir votre fanfiction au plus vite.
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