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La maison hantée

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Vimpy

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Le jeune garçon se tient là, debout, face à cette grande maison qui, paraît-il, est hantée. Il est vrai qu'elle n'augure rien de charmant avec sa façade grise, comme délavée, dont le crépi s’effrite. Les volets marrons, eux aussi, semblent se décomposer et la plupart sont penchés, sortis de leurs gonds. Ceux qui sont ouverts laissent entrevoir des fenêtres brisées, presque opaques tant la poussière s'est accumulée sur les vitres au cours du temps. Certaines de ses fenêtres sont condamnées par des planches négligemment clouées. Aucune lumière ne vient éclairer cette maison lugubre dans le jour tombant. L'atmosphère est pesante, tout est silencieux. Alentours, le terrain où poussent toutes sortes de mauvaises herbes, est désert, seulement composés d'arbres noirs biscornus, dénudés de toutes feuilles, sur lesquels se tiennent des corbeaux menaçants. La propriété est délimitée par une grille en fer forgée rouillée dans laquelle s’entrelacent des ronces qui semblent faire rempart aux visiteurs.

Mais William s'avance d'un pas lent et tend la main pour ouvrir le haut portail. Il n'est pas verrouillé et émet un long grincement qui déchire le silence bientôt recouvert par le croassement des corbeaux s'envolant avec frénésie. L'un d'eux manque de percuter le garçon, effrayé par ces sons soudains, qui baisse la tête à temps. Il se retourne, comme s’attendant à voir surgir quelqu'un ou quelque chose de la route mais il n'y a personne. Alors, il entre dans la propriété et se met à marcher sur une allée de gravier, son cœur battant de plus en plus vite à mesure que la maison se rapproche, se faisant de plus en plus imposante et menaçante. Enfin, William, se retrouve au bas des marches menant au perron. Il les gravit et atteint la porte de bois pourvue d'une fenêtre ovale brisée. Saisissant sa lampe de poche, il s'approche pour éclairer le hall de la maison. Celui-ci est vaste et s'ouvre sur un escalier montant dans les étages supérieurs. Il n'y a personne, tout est abandonné. Alors, après un dernier coup d’œil derrière lui, William tourne la poignée de la porte et pénètre dans la maison.

Le parquet miteux craque sous ses pieds alors qu'il observe le hall d'entrée. Les murs sont pleins de taches d'humidité et le crépi s'en détache. Tout est poussiéreux, du lustre gigantesque qui pend au-dessus du garçon jusqu'au plancher, en passant par les tableaux penchés accrochés aux murs. William s'approche de l'un deux pour enlever l'épaisse couche de saleté qui cache la peinture et découvre avec un mouvement de recul et un petit cri une jeune fille habillée d'une robe, dont le visage est marqué par un rictus laissant paraître des dents pointues et deux yeux blancs effrayants. William n'a qu'une envie : s’enfuir hors de la maison mais sa curiosité est trop forte et, comme emporter, il marche jusque dans le salon, à droite du hall. Celui-ci, aussi poussiéreux que le hall, est composé de fauteuils et de deux canapés miteux dont l'un est troué en son milieu. D'autres tableaux sont alignés le long des murs et un piano de bois est installé dans un coin de la pièce. Soudain, un téléphone se met à sonner faisant sursauter William. Il reste alors debout sur le seuil du salon comme paralysé alors que la sonnerie se fait plus insistante. Il tourne enfin la tête sur sa gauche pour remarquer une petite table dont un pied est cassé et sur laquelle est posé un vieux téléphone. Comme hypnotisé, il s'approche, le saisit et le porte à ses oreilles en prononçant un faible « allô ? » qui lui paraît distant. Une voix sifflante se fait entendre de l'autre côté du combiné :
« Vous avez pénétré dans ma demeure. Personne ne pénètre dans ma demeure... Ou alors... Personne n'en ressort. »
À ces mots, la voix se met à rire, d'un rire diabolique qui glace le sang de William qui repose en tremblant le téléphone. À peine, celui-ci a-t-il été placé sur son support qu'un son grave retentit dans la pièce : des notes de pianos. Pétrifié, le jeune garçon se retourne et se retrouve face à un clown machiavélique frappant les touches du piano avec lenteur. Son visage blanc dont la bouche rouge sang contraste est marqué d'une grimace et ses yeux jaunes marqués de deux traits verticaux le fixe méchamment tandis que ces cheveux verts sont secoués à chaque note appuyée avec frénésie.
William, comme porté par une force inattendue, se met alors à courir en direction de la porte d'entrée mais celle-ci est condamnée. Il n'a d'autre choix que d'emprunter les escaliers tandis que le clown s'avance vers le hall, une hache à la main. Le garçon gravit quatre à quatre les marches jusqu'au palier de repos quand, soudain, l'une d'elles craqua, formant un trou dans lequel il se prend la jambe. Le clown est là, grimpant lentement les marches, sa hache brandit, prêt à frapper. Mais le garçon est rapide et, après avoir libéré sa jambe monte jusqu'au palier de repos, saisit un buste de marbre et le lance de toutes ses forces sur le clown qui, projeté en arrière, dévale les escaliers avant d'atterrir lourdement en bas des marches.

William continue son ascension rapide et atteint l'étage supérieur de la maison. Là, il remarque des traces de sang sur les murs. Comme fasciné, il les suit jusqu'à une porte qu'il ouvre lentement, son cœur battant la chamade. Il sait ce qu'il trouvera derrière cette porte mais la tentation de le découvrir de ses propres yeux est trop forte. Il saisit donc la poignée de la porte qui grince et s'ouvre sur une salle de bain dont les murs et le sol sont couverts de sang. Au fond, se tient une baignoire cachée par un rideau. Alors qu'il s'apprête à le tirer, il entend une voix juste derrière lui :
« William ! William ! Tu m'entends ? Retire ce casque tout de suite, on mange ! Qu'est-ce que tu regardes encore pour sursauter comme ça tout seul ? C'est vraiment ridicule ces nouvelles technologies !
Maugréant des propos incompréhensibles et vexé de n'avoir pas eu le temps de finir sa vidéo, le jeune garçon retire alors son casque de réalité virtuelle, le dépose sur la table basse du salon avant de se diriger, d'un pas traînant, sur la terrasse ensoleillée où la table est déjà dressée.
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