La Guinée avait tué ses enfants

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En compétition

Comme tous les jours fériés ou manifestations, nous jouions au football dans la rue. Mes amis et moi aimions ce sport, nous le pratiquons souvent. Ce jour-là, il y avait une marche pour laquelle tous les citoyens étaient invités à se mobiliser au stade 28 septembre. Contrairement aux autres communes de la capitale guinéenne, celles de Dixinn et Kaloum étaient toujours calmes même s’il y avait des perturbations. Donc nous, nous profitions de ce calme pour jouer dans la rue. J’avais 12 ans, la plupart de mes amis avait presque aussi le même âge et tous habitions le même quartier. Ma maison n’était pas loin de la Pharma-Guinée. À 6 heures, j’étais déjà debout, j’entendais le bruit des footballeurs dans la rue. Il fallait venir tôt pour pouvoir jouer, j’ai rapidement enfilé mon maillot et lavé mon visage puis suis sorti. Il y avait du monde, ils étaient habillés différemment et cela embellissait le paysage avec la multitude de couleurs. Les joueurs se comprenaient bien malgré la différence de celles-ci. En effet, ils se connaissaient très bien, juste de voir le visage de son coéquipier pour pouvoir l’identifier. Près de nous, il y avait d’autres personnes qui s’étaient groupées, c’était des gendarmes. Cela ne nous dérangeait point, nous avions l’habitude de les voir. C’était la même chose pendant toutes les marches ou manifestations, la police, la gendarmerie et l’armée dans les rues armées comme si elles recevaient l’ordre de tuer. Elles étaient en détention d’armes dont elles n’avaient pas besoin pour canaliser les mouvements, des armes de guerre.
Nous arrêtions de jouer vers 9 heures, le soleil commençait à taper fort. J’ai décidé de passer chez un ami Moussa pour boire. En même temps j’allais en profiter pour lui demander s’il allait se rendre au stade. Arrivé chez lui, je l'ai trouvé en train de prendre son petit-déjeuner. Il me demanda si je voulais du pain aussi, il y en avait assez. Il y avait un four à pain chez eux. J’aimais bien le pain chaud avec du beurre, j’en mangeai un peu. Nous commencions à parler de la marche. Je lui ai enfin posé la question à laquelle je voulais vraiment une réponse. Malheureusement, il me répondit négativement parce que sa maman était présente. J’ai compris que même s’il désirait s’y rendre, il ne pourrait pas. Je sortis de la maison et m’en allai, je n’ai même pas bu d’eau parce qu’ayant l’envie d’aller au stade, je pensais que je n’aurais personne avec qui m’y rendre. J’étais frustré.
En rentrant, j’ai rencontré des personnes qui partaient. J’ai trouvé que ma maman avait déjà commencé la cuisine, elle n’a pas été au marché pour les condiments. Elle les avait payés la veille étant donné qu’à chaque marche, nul ne travaillait ni ne vendait. Elle m’interpella pour me dire de ne pas sortir pendant la marche avec un ton affectueux, elle me disait que c’était dangereux. J’ai souri et je suis parti me laver. Mon père était déjà sorti, il était allé à son atelier de travail pour contrôler si tout était bien fermé. Pendant les marches, il y avait toujours des cas de vandalisme.
Dans la douche, j’imaginais déjà à quoi ressemblerait la marche. On m’avait raconté les manifestations de janvier 2007 et tout ce que celles-ci avaient entraîné comme conséquences négatives. Une trentaine de morts d’après les médias, toute cette perte en vies humaines n’avait abouti à rien de ce que voulaient les syndicats, ni les opposants, encore moins le peuple. Ce lundi 28 septembre aussi, les mêmes opposants et le même peuple qui allaient manifester leur désenchantement à la candidature du capitaine Dadis. Mais cette fois-ci, le peuple était beaucoup plus motivé vu qu’il venait de sortir d’un régime militaire décevant et il n’était pas question d’y retourner.
Soudainement, j’entendis une voix m’appeler, c’était celle de ma maman. Elle me demanda si j’étais entrain de dormir dans la douche. J’avais terminé, le petit-déjeuner était prêt. En même temps arriva mon père, nous échangions quelques mots de bonjour, nous ne nous étions pas vus depuis le matin. Il me répéta les mêmes mots que ma maman me dit quelques minutes avant.
Les partisans devenaient de plus en plus nombreux et criaient les mots « Démocratie, non à la dictature, non au régime militaire ». Ils passaient en grand nombre, remplissaient la rue. Certains n’avaient plus de chaussures, d’autres tenaient de petites boîtes de menthol. J’ai trouvé cela bizarre, je me demandais comment des personnes pouvaient sortir de chez elles sans se chausser. Mon papa n’était plus là, je profitai de son absence pour descendre. En bas, j’ai interpellé un passant. Il suait et avait l’air vraiment fatigué. Je lui ai demandé pourquoi certains d’entre eux marchaient pieds nus. Il était mécontent, il expliquait : « Au niveau de chaque rond-point, il y avait les forces du désordre stationnées. Elles nous lançaient du lacrymogène et nous empêchaient d’avancer. Nous étions obligés de courir, de leur lancer des pierres pour passer. C’est pourquoi certains ont perdu leurs chaussures ». J’avais la réponse à la première question, j’ai voulu lui demander à propos du menthol, mais il était déjà passé. Les gens étaient pressés, ils avaient toujours de l’énergie en eux malgré les kilomètres de route qu’ils venaient d’effectuer.
C’était là que je vis Bouba, un ami. Nous fréquentions la même école coranique. Il filmait les passants avec son téléphone. Je lui ai demandé le temps qu’il faisait, il me dit 11 heures. Il me demanda si je voulais que nous nous rendions au stade, je n’ai même pas réfléchi. J’ai juste dit : « Bien sûr que oui ». J’étais excité, c’était la première fois que j’assistais à une marche. Je n’avais pas peur, nous étions nombreux.
Arrivé à la terrasse du stade, il y avait plein de policiers antiémeutes, nous avions du mal à respirer. L’air était pollué par du lacrymogène. Ils ne voulaient pas que les gens entrent dedans. Bouba et moi étions arrêtés en face de la deuxième entrée, il continuait à filmer. Les pierres et le gaz lacrymogène remplissaient le ciel. Nous voulions entrer forcément. C’était ainsi que je me dis, la cause pour laquelle les autres lançaient des pierres était la même qui m’avait fait arrêter à l’endroit où j’étais. Donc pourquoi ne pas les lancer comme eux ? Ça serait lâche de ma part de les voir souffrir pour une chose que nous voulions tous. À cet instant, j’ai commencé à faire comme eux. Bouba lui, ne pouvait pas, il continuer à filmer. C’était là qu’une bombe lacrymogène nous trouva. Avant qu’elle n’eût explosé, un homme la relança aux fauteurs de trouble qui étaient ces policiers. J’étais impressionné par ce qu’il venait de faire. Moi, j’avais l’intention de fuir. Il me regarda et me dit de ne pas avoir peur, il en avait l’habitude. Je sentais la solidarité.
Un bus arriva plein de personnes habillées en noir. J’ai entendu les gens se demander qui étaient ces derniers, mais nul ne savait. Les manifestants commençaient à entrer dans le stade. Les policiers se retiraient des portails et encourageaient les partisans à y entrer. Je le fis remarquer à Bouba, nous avancions vers le portail tout contents. J’ai vu passer Aladji, je l’avais laissé à la maison, il habitait au deuxième étage. Il était avec Bachir, un vendeur de thé tout près de chez moi et d’autres personnes que je ne connaissais pas, ils entrèrent et nous laissèrent. Je me demandais pourquoi pas nous, la voie était déjà libre. Bouba me dit qu’il avait des pressentiments, il ne voulait plus que nous entrions. J’ai cru qu’il n’était pas sérieux, je voulais qu’il me dise la véritable cause. Mais il n’expliqua pas, il n’eut pas les mots pour expliquer ce qu’il ressentait. Je lui ai demandé ce que nous allions faire vu qu’il ne voulait plus que nous y mettions pieds. Il me dit : « Rentrons à la maison ». Je n’avais pas insisté, nous prenions la voie de la Pharma-Guinée pour rentrer.
Juste après avoir dépassé la piscine Marocana, nous avions vu venir du pont, des camionnettes de bérets rouges. Ils étaient terriblement armés, nous étions effrayés. Il y avait un petit marché non loin de là, nous nous cachions jusqu’à ce qu’ils passent. Nous nous étions demandé pourquoi les militaires allaient au stade. Directement Bouba me dit : « Tu vois, je t’avais dit que ce n’était pas sûr ». Mais moi, j’ai juste pensé qu’ils étaient là pour aider les policiers antiémeutes à canaliser la manifestation et faire de telle sorte que tout aille bien. Je n’ai pas pu compter le nombre de camionnettes, elles roulaient à vive allure. Nous sortîmes de notre cachette et nous dépêchâmes avant que d’autres ne soient arrivées.
C’est au niveau de l’atelier de couture du père de Bouba que nous nous séparions. À peine monté à l’étage, j’ai commencé à entendre des coups de feu enchaînés, ça faisait beaucoup de bruits. Ils venaient du stade, c’était des rafales. Immédiatement, je montai sur la dalle pour voir ce qui se passait. À ce niveau, je pouvais voir quelques parties du stade. Malheureusement, j’ai trouvé mon père en compagnie d’autres personnes. Il m’ordonna de descendre parce que c’était dangereux avec les balles perdues. Je fis semblant de descendre, je m’arrêtai aux escaliers. Ça continuait toujours à pétarder. C’était à partir des escaliers que j’entendis une voix qui disait : « Ils tirent sur les personnes. Regardez ! Y a des gens qui tombent des tribunes ». À cet instant-là, je n’étais plus dans ma peau, je ne savais plus à quoi penser. Je partis au premier pour ne pas que ma mère fût inquiète. J’étais sur la terrasse, ils avaient arrêté de tirer. C’était calme, un silence de cimetière. Quelque chose d’horrible venait de se passer. Des rafales pendant plus de dix minutes, nul ne savait le nombre de personnes qui pourraient tomber sous ces balles.
Les premiers à sortir revenaient, certains avaient les vêtements tachetés de sang ou déchirés, j’ai vu une femme qui pleurait en courant. Plus les secondes s’écoulaient plus les personnes devenaient nombreuses. D’aucuns ne pouvaient même plus marcher correctement, mais ils forçaient, leurs vies étaient en jeu. Ce n’était pas le moment de ressentir toutes ces douleurs qui leur avaient été infligées par ces mauvaises personnes. Dans ce groupe de personnes, j’en ai reconnu une. C’était Aladji, il monta à l’étage, il avait le bras déboîté. On cherchait à le lui remettre, ça lui faisait mal, il criait. Arriva aussi Mouctar en courant, il s’arrêta où nous étions, il se coucha, il toussait. On lui envoya de l’eau à boire, en plus on lui en versait sur la poitrine. C’était à cause du gaz lacrymogène qu’il avait inhalé. Je savais que c’était insupportable parce que j’en avais aussi respiré avant et je savais à quoi cela ressemblait.
J’ai entendu des rires, j’étais stupéfait, j’ai cherché à savoir le pourquoi. C’était une vidéo qu’ils regardaient, elle a été filmée ce jour. L’intéressé avait oublié de mettre en arrêt son caméscope, il a même filmé sa fuite sans s’en rendre compte. Je pouvais remarquer ses pieds pendant qu’il courait, et puis les images étaient toutes renversées. Mais moi, je ne trouvais point cela hilarant. Au plus, c’était une personne qui cherchait à sauver sa vie. D’ailleurs toutes les manières étaient acceptables pour le faire. De jeunes gens qui avaient de l’avenir, qui n’avaient pas encore assuré leur descendance ne devaient pas perdre la vie de cette manière.
Là où nous étions, il y avait plusieurs jeunes qui y habitaient. Ils y sont presque tous allés. Un d’entre eux racontait comment il s’était tiré de ce carnage qu’il avait lui-même souligné. Il disait : « Quand les militaires venaient, j’allais en direction de la pelouse, la foule avait commencé à fuir. Ceux qui étaient déjà sur la pelouse et dans les tribunes étaient plus pris dans le piège par rapport à nous qui n’étions pas dedans. Ils y étaient enfermés et ne pouvaient pas échapper à leur assaut. D’ailleurs, certaines portes étaient électrocutées, elles avaient été alimentées à partir des poteaux d’électricité. Nul n’osait toucher à ces portes. Il y avait de la bousculade quand les gens descendaient des tribunes. Les militaires tiraient sur eux, la panique s’était installée. On tirait tes habits de partout, ils se déchiraient. On marchait sur certains sans s’en rendre compte, on était terrifié. Dans la cour, il se passait n’importe quoi. Les gens couraient de partout, cherchaient à se cacher. En plus, ils poursuivaient ces pauvres personnes qui n’étaient là que pour s’exprimer. Ces mauvaises personnes avaient la liberté de répression.
Je fuyais, mes compatriotes atteints par les balles tombaient à mes côtés, je ne pouvais rien faire pour eux. Je cherchais à sauver ma vie, je pensais à ma mère. J’entendais les gens pleurer, mais moi, je continuais ma course contre la vie. J’étais vers l’annexe du stade, je courais en direction des terrains de basket-ball. D’autres venaient en ma direction parce qu’il y avait des militaires qui tiraient du côté d’où ils venaient. Je ne savais plus par où aller, je décidai de m’arrêter et m’asseoir, je me confiai à Dieu. Plus d’issue pour échapper à la mort, tout était bloqué. Il n’y avait plus d’espoir de sortir vivant de cet endroit. J’avais la tête posée sur les genoux, j’attendais qu’une balle vienne m’ôter la vie ou qu’un militaire me poignarde.
Je restai dans cette position pendant plusieurs minutes, rien ne m’était arrivé. J’ai levé la tête et regardé. Ces assassins étaient partis.
Les gens commençaient à chercher leurs proches ou amis avec lesquels ils s’étaient rendus au stade. On pouvait entendre les voix en différentes langues. Certains trouvaient des gens qu’ils connaissaient à terre sous l’effet d’une balle, morts ou souffrants. C’était triste, du sang partout. Ces personnes qui venaient de commettre ces horribles actes étaient des compatriotes. Des sœurs violées, des frères poignardés. C’était incompréhensible, pourquoi une telle haine envers les citoyens guinéens ? Qu’est-ce que ces derniers avaient fait de si mauvais pour qu’ils soient réprimés de la sorte ? Mais ce n’était pas le moment de se poser des questions, il fallait sortir de là avant que d’autres militaires ne se pointent.
En sortant du stade, les volontaires de la Croix-Rouge arrivaient. Ils commençaient à apporter les premiers soins aux personnes. Ils étaient dépassés par ce qu’ils venaient de voir, le nombre de victimes les dépassait ».
Quand il finit de me raconter son aventure, j’ai décidé d’aller voir parce que ces militaires étaient déjà partis. En cours de route, je rencontrais des personnes qui venaient de là-bas. Dès mon arrivée, je voulus entrer, mais je n’eus pas le courage. D’ailleurs, la Croix-Rouge et le reste des hommes de tenues essayaient de faire sortir les gens de l’intérieur. Avec tout ce monde, ils ne pourraient pas bien faire leur boulot. C’était à partir de ce moment que ce métier m'a plu. D’ailleurs à cette même année, j’avais intégré la Croix-Rouge. Je prenais mon vélo pour aller suivre les cours à la minière dans l’école Amilcar Cabral. C’était noble comme engagement de sauver ou aider des personnes en situation de détresse. D’autres véhicules arrivaient, des camionnettes de bérets verts. La venue de celles-ci créa un mouvement, les gens qui étaient à l’extérieur en train d’attendre pour voir s’ils allaient retrouver des connaissances commencèrent à courir. La plupart était des banlieues, les jeunes de là-bas étaient les plus motivés quand il s’agissait de dénoncer la mauvaise gestion politique du pays.
C’est là que je pris la route du Prince pour aller vers la banlieue pour voir comment c’était. Je suivais ceux qui y rentraient. Le chemin avec toutes ces personnes ferait de sorte que la distance ne fût pas beaucoup éprouvante. On ne pouvait pas manquer de quoi regarder avec tous ces visages tristes et de femmes qui ne pouvaient plus marcher. On pouvait voir certaines parties du corps de celles-ci à cause de leurs habits déchirés. Mais ce n’était rien comparé à ce que certaines d’entre elles venaient de subir comme humiliation dans le stade.
Nous poursuivions la marche tranquillement jusqu’à arriver au rond-point de Hamdallaye. De l’autre côté du rond-point, les gendarmes et les jeunes se lançaient des projectiles. Je voulais me retrouver de l’autre côté, mais ça serait compliqué. D’aucuns passaient par la route de Taouyah, je ne connaissais pas bien l’endroit, je suivis quelques jeunes qui allaient par ce chemin. En route, je compris qu’ils le connaissaient bien et savaient aussi les tactiques pour ne pas se faire prendre par ces fauteurs de troubles. Nous quittions la route pour entrer dans le quartier, les hommes en uniformes y allaient rarement. C’était l’un des quartiers les plus dangereux de Conakry. Hamdallaye, n’était pas accueillant pour les militaires.
Après quelques centaines de mètres, nous sortîmes vers la pharmacie du Prince. On se serait crus dans une guerre, des pneus brûlés partout, des pierres, des bouteilles cassées. C’était la première fois je voyais du cocktail Molotov. Mais ce n’était pas la première fois que j’en avais entendu parler. Je me souvenais une fois d'en avoir parlé avec mon père, il faisait tout son possible pour me donner une très riche culture générale. Là où j’étais, il y avait un peu de sécurité. Quand je dis un peu de sécurité, c’était parce que je n’étais pas trop près des militaires. Mais j’étais à la portée des balles perdues. D’autres préféraient mourir d’une balle que d’être pris par ces mauvaises personnes sans foi. Ils savaient torturer, faire du mal aux citoyens faisait partie de leur savoir. Vu que nous étions à quelques dizaines de mètres d’eux, je me sentais en sécurité. Ils n’hésitaient pas à descendre les gens, ils tiraient vers le ciel, on pouvait voir les balles par terre. Mais nous n’avions point peur, c’était devenu une habitude.
Il commençait à se faire tard, les militaires voulaient en finir, ils décidèrent de faire des patrouilles. Les ruelles des quartiers n’étaient pas spacieuses et dans certains coins, leurs camionnettes ne pouvaient pas passer. Tout le monde pénétra dans les quartiers, je ne connaissais pas les coins, je suivais les gens. Personne n’osait entrer dans la cour d’autrui pour s’y réfugier, c’était dangereux. Ces loubards pouvaient prendre cela comme prétexte et entrer dans les maisons des citoyens pour tout casser ou maltraiter ceux qui étaient à l’intérieur. Ils ne tenaient pas compte des enfants qui y vivaient, ils faisaient exprès de lancer les lacrymogènes dans les concessions de leurs frères et sœurs guinéens. Il n’y avait aucune morale.
Certaines ruelles étaient tellement étroites que même une personne y passait difficilement à plus forte raison 10 gaillards qui voulaient s’y faufiler. Il fallait être sportif et très rapide. Quelqu’un m’avait piétiné, j’ai perdu ma chaussure gauche. Je ne pouvais pas la récupérer en ce moment, il y avait une masse derrière moi et celle-ci était chassée par des personnes pleines de rage. Je n’avais aucune idée d’où nous étions entrain d’aller, c’était cours ou crève. Je courais, c’était un point fort pour moi. Mon père et moi partions souvent au stade la nuit pour faire du sport, je pratiquais aussi le basket-ball. Tout ceci me permettait d’être rapide, mais pas plus qu’une balle. Après quelques centaines de mètres de course, nous nous arrêtâmes. Certains se firent arrêter par les chasseurs. Nous étions inquiets pour eux, si nous pouvions, nous les aurions même aidés à se libérer. Mais nul ne voulait mourir sous l’effet d’une balle. Qui mourait se faisait oublier dans les jours qui suivaient. Sans justice, ces assassins ne seront jamais jugés pour ce qu’ils ont fait. Et ces pertes en vies humaines n’influençaient jamais la prise de décision du gouvernement. Ils continuent à tuer le peuple. Ceux qui se font prendre pendant les manifestations voyaient à quel point l’homme pouvait être barbare, ils se font maltraiter. Des actes ignobles, ils en commettent souvent.
Je ne savais plus où j’étais après avoir échappé à leur chasse. Quelqu’un venait vers moi, je voulais courir parce que certains de ces assassins s’habillaient en civil pour nous arrêter. Mais une voix me dit de ne pas bouger, avec toutes ces personnes, il n’oserait pas me faire du mal. Près de moi, il s’excusa de m’avoir piétiné tout à l’heure, il m’avait reconnu. J’avais déjà oublié ce fait, j’étais toujours entier et je comprenais la situation dans laquelle nous étions. Des excuses n’avaient pas une place dans ce qui venait de se dérouler. Je profitai pour lui demander où nous étions. Il me l’expliquait, mais je n’y comprenais rien, je n’étais pas du quartier. Avec ma petite taille, il me demanda où je voulais rentrer, Dixinn je répondis. Il fit remarquer que si je parvenais à passer l’escadron de Hamdallaye sans me faire arrêter, de l’autre côté tout était calme.
Le soleil commençait à se coucher, je devais prendre le chemin du retour. Les gens étaient épuisés et frustrés. Je passai dans les quartiers pour rentrer chez moi. Une horrible journée venait de se terminer. Nul ne savait le nombre de morts, de personnes arrêtées et de blessés pendant cette unique journée. La Guinée avait tué ses enfants.

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Youri Billet · il y a
Histoire contée avec toute la sincérité et la franchise des faits : la liberté de répression ! Ici aux USA, cette liberté s'exprime malheureusement trop souvent...
Voici une autre rencontre avec la gierre civile... Votre avis ? https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/rencontre-a-uriage
Youri

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Mohamed bachir Camara · il y a
Franchement frere tu es extra atypique belle ecriture un récit nostalgique et revolutionnaire.
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M. Iraje · il y a
Un récit qui prend des allures de reportage pour nous rappeler que la fiction, hélas, se construit souvent sur une douloureuse réalité.
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Brandon Ngniaouo · il y a
Un récit très poignant. Un grand merci à vous pour avoir eu le courage de nous décrire ces sombres réalités.
Vous-avez ma modeste voix.

Je vous invite à découvrir mon texte en compétition pour le prix des jeunes auteurs, et à me soutenir avec vos voix, si jamais il vous plaît.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-chose-11
J'adorerais également lire vos commentaires avisés qui m'aideront à me parfaire.

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Gaelle Ghanem · il y a
Bravo et mille bravo, j'adore votre style! Très beau, vous avez ma voix!
Je vous invite à découvrir mon oeuvre: https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/noir-cest-noir-il-me-reste-lespoir

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Woodlande Joseph · il y a
Tres beau texte. J'ai beaucoup aime, le texte est tres original , tres réaliste
Si vous avez le temps passez me rendre visite et si le coeur vous en dit vous pouvez voter pour me soutenir
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/brisee-6
Merci et bonne chance !!!

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DEBA WANDJI · il y a
Texte très interpelateur, Mamadou. Vous dessinez là quelques unes des images sombres qui meublent le vécu quotidien dans bon nombre de démocratures africaines.

J'adhère par ma voix et je vous invite à découvrir mon texte en course pour le prix jeunes auteurs https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas de laisser vos impressions en commentaires. Merci!

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Elhadj Mamadou Kaly Sow · il y a
Merci beaucoup.
Je n'y manquerai pas.

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Marie Juliane DAVID · il y a
Un récit très bien détaillé, réaliste et bien mené..
Un mauvais souvenirs!
Mes encouragements et bonne chance pour la suite.
Si vous avez un peu de temps, passez découvrir mon texte. Pour y accéder, veuillez cliquer sur mon nom tout en haut de ce commentaire. Merci d'avance de passer.

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Elhadj Mamadou Kaly Sow · il y a
D'accord, merci beaucoup. Je n'y manquerai pas
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Philippe Clavel · il y a
ce témoignage à travers un récit dont on peut penser qu'il s'agit d'une fiction, est intéressant,
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Elhadj Mamadou Kaly Sow · il y a
Oui c'était extraordinaire !
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Arnaud-Christ EKONE · il y a
Mamadou, Malgré le timbre tragique de ton histoire, incèrement, j'ai aimé.
Il y'a une certaine subtilité et mignonne imagination dans tes écrits.
Merci et bravo.

Je t'invite en surcroît à me lire dans «Les cieux, la cime et la prairie» et de me donner ton avis. Si jamais tu voyage dans le monde légendaire de cette fable, n'hésite pas de laisser des voix.

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Elhadj Mamadou Kaly Sow · il y a
Merci beaucoup.
Je n'y manquerai pas

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