La finalita è bella

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Image de Été 2020
Ils logeaient dans une chambre d'hôtel. Elle, elle y passait le plus clair de son temps car, elle n'avait pas le droit de sortir à cause du confinement. Lui, il allait travailler, et, quitter tous les matins la chambre et revenait le soir.
Cette chambre était oppressante. Elle ne s'y sentait pas à l'aise et soupçonnait une présence d'outre-tombe, un regard mortifère qui observait chacun des ses maigres mouvements. Elle scrutait le plafond et les quatre murs blancs en espérant trouver des réponses. Un matin, dans la lueur d'un rayon de soleil , elle repéra un fil d'argent qui pendait du plafond. Elle monta sur son lit et tira sur le fil qui, résista un peu mais elle ne lâcha pas et, venue de nulle part apparut une espèce de toile d'araignée que l'on pourrait comparer à celles que l'on utilise pour les décorations d'Halloween, mais celle-ci lui paraissait bien réel. Cela la glaça jusqu'aux os, elle lâcha le fil qui se rétracta et disparut. D'où cela pouvait-il venir? Ce n'était pas rationnel! Avait-elle rêvé?
Le soir, lorsqu'il rentra , il la trouva dans un état de panique et elle lui expliqua qu'elle ne souhaitait pas rester dans cette chambre car, elle était oppressée et morte de peur. Elle lui raconta ce qui s'était passé mais il ne la crut pas ou plutôt, cela n'était pas assez rationnel pour qu'il y attachât assez d'importance. Par contre, il n'était pas possible de quitter l'hôtel avec les règles strictes de non-déplacements sans motif valable. Et, la détection d'un fantôme n'en était pas un.
Le lendemain, elle prit son courage à deux mains et décida de rentrer en contact avec l'entité. Quittes à être confinés ensemble , autant essayer d'instaurer un dialogue et de tuer cette solitude.
Elle essaya de l'amadouer en lui parlant de sa grande ouverture d'esprit et de sa tolérance à l'irrationnel. Elle n'était pas particulièrement à l'aise mais les mots semblaient la rassurer elle même fur à mesure qu'ils sortaient de sa bouche. Elle crut percevoir des sons, des craquements qui semblaient faire écho à ses remarques solitaires, à ses questionnements. Était-ce une création de son esprit, trop longtemps resté isolé. Divaguait-elle? Ce jeu l'occupa toute la journée et, elle décida de ne pas parler de sa nouvelle stratégie à son petit ami. Au fil des jours, elle apprivoisa sa peur et, son ton était désormais plus joyeux même si les échanges avec son nouvel ami restaient très vagues et imprécis.
Un matin, elle se réveilla avec ce sentiment horrible que cet être imaginaire ou pas, prenait désormais plus de place que son amoureux qu'elle ne voyait plus beaucoup. La pandémie connaissait une deuxième vague et, il était sur le terrain depuis très tôt le matin jusqu'à très tard le soir. De façon inattendue mais presque logique, elle passait plus de temps avec cet entité qu'avec lui et, conversait toute la journée partageant ses pensées les plus secrètes. Cela lui faisait du bien mais, ce matin-là, elle avait besoin de plus, elle avait besoin de l'entendre, de savoir qui il était.
Elle eut cette idée géniale de passer par la télévision qui d'ailleurs était restée éteinte depuis leur arrivée. Quinze jours de confinement, voilà ce que lui coûtait son envie de quitter son île et de retrouver son chéri en France. Elle s'était promise d'éviter les journaux télévisés qui répétaient en boucle des nombres de morts, créant la terreur dans les foyers confinés. Non, elle préférait s'informer par elle-même par les moyens qu'elle connaissait : internet, youtube. Elle n'y croyait pas à cette pandémie. De donneur d'alerte en donneur d'alerte, elle surfait sur la théorie du complot, auquel son ami avait du mal à adhérer, et, vu son métier, c'était beaucoup mieux ainsi.
La télé, donc. A peine eut-elle pris la télécommande dans ses mains et, avant même qu'elle ne pressa la touche 'on', le téléviseur s'alluma. Elle comprit qu'elle venait de se connecter avec l'entité, et, que celle-ci avait compris son idée et qu'elle allait jouer le jeu.
C'est alors qu'un échange aussi incroyable qu'insolite commença entre les deux. Les chaînes zappaient à vive allure et, les mots pris soit de la bouche d'un acteur, soit d'un animateur de jeu télévisé, soit d'un chanteur s'alignaient les uns à côté des autres pour former une phrase cohérente.
Après l'effet de surprise du méli-mélo des voix, elle prit conscience de la première phrase :
"Même dans la mort, je recherche l' "amore", le dernier mot avait été pris dans la bouche d'un acteur italien, et, donc prononcé à l'italienne.
"Et, elle lui dit : "Attends, je dois prendre un stylo pour noter cela car, c'est très beau."
Cela la laissa tout de même perplexe, car, elle réalisait combien cette phrase pouvait avoir plusieurs sens ou plutôt combien elle était insensée. Comment l'amour pouvait-il avoir une place dans la mort?
Puis il continua. "Je vous aime depuis que vous êtes entrée dans cette chambre."
Elle ne réagit pas. Elle resta là à essayer de comprendre ce que tout cela voulait dire. Elle ne réussit pas à savoir pourquoi il était resté coincé entre deux mondes mais, ses paroles lui étaient douces et réconfortantes même avec les voix d'emprunt de la télévision. Elle savait qu'elle n'était pas insensible à ce qui était en train de se passer entre elle et lui.
Les journées de confinement furent désormais plus agréables car, elle pouvait converser avec cet homme de l'au-delà et elle tombait amoureuse de lui sans même le voir.
Son petit ami finit par se douter de quelque chose. Il comprit qu'il y avait quelqu'un d'autre, même s'il ne comprenait pas comment, en période de confinement, sa petite amie avait pu tomber amoureuse d'un autre homme.
Par fierté, il préféra la détourner de cette attirance vers une autre personne que lui, en lui annonçant qu'ils allaient être déplacés dans un autre hôtel. Un froid glacial se fit sentir dans la chambre et elle paniqua. Comment allait-il faire pour la suivre? Un fantôme, pouvait-il se déplacer à sa guise? Autant, elle, elle pouvait changer de prison mais, lui, sa prison était liée à sa mort et, quitter ce lieu pouvait signifier de ne plus jamais pouvoir accéder à l'autre monde. Elle ressentit sa tourmente et, sans hésiter une seconde, annonça à son petit copain qu'il pouvait partir sans elle. Plutôt mourir, pensa-t-elle.
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ALYAE B.S · il y a
Waw, j'adore. C'est si bien écrit et les mots sont soigneusement utilisés. Bravo !!
Une invitation à venir découvrir mon TTC la face cachée de l'Isère. Merci 🤗

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Fleur A. · il y a
Une histoire bien construite. Une suite?
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Fabienne Luisa · il y a
Merci Fleur. En fait, cette histoire est inspirée largement d’ un rêve que j’ai fait pendant le confinement. Moi, aussi, j’ai été étonnée qu’il soit si bien construit!!! LOL ... en tout cas, ça m’a donné envie d’ecrire.... alors, oui, la suite, bientôt!
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Tnomreg Germont · il y a
Amour toujours....je vote - Dio come ti amour none possibile...
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Patrick Gindre · il y a
où se cache l'amour ?
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Fabienne Luisa · il y a
Votre question m’a scotchée!! Du coup, je cherche aussi ;)
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Marie Quinio · il y a
Mais quelle bonne surprise de découvrir ce texte !! (par un grand hasard d'ailleurs). Bravo !! Entre rêve et réalité, cet amore, à la vie à la mort, on aimerait connaître la suite Fabienne !
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Fabienne Luisa · il y a
Merci, Marie Laure! Mon premier encouragement! Effectivement, il y une suite qui commence ainsi : "Elle se réveilla en sueur, encore toute effrayée de ses propres pensées qu'elle avait générées dans son rêve." ....
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Marie Quinio · il y a
Tu es déjà prête pour la suite, c'est super ;))