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La douceur de la nuit

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Lisandre

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Une brise froide faisait frissonner la ville. La nuit silencieuse régnait, les portes étaient closes, les volets fermés. Les lampadaires diffusaient une lumière faible qui rendait la nuit mystérieuse et cynique. Sous la lumière du disque lunaire se reflétait une ville fantôme, aux allures de belle dame repliée sur elle-même, par timidité ou par pudeur.
L’impasse de l’ange, elle, n’était pas déserte. Deux hommes se regardaient, semblaient murmurer. L’un d’eux contre le mur fronçait les sourcils, il avait des tics nerveux. Il cherchait une issue des yeux, stressé. L’autre, face à lui, observait ses réactions, lui caressait la joue parfois. Son sourire insolent paraissait malsain à la lumière jaune des réverbères. Le scalpel qu’il tenait de son autre main parcourait chaque partie du visage de son vis-à-vis, glissait sur sa chemise, inoffensif et impudent.
La peur suait du corps enfoncé dans le mur. Les mains crispées de l’individu griffaient les pierres rouge sombre derrière lui. L’odeur de l’angoisse embaumait la rue entière. Son prédateur inspira profondément ce parfum dont il se délectait.
Le vent siffla plus fort. Un volet claqua non loin d’eux, brisant le paisible silence de la ville.
Les yeux désespérés avaient cru apercevoir là-dedans une échappatoire, cherchant silencieusement une fenêtre découverte. L’autre secoua la tête, se voulant rassurant, comme à un enfant qu’on voulait protéger d’un mal.
Non, non tu n’as aucune échappatoire. Tu n’iras nulle part et personne ne viendra te sauver. Personne ne t’entend ici. Personne ne s’occupe de ton sort, tu vois bien.
L’instrument chirurgical continua sa course et découpa les boutons de la chemise un à un, s’appliquant à faire sauter chaque parcelle d’espoir des yeux inquiets de son propriétaire.
De grosses gouttes de sueur perlèrent à son front, il avalait difficilement. Le prédateur sourit, satisfait. La terreur avait fait son travail. A lui à présent de lui faire regretter les maladresses qui avaient franchies ses lèvres. Le scalpel alors creusa adroitement un fin sillon dans la joue de la proie acculée. Un filet de sang, éclatant à la lumière de la lune, s’écoula doucement le long de sa joue jusqu’à la commissure de ses lèvres. Une grimace vint anéantir la dernière trace de sérénité qui jurait sur son visage. Il gémit. Une main vint lui caresser la joue de nouveau, mais cette fois-ci elle étala le sang encore chaud sur les lèvres de sa proie tremblotante.
Goûte-le. Lèche. Vas-y. Le sang a cette saveur particulière qui fait penser à la mort.
Un chat miaula de mécontentement dans la rue voisine. Une poubelle tomba avec fracas. Un autre chat rugit et leurs feulements emplirent la nuit. On devinait les griffes se planter dans la chair de l’adversaire. On devinait les crocs acérés déchirer des lambeaux de peau.
L’assassin sourit en entendant ce combat obstiné. Il continua d’étaler le sang sur les lèvres tremblantes, puis ses doigts glissèrent sur le cou de sa proie, tout doucement. Sans s’arrêter, les doigts descendirent plus bas sur le torse et l’index continua seul sa course pour l’interrompre à un endroit précis. Il sentait battre son organe le plus vital à un rythme bien trop important. Le prédateur le regarda dans les yeux. Il l’interrogea du regard. Là ? Il approcha son scalpel, les yeux paniqués s’emplirent de larmes et lui implorèrent d’arrêter. Un grand sourire sadique naquit sur le visage du meurtrier avant qu’il ne promène son doigt sur d’autres organes.
Une église sonna le quart d’heure avant minuit.
L’assassin saisit son scalpel et posa sa lame juste à côté du cœur. Il interrompit son geste, observant de nouveau son vis-à-vis, avec un sourire malicieux. Il ne faudrait pas abîmer les organes vitaux.
Il traça un trait adroitement, duquel s’échappait le liquide rouge avec ferveur. Le scalpel trancha la peau jusqu’à l’intestin, prenant soin d’enfoncer de plus en plus sa lame dans le corps fébrile. La proie commença à gémir plus fort, un peu trop fort.
L’assassin secoua l’index et claqua sa langue contre son palet doucement en le regardant de nouveau comme un enfant qui venait de faire une bêtise. Il plaqua sa main sur sa bouche, l’empêchant de produire un seul son. La proie était pétrifiée de peur et de douleur. Il continua de creuser la chair, minutieusement, avec une conscience professionnelle, pendant quelques douloureuses minutes.
Le sang coulait abondamment, il colorait la chair de rouge et semblait s’y incruster. Les deux hommes sentirent que les jambes de la proie faiblissaient. Elle ne tiendrait plus longtemps debout. Alors, l’assassin resserra l’emprise sur sa bouche et lui asséna un coup brusque avec son instrument de torture dans le poumon, très près du cœur. Au même moment, le premier coup de minuit retentit. La masse vivante qui se trouvait devant lui, glissa progressivement le long du mur. L’assassin libéra la bouche de sa proie. Elle ne gémirait plus. Il laissa l’agonie se propager dans le corps presque mort, à ses pieds. Il compta les secondes, sadique. Quatre, cinq, six.
Il s’agenouilla et le regarda dans les yeux. Ils devenaient vitreux, perdaient de leur vitalité en même temps que le sang s’écoulait. Il posa une main sur son cœur. Il s’essoufflait. Le sang venait à manquer. Sept... huit... Il se pencha sur le corps, presque plus aucun signe de vie. Neuf... Il prit son pouls.
L’assassin secoua la tête, déçu. Il n’aura pas tenu jusqu’à l’heure du jour nouveau.
Il continua de compter, sans quitter le corps des yeux.
« Dix... Onze... Douze... »
La cloche se tut. Les chats s’étaient entretués. Le calme revint. L’assassin prit l’œillet blanc qui décorait sa veste et le déposa sur le corps. Ce serait sa touche finale. La fleur se teinta de rouge, elle mettait sa robe du soir. Il l’observa se colorer, un sourire énigmatique sur les lèvres, qui le rendait mauvais à la lumière des réverbères. Il inclina la tête, comme pour mieux apprécier son œuvre. Cette petite touche personnelle lui allait à ravir.
L’astre d’argent, seul témoin de cette scène formidable, se dissimula derrière des nuages noirs, blanc de peur. L’homme s’en retourna en sifflotant doucement, satisfait.

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Cameron N. · il y a
Une belle ambiance macabre et sadique comme on les aime ! MWAHAHAHaha....heurm. Bref. Très bon texte ! chapeau bas l'artiste ;-)
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Java · il y a
Euh... Pourquoi je lis ça avant de dormir, tu m'expliques?? Bon néanmoins, je dois admettre que c'était très bien écrit et malgré ma terreur, je suis allée jusqu'au bout. Soit je suis maso, soit c'était tellement prenant que tu m'as embarquée avec toi. Je crois que je ne suis pas maso, alors je te félicite pour le don que tu as d'embarquer le lecteur! Je vote! Encore bravo! :)
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Lisandre · il y a
Merci!! Ca me touche!
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Tanguy Mouilliere · il y a
Jouissif, j'ai joui, mais après j'ai compris que c'était a propos d'un meurtre.... Donc j'ai joui a nouveau.
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Tanguy Mouilliere · il y a
Idem
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