La cage

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Obélix est tombé dans la potion magique quand il était petit. Moi c'est dans la littérature. Lire, écrire.. Deux passions majeures de ma vie. Ne pas écrire me serait impensable. J'aime ... [+]

Image de Naruto Fanfictions

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-Va-t’en !
Les mots claquèrent comme un coup de fouet ; ce fut alors comme si on l’avait poussé. Ses jambes se mirent en mouvement sans même qu’il s’en rende compte. Il ne pensait plus, sa raison s’était envolée, emportée par le vent, par l’angoisse. Seul son instinct le guidait, cette chose qui vient de ses entrailles, du plus profond de lui.

L’instinct de survie.

Il les entendait. Derrière lui. Le pourchassant. Comme s’il n’était qu’une bête sauvage, qu’on devait mettre en cage. A surveiller, à contrôler. A mater.

Oh mais attendez ! C’était exactement ce qu’ils voulaient lui faire !

C’était bien ça l’ennui. Ils voulaient l’enfermer, s’approprier le contrôle de sa vie. Pour mieux l’utiliser. Parce qu’ils ne voyaient que ce qu’ils voulaient voir. Et ils voyaient Kyuubi. Et ils voulaient Kyuubi.

Pour eux, il n’avait jamais été Naruto Uzumaki.

Et pourtant, il l’était. Il était un être humain, pas un jouet, une arme. Alors, comme le lui avait crié Sakura, désespérée, inquiète, terrifiée, il s’était mis à courir. Il courait pour sa vie, pour son indépendance. Pour ne pas finir comme un chien, comme un esclave.

Pour ne pas finir comme Kyuubi, enfermé dans son ventre.

Il se stoppa net dans sa course quand un ninja apparut subitement devant lui. Naruto frappa sec. Le coup de pied envoyé dans le ventre du ninja le mit à terre, et le jinchuriki enchaîna un autre coup, cette fois-ci au front. Son adversaire, pris par vitesse, ne put éviter les coups rapides de Naruto, et fut projeté dans les airs, avant de s’écrouler violemment sur le sol. Son bandeau s’envola sous le choc, et termina sa course plus loin. Le symbole de Konoha trônait fièrement dessus.

« -Dites, Iruka-sensei, je peux essayer votre bandeau ? » se remémora son esprit.

Naruto sentit tout son corps s’embraser sous le sentiment de révolte qui grondait en lui.

Un kunaï lancé en sa direction le tira dans ses pensées. Il en sortit un de sa poche, et para le projectile. D’autres ninjas de Konoha firent leur apparition, l’entourant, l’encerclant. Menaçantes ombres, synonymes de douleur.

Ils travaillaient pour la Racine. Pour Danzô.

Et il se battit. Contre eux, contre l’injustice, contre la peur et l’enfermement.

-Multiclonage !

D’autres Naruto apparurent, rétablissant l’équilibre des forces. Et ils s’élancèrent contre leurs adversaires.
Le jinchuuriki devait repousser. Repousser l’angoisse et ennemi.

Les clones disparaissaient les uns après les autres dans des nuages de fumée blanche, laissant Naruto de plus en plus seul. Mais qu’importe le niveau d’inquiétude qui l’habitait, une chose n’avait pas changé.

« Je n’abandonnerai jamais. Je ne reviens jamais sur ma parole. Car tel est mon nindô ! »

-Multiclonage ! répéta-t-il avec force.

Sa conviction revenait par vagues. Sa volonté inébranlable reprenait le pas sur sa rage. Et il poussa un cri de guerre. Courant de lui-même jusqu’à un ninja, il enfonça brutalement son poing dans le visage de l’opposant. Un ninja ennemi apparut dans son dos, le kunaï brandi, mais un clone de Naruto s’interposa, et prit le kunaï à la place de l’original. Ce dernier en profita pour attraper le bras du ninja et le lança sur un autre. L’attaquant esquiva cependant, et l’autre ninja se rétablit rapidement sur ses pieds.

Il l’entendit soudain, venant de loin.
Un shuriken. Qui venait d’être lancé, aiguisé à en couper l’air. Mais ce n’était pas lui qui était visé. Il se ficha profondément dans l’épaule d’un ninja adverse. La seconde après, le lanceur apparut, perché sur un arbre, ses cheveux roses balancés par le vent.
-Sakura ! cria-t-il.
-Pars ! Va-t-en ! lança-t-elle pour toute réponse.

La panique ravageait son amie, c’était visible. Le ton de sa voix, ses yeux inquiets, ses sourcils froncés...
Naruto fut choqué pourtant. Fuir n’était pas une option. Il ne l’avait même pas envisagée. Et où irait-il ?
Mais Sakura lui répéta qu’il devait partir, juste avant de frapper de toutes ses forces un ninja qui l’avait prise pour cible.
-On te couvre, vas-y !

Naruto se retourna vers la voix qui venait de parler. Parce que ce n’était pas Sakura qui venait de le faire. C’était leur senseï, Kakashi, le ninja copieur.
-Je ne peux pas..
Mais Kakashi le coupa alors qu’il paraît un kunaï avec le sien.
-Si, tu peux ! Je te l’ordonne ! Fais-nous confiance.

Autour d’eux, le chaos prenait de l’ampleur. Les bruits propres aux combats commençaient à s’intensifier.

Parce que Sakura n’était plus seule.
-Shikamaru ! Ino ! Chôji !

Mais ils n’étaient pas les seuls à arriver. En vérité, ils arrivaient tous. Tous ses amis. Pour lui, pour l’aider. Naruto était littéralement entouré. Ils se battaient pour lui.

-Va-t-en ! cria Kakashi comme s’il criait par peur pour la vie de son élève.
Et dans un sens, il n’avait pas tort.
Le jinchuuriki était bouche-bée.

-Tu dois fuir ! continua son senseï. Il veut contrôler Kyuubi. S’il met la main sur toi, tu finiras en cage.

Ça n’était pas difficile de comprendre qui était ce « il ». Danzô. Cet être monstrueux qui cherchait le pouvoir, à satisfaire ses ambitions.

Et Kakashi paniquait aussi, un peu. Il n’était pas au même stade que Sakura, loin de là. Il gardait le contrôle sur lui, son sang-froid. Parce que la situation le nécessitait. Mais Naruto se sentait envahir par le choc. Comment en étaient-ils arrivés là ?

« Je ne suis pas Kyuubi. »

-Il veut te contrôler ! PARS !

Alors c’est ce qu’il fit.
Il partit.

Il fit confiance à ses amis, à sa famille, celle qui se battait pour sa survie, son indépendance, sa liberté.

Il bondit en l’air à la vitesse de la lumière, filant tel le vent, laissant derrière lui le combat continuer, Sakura briser le sol à l’aide de ses poings, Shikamaru empêcher un ninja de le poursuivre grâce à son ombre, Kakashi emprisonner un autre dans une bulle d’eau, Gaï faire la tornade de Konoha...

Mais parmi tous ceux qui se battaient pour lui, Naruto n’avait pas vu Saï.

***

Où devait-il aller ? Où se cacher ? Combien de temps devrait-il le rester ? Et ses amis, comment allaient-ils le retrouver ?

Naruto avait couru de longues heures, parcourut de nombreux kilomètres. Il s’était arrêté parfois, attendant un allié dans l’ombre. Mais personne n’était venu, et l’esprit de Naruto avait dérivé, s’imaginant des scénarios catastrophes, s’imaginant un désastre total.
« Que dois-je faire ? » se demanda-t-il pour la énième fois.

Adossé contre un arbre, tentant de reprendre son souffle, ses esprits, son calme, le garçon réfléchissait. Devait-il envoyer des clones ?

« Que ferait Kakashi à ma place ? Que me conseillerait-il ? »
Mais la seule personne capable de répondre à cette question n’était pas à ses côtés.

Il posa une main lasse sur son front, enlevant les gouttes de sueur qui perlaient dessus.
-Bon allez Naruto ! Ressaisis-toi ! Tu dois trouver un abri ! Allez !

Alors il se remit en route. Mais il n’avait pas prévu que Danzô se dresserait en travers d’elle.

***

Il criait, des cris à s’en déchirer la gorge, à s’en déchirer le cœur. Frappant les barreaux de toutes ses forces, les griffant à s’en faire saigner, il hurla qu’il voulait sortir, qu’il devait sortir ! Ils n’avaient pas le droit ! Ce n’était pas juste, ce n’était pas humain !

-Arrêtez !

Et Kyuubi gronda.

-Laissez-moi sortir !

Il avait été enfermé. Son esprit revivait à grand peine son combat contre Danzô. Ça avait été la descente aux enfers. Jamais il n’avait eu autant l’impression d’être faible et impuissant. Toutes ses attaques avaient échoué. Toutes ses techniques n’avaient pas pu venir à bout de l’homme.

Une punition, une déchéance. Une terrible défaite.

Et au fond de lui, il sentit Kyuubi cracher sa haine et son dégoût.

Son chakra de démon se mit à frapper contre les barreaux de sa propre cage –et dire que son jinchuuriki se faisait enfermer au même titre que lui l’avait été. Aujourd’hui, Naruto et Kyuubi étaient plus semblables que jamais, plus proches qu’il leur était possible !

Les vagues du chakra démoniaque glissaient entre les barreaux, le sceau tremblait sous la puissance. Naruto se sentait envahi, possédé, encerclé par le pouvoir du démon. Comme si les griffes de Kyuubi se glissaient sur son âme meurtrie, et qu’elles la serraient, cruelles, sans pitié, insensibles à sa douleur et à sa peine.

« Aidez-moi ! » criait son esprit affolé.
-Laissez-moi sortir de là ! Vous n’avez pas le droit !

Mais personne ne l’écoutait. Et la cage restait en place, l’enfermant, le soumettant, l’arrachant à sa vie de ninja et à sa liberté.
Et Kyuubi semblait glisser, glisser, glisser, hors de sa cage et loin de ses barreaux. Et il se glissait à l’intérieur de son âme et de son esprit, envoyant valser son humanité et les restes de son self-control. Il ne pouvait pas résister, la pression était trop forte et trop violente.

Et il se noya en elle, il se noya dans les ténèbres de Kyuubi.

***
Qui était-il ?

C’est terrifiant de voir à quel point le monde peut basculer en quelques instants, comme s’il suffisait de claquer des doigts pour que la raison des hommes s’effondre.
Et la raison, il était presque sûr de l’avoir perdue. Comme sa dignité et sa fierté.

Lui restait-il encore son humanité ? Il n’était plus sûr de rien, à vrai dire. Comme si on lui refusait même d’avoir des certitudes. N’était-il donc pas digne de penser ?

« Ne suis-je donc qu’un animal, un démon juste bon à mater ? »

Et pourtant, il avait l’impression que quelque chose au fond de lui refusait la défaite, refusait la soumission. Oh, il avait bien tenté de se rebeller. Mais la cage l’empêchait d’utiliser son chakra. Ils tentaient de le contrôler, d’enchaîner son esprit. Pour mieux se servir de Kyuubi.

Ils lui jetaient la nourriture à la figure, comme s’il lui jetait en pleine face sa dignité arrachée cruellement.

Mais une petite voix chuchotait dans son esprit : « N’abandonne pas. »
Et même si son esprit était un tel chaos, un tel tourbillon de pensées floues et contradictoires, il écouta cette voix.

Qui était-il ?

Ça n’avait même plus d’importance. Le plus important, c’était de tenir, de supporter. Et de ne pas oublier qu’au fond, il était humain.

Et pas l’animal qu’ils voulaient qu’il soit.

***

On le fit sortir trois fois. Trois fois pendant lesquelles on le força à faire régner la terreur. Il n’avait plus le contrôle de son corps et de son esprit. Les sharingan sur le bras de Danzô, il les redoutait ! Il savait que dès que Danzô s’approchait et défaisait les bandages sur son bras, c’était pour l’utiliser. Et une fois que ses yeux plongeaient dans les siens, c’était comme si son esprit était enchaîné, mis en cage, et torturé.

Il devenait Kyuubi, mais même sous cette forme démoniaque, il n’avait pas le contrôle de ses actions. Danzô était le maître absolu, et le forçait à se battre, à déchaîner sa puissance, à frapper, à soumettre les autres, à intimider. Un monstre, voilà ce qu’il devenait.

Et, quand il l’avait utilisé autant qu’il voulait, il remettait en cage Kyuubi, et Naruto revenait. Mais à chaque fois, une partie de lui-même manquait.

Devenait-il fou ? Fou de rage et de douleur...

***
-Il s’est enfui !
Des voix lui parvenaient. Naruto ouvrit un œil, puis deux, mais il ne bougea pas.
-Danzô est furieux !
-Tu m’étonnes ! Son petit protégé l’a trahi.
-Je vois pas pourquoi en plus ! Tout ça pour sauver l’autre abruti de monstre !
-Heureusement qu’il s’est fait attraper avant de mettre son plan à exécution ! C’est peut-être un abruti de monstre, mais au moins c’est une bonne arme !

Des voix, mais pas de visages. Voilà le quotidien de Naruto. Il les entendait tous se moquer de lui, mais il ne connaissait pas le quart d’entre eux.

Mais il avait appris une chose : Saï ne l’avait pas trahi. Saï avait voulu le sauver.

Mais c’était si dommage pour eux qu’il avait échoué.

***

Pour Naruto, sa mise en cage sembla durer des années. Des années à voir les mêmes barreaux qui l’entouraient, qui l’emprisonnaient. D’une certaine manière, cette prison était devenue sa maison. Une maison qu’il voulait fuir. Quand il s’endormait, il souhaitait parfois de toutes ses forces que les barreaux disparaissent. Mais quand il se réveillait, les barreaux étaient toujours là.

En vérité, il ne fut pas emprisonné pendant des années. Ça dura dix mois, dix heures et treize minutes. Car un jour, on ne vint pas lui donner sa ration de nourriture. S’il s’en étonna, il ne dit rien. Il avait appris il y a bien longtemps que crier ne servait à rien et n’amenait que les punitions et la violence. On lui avait arraché les ongles. On l’avait tiré par les cheveux. On l’avait affamé, assoiffé, humilié, frappé et battu. On avait ri de lui, on s’était moqué de son impuissance, de sa déchéance. On avait exercé un chantage sur lui. Il devait faire taire sa volonté et son insubordination sinon ce serait ses amis qu’on ferait taire.

Et ses amis, où étaient-ils ? Allaient-ils bien ? S’étaient-ils enfuis ? Personne ne lui disait rien. Parce qu’il n’était personne. Juste un chien, une arme, un outil comme un autre.

Le lendemain, personne ne vint non plus. Naruto ne dit rien. Il n’appela personne. Il n’y faisait pas attention. Comme si ça n’avait pas d’importance.

Le jour suivant, le silence et la solitude régnaient toujours. Cette fois-ci, Naruto s’en inquiéta un peu plus. Mais il ne dit toujours rien.

Le quatrième jour, le ventre serré par la faim, et la gorge aussi sèche qu’un désert, Naruto s’approcha des barreaux. Il ne comprenait pas. Ça n’était pas normal. Il était loin le temps où on l’affamait. Il avait depuis des mois deux repas par jour : un le matin et un le soir.

Le cinquième jour, il resta accolé contre le mur. On l’avait oublié, de ça il en était sûr. Peut-être n’avait-il plus d’importance, peut-être n’était-il même plus digne d’être utilisé.

***

La porte s’ouvrit dans un grincement. La cage était poussiéreuse. Les barreaux avaient été en vain griffés. Du sang avait séché dessus. Et le garçon était recroquevillé dans un coin, replié sur lui-même, ses cheveux autrefois si blonds étaient maintenant si ternes.

Il entendit des bruits de pas. Quelqu’un s’approchait. Quelqu’un avait ouvert la porte. Il n’avait pas été oublié ? Existait-il toujours ? Avait-il toujours une raison d’être ?

Naruto releva la tête. Ses yeux vitreux et fatigués s’agrandirent. Comme si une lueur revenait, comme si la surprise leur redonnait un semblait de vie. Comme si peut-être tout n’était pas mort. Comme si peut-être lui n’était pas encore mort. Comme si le fait que cette personne en particulier puisse se tenir devant lui et lui ouvrir la porte lui montrait que tout espoir n’était pas détruit, réduit en poussières.

Car la personne qui se tenait debout face à lui était Sasuke.

-Je crois qu’ils t’attendent en haut, dit ce dernier.

Naruto se leva. Il mit du temps à se lever, mais il y parvint. Il avait faim et soif, ce qui ralentissait ses mouvements. Il se sentait faible et nauséeux. Mais plus en vie qu’il ne l’avait jamais été ces derniers mois. Lorsqu’il redressa la tête, il croisa le regard de Sasuke. Il était impassible, impossible à lire, impossible à déchiffrer. Mais il n’y avait ni mépris, ni pitié.

Et puis, finalement, Naruto se mit à avancer. Pas après pas, son corps se mit en mouvement, à s’approcher de la porte ouverte, de la liberté.

Il passa à côté de Sasuke, s’arrêta un instant.
-Va, dit-il simplement.

Et le garçon blond s’exécuta. Il passa la porte de la cage, la laissant derrière elle. Il ne sut pas comment, mais il se mit à courir. C’était comme si son corps, même fatigué, trouvait la force dans sa peur de se mouvoir. Il voulait mettre le plus de distance possible entre la cage et lui. C’était son souhait le plus cher en cet instant.

Et Naruto courut jusqu’à la sortie, jusqu’à la lumière, jusqu’à ses amis, sa famille. Ils étaient en vie, ils l’attendaient. Il existait toujours. On ne l’avait pas oublié.

Il existait !

Naruto avait de l’importance pour eux. Pas Kyuubi. Il ne savait pas ce qui l’attendrait en haut. La cage avait été placée dans une cave humide. On ne l’avait jamais informé de ce qui se passait, il ne sortait que pour semer le chaos et la terreur sous sa forme de Kyuubi.

Mais il avait beau ne pas savoir, ça ne ralentissait pas sa course effrénée. Il ne savait pas encore que le chemin serait long pour se rétablir. Pour avoir à nouveau l’impression d’être une personne, une identité, un être pourvu de dignité.

Car pour l’instant, la seule chose qu’il savait et qui résonnait dans son esprit, c’était qu’il était sorti. Qu’il était libéré de sa cage.

Et qu’il était grand temps de voler.
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