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La brise nocturne

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Loic Gatipon

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Nuit d'été limpide. Les grillons. Les étoiles filantes. Dehors l'air est tiède. La lune change le jardin en eau forte.
Ta fenêtre est entrouverte, les voilages animés par la brise légère.
Tu dors, presque sur le ventre, drapée de blanc jusque sur les hanches, la joue posée sur un bras. Alanguie.
Vagues reflets lunaires sur ta peau blanche. Un clair obscur de Bonnard.
Le vent léger écarte un peu les voiles, entre dans la chambre. Il te survole en silence, tel un ange bienveillant, invisible mais présent. Il frôle ta joue, ton cou, et caresse comme une plume soyeuse l'arrondi de ton épaule. Il est reparti, tourbillonnant librement autour de toi.
Il revient entre tes omoplates et descend, virevoltant de droite comme de gauche sur la soie de ton dos. Il se fait caresse. « On dirait un serpent qui danse. »
Il dessine sur ton dos des arabesques douces, déliées, et vient, dans un ultime soubresaut, remontant sur ton flanc, te mordre délicatement juste sous le sein gauche à demi découvert.
Le baiser de l'orientaliste.
Soupir, silence, au loin les premières lueurs d'un orage. La guerre éclate entre la terre moite et l'air hyalin. Tension entre le palpable et l'immatériel. Entre ta peau et le vent léger. Frissons, caresses, ondes électrisées.

Désir naissant, frôlement furtif à la naissance de ton sein, juste en dessous. Tu as replié ton bras gauche au-dessus de la tête. La caresse de l'air te soulève légèrement l'épaule mais ne te réveille pas. Ton sommeil est paisible mais fragile, inconsciemment tu es encore aux aguets de la nuit, de ses bruits, de ses odeurs, de ses mystères. La pointe de ton sein touche à peine le drap. Blanc contre blanc. Petit frisson, frottement...
Le vent s'emballe en de fugaces et invisibles tourbillons qui viennent caresser tes hanches et , comme dans un rêve, soulever le drap qui couvrait tes fesses. Dans un rêve. Car tu rêves maintenant, tes paupières s'agitent un peu, tu te retournes nerveusement, offrant maintenant la moitié droite de ton corps nu aux caprices de la brise. Les éclairs opalescents sont plus francs et habillent ta peau blanche d'une aura éphémère.
Tu rêves de paravents et le vent te pare de désir. Il frôle ton ventre, il t'embrasse le creux de la taille et contracte ton diaphragme en le piquant à peine. Et l'onde de ce mascaret vient se lover entre tes seins offerts à l'orage, comme deux mains qui viendraient s'y rejoindre,
Mouvements reptiliens de de ces deux mains qui viennent, grande ouvertes, cerner tes seins et en caresser les contours. Ta peau hérissée, pigmentée de frissons. Pointes indécentes, guettant le contact imminent de ces doigts qui s'aventurent un peu plus, qui approchent... Perception accrue de l'épiderme, de la brise, du souffle de la bouche qui est presque là...
Tu n'es qu'à moitié réveillée, le visage sur le côté, la bouche entrouverte, les poignets croisés au dessus de la tête.

La pulpe des lèvres frôle le téton, qui se contracte, saisi dans la glace... Éclairs dehors, éclairs en toi... Deux lèvres qui maintenant l'entourent, l'aspirent doucement, friandise, framboise un peu mûre... Puis la langue....
Tes reins se cambrent un peu, instinctivement tu te déhanches légèrement, tu respires plus fort. Vagues chaudes parcourant ton ventre, ressac tellurique et profond sous ta peau...
Les deux mains caressent lentement, très lentement tes seins. Arabesques douces et frottements furtifs des phalanges, une à une, contre les pointes. La langue entreprend une sarabande enhardie, rythmée, exploratrice... Le parfum et la texture de ta peau...
Tes poignets se décroisent au dessus de tes cheveux et tes mains viennent se poser autour de ton nombril. Ton ventre est tendu, nerveux... Tes doigts caressent ta peau, se crispent sur elle comme sur un drap de soie. Le vent soulève soudainement les rideaux, le premier grondement de l'orage se fait entendre et le courant d'air, dévalant comme un torrent sur ton visage, dans ton cou, puis du vallon de tes seins vers ton ventre, vient mourir entre tes cuisses, que tes mains viennent d'entrouvrir...
Les arbres du jardin s'animent et entament sous la lune une danse fantomatique. Les grillons se sont tus.

Tes mains sont remontées sur les miennes, tes doigts sont venus s'intercaler entre les miens, couvrant, touchant, caressant eux aussi tes seins. Puis tu m'enserres un poignet, approche ma main de ta bouche et commence à goûter doucement, lentement mes phalanges, les yeux clos. Frisson absolu.
Lentement mon visage descend sur ton ventre chaud. Éclairs, reflets d'acier sur ta bouche humide et entrouverte. Une petite armée de baisers subtils a dressé le camp sur ton ventre, douce plaine de soie tendue.
Ta respiration est saccadée, presque tremblante, par moment un grand frisson jaillit entre tes épaules, te soulève le torse et te serre en dedans.
Mes mains redescendent dans ton cou, sur l'arrondi des épaules et des seins, dans le creux de la taille, sur l'arête de tes hanches, le haut de tes cuisses. Mes baisers descendent sous ton nombril. Dehors sur la terrasse on entend les premières grosses gouttes de l'averse à venir. Grosses gouttes d'orage, lourdes et chaudes.

La bouche qui descend dans la toison, sur la ligne de l'aine. Baiser immobile et doux à l'intérieur de la cuisse ouverte, où ta peau devient encore plus douce, remontant, remontant jusqu'à atteindre le bord de ta lèvre. Parfum, tiédeur, désir entrouvert.
Griffures esquissées dans tes cuisses, et les mains qui s'immiscent presque sous tes fesses pour les soulever un peu.
Orage, éclairs, averse, vent déchaîné...
Ma bouche entrouverte, bout de la langue te remontant, te goûtant, et venant de la pointe appuyer sous le petit bouton, puis dessus... Petits ronds tout autour, légers, réguliers, puis fermes...
Ta main qui serre le drap blanc très fort, ton souffle très court, un soupir, déjà...

Ta cuisse droite s'ouvre, s'ouvre, puis la gauche. La langue descend sur les contours veloutés de cette ligne, symétrie qui s'entrouvre, rose, acidulée, la langue la pénètre un peu, s'immisçant entre les pétales d'une fleur. Rosée. Grosses gouttes chaudes de l'orage sur les volets...
Ta main rejoint mon visage en glissant le long de tes hanches. Ta main puis tes doigts aventureux qui descendent et finissent par toucher ma langue. Petits frissons, décharge électrique presque imperceptible. Tes doigts mouillés, qui t'ouvrent un peu plus à mes baisers. Baisers humides entre tes cuisses, entre tes doigts... Dehors la pluie rebondit sur les feuilles des arbres et ruisselle déjà entre les herbes folles du jardin...
C'est alors que du bout de l'index je viens en toi, alcôve secrète, impudique et belle. En de vagues spirales le doigt entre, doucement, profondément, irrésistiblement. Gémissement sourd. Ton ventre serré par la morsure d'un démon. Mais tu refuses tout exorcisme...

Le doigt est tout en toi, il t'explore, serré par ton ventre humide et doucement brûlant qui l'étreint en se contractant. Il t'explore, tout au fond de toi, se recroqueville un peu, il t'ouvre puis revient caresser de sa pulpe les pétales rosés...
Tendu à nouveau, il revient dans toi, avec assurance, et te caresse, tourne, fouille...
Cuisses ouvertes, blancheur de ta peau sous l'éclat des éclairs, désir éclos...
Ma langue reprend la place qui lui manquait déjà. A son tour mon doigt, nimbé de toi, enrobé de ton désir, vient rapidement serpenter sur ton ventre, la pointe de tes seins. Il se place enfin au bord de ta bouche entrouverte. Et tu le goûtes, encore, lentement, longuement, avec une gourmandise frénétique...

Dehors déjà la terrasse est inondée, de petits ruisseaux se sont formés entres les dalles. La terre des bordures regorge de cette eau presque tiède, les camélias ploient lourdement sous le déluge.
Tes pieds, un instant crispés, l'instant suivant se frottant mollement au drap blanc. Soudain tu les plaques fermement sur le lit, assise exquise. Tes fesses et ton ventre se serrent et se soulèvent, tu ondules, tu vacilles et l'intérieur de tes cuisses cale plus fermement ma tête.

Tu te redresses, tes mains viennent inviter mon visage à rejoindre le tien. Je viens. Je t'embrasse, j'ai le goût de toi, tu goûtes à mes lèvres, tu goûtes à toi, je suis contre toi, entier contre toi, vivant, désireux de toi ma désireuse. Et tu me veux dans toi, et c'est impérieux. Point de détails. Et tu me prends dans toi... En un soupir, profond et sourd, comme le roulement du tonnerre.

PRIX

Image de Eté 2016
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Guy Richart · il y a
Le plus beau texte érotique que j'ai lu sur Short Édition. Ma voix.
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Guy Richart · il y a
Un des plus beaux textes érotiques que j'ai lus sur short édition. Bravo. Ma voix.
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Rêveuse de canapé · il y a
La délicatesse de vos mots a actionné le "petit bouton" de mon imagination. Merci pour ce voyage initiatique!
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Anne Grelounaud · il y a
Sensuel...délicat...tous les sens sont en éveil...bravo !
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Perle Vallens · il y a
Très belle progression comme la montée du désir... L'orage est un moment propice, où cette tension tellurique et céleste rejoint celle des corps.
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Envie d'ailleurs · il y a
très sensuel ce texte, le paralèle avec l'orage, son souffle, et la puissance progressive, c'est vraiment bien écrit et la progression bien amenée
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HarukoSan · il y a
superbement décrit....l'instant le plus chaud, le plus doux , le plus beau....avec des mots, des comparaisons, une sensualité généreuse, envoutante...j'adore..Merci et bien sur je vote!+1
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Sally · il y a
Très beau texte...
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Solange · il y a
bjr
trop beau!!
merci!!!!

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Keith Simmonds · il y a
Bonsoir,Loic ! Mon “Bal populaire” est en compétition pour le
Grand Prix Été 2016, mais il ne nous reste que 11 jours pour
voter. Je vous invite à venir le lire et le soutenir si le cœur
vous en dit! Je vous remercie d’avance!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/bal-populaire

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