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La boutique de chaussures

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Adeline Sauvet

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Depuis quelques mois, j'habite Auvers. J'y habite enfin après plusieurs mois de bataille auprès des banques. Cette installation me permet de réaliser un rêve, vivre au cœur du village des impressionnistes et pour moi qui aime la campagne, c'est le paradis.
La variété des paysages et l'air pur qui s'y dégage me donnent une impression de renaissance .
Le soir je prends plaisir à aller sortir le chien. Il y a si peu de voitures que l’on entend le chant des oiseaux à merveille, leurs déplacements de fils en fils, la musique de la nature.

Un soir je décidais d'explorer les rues autour de chez moi afin de connaître un peu mieux mon nouveau quartier. J'avançais tranquillement dans la rue Parmentier et voilà que je tombais sur la  vitrine d'une vieille boutique de chaussures.

Cette petite vitrine semblait figée par le temps, les chaussures exposées étaient d'un autre âge et l'on voyait qu'elles n'avaient pas bougé depuis des années, aussi je me demandais ce qui avait pu se produire pour que cela reste dans cet état et décidais de laisser aller ma curiosité.
Après tout, je pourrais revenir une autre fois sans Gribouille, ce que je fis le lendemain. 

Je pris mon courage à deux mains et poussais la porte, elle était rugueuse au toucher et sentait, le bois ancien, le vernis avait lui-même souffert du temps et s’en allait  par endroit.
Il faisait sombre et cela sentait le renfermé, je m’approchai des chaussures et sursautais lorsque que j'entendis une voix derrière moi, je me retournais et tombais sur une vieille dame.”
Je suis désolée, la porte était ouverte et j’ai voulu voir de plus près vos vieilles  chaussures "
"Choisissez en une paire "
« Pardon »
« Choisissez en une paire! »

Devant le ton impératif, je ne pus m'empêcher d’obéir, je pris une paire de sabots fourrés à carreaux bleu et blanc avec un liseré violet.
Je mis la première, puis la deuxième quand tout à coup ma tête se mis à tourner.
Je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé mais me voici de retour dans cette même boutique soixante ans en arrière.
L’odeur en était complètement différente, ça sentait bon la cannelle et le chocolat chaud que l’on servait aux clients présents à l'intérieur de la boutique.

Les chaussures m'avaient fait voyager dans le temps.
La boutique était remplie, une jeune femme me dit "j'avais raison de vous faire essayer des chaussures "
"
Mais qui êtes-vous ?
" La dame de tout à l'heure je suis propriétaire de ce magasin avec ma sœur jumelle qui est là-bas. »
Je les regardais toutes les deux, elles étaient très belles.
La première avait des cheveux blonds, tellement blonds que les blés sembleraient fade à leur côté et de mignons yeux noisettes ,pétillants de malice .
La seconde à l’inverse , des cheveux d’un noir de jais et des yeux si bleus que l’on se perdrait dans son regard .
Elles étaient très différentes, et en même temps, tellement identiques dans leurs expressions et leurs plastiques parfaites.
A coup sûr, elles devaient faire tourner les têtes de tous les jeunes hommes du village.

« Les chaussures sont sacrées, chaque chaussure a une âme et une histoire, elles ont leur propre vie.
On les soigne et on les aime pour que leur vie soit la plus longue possible.
Toutes nos chaussures appartenaient  à un magicien qui leur a donné le pouvoir de voyager dans le temps à n'importe quelle époque.
Il suffit de penser à la période à laquelle nous voulons  aller »
Je n'en croyais pas mes oreilles, plus jamais je ne  regarderais des chaussures de la même façon.
Grâce à ces chaussures, je pourrais faire des choses dont j’ai toujours rêvé, comme partir à la rencontre de mes ancêtres  ou bien encore partir à la rencontre de ces peintres dont nos rues portent si bien le nom.

"Promettez-moi de faire bon usage de ces chaussures.
En allant dans le passé, vos découvrirez les erreurs qui ont pu être faites.
Je vous demande de faire en sorte que ces erreurs ne se reproduisent pas dans l’avenir.
Avec le temps l’homme à tendance à oublier et à recommencer, grâce à ces chaussures, vous serez capable de leur dire :
-STOP
-RAPPELEZ-VOUS.
Une bonne contribution au devoir de mémoire. »

Je lui promis donc de mener à bien la tâche et dans un nouveau tourbillon, me voici de retour à mon époque.
J’étais enchantée par ma mission, tout en ayant une crainte. Est-il si simple de convaincre le plus grand nombre lorsqu’ils sont emportés dans leur élan?

Tout à coup, j’eu une idée: Puisque je sais que Vincent Van Gogh va être célèbre, peut être pourrais-je commencer par la, cela ne va pas être simple, mais je pourrais, pourquoi pas essayer de convaincre les gens de son talent mais aussi, lui-même. Certes, il eut une relation très fusionnelle avec son frère Théo, mais je ne crois pas qu’il ait eu d’amis durables.

Je décidai de commencer par aller le rencontrer à Londres dans la petite boutique de chez Goupil.
Je pensai très fort à Londres et arrivais en plein mois d’avril 1874 et me retrouvais juste devant le magasin.
Au premier coup d’œil, je le vis sa chevelure rousse contrastant avec le marron des murs.
Je l’observais, tendis l’oreille et écoutais ses discours aux clients. Il était passionné et respirait l’art à plein nez.
Je m’approchais afin de faire une première prise contact, cela se passa sans encombre et il m’invita à aller dans son jardin après le travail à 18h.
Il m’expliqua qu’il aimait jardiner. Il avait semé plusieurs graines de fleurs notamment des pois de senteur et des pavots.
Il habitait à trois quart d’heure de son magasin et aimait parcourir le chemin entre son logement et son travail car cela lui faisait deux belles promenades par jour. Il me dit «  qui aime sincèrement la nature trouve son plaisir partout ». Il aimait la nature et les hommes, il croyait avec une profonde force en l’amour, l’homme et la femme n’étaient pas selon lui deux êtres complémentaires, mais pouvait ne faire qu’une seule et même personne. Mais la Hollande lui manquait et il me dit qu’ici il avait perdu l’envie de dessiner.
« Vincent, pourriez-vous me montrer un de vos dessins ? »
Il me gribouilla quelque chose sur un morceau de papier et je pris ce prétexte pour lui dire qu’il avait du talent, bien évidemment, je ne pouvais pas lui dire que je venais du futur, il ne comprendrait pas, il fallait agir tout en douceur.
Nous sommes partis tous les deux dans un échange épistolaire intense et temps en temps, nous nous rendions visite .je prenais un grand plaisir à lire ses écrits, les tournures de ses phrases étaient magnifiques. Il aurait pu devenir écrivain .Il adorait les livres, et échangeait beaucoup sur la littérature et l'art en général avec son frère.

Après avoir voulu devenir pasteur, il reprit soudain goût à la peinture.
La vie ne lui était pas facile mais heureusement, il recevait tous les mois une rente de son frère qui l’aidait à vivre. Je suivi de loin son histoire d’amour avec Sien il s’occupait des enfants de cette femme comme si c’étaient les siens, et pour lui le mariage n'était pas si important, il avait déjà une conception très moderne de la vie en couple. Le temps passait et il travaillait avec ardeur, il commençait à se désespérer car aucun tableau ne se vendait et sa santé défaillait.
Il fallait que je lui fasse comprendre qu’il était un précurseur de son art je lui lut ce passage de Mes Haines de Zola «  observer ce qui plait au public est toujours ce qu’il y a de plus banal , ce qu’on a coutume de voir chaque année , on est habitués à de telles fadeurs , à des mensonges si jolis , qu’on refuse de toute sa puissance, les vérités fortes »
« Vincent, les vérités fortes, c’est ce que tu fais » 
Les contrastes que tu utilises dans tes couleurs, les gens n’ont pas l’habitude je crois que cela choque leurs regards, mais je sais que cela fonctionnera. Un jour tu seras célèbre.

J’essayais de convaincre les gens de son talent, mais je pense que ceux-ci n’étaient tout simplement par prêts, la peinture de Vincent était trop moderne pour eux.
Les gens ont du mal à s'habituer à ce qui sort du cadre, il sera plus facile d’écouter du Mozart ou du Vivaldi pour un amateur que du Berg ou du Webern.

Sur les conseils de Théo, il s'installa à Auvers sur Oise je lui rendais visite, oh comme cela me fut bizarre de voir mon village à cette époque.
Instinctivement, je pris le chemin qui menait à ma maison, il s’avéra que c'était une année fertile en construction de logement car la demande était forte. A la place de ma maison, il y avait.. Des champs.
Au bout de la rue Rémy, sur la place, un café était en construction.
Il aimait peindre sur les hauteurs, dans les champs de blés, mais un jour alors qu’il peignait calmement, il reçut une balle dans la poitrine.
Deux gamins qui jouaient avec un revolver et le coup est parti tout seul.
Il descendit sans rien dire et alla dans sa chambre, il me dit qu’il n’avait pas voulu les dénoncer car il ne voulait pas que ces deux jeunes gens aient la vie gâchée pour une maladresse.

La suite, vous la connaissez...
Ma mission n’a pas été pleinement remplie car je n’ai pas réussi à faire en sorte qu’il soit célèbre de son vivant, mais j’ai la satisfaction de me dire qu’il a eu pendant toutes ses années un ami supplémentaire.
Nous ne sommes peut-être pas capable de changer le destin, mais nous pouvons faire en sorte que le souvenir de Vincent ne s’éteigne jamais afin qu’il puisse avoir une vie éternelle.
Nous ne pouvons pas changer le passé, mais quand nous voyons un jeune artiste ou simplement quelqu'un qui a une idée originale, aidons le de notre mieux car sait-on jamais, peut être que lui aussi sera célèbre?


Demain, je partirai pour autre époque, il y a tellement de chose que j’aimerais savoir.
Et si je partais en 1940 pour voir comment était la vie à Auvers sous l’occupation?
Mais cela est une autre histoire....
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