La boîte à l'hêtre

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Eclectique, chaotique, poétique  [+]

Assise devant son petit bureau d'acacia, presque confortable sur la vieille chaise en pin couverte de velours, Mika, les yeux mi-clos, laissait le soleil ouvrir la pièce.
Les meubles, tous de bois différents en faisaient autant.
Une étagère en bois d'okoumé, la console en bois d'ébène aux pieds sculptés, le chiffonnier de hêtre, les boîtes à mouchoirs, à cigares, à papiers couvertes d'écorces de bouleau, le cadre, au mur, cernant de bois de rose un cerisier solitaire.
La pièce vouée aux arbres se réchauffait l'écorce et les feuilles au rythme du soleil qui montait.
La chaleur douce du matin rendait vie aux bois morts qui laissaient échapper de fines coulées de sève jusqu'au parquet. Ce parquet de tous bois lui aussi entrait en Mika par la plante des pieds. Les yeux toujours mi-clos observaient les essences d'arbres qui montait en elle, leurs odeurs qui se mélangeaient. Mika devenait le coeur et la vie de la pièce.
Elle louait la petite pièce à l'étage d'une maison perdue dans la campagne nivernaise. Les rails l'avaient conduite jusque-là, où, à la sauvette, elle avait trouvé cette maison au propriétaire étrange. Il lui avait loué le petit bureau, puis confié la maison avec son mode d'emploi.
Mika en quête de repères et de rituels nouveaux s'était appliquée chaque matin à rendre la vie aux arbres. Elle collait son être chaud à elle sur leurs êtres morts à eux assez longtemps pour entendre la sève suinter et les essences se mélanger dans l'atmosphère poussiéreuse.
La main gauche collé bien à plat sur l'une des deux boîtes fixées au petit bureau d'acacia, Mika respirait ensuite au rythme des bois...
Poumon de frêne,
Poumon de chêne,
Poumon d'acajou amer
Mika les respirait un à un et sa main devenait racine.
A gauche, la boîte à l'hêtre, ronde, hermétiquement fermée, faisait corps avec le bureau. De bois différents, les deux faisaient pourtant arbre. La boîte qui ne s'ouvrait pas, était pourtant une boîte. Une boîte à ouvrir le bois mort, une boîte à ressusciter le bois coupé de mains d'homme, une boîte pour refaire circuler la sève figée.
La boîte à l'hêtre avait été sculptée à la taille d'une main humaine en vie.
Quelques respirations de bois plus tard, Mika avait lentement approché sa main droite de la seconde boîte. Celle-ci était apparue, elle avait bien voulu. La boîte à l'avoir ne se laissait pas avoir, elle. Elle poussait hors du bureau dès lors que la pièce respirait de toute son écorce. Avec précaution, essayant de ralentir sa respiration, Mika était entrée en contact avec la boîte. Sa couleur ne se définissait pas, comme faite de tous les bois. Dès le contact entre la main et mille bois, des images, des flashs, des objets, des souvenirs, des projets s'étaient empilés sous le front de Mika, un peu inquiète.
Que devait-elle garder ?
La boîte à l'avoir lui imposait un choix.
Mika s'efforçait de protéger son passé, de conserver la mémoire d'avant depuis le départ.
La boîte lui imposait un choix.
Que devait-elle garder ?
Que devait-elle oublier ?
Le bois n'a donc pas de mémoire.
Il ne sait qu'un versant de l'histoire.
Hier, maintenant ou demain.
Mika, haletante, avait senti la boîte à l'avoir redescendre et se fondre dans l'acacia du petit bureau.
Les yeux brun ouverts, elle savait qu'elle devrait choisir, hier ou demain,
mais maintenant elle tenait à sa mémoire comme le bois tenait à l'instant.
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Intimeane · il y a
Magnifique bouquet de senteurs sylvestres et de textures ..... quelle belle écriture vous avez là !!

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