La Bête humaine

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« ... Avoir de belles fesses, cela se mérite, tu devrais m'accompagner, j'y vais deux fois par semaine, le mardi et le jeudi, tes excuses à la mords-moi-le-nœud, c'est bidon, tes gosses, tu ne vas quand même pas les biberonner jusqu'à leur majorité. Ton mari va finir par ne plus te regarder si tu continues à te laisser aller. Le mien n'a d'yeux que pour mon cul, on dirait un jeune puceau à chaque fois que je me baisse. Allez, fais pas ta pimbêche ringarde, c'est à moins de cinq minutes de chez toi. T'habites bien toujours à côté de la boucherie Vandewaele, place du 11 novembre... »


Quand le taiseux apprit que la gendarmerie nationale d'Hazebrouck cherchait à le joindre, il comprit que le bourreau avait encore sévi. Il attrapa au vol son vieil aviateur élimé qu'il portait été comme hiver au point qu'on ne savait plus qui protégeait qui. En ligne avec le major Duquenne, il se dirigeait vers Godewaersvelde où le corps mutilé et totalement nu d'une jeune femme avait été retrouvé dans une clairière isolée derrière les ruines d'une bâtisse construite au 18e siècle, à cheval avec la commune de Boeschepe jouxtant le village. Encore une fois, le tueur avait laissé passer l'été pour agir. Il s'agissait de la septième victime depuis trois ans avec, à chaque fois l'espérance d'un arrêt des horreurs entre juin et septembre. Le taiseux n'avait toujours pas percé le secret de cette « trêve des confiseurs » estivale. D'ailleurs, cette enquête le faisait tourner en bourrique depuis le début. Il fut accueilli par le sergent Vanuxem qui excusa son supérieur empêché par des obligations familiales. La pâleur du visage du jeune gendarme laissa présager la suite, toujours ce même rituel diabolique et macabre. L'inspecteur trouva le corps allongé sur le dos selon la méthode moyenâgeuse du supplice du chevalet, les quatre membres écartelés fixés dans le sol grâce à des rivets plantés aux extrémités. La souffrance inhumaine que le tortionnaire faisait subir à ses victimes relevait d'un sadisme inégalé. Non seulement les autopsies ont révélé qu'il violait ses proies durant des heures, mais qu'il les crucifiait au sol sans aucune drogue ni autre opiacé censés atténuer les douleurs. Seul un monstre, une bête humaine pouvait être capable de telles horreurs sans aucune compassion ni considération pour ses victimes, réduisant le corps et la chair à de la vile matière n'ayant d'autre fonction que de satisfaire ses plus sombres pulsions et fantasmes. C'était en enfonçant un dernier rivet dans le cœur qu'il achevait sa victime après un calvaire interminable, enfin... Derrière lui, aucune trace ni vêtement, juste un corps nu figé pour l'éternité.


« ... Idiote, on ne se moque pas, c'est franchement pas sympa, tout le monde n'a pas la chance de vivre avec un mec plein aux as comme toi ou ta sœur d'ailleurs, c'est vrai ça, j'avais oublié, franchement, coup de bol ou michto ? Depuis que Marc est parti, je dois tout faire toute seule à la maison. Il avait des mains en or ce connard. Estelle, cette salope, quand elle m'a demandé si Marc pouvait l'aider à refaire sa salle de bains, j'aurais jamais imaginé qu'il emménage chez elle deux mois après la fin des travaux, non, mais tu te rends compte, on est presque voisins. Ils habitent dans l'impasse des Aulnes, à deux pas de chez moi... »


Luc Leterne n'était pas devenu inspecteur par hasard. Il avait ça dans le sang. La traque était chez lui une seconde nature. Le seul souci, ce qui lui vaudra rapidement son surnom auprès de ses pairs, c'est que Luc travaillait toujours seul. Son boss l'avait vite compris, le taiseux, comme ils l'appelaient tous, rebutait à partager ses théories. Pas de la timidité, encore moins un manque de confiance en lui, juste un caractère de chien errant qui fuit et fait fuir les autres. Aussi le boss lui donnait de rares enquêtes, les plus scabreuses, celles qui ne vous quittaient plus et qui entraient en vous comme une nécrose au sein de votre esprit vagabondant en permanence dans les méandres du sordide et dans les limbes du morbide. Le taiseux ne dormait plus beaucoup depuis des mois et des mois, ses nuits faisant l'objet d'affreux cauchemars nourris de spectres drapés d'une cape immense levant de grands bras squelettiques menaçants au bout desquels trônaient de gigantesques faucheuses, la mort comme seul horizon.

« ..., Ah te voilà, t'es magnifique, toujours la plus belle, viens, assieds-toi à côté de moi. Qu'est-ce que tu as à me raconter depuis la dernière fois ? Tu venais de changer de job si je me souviens bien, t'as rejoint les RH, c'est ça, la formation, ouiii, c'est ça t'es partie dans la GPEC, quel acronyme barbare juste pour nous faire croire qu'on s'intéresse à ce que l'on va devenir dans l'entreprise, tu parles, ils s'en foutent, tant qu'on bosse, qu'on se tait et qu'on leur rapporte, tout va bien, c'est quand l'on devient vieux et chers que cela se complique. Oh là, je m'énerve pour rien, excuse-moi ma belle, je voulais pas être cynique, tu vas te plaire dans ce job, j'en suis-sûr. Jeune et intelligente comme tu es, tu vas péter la baraque et transformer tout ça en or. C'est con à dire, mais ton divorce t'as transformée, depuis que tu vis seule, libérée de l'emprise de ce salopard, j'ai l'impression que tu t'épanouis et que tu es devenue très forte. Tout ce qui t'arrive, tu le mérites. En plus franchement, dans ta petite maison loin de tout en plein cœur des... »


Trois corps en moins de six mois avec le même mode opératoire, plus de doute, il s'agissait d'un tueur en série. Le taiseux fut convoqué dans le bureau du chef qui s'étranglait avec un bout de plastique ingéré à force de mâchouiller son stylo Bic pourtant inutilisable depuis des semaines.
« J'ai tous les maires et notables sur le dos Luc, va falloir que tu sortes le grand jeu. La presse pointe son nez et je ne voudrais pas que l'affaire éclate au grand jour. Pour l'instant, les familles jouent le jeu, ils tueraient pour qu'on attrape le salopard qui a bousillé leurs vies. C'est pas humain ce que ce tordu a fait subir à ces jeunes femmes. Tant qu'on a la confiance, ils garderont le silence, mais cela ne va pas durer. Ta discrétion pour mener cette enquête est remarquable, mais je n'ai rien à leur mettre sous la dent. Putain Luc qu'est-ce que tu fous ? »
Luc n'avançait pas. Les trois jeunes femmes hormis le fait qu'elles vivaient seules n'avaient rien en commun, pas même une relation ou une activité. Les seules certitudes, le bourreau suivait ses victimes jusque chez elles. Il devait inspirer confiance, car toutes avaient ouvert la porte, aucun signe d'effraction ou de lutte n'avait été constaté chez les victimes. Ensuite, elles devaient le suivre pour les mêmes raisons afin qu'il les emmène dans un lieu retiré, isolé sans âmes qui vivent à des kilomètres à la ronde. Étaient-elles consentantes pour un rapport sexuel avant d'être agressées, Luc n'avait su le définir avec le légiste et la police scientifique qui trébuchaient sur l'analyse d'éléments matériels rares et souvent inexploitables au grand damne de l'enquêteur qui travaillait jour et nuit pour trouver un début de piste. Les jeunes femmes habitaient toutes en Flandre intérieure sur une ligne Dunkerque-Armentières. Le tueur devait sillonner cette zone pour des raisons probablement professionnelles. Le taiseux a lui-même fait ce parcours avec sa vielle AMI8 d'un autre temps des dizaines de fois, jours de repos compris comme pour mieux s'imprégner des évènements, trouver une logique sous la frondaison des possibles, rencontrer un parallèle, une vision, n'importe quoi, mais quelque chose lui permettant de sortir de l'impasse. Au final, la seule chose qu'il retrouvait dans ses voyages, ce sont des fantômes à travers l'image de ces corps mutilés, ces vies volées dans la pire des souffrances, visions cauchemardesques dans ces paysages champêtres où la rosée du matin se confondait avec ses larmes quand son regard perdu dans le rétroviseur l'alertait, il venait de passer devant une scène de crime...



« ..., C'est la vie, tu es jeune, tu t'en remettras, regardes Babeth du service courrier, elle aussi a eu cette saloperie de cancer, comme toi, cela a été pris très vite, aujourd'hui franchement elle mord la vie à pleines dents, elle est superbe et à part quelques connards qui l'ont regardé comme une bête curieuse en voyant la cicatrice quand elle s'est déshabillée, elle s'éclate toujours autant au lit. C'est une force de la nature, si elle est célibataire c'est son choix, elle est indomptable et il n'est pas né celui qui pourra lui demander sa main. Pour elle, rencontrer des gens c'était pas gagné, t'imagines, elle habite... »


Presque quatre ans d'enquête, dix victimes, et encore le tortionnaire prenait des vacances en été, le carnage aurait pu être plus lourd encore. Le taiseux traquait une bête sanguinaire qui ne laissait aucune chance à ses proies qu'il devait guetter avec avidité jusqu'à leur enlèvement pour ensuite les violer jusqu'à ce que leurs dernières forces les quittent. Luc ne voyait plus le bout du tunnel, chaque nouvelle mort lui pesait sur la conscience. Son boss ne lui faisait plus confiance et même s'il ne lui avait pas dit directement, Luc savait qu'il avait confié l'enquête à une autre équipe pour le challenger comme il dira le moment voulu. En même temps, comment lui en vouloir, lui-même ne croyait plus en ses chances pour retrouver le tueur. Ce fantôme qui tuait à l'aveugle, sans laisser aucune trace et qui semblait connaître ses victimes. Cela restait une énigme insoluble qui finirait par le tuer lui-même tant l'impuissance le gagnait. Le regard creux, la peau rendue crayeuse par manque de lumière, il se posa dans la salle de pause où deux collègues riaient à gorge déployée sans que ceux-ci ne remarquassent sa présence. Le plus grand à l'allure dégingandée n'en croyait pas ses oreilles tant ce que racontait son acolyte lui paraissait invraisemblable.
« Tu te rends compte, mais comment peut-on raconter des choses pareilles, j'ai rougi comme mon gosse quand il voit des nichons à la télé, putain de merde, j'étais assis en face d'une gonzesse hyper bien foutue qui venait de raconter à sa copine, pas gênée pour deux sous, qu'elle s'était faite un rasage intégral juste pour exciter son mec le weekend, merde, non, mais tu vois la scène... »
Un bruit de chaise tombée les fit se retourner d'un coup comme surpris par une présence. L'aviateur du taiseux jonchait le sol. Ils se regardèrent hébétés. De mémoire de poulet à la PJ de Lille, jamais le taiseux n'avait quitté son aviateur. L'inverse était également vrai d'ailleurs.


Trois mois plus tard...


« ..., Coucou Léa, alors ce soir piscine ou pas piscine
— Non ce soir je reste à la maison toute seule à profiter de ma télé, ce sera soirée pyjama séries, je vais me manger les quatre derniers épisodes de ma série préférée en me gavant de pop corn...
— T'es lourde, à chaque fois tu fais le coup et après tu regrettes,
— Non pas cette fois, je suis de toute façon crevée et en vacances la semaine prochaine, j'aurai tout le temps de nager comme une sirène plus tard. En plus, le café des Sports en bas de l'immeuble est fermé, je pourrais même prolonger ma soirée peinard à dormir nue sur mon balcon en regardant les étoiles sans être maté par les ducons du village.
— T'es conne Léa, ça se saurait si les Steenwerckois mataient les sirènes au clair de lune... »


Léa s'était mise à l'aise, son tee-shirt Mickey moulait sa fine silhouette dont l'ombre refléter sur le mur de la façade d'en face par la magie des ombres et des lumières. Il observait ses mouvements comme un chasseur guettant sa proie. Le café des Sports était effectivement fermé. Le propriétaire annonçait ses congés annuels. Quelle Aubaine pour Mathias. Jamais il n'avait pu identifier et localiser une proie pendant la période estivale. Entre ses propres congés et la faible fréquentation dans les compartiments du TER de la ligne Dunkerque-Lille, la chance de tomber sur une cible idéale paraissait largement compromise. Mais c'était sans compter sur le bonheur de faire la rencontre de la belle Léa qui comme d'habitude a feint de ne pas le remarquer, mais qui pourtant a bien cherché à attirer son attention. Mathias a passé la journée à imaginer la belle Léa l'attendant nue sur son balcon, elle, sa promise qui s'offrira comme un fruit défendu et qui hurlera sous ses assauts après avoir subi le supplice que lui subit chaque jour à tant désirer celles qui se sont toujours refusées à lui. Elle paiera comme toutes les autres, mais avant il profitera jusqu'à ce que la mort s'ensuive, il se le jure. Le visage transformé par la concupiscence et la haine, il s'avança vers la porte d'entrée. Encore une fois, ce sera facile, un seul appartement au-dessus du café, une seule sonnette...


« Léa,
— Oui, c'est Léa, c'est qui ?
— Bonjour, Léa, je suis un ami de Véronique, elle est à la piscine
— Je sais, que voulez-vous ?
— Elle a fait un malaise, rien de grave bien sûr, mais il est préférable qu'elle ne prenne pas le volant, aussi je souhaiterais la raccompagner et ne pas la laisser seule, accepteriez-vous de rester chez elle cette nuit ?
— Bien sûr, attendez je prends quelques affaires pour cette nuit et je descends, elle aurait du se reposer plutôt que de nager ce soir, elle a une vie de dingue au boulot en ce moment
— Oui c'est ce qu'elle m'a dit, le changement du logiciel qui vous cause beaucoup de souci en ce moment, n'est-ce pas ?
— Comme vous dîtes, j'arrive... »


Mathias ne pouvait lâcher son regard des jambes de Léa qui posait beaucoup de questions sur les circonstances du malaise de Véronique. Cela commençait à l'agacer. Trouver un espace retiré et isolé sur la route de la piscine ne fut pas compliqué tant la nature est encore préservée au cœur des monts des Flandres. Voilà, on y était, il ralentit et prétexta un arrêt « pause technique » gêné pour bifurquer dans un passage forestier, en bas de vallée. Pour la première fois peut-être Léa tiqua sur l'incongruité de la situation. Elle se trouvait en pleine nature avec un inconnu qui après réflexion ne devait pas en être. Elle connaissait bien Véronique et a priori également ses fréquentations. Elle se retourna vers Mathias dont le regard noir et acerbe dégageait une agressivité qu'elle n'avait jusqu'alors pas perçu. Il arrêta le véhicule. Elle tremblait de tous ses membres. Elle le vit faire le tour du véhicule puis entendit le coffre s'ouvrir avec un grincement strident renforcé par le silence morne du crépuscule. Elle cria d'effroi quand il ouvrit sa porte, le visage dément en lui hurlant de se déshabiller tenant à la main d'immenses rivets qu'il s'apprêtait à enfoncer dans son corps. S'évanouissant elle eut juste le temps d'entendre, bondissant des buissons une bête sauvage qui se jeta à la gorge de son bourreau qui chuta brutalement sur le sol. La bête s'acharna quelques minutes sur le corps immobile et ensanglanté de Mathias. Bientôt, il ne restera plus que des lambeaux de chair et des ecchymoses sur cette matière lacérée de coups. Seuls les gyrophares fumants et la poussière levée par les véhicules de la police arrivant sur les lieux stoppèrent le carnage, la bête avait tué la bête. Le boss avait vu juste, il était devenu nécessaire de suivre le taiseux dont le silence des derniers mois présageait l'aboutissement. Il avait lâché la bête qui allait finir par faire sortir l'autre bête de sa tanière.


Une semaine plus tard


Dans la salle d'interrogatoire, Luc baissait les yeux vers le sol. Le boss observait le taiseux avec tristesse et mélancolie. Il se sentait responsable de la situation. Il se refaisait le film des évènements prenant conscience à tel point il avait perdu le contrôle de la situation. La traque avait démarré il y avait maintenant plus de quatre ans, mais c'était ces deux couillons de l'équipe des stups qui avaient mis le taiseux sur la piste. En entendant cette histoire de gonzesse racontant sa séance d'épilation dans un compartiment de train au milieu d'autres passagers, transgressant sans s'en rendre compte, du moins l'espérait-il, toutes les règles de l'intimité et à son insu du respect de la vie privée, le taiseux avait compris. Il se jeta sur la carte de l'adresse des victimes et des lieux où les corps avaient été retrouvés. Le tueur rencontrait ses victimes dans le TER entre Dunkerque et Lille, il n'y avait plus aucun doute. Luc avait alors passé ses journées sur cette ligne au risque de passer pour un pervers, un taré, ou tout autre hurluberlu dérangé comme on rencontrait d'ailleurs de plus en plus souvent dès que l'on observait autour de soi. Il était là, quelque part, tapi comme un renard cherchant sa prochaine proie, il en était certain. Il commençait à désespérer, des mois qu'il s'asseyait à proximité de ces groupes qui parlaient haut et fort comme s'ils étaient attablés à la terrasse d'un café. Il en apprenait des choses, il notait des adresses, des activités, des noms, des scoops qui le ramenaient parfois, c'était dingue, à des connaissances ou des personnes dont le nom lui était familier par des personnes qui connaissaient des personnes. Il devenait fou, toutes ces informations qui circulaient dans les trains ressemblaient à un livre ouvert où le tueur puisait les éléments pour repérer, puis cerner, puis pister et enfin localiser pour attaquer ses victimes en s'assurant qu'elles vivaient seules. C'était dans ce train qu'il assouvissait ses instincts de prédateurs profitant du théâtre de la vie qui se jouait sous ses yeux observateurs et ses oreilles attentives. Un détail souleva un jour l'attention de Luc. Cet homme passe-partout, poli, toujours affable, mais surtout attentif à se trouver, là où les langues se déliaient, lisait, lisait et toujours lisait. Le taiseux se mit à suivre cet homme lisse au goût littéraire étriqué. Plus de trois mois sur le même livre, la Bête humaine de Zola, environ 500 pages au format Livre de poche. À raison de deux fois trente minutes de lecture par jour dans le train, soit environ 50 pages par jour, tant cet homme semblait concentré sur sa lecture, il aurait fallu à peine une dizaine de jours pour terminer le roman. C'était con et léger, mais Luc en était persuadé, il avait touché le gros lot. Il ne lâcha plus l'individu et le suivit en permanence. Ce trentenaire avait une vie bien rangée. Cadre de la fonction publique, sportif, célibataire et donateur régulier de l'Établissement français du sang, rien n'aurait pu laisser penser que Mathias Tintillier était un tueur, le prédateur tant recherché, bref celui que la PJ de Lille avait surnommé le bourreau. Et puis tout s'accéléra le jour où le taiseux fut témoin des échanges entre Léa et Véronique. Mathias était à la gauche de Léa, dans la rangée de droite. Pour la première fois, hasard ou destin, le taiseux se trouvait juste en face du prédateur présumé. Il observa la scène avec la certitude que cette fois, le poisson allait mordre à l'hameçon. Tout y était, la jeune fille sexy qui émoustillait le bourreau avec l'humour salace qu'elle avait l'habitude de pratiquer avec sa copine Véronique. Mais surtout les détails mortifères qui n'avaient laissé aucune chance aux victimes de ce prédateur. Des informations précises qui allaient permettre la localisation et la mise en relation du tueur avec sa victime. Il y était enfin, il dut se contenir pour éviter de se jeter sur cette bête dont les traits diaboliques se dessinaient sur le visage au fur et à mesure que l'opportunité se précisait. Le diable lui apparaissait sous sa forme humaine. Il savait, ce soir il allait tuer la bête.

En prenant la route de Steenwerck pour se planquer devant la maison de Léa, Luc posa sur le siège passager de son AMI8 l'exemplaire du livre de poche de Zola, la Bête humaine et relut une citation qui tournait en boucle dans sa tête depuis la découverte de ce roman entre les mains du tueur : « Mais les bêtes sauvages restent des bêtes sauvages, et on aura beau inventer des mécaniques meilleures encore, il y aura quand même des bêtes sauvages dessous. » Emile Zola (1840-1908).
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Anne K.G · il y a
Se lit avec le même plaisir que les bons romans policiers, où le suspens est maintenu longtemps.
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Pensées Légitimes · il y a
Merci Bonne journée
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Patricia Besson · il y a
Bravo..c'est prenant et on languit de connaître la fin. Très réussi. Bravo
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Pensées Légitimes · il y a
merci pour votre passage, ravi que cela vous ait plu, bonne soirée
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Sylvain Dauvissat · il y a
J'ai aimé. N'y-a-t-il pas matière à roman?
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Pensées Légitimes · il y a
merci pour votre encouragement, ce que j'aime dans l'écriture de nouvelles, c'est entraîné le lecteur dans des intrigues à rebondissements ou des histoires parallèles qui se rejoignent alors pourquoi pas un jour un roman. Mais cela nécessite un gros travail de documentation et de discipline dans les temps réservés à l'écriture qui ne s'improvisent pas, encore merci pour votre passage, bonne soirée
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JAC B · il y a
Une belle chute littéraire qui fait un clin d'oeil à certaines vulgarités dans les dialogues ( ce qui rend les personnages vivants et pittoresques). C'est bien construit, on se prend au jeu des faits et de l'enquête, un bon moment de lecture. Bonne continuation !
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Pensées Légitimes · il y a
merci pour votre passage et encouragement, bonne soirée
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Annabel Seynave- · il y a
Bien noir, bien imaginé, bien construit et bien écrit ! Tout ce qu'on aime ! Je m'abonne à votre page, welcome back sur Short !
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Pensées Légitimes · il y a
merci pour ce commentaire enthousiaste, bonne soirée
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Joëlle Brethes · il y a
Belle construction pour un thriller haletant... Bravo !
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Pensées Légitimes · il y a
merci pour votre passage et commentaire encourageant
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Ginette Flora Amouma · il y a
Un thriller qui s'ouvre sur des conversations , indice essentiel dont l'importance est expliquée à la fin du récit .
Le texte s'articule sur des dialogues en corrélation avec la pugnacité de l'enquêteur qui ne lâche pas sa proie.
Une progression qui se dirige vers une chute implacable.

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Pensées Légitimes · il y a
merci pour votre passage, bonne soirée
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Fred Panassac · il y a
Un thriller dont on a hâte de connaître la fin. Le style est parfois un peu trop explicatif. Mais l’histoire se tient et la solution de l’énigme trouvée par l’enquêteur m’a paru assez originale.
Ce récit prolixe se lit sans ennui, et avec intérêt.
Je me réabonne après le désastre de la cyber-attaque.

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Pensées Légitimes · il y a
merci pour votre passage, effectivement, le "reset" nous fait repartir à zéro pour de nouvelles aventures, bonne soirée

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