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L’ivre d’amour

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Phil_ricardson

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Cinquante nuances d’amour

Ah l’Amour... Amor en Espagnol. A mort... ils sont cyniques ces espagnols !

Qu’ajouter de plus que ce qui a déjà été écrit depuis des millénaires ?

Eh bien, pour ma part, je n’ai rien de romantique à écrire. En revanche, les filles, on a un truc à vous dire, vous les princesses de pacotille ! Et sachez que le « on » englobe la gent masculine désabusée (enfin, surtout moi). Bref, il fallait que quelqu’un le dise, et « on » m’a désigné pour le faire.

Donc nous y voilà. N’y voyez rien de personnel (enfin, un peu si quand même), mais vous savez, si nous n’avons rien du prince charmant, vous n’avez absolument rien de la princesse. A dix ans, je veux bien, mais là, il ne faut pas exagérer. Lucette ! à cinquante-deux ans, je suis navré, tu n’es plus une princesse, et ce n’est pas un filtre Snapchat qui améliorera ton cas !

En fait, je dirais même que, lorsque je vois le combat des milliers de femmes à travers le globe depuis des lustres pour obtenir un peu de reconnaissance, ça me désespère.

Afin d’étayer mon discours sur le sujet, je vais vous conter l’histoire de Bob. Bob approche aujourd’hui de la quarantaine et est quelqu’un de sensible, une vraie éponge émotionnelle. C’est son meilleur ami, Patrick, qui l’avait inscrit sur Wanse, un site de rencontre, pour ses vingt-huit ans.

Bob n’est pas un grand romantique, mais il aime Lili, du fond du cœur. Enfin, lui semble-t-il, car il manque de référence à ce sujet. Lili, en revanche, est très fleur bleue. Elle lit les collections Harlequin depuis son plus jeune âge, c’est dire son niveau... de romantisme.

Aparté inintéressante :
Je ne voudrais pas critiquer (enfin si un peu quand même), mais lors de ma première et seule lecture de ce genre, j’ai tenté de me tailler les veines à plusieurs reprises. Peut-être est-ce la désillusion de l’amour qui me rend si aigri. Je m’aigris donc. Ça tombe bien j’en ai besoin.
Fin de l’aparté inintéressante.

Lili a longtemps cherché un prince charmant, mais, plus elle avançait en âge et plus ses espoirs s’amenuisaient. Et à un an de la trentaine, elle eut peur de finir vieille fille et rencontra Bob sur le site de rencontres. Bob n’était pas le prince charmant qu’elle attendait, mais il était gentil et drôle.

Lili et Bob se sont mariés parce qu’elle voulait porter une robe blanche et avoir la plus belle journée de sa vie gravée en mémoire (pas très ambitieuse la Lili). Bob, lui n’est pas trop mariage, mais il voulait faire plaisir à Lili (pas beaucoup de caractère le Bob).

Après la messe, le banquet et la soirée qui n’en finissait plus à cause de tonton René qui venait de remettre la chenille pour la septième fois, la nuit de noces se profilaient enfin à l’horizon et Bob s’en félicitait car Lili était croyante non pratiquante, sauf pour ce qui est du sexe. Pas avant le mariage ! lui sonnait-elle dans les oreilles à chaque tentative de Bob. Seulement voilà, le jour J, l’heure H, elle estima que la famille de Bob était responsable de la météo exécrable du jour, il se l’était mise derrière l’oreille pour la nuit de noces.

Ensuite, ce fut de longues années de : fais pas ci, fais pas ça, viens me faire un massage, sors la poubelle... C’était trop tard, Bob s’était laissé infantilisé par Lili. Il ne l’avait pas vu venir. Il avait bien lutté au début, mais Lili savait se montrer persuasive.

Puis, après dix ans de mariage sans encombre, ou presque, Lili se sent à nouveau aimée, mais par un autre homme, Carlo, un collègue de travail charmant et très entreprenant. Bob se voile la face. Après quelques mois et une énième dispute, il pète un câble, prends ses valises et va habiter chez un ami.

Lili est en larmes. Blessée dans son orgueil, elle va frapper à la porte de tous leurs amis. Nul doute possible, d’après le test de Femme Actuelle du mois de juin, Bob est un pervers narcissique, un salaud qui mérite l’opprobre (même si Lili ne connait pas ce mot). Lili est rassurée, le problème ne vient pas d’elle, c’est lui le méchant de l’histoire. Elle peut donc tomber dans les bras de son Carlo qui la quittera après deux semaines, parce que Lili, quand même, elle est chiante.

Quelques semaines plus tard, Bob se retrouve de nouveau, sur les conseils de Patrick, sur les internets. Au détour d’un profil, il reconnait Lili. Il hésite quelques minutes, puis clique sur la photo. Il accède aux données de son ex femme et tombe des nues. Tout ce qui est marqué n’est que mensonge et tromperie. Lili s’est réinventée une vie, s’est rajeunie virtuellement, s’est inventée des passions, des sports, des voyages. Eh oui, se dit Bob, à presque quarante ans, quand on n’a rien fait de sa vie, on ne peut que la rêver et se persuader qu’on n’a pas perdu vingt ans de son existence à ne rien faire. Bob avait également des rêves, des envies, des passions. Malheureusement, Lili n’était pas d’accord pour laisser Bob s’épanouir.

Dix années se sont écoulées depuis sa dernière venue sur ces sites web et Bob ne sait pas quoi en penser ? Qu’a-t-il retrouvé ? des usines à rencontrer des faux selfs, des filtres Snapchat avec des oreilles de chien, des égocentrés, mythos, manipulateurs (le tout à mettre également au féminin).

Que s’est-il passé ? se demande alors Bob.

Bob éteint son ordinateur, écœuré, et s’en va rejoindre la vraie vie.

Beauf bof !

Vous vous souvenez de Carlo ?

Carlo est un trentenaire bien dans ses baskets. Commercial dans la même boîte que Lili, il s’habille chez Hugo Boss, se parfume Hugo Boss et vit Hugo Boss. Carlo ne sait pas que Hugo Boss à habillé les S.S. durant la guerre et il s’en moque comme de sa première chaussette...Hugo Boss, évidemment.
Carlo passe ses temps libres à la salle de sport. « Un cor sein dans un espri sein ! » voilà la devise qu’il affiche fièrement sur son Facebook. Il passe régulièrement chez sa mère, veuve. Au moins une fois par semaine, il y dépose ses affaires sales et repart aussi sec. « petite vizite a ma maman cherri » se targue-t-il régulièrement dans un post « selfie » devant la maison parentale. Rassuré par les trente « likes » de fans transies, il rejoint alors Gigi, la voisine de sa mère, une quinqua sportive et toujours bien apprêtée, pour une pause bien méritée.

Carlo aime bien le foot. Il en est sûr, s’il n’avait pas fait de la muscu, il aurait fait footballeur professionnel. Car Carlo, il est bon en tout, enfin c’est sa mère qui le dit.

Carlo a toujours été un « winner ». Déjà, à l’école, il était le roi. Harceler les plus faibles, c’était son crédo. Ce n’est pas de sa faute, il ne supporte pas les « tafioles » (comprendre « sensibles »), un mot issu du vocabulaire étendu de son père.

Aujourd’hui, il en est certain, les femmes sont à ses pieds. Les femmes ? il les collectionne. Sa plastique, sa confiance en lui, son sourire ravageur et sa BMW série 5 en font un bon parti. Un reproducteur viable d’après sa chère mère. Mais Carlo ne trouve personne qui mérite qu’il se mette en « couple ». Un jour, un copain de salle lui a raconté que c’était sûrement à cause de sa relation avec sa mère. Carlo lui a aligné une droite et il ne l’a plus jamais revu.

En revanche, Carlo n’aime pas les femmes intellectuelles et cultivées, il les trouve ennuyeuses. « Tu as un complexe d’infériorité ! » lui a sorti Eugène, son nouveau copain de salle. Carlo lui a aligné une droite que l’autre a esquivé. Ensuite, il ne se souvient plus comment il s’est retrouvé à l’hôpital. Il est con Carlo, Eugène est freefighter amateur. Du coup, il a dû trouver une autre salle pour s’entraîner.

Au boulot, il apprend que Lili, une des secrétaires, n’est pas insensible à son charme. Ça tombe bien, il se lasse de Gigi, elle en veut plus, toujours plus tandis que Carlo, il veut moins, toujours moins. Lili, voilà sa nouvelle cible, une jeune femme en quête d’un renouveau. Et le renouveau, c’est lui car les autres ne lui arrivent pas à la cheville ! C’est sûr, c’est sa mère qui le lui dit régulièrement.

Carlo sort le grand jeu, sourires et petites attentions au programme. Puis, rapidement, les compliments, les allusions sensuelles appuyées par des clins d’œil remplacent les bonjours.
Lili est flattée. Cela fait des années que Bob, son mari, ne lui fait plus de compliments. Il ne la touche plus que pour le sexe, quatre fois par an. Pour la saint Valentin, Noël, l’anniversaire de mariage et pour la Sainte Catherine (c’est Lili qui met un point d’honneur à faire l’amour ce jour-là). Lili n’a pas eu d’enfant, elle est stérile (ce qui arrange Carlo qui ne voudrait pas se retrouver avec un mioche dans les pattes.)

Lili est fière d’être courtisée par le bellâtre de la boîte. Au début, elle refusa les avances, puis, sur les conseils de sa meilleure amie, elle finit par tomber dans les bras du robuste Carlo.
Ravi d’avoir enfin une proie à se mettre sous la dent, il lui donna rendez-vous dans un hôtel miteux loin de la ville. Carlo a une réputation à tenir et ne veux pas être vu chez lui en compagnie d’une femme au physique moyen.

Les premiers jours, Lili était sur un petit nuage. Cette aventure extra conjugale mettait un peu de piment dans sa vie. Elle se sentait revivre, avait changé de garde-robe, souriait en arrivant au travail. Mais il fallait faire attention à Bob. Il ne devait se douter de rien.

Mais un jour, sans comprendre pourquoi, Bob claque la porte, Lili se trouve désemparée. Pourquoi ? que s’est-il passé ? a-t-il une maîtresse ? une chose est sûre, après avoir parlé à ses copines, ce n’est pas de la faute de Lili si Bob est parti. De toute façon, elle gardera la maison, c’est comme ça.

Voilà, sa belle histoire se termine ainsi, mais peu importe, Lili a trouvé son nouveau grand amour. Finalement, elle aura dû attendre quelques années pour enfin trouver son prince charmant.

Seulement, après deux semaines, Carlo la quitte. De nouveau sous le choc, elle décide de retourner quelques temps chez ses parents. Une vie détruite en quelques semaines.

Pourquoi cela m’arrive-t-il à moi ? se demande alors Lili. J’ai fait tout ce qu’on m’a appris à faire !

Lili ferme la porte de sa maison et s’en va, le cœur lourd.


Bob dit l’âne

Vous en vouliez encore ? Eh bien, bibi l’a fait ! Ma bonté me perdra...

Qu’est-il advenu de Bob ?

Eh bien, ça ne va pas fort. Depuis son divorce d’avec Lili, Bob se sent un peu « perdu. »

« Vous êtes dans une phase négative ! je veux mes cinquante euros. » lui avait alors avoué une voyante qu’il rencontra dans une fête foraine. L’odeur de vodka qui sortait de sa bouche n’avait pas rassuré Bob, mais elle semblait compétente.

« Vous avez perdu face à votre ex-femme, mais ça aurait pu être pire. Vous me devez deux mille euros. » lui extorqua son avocat incompétent. Bob devait verser une pension à Lili.

« Je vais faire revenir votre grand amour ! Ça va vous coûter deux cents euros, mais bon, l’amour n’a pas de prix. » lui avait annoncé Gare-gamelle, le grand Marabout de Saint-Glinglin le Rotrou, en préparant une mixture digne des contes de fées.

« Quelle relation aviez-vous avec votre mère durant votre enfance ? Je veux vous voir deux fois par semaine pendant au moins un an. Ça vous fera quatre-vingts euros pour aujourd’hui. » lui demanda le psychiatre que lui avait conseillé son avocat.

« Deux boîtes de Lexo 1000, cinq boites d’antidépresseurs, deux boîtes de somnifères. Ça vous fera cent euros. » lui balança le pharmacien.

« Il faut la démonter ! vous en aurez pour neuf cents billets au bas mot. » expliqua le garagiste après avoir trouvé que la panne venait de la boîte de vitesse.

« Vous avez dépassé le plafond autorisé, vous devez cent cinquante euros d’agios ce mois-ci.

« Tu ne m’as pas payé ma pension ce mois-ci ! » cracha Lili en le croisant dans la rue.

Les marchands de bonheur coûtent chers, se dit alors Bob en constatant le trou laissé dans son Livret A après le passage de la bourrasque Lili.

Une longue descente aux enfers se profila peu de temps après que Lili ait porté plainte pour coups et blessures. Bob avait beau se défendre, mais la police avait cru la version de Lili. En fait, Lili était tombée dans l’escalier après une soirée un peu trop arrosée.

Bob ne sait plus où il en est. « Tu es au fond du trou, » mon ami, lui dit alors Patrick. Heureusement que son ami et confident, Patrick, est là pour lui remonter le moral.

« Ecoute, Bob, en tant que meilleur ami, je dois te dire quelque chose. J’espère que tu ne le prendras pas mal. Lili et moi allons nous marier. Je voulais que tu sois mon témoin, mais Lili ne veut pas. En fait, elle ne veut pas de ta présence à son mariage. Elle m’a dit qu’elle ne voulait pas gâcher le plus beau jour de sa vie. Je suis désolé, mon ami, mais tu la connais, quand elle décide quelque chose, difficile de lui faire face. »
Bob comprend et remercie Patrick d’avoir tenté de faire face à Lili pour le mariage. Patrick, rassuré, s’en va rejoindre sa douce et tendre pour une soirée spéciale, leur trois semaines de rencontre.

Bob libère l’étreinte du bouchon de la bouteille de whiskey qu’il a acheté dans la matinée, ouvre sa boite à pharmacie et termine sa soirée entre cachets et verre d’alcool.

L’enterrement de Bob s’est bien déroulé, même si peu de personnes se sont déplacées pour l’occasion car, par manque de chance, Lili et Patrick se mariaient le même jour.

Voilà l’histoire courte et banale du quotidien des hommes et des femmes du vingt-et-unième siècle.

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