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L'insertion par le logement, reportage Canal Nord

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Bonjour chers téléspectateurs de Canal Nord.

En direct de Vieux Condé à Valenciennes, nous sommes reçus par Marcel et Carmella ainsi que leurs deux petites filles. Après avoir connu la triste condition d'exclus de notre système capitaliste, ils s'en sont brillamment sortis grâce à la mairie, au Conseil Général du Nord, aux associations.

Preuve en est qu'une autre insertion dans le monde du travail est possible.

- Marcel parlez nous un peu de votre galère.

- Oui, c'est ça on s'en est sortis différemment, on était dans la galère mais on a su rester dignes, on s'est battus. Moi avec ma maîtrise de socio les patrons voulaient m'exploiter et je suis pas du genre à demander l'aumône. Bon, au début Carmella a quand même trouvé une place de serveuse dans un bistro, mais c'était du précaire.

Eh oui, pour des jeunes qualifiés la situation non plus n'est pas bonne, la précarité les touche en priorité, faisant éclater le lien social pour des pans entiers de cette population, Carmella a ainsi perdu son travail et Marcel a subi le harcèlement des administrations de l'emploi qui lui proposaient un pacte d'insertion.

- Ah ça oui ! On voulait me faire travailler à des conneries, je sentais même que mon RSA n'était pas un acquis, et puis quand le CDD de serveuse de Carmella n'a pas été renouvelé l'APL n'était plus suffisante pour nous payer notre loyer.

- Alors, comment vous êtes vous débrouillés ?

- Je vais te dire on louait un appart dégueu à une vieille proprio pleine de fric, les chiottes étaient à l'extérieur et on se gelait tellement l'hiver qu'on bouchait toutes les aérations, alors en plus c'était pourri d'humidité du coup on a eu des problèmes électriques.

Marcel et Carmella vivaient ainsi avec leur première fille, exposée à tous les dangers dans un appartement pas sain.

- C'est dégueulasse de louer un appart pareil, alors y avait pas de raison de continuer à payer les loyers.

- Vous avez aussi subi l'ostracisme social ?

- Heu c'est-à-dire ?

- On vous a repoussé, mis de côté ?

- Tout à fait, les voisins dont certains étaient proprios nous regardaient d'un sale œil.

- Racontez nous cela !

- C'étaient des bourgeois, ils aimaient pas la musique de Manu Chao, et puis on a eu des problèmes d'humidité comme j’ai dit, avec en plus un vide-ordure bouché. Bon, la cage d'escalier en était devenue dégueulasse et puis les poubelles tu voulais qu'on les mette où ? Ils ont raconté qu'on a fait venir des cafards. Et ils aimaient pas les gosses, les couches de merde bloquées dans le vide-ordure ça les faisaient chier. Tu vois j'étais au chômage c'était pas pour faire le ménage dans l'escalier ou descendre les poubelles aux aurores.

- Votre propriétaire a mal réagi ?

- Tu parles ouais, comme on était pas assurés les copropriétaires se sont retournés contre elle pour payer les travaux, du coup à partir de là elle nous a accusé de dégueulasser l'appart et a refusé tout net tout aménagement chez nous. Le droit au logement elle connaissait pas c't'égoïste, elle voulait nous faire expulser, c'est là qu'on a pris contact avec Droits De Vent.

Nous connaissons tous cette association qui se bat avec vigueur et abnégation contre la précarité qui se diffuse et qui frappe aussi ceux que l'on appelle les working poors. Les droits sociaux existent et sont reconnus internationalement pourtant leur mise en application pose problème : droit au travail, droit au logement, droit au respect, à la considération, à une couverture sociale, à un salaire décent...

- Avec eux cela a commencé à bouger, d'abord le Centre Communal d'Action Sociale a déclaré notre logement insalubre. Du coup la proprio a plus le droit de le louer sans faire des travaux d'un montant de... Merde c'était combien Carmella ?

- 20 000 euros de travaux, bien fait, elle nous aurait pas fait chier avec les loyers on aurait fermé notre gueule !

Eh oui chers téléspectateurs, car en France il y a une justice, marchands de sommeils, propriétaires exploiteurs ne peuvent pas faire ce qu'ils veulent, les conquêtes sociales sont passées par là, les luttes ont payé. Mais aujourd'hui si l'on se préoccupe d'agir contre ces gens, rien n'est vraiment fait pour prévenir de telles situations, les droits existent mais ils ne sont rendus exécutoires que par la volonté des "sans droits" de s'en prévaloir. Il existe désormais un droit opposable au logement car justement il n'allait pas de soi que ce droit soit garanti. C'est à la collectivité toute entière de garantir ces droits mais prévenir la précarité du logement implique aussi des mesures plus radicales.

- Oui, je suis d'accord, des logements vides il y en a plein, faire payer en plus une taxe d'habitation à ceux qui louent pas et n'habitent pas c'est pas suffisant.

- Nous continuons notre entretien avec Jean-François, responsable local du collectif «  Droits De Vent »", qui vient juste de nous rejoindre et qui s'est engagé personnellement comme tuteur social pour Marcel et Carmella.

- Bonjour, je voudrais rebondir sur ce que vient de dire Marcel, prévenir les situations de misère auxquelles sa famille a été confrontée devrait aller de soi. Vous avez raison de parler de prévention car ce que les expulsés vivent c'est une détresse morale profonde, une humiliation qui les marque surtout quand il y a des enfants, je tiens d'ailleurs à remercier les mairies qui empêchent les expulsions et les coupures sauvages d'électricité chez les exclus. Mais faire de la prévention cela signifie remettre radicalement en cause une société qui sacralise la propriété des grands possédants. Quand un propriétaire pleure sur ses loyers il faut savoir que ce propriétaire lui est bien au chaud, la réaction légitime ne devrait pas être l'expulsion mais la réquisition du logement au profit de l'occupant.

- Voilà ! Tout à fait ! Qu'est ce qu'elle en aurait fait de ses loyers la proprio ? Un revenu de son capital pour faire marcher le capital, elle l'aurait placé en bourse pour que cela lui rapporte encore du fric. Le capital va au capital, moi je suis fier de pas me donner les moyens de continuer cette spirale infernale. Je suis pas matérialiste, je fous pas de l'argent de côté comme ces cons qui se crèvent pour s'acheter un jardin.

- Tu vois Marcel si je te tapote gentiment l'épaule comme ça c'est pour te dire que tu as tout compris, y a deux logiques celle des vrais gens et puis celle de ceux qui ne pensent qu'à amasser, à spéculer !

- Donc Jean-François vous avez aidé Marcel, Carmella et bien d'autres à s'en sortir, racontez nous un peu ce parcours d'insertion.

- Bon, il faut dire qu'on a pas mal de contacts avec le reste du tissu associatif. Dans un cas comme celui de Marcel, j'ai pris mon portable et j'ai appelé tout de suite l'association pour l'insertion par le logement, ils ont pu en trois coups de cuillère à pot monter un projet destiné à un public en situation précaire et issu de logements insalubres...

- Oui, on avait du cul que le logement soit rapidement devenu insalubre, on a le droit d'être logé de façon décente. Et puis un droit ça se raque pas, surtout un droit de vent insiste-t-il en lâchant un pet sonore. On a donc demandé d'abord à n'avoir rien à payer, fallait que le loyer soit entièrement couvert par l'APL pour que le dispositif soit acceptable. C'est normal non ? Et puis comme on se retrouvait tous les deux au chômage avec la gosse on allait quand même coûter un peu de fric à la société pour notre réinsertion. Alors quitte à nous donner un logement autant nous payer en plus pour qu'on accepte de l'occuper, parce que bon c'est quand même pas en centre-ville.

- C'est pas exactement comme ça qu'il faut présenter les choses Marcel, le principe c'est plus de reloger en impliquant les familles.

- Merci Jean-François, parlez nous de ce programme d'implication des familles.

- J'y venais. L'association pour l'insertion par le logement les a intégré à un projet mis en place en partenariat avec l'Office HLM de la SA du Hainaut. Le projet s'appelle justement Igloo en référence aux Inuits qui ne marchandisent pas l'immobilier et donc qui construisent eux-mêmes leur abri, la logique est d'ailleurs la même ce sont les bénéficiaires du programme qui vont jouir d'un contrat d'intérim social pour le temps de la construction de leur maison.

- Tout à fait, on a droit à une maison, mais on est payé en plus pour la construire. Tu vois là je comprends le boulot, je suis pas payé pour travailler pour les autres, je travaille pour moi, je me fais pas exploiter et donc je me réinsère. Parce qu'avec une maîtrise de socio j'aurais jamais travaillé dans le BTP moi.

- Vous l'avez donc construit de A à Z sans aucune formation ? C'est un vrai tour de force !

- Oui, on peut dire cela. D'abord on a rencontré les architectes et on a discuté ensemble des plans, ils voulaient nous imposer une maison pas trop bien foutue, on a négocié. Après on a rencontré les différents corps de métier et on a commencé le gros œuvre. C'est moi qui ai posé la première pierre de la maison, ah ouais je suis fier de ça.

- T'as posé la première pierre mais après c'était pas concluant.

- Merci de me diminuer Carmella, merci bien ! Devant les caméras de télé en plus ! Bon c'est vrai qu'ils m'ont pas mal aidé, faut dire que je suis un intello moi, pas un manuel, attention !

- C'est vrai Marcel, tu les as pas mal regardé et puis on avait aussi des choses à faire nous, on a mis en fabrication notre deuxième fille.

- Il faut dire que dans les lettres de Carmella il y a Marcel, du coup Marcel était toujours dans Carmella, ouarf, ouarf (le journaliste avait coupé ce trait d'esprit au montage et insonorisé le pet , mais pour l'esprit Canal il est intéressant de le replacer dans son contexte). J'avoue que j'ai fait quelques conneries, mais les ouvriers étaient très sympas au début, alors je passais les voir au moins deux fois par semaine. Il faut dire que ça avançait pas trop vite, 9 mois après ils y étaient encore, du coup je passais tous les jours pour presser un peu les choses. Non le projet Igloo est bien mais l'équipe aurait mérité d'être plus aimable, faudrait penser à la remplacer.

- N'exagère pas Marcel et puis ensuite ils t'ont laissé la place.

- Oui, on a fait les finitions, j'ai peint et posé les tapisseries, maintenant vous êtes chez nous. Le contrat d'intérim social s'est terminé au bout de mon année de travail pour fabriquer ma maison, et l'association me propose maintenant un autre contrat dans le commercial.

- Bravo, donc le défi de la réinsertion est rempli, en grande partie grâce au tissu associatif et au volontarisme des collectivités du Nord, comment se passe ce nouvel emploi Marcel ?

- Là je suis dans le projet expérimental permis de conduire, je suis pas encore commercial mais j'ai un contrat d'intérim social pour apprendre à conduire, un impératif pour les commerciaux. Par contre je paie quand même un euro symbolique au moniteur d'auto-école et j'attends toujours pour qu'on me donne une voiture, je vais pas la construire quand même !

Tout n'est pas encore parfait, une voiture ce n'est pas encore un droit, mais dans notre société du toujours plus vite et de la productivité à tout crin l'auto est devenu bien de première nécessité.

Preuve en est donc que de nouveaux droits restent à obtenir...

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