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L’inceste

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Laurent Tixier

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Le délicieux va-et-vient, les caresses de la langue, tous les gestes expérimentés de la goulue lui faisaient oublier peu à peu le stress de sa journée de travail. Et quand vint le moment de se délester, la sensation fut telle qu’une décharge le parcourut de la tête aux pieds. Comme s’il avait mis les doigts dans une prise, en beaucoup plus agréable. Mais quand celle qui venait de le vider de toutes ses tensions se releva et qu’il découvrit son visage, le choc brutal.
– Alors, tonton, tu as aimé ?
– Non !
Stéphane avait le cœur qui battait la chamade. Qu’avait-il fait ? Lorsqu’il réalisa qu’il était dans sa chambre et que le soleil n’était pas encore levé, son soulagement fut immense. Ce n’était qu’un rêve. Un horrible rêve. Ce n’était pas là première fois, et cela le préoccupait. Pourquoi voyait-il Cindy à la fin de tous ses rêves érotiques, ces derniers jours ? En fait, il ne préférait pas chercher la réponse. Il en avait trop peur.
Peut-être devrait-il lever le pied. Coucher chaque soir avec une fille différente, c’était peut-être trop. C’était ça, il faisait une overdose de sexe, et cela lui montait à la tête. Il avait envie d’y croire. Il ressentait le besoin de se rassurer. Mais une partie de lui-même savait que la réalité pouvait être bien plus sombre.
Le trentenaire se rendit compte qu’il avait souillé son shorty, et qu’il était en sueur. Il était deux heures du matin, et le lendemain, il ne se lèverait pas avant neuf heures. C’était le 1er mai. Il se leva. Il allait prendre une douche et se changer avant de se recoucher.
L’eau lui fit du bien. Il tourna le bouton afin d’avoir de l’eau froide. Il espérait que celle-ci pourrait refroidir ses ardeurs. Au lieu de cela, elle eut pour effet de le réveiller complètement. Un flash lui apparut alors. L’image de sa nièce. A genoux devant lui. Tous deux complètements nus. Son cœur s’emballa de nouveau. C’était un cauchemar. Quel monstre était-il pour avoir de telles pensées ? Il avait beau chercher, il ne voyait aucune explication rationnelle à ces visions.
Le jeune homme regagna la chambre en ruminant ces pensées. Il s’allongea et ferma les yeux, en espérant retrouver le sommeil rapidement. Mais il faisait chaud pour un mois de mai, et cela, ajouté à son anxiété, suffit à le tenir éveillé.
– Il n’y a plus de saison, se dit-il.
Cette pensée eut au moins pour effet de le faire sourire. C’était déjà ça. Au bout d’une heure, qu’il passa à se retourner dans son lit et à essayer de se vider l’esprit, le trentenaire abdiqua. Il se leva et, comme toujours quand il ne savait pas quoi faire, il rejoignit son ordinateur. Pendant que celui-ci démarrait, il réfléchit à ce qu’il pourrait faire. Jouer à un jeu vidéo, naviguer sur Internet ? Il avait un jeu de tir qui était parfait pour se défouler, mais étant donné son état, il avait peur que celui-ci ne l’énerve et le frustre. Il opta donc pour le Web.
Stéphane alla de sites sportifs en sites d’actualité, puis consulta ses mails, et alla prendre des nouvelles de ses amis sur les réseaux sociaux, le tout en écoutant de la musique sur un site de vidéos en ligne. Puis, par habitude, il se rendit sur un site de vidéos pour adultes. Après deux heures passées sur son PC, dont une à regarder du porno, il réalisa qu’il était déjà 5h15. Et aussi que le temps passe sacrément vite lorsqu’il s’agissait de sexe.
– Il faut vraiment que je me calme, dit-il tout haut.
Une nouvelle image de sa nièce, nue et dans une position subjective, vint confirmer cette pensée. L’homme, désespéré, se massa pensivement l’arête du nez.
– Je passe trop de temps sur les écrans, se dit-il pour se rassurer.
Stéphane alla se recoucher, mais ne referma pas les yeux pour autant. Il se leva plutôt que prévu, vers huit heures. Il but un café, mais n’avala rien d’autre, n’ayant pas faim. Il était trop perturbé, s’en voulant d’avoir eu ces pensées horribles avec sa nièce.
Le jeune trentenaire avait rendez-vous à midi pour déjeuner avec Sandra, une jolie blonde qui avait emménagé un mois plus tôt dans son immeuble. Un mois. Jamais il n’avait mis si longtemps pour obtenir un rendez-vous. Ça n’en était que plus excitant. Et ça n’en serait que meilleur quand il se retrouverait dans son lit. Ou elle dans le sien.
Cette pensée lui arracha un sourire. Il se rendit alors compte qu’il n’avait aucune motivation. Il fallait à tout prix qu’il se vide la tête de ces pensées horribles qui l’accablaient. Il avait trois heures et demie pour se changer les idées. Après s’être habillé, le jeune homme sortit.
Il hésita entre une balade à pied ou un tour en voiture. Après réflexion, il opta pour la deuxième solution. Stéphane s’engagea sur la nationale. Les sons et les odeurs du printemps lui parvenaient par la fenêtre ouverte. Le gazouillis des oiseaux, les fragrances d’arbres en fleurs si nombreuses qu’il n’aurait su les reconnaître, tout cela le mettait d’habitude dans un état d’excitation et de bonheur presque extatique. Mais pas aujourd’hui. Il roula ainsi une heure, comme si le fait de rouler pouvait lui permettre de mettre de la distance entre lui et ce qui le préoccupait. Puis il décida de faire demi-tour pour avoir le temps, une fois rentré, de se préparer pour son rendez-vous.
À mi-chemin, il vit deux fillettes, un peu plus âgées que sa nièce, qui vendaient du muguet au bord de la route. Il s’arrêta. Il ne savait pas pourquoi, mais il en ressentait le besoin.
– Pour me prouver que je n’ai aucun problème avec les petites filles, se dit-il tout bas pour se rassurer.
La plus petite d’entre elles était blonde. Ses cheveux étaient rassemblés en une longue natte qui lui arrivait jusqu’au milieu du dos. Elle avait également de magnifiques yeux bleus. La seconde était brune. Elle avait une coupe au carré, et ses yeux étaient vert émeraude. Stéphane s’aperçut que sa contemplation était un peu trop insistante. Mais le pire, c’était l’effet que celle-ci avait sur lui. Il se rendit compte qu’il était en érection.
Avant que les fillettes n’ait le temps de lui donner le prix de leurs bouquets, il détala et regagna sa voiture, laissant les petites interloquées. Il démarra sur les chapeaux de roues et fonça à toute vitesse sur la nationale. Son cœur battait à toute vitesse. Au lieu de le rassurer, cette halte imprévue avait confirmé ses craintes.
– Maintenant, j’en suis sûr, je suis un monstre, se dit-il.
L’homme arriva chez lui plus tôt que prévu. Il n’avait pas regardé le compteur, il avait vraiment dû rouler vite. Le jeune homme reprit une douche, plus pour essayer de se calmer que pour se laver. Mais après celle-ci, il n’était pas moins confus qu’avant. Il lui restait finalement pas mal de temps pour se préparer à son rendez-vous.
Il s’allongea, et essaya de penser à Sandra, comme pour se guérir du mal qui le rongeait. Il revit ses courbes harmonieuses, sa poitrine généreuse, et ses fesses galbées. Et très vite, la bosse dans son slip le rassura. Penser à elle lui faisait toujours le même effet. Et pour confirmer cela, Stéphane commença à se masturber. Il imagina son beau visage aux yeux bleus se pencher sur son phallus et commencer un doux va-et-vient. Et pendant une heure, il se vit la prendre dans toutes les positions du kamasoutra.
Il se dit ensuite qu’il fallait arrêter, pour garder toute son énergie pour la belle. Il aurait été dommage de se lâcher avant le rendez-vous. De plus, il lui restait juste le temps de se changer. Le trentenaire fila à la salle de bains pour se faire beau. Après avoir mis du gel dans ses cheveux et s’être arrosé de parfum, il descendit retrouver la jeune femme.
Au moment de sonner, il fut pris d’un doute. Ce n’était pourtant pas son genre, mais il avait un mauvais pressentiment. Quelque chose lui faisait craindre que les choses ne se passent mal. Mais il n’y avait aucune raison à cela. En bon rationaliste, Stéphane actionna la sonnette. Lorsque la porte s’ouvrit, il fut d’abord saisi par des effluves de poulet rôti qui le mirent en appétit. Puis elle apparut, encore plus divine que dans son souvenir.
– Bonjour, Stéphane.
– Bonjour, Sandra. Tu es sublime.
– Oh ! Merci.
– Tu prépares déjà ton dîner ?
– Non, c’est notre déjeuner.
– Comment ça ? Je pensais t’emmener en ville.
– Je préfère que l’on déjeune ici, et que l’on déguste des plats que j’ai préparés avec amour.
– Bon, d’accord. Tu es pleine de surprises, décidément. Et tu sais ce que tu veux.
– Oh ça, oui, répondit la jeune fille dans un sourire plein de malice.
Le repas fut très agréable. Les deux jeunes gens discutèrent de tout et de rien, tout en savourant les petits plats de Sandra. Après avoir englouti son tiramisu, Stéphane s’exclama :
– Oh ! Je n’en peux plus. Je crois que j’ai pris dix kilos. Aurais-tu un petit digestif, s’il te plaît ?
La belle blonde s’approcha lentement, sans rien dire. Puis elle chevaucha le jeune homme, ses seins à deux centimètres des yeux de celui-ci.
– C’est moi, ton digestif, dit-elle d’une voix langoureuse.
Et elle l’embrassa fougueusement. Pendant que leurs langues s’entremêlaient, et que leurs salives se mélangeaient, les moments pénibles de ces derniers jours n’étaient plus que de mauvais souvenirs pour Stéphane. Il souleva la jeune femme, et se leva. Celle-ci lui enserra la taille de ses deux jambes, telle une veuve noire qui s’apprête à dévorer son mal. Le jeune homme ne s’attendait pas à cela venant d’une fille qu’il croyait prude, voire coincée. Elle cachait vraiment bien son jeu.
Il l’emmena jusqu’à la chambre, et l’allongea sur le lit. Très vite, ils se retrouvèrent tous deux dans le plus simple appareil. Le corps de Sandra était encore plus parfait que Stéphane ne l’avait imaginé. Il se mit à la couvrir de baisers, et elle se cambra, folle de désir. Lorsqu’il explora son intimité de sa langue fougueuse, elle ne mit pas longtemps à atteindre l’extase. Elle voulut alors lui rendre la pareille. Mais le mâle l’écarta, sans trop savoir pourquoi. Il la prit alors sauvagement, sans même se protéger. Tout se passa comme dans son fantasme, quelques minutes plus tôt. En mieux. Une heure plus tard, l’explosion promettait d’être plus jouissive que tout ce qu’il avait connu. Mais, alors que celle-ci était sur le point de se produire, l’image de sa nièce s’imposa à lui. Ce n’était plus à Sandra qu’il faisait l’amour.
– Cindy ! hurla-t-il.
– Quoi ? s’écria Sandra, vexée.
La jeune femme repoussa son amant avant même qu’il ne puisse jouir.
– Va-t’en ! cria-t-elle. Goujat ! Mufle !
Mais Stéphane ne l’entendait pas. Il ramassa ses affaires tel un zombie, enfila son shorty, et sortit de l’appartement sans plus s’habiller. L’une de ses voisines, une grand-mère grenouille de bénitier, se cacha les yeux et se signa en le voyant passer devant elle dans l’escalier.
Une fois chez lui, le trentenaire s’autorisa à craquer. Il se laissa glisser à terre, dos contre la porte d’entrée. C’était un cauchemar. Alors qu’il pensait s’en être sorti, ces horreurs venaient de se rappeler à lui dans un moment qui aurait dû être magique. Le jeune homme resta prostré ainsi un bon moment. Il rejoignit ensuite son lit et y passa le reste de la journée, et tout le week-end qui suivit. Il ne se leva que pour grignoter et satisfaire ses besoins primaires.
Au travail, son état inquiéta fortement ses collègues. Stéphane ne communiquait presque plus avec eux. Il faisait des erreurs dont personne ne l’aurait cru capable. Il était très irritable. Si bien que tout le monde lui tourna le dos.
Le trentenaire croisait parfois Sandra. Au début, celle-ci l’ignorait superbement, ayant du mal à lui pardonner d’avoir prononcé un autre nom que le sien. Puis le temps radoucit ses états d’âme. Elle voulut alors s’expliquer avec lui. Mais l’état dépressif du jeune homme ne lui avait pas échappé.
– Que se passe-t-il ? demanda-t-elle un soir où elle le croisa dans le hall de l’immeuble.
– Rien, répondit Stéphane du bout des lèvres.
– Arrête, je vois bien que ça ne va pas. Ça a un rapport avec l’autre jour ?
Le jeune homme se repassa mentalement la scène. Il se prit la tête entre les mains. Il n’en pouvait plus.
– Qu’as-tu ? demanda Sandra en lui prenant le bras.
Stéphane se dégagea violemment, puis fonça vers l’escalier, qu’il grimpa quatre à quatre. Une fois chez lui, il se mit à réfléchir. Ça ne pouvait pas continuer comme ça. Il fallait qu’il en ait le cœur net. Il prit son téléphone, et composa un numéro.
– Allô ? fit son interlocutrice.
– Bonjour Emma, c’est Stéphane.
– Oh ! Bonjour, petit frère. C’est rare de t’avoir au téléphone. Que me vaut cet honneur ?
– Ça fait longtemps que je n’ai pas vu Cindy. Je me suis dit qu’elle pourrait passer un samedi avec moi.
– C’est une bonne idée ! Je lui demande ce qu’elle en pense. Attends 30 secondes.
– OK.
– C’est d’accord, fit Emma au bout d’un moment. Samedi prochain, ça te convient ?
– Parfait.
– D’accord. À samedi.
– À samedi.
Stéphane appréhendait ce moment, mais il était également soulagé. Dans cinq jours, il serait fixé. Ses doutes ne le rongeraient plus longtemps.
La semaine fut très longue. L’ambiance au travail était moins lourde que les jours précédents. Il reparlait avec ses collègues, en continuant toutefois à garder ses distances.
Stéphane croisa deux fois Sandra dans le hall de l’immeuble. Le jeune homme s’efforça de sourire et d’être poli. Mais rien de plus. La belle blonde se résigna. Elle le laisserait venir à elle lorsqu’il serait prêt.
Le jour tant attendu arriva finalement. La sœur de Stéphane habitait à dix kilomètres de chez lui. Sur la route, celui-ci fut pris d’un doute. Et s’il était réellement le monstre qu’il craignait ? Il n’avait pensé qu’à lui ces derniers jours. Mais s’il s’en prenait à Cindy, les conséquences pour elle pourraient être dévastatrices.
– Non, se dit-il. Il ne se passera rien. Je fais tout cela pour me rassurer, c’est tout. Et après...
Après, il n’y avait pas trente-six solutions. La suite était évidente. Le trentenaire n’avait pas envisagé cette solution jusque-là, par fierté. Mais maintenant, elle s’imposait à lui. Il irait voir un psychiatre.
Il en était là de ses réflexions, lorsqu’il arriva chez sa sœur. Il aperçut Cindy qui était en train de jouer avec des copines. Celle-ci prit congé, et accourut auprès de son oncle, qui la souleva de terre et la fit virevolter quelques secondes. La fillette éclata de rire. La voir si pleine de joie de vivre fit beaucoup de bien à son oncle. Le rire de sa fille fit sortir Emma.
– Bonjour, toi.
– Bonjour, grande sœur.
– Arrêt de m’appeler comme ça. Ça me rappelle que je ne suis plus toute jeune.
– Ne dis pas n’importe quoi, tu es resplendissante, fit Stéphane en prenant sa sœur dans ses bras. Où est David ?
– Au bureau.
– Un samedi ?
– Tu as tout dit, fit-elle, l’air désespéré. Cindy est triste de ne pas le voir souvent, en ce moment.
– Je vais lui changer les idées, répondit Stéphane
– Je compte sur toi. C’est une très bonne chose, que tu aies eu cette idée.
Le jeune homme ne répondit pas, renvoyé à ses doutes par sa sœur.
– Tu vas bien ? Tu as l’air soucieux, s’inquiéta celle-ci.
– Ça va, merci. Les affaires de Cindy sont prêtes ? demanda-t-il. Nous avons plein de choses à faire.
– Oui, vous allez pouvoir y aller tout de suite.
Cinq minutes plus tard, l’oncle et la nièce étaient en voiture.
– Tu la ramènes demain dans la matinée ? fit Emma.
– OK.
Stéphane démarra. Son cœur battait la chamade. Le lendemain, il serait rassuré, et pourrait essayer de comprendre d’où lui venaient toutes ces images dégoûtantes.
– Qu’est-ce qu’on va faire ? demanda Cindy, ce qui sortit son oncle de ses pensées
– Euh...
Il était tellement obnubilé par son obsession, qu’il n’avait pas du tout préparé la journée.
– Je ne sais pas, répondit-il. Que veux-tu faire ?
– Il y a la vogue, ce week-end. On pourrait y aller.
– Très bonne idée. Allons-y.
L’oncle et la nièce s’amusèrent quelques heures. Les hot dogs, la barbe à papa, les auto-tamponneuses, la pêche aux canards, tout cela fit presque oublier à Stéphane pourquoi sa nièce était avec lui.
Ils rentrèrent en milieu d’après-midi, et regardèrent des DVD qu’ils venaient de louer, tout en dégustant des glaces que Stéphane avait achetées exprès pour Cindy. Noix de coco, son parfum préféré. Le dîner se passa dans la même bonne humeur. Lorsque l’oncle coucha sa nièce, celle-ci déclara
–- Je t’aime, tonton. Avec toi, il ne peut rien m’arriver.
L’ironie involontaire de cette phrase troubla beaucoup le jeune homme. Mais en y réfléchissant bien, Stéphane arriva à la conclusion qu’il avait passé le test avec succès. Il ne pouvait plus rien se passer. Le lendemain, ils déjeuneraient, puis il ramènerait sa nièce à ses parents. Il prendrait rendez-vous chez le psy, et serait fixé sur l’origine de ses visions au bout de deux ou trois séances. Fin de l’histoire.
Le trentenaire alla donc regarder la télé, puis alla se coucher sereinement. Il s’endormit rapidement, contrairement aux nuits précédentes. Il se réveilla à dix heures du matin, après avoir dormi plus de dix heures d’une traite. Persuadé d’être au bout du cauchemar, Stéphane alla gaiement lever sa nièce. Celle-ci était réveillée et lisait un livre dans son lit.
– Bonjour. Qu’est-ce que tu lis ?
– Bonjour. Le petit chaperon rouge.
L’oncle ne saisit pas l’ironie de la situation. Cindy se leva. Elle fit tomber son marque-pages et se pencha pour le ramasser. Son bas de pyjama mal remonté dévoila alors le haut de ses fesses. C’est à ce moment-là que Stéphane perdit le contrôle. C’était comme si son cerveau s’était mis en veille, laissant libre cours à des pulsions qui ne devraient pas être. Son sexe se mit en érection, plus dur qu’il ne l’avait jamais été. Un voile rouge tomba devant ses yeux, et il avança sa main tel un robot, malgré la voix qui résonnait dans les tréfonds de son subconscient.
– Non, ne fais pas ça. Cela ne te ressemble pas. Tu n’es pas un monstre !
Le contact de la peau douce l’excita au plus haut point.
– Tonton, qu’est-ce que tu fais ? Tonton !
Stéphane ressentit comme une décharge électrique qui secoua tout son corps. Le voile disparut, ainsi que son érection. Il resta hagard pendant cinq minutes, devant sa nièce incrédule et choquée. Puis il réalisa ce qu’il venait de faire. Il prit alors la petite fille dans ses bras, et lui demanda pardon.
Celle-ci ne répondit rien. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Stéphane lui demanda de s’habiller, et la ramena aussitôt chez ses parents. Il la laissa sortir de la voiture, lui dit au revoir, et lorsqu’elle fut rentrée chez elle, il démarra aussitôt.
Il roula vingt minutes à tombeau ouvert. Il fallait en finir, mais il ne savait pas comment. Lorsqu’il aperçut un virage où de nombreux automobilistes s’étaient tués, il sut. Il écrasa l’accélérateur, et fonça tout droit dans la barrière de sécurité.
Sa voiture fit une dizaine de tonneaux avant de s’immobiliser au fond du ravin. Le feu se déclara alors. Pendant que les flammes commençaient à se répandre, Stéphane eut de nouvelles visions.
Non, ce n’étaient pas des visions. Cela ressemblait plus à des souvenirs, enfouis profondément en lui pendant des années. Il dormait paisiblement, lorsqu’il fut réveillé par une présence. Quelqu’un s’allongeait sur lui. Puis il sentit quelque chose le pénétrer.
– Chut ! fit son père.
Des dizaines de scènes similaires remontèrent à la surface. Si un psychologue avait pu le recevoir en consultation, il aurait diagnostiqué une amnésie post-traumatique. Sa psyché avait réagi à une série de situations dans lesquelles son intégrité physique et psychique avait été menacées. Des années plus tard, sans à priori d’éléments déclencheurs, Stéphane avait revécu les événements. Malheureusement, il voyait sa nièce au lieu de se voir lui-même, et n’avait pas pu réaliser ce qui se passait. L’insomnie, le déni, et le repli sur lui-même, faisaient aussi partie des symptômes.
Les pompiers arrivèrent cinq minutes trop tard. Stéphane était mort carbonisé. Sandra ne ferait jamais le lien entre son décès et ce que le jeune homme avait crié chez elle. Cindy se souviendrait toute sa vie de la dernière fois où elle avait vu son oncle, et le verrait toute sa vie comme un monstre lâche qui avait préféré mettre fin à ses jours plutôt que d’assumer ses actes. Son père, quant à lui, ne serait jamais inquiété, et emporterait son secret avec lui quarante ans plus tard, lorsque la Grande Faucheuse l’emporterait dans son sommeil.
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