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L'île aux oiseux

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Patrick Barbier

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Tombé pour elle (L’île aux oiseaux)

Dans le vaste univers de la Chanson Française, il est des paroliers (même si le terme est un peu fort pour Pascal Obispo) qui peuvent te laisser dans un état de sidération proche de... de quoi d’ailleurs ? De la catatonie ? Du coma avancé ? Du Lot et Garonne ?

Le titre de la chanson nous offre une piste. « L’île aux oiseaux » est posée au centre du Bassin d’Arcachon. Et là j’étais plutôt content parce que des chansons sur les huîtres, y’en a pas tant que ça. Sauf que non. Point de mollusque marin bivalve dans le texte même si on peut trouver pas mal de représentants de la faune océane (on le verra plus loin) dans les coins et recoins du morceau.

Et donc, le temps que tu reprennes tes esprits, fixés sur une bourriche de fines de claire, l’auteur s’est barré à des hauteurs stratosphériques pour te matraquer le cortex cérébral de vers qui sont au surréalisme ce que le clown de Stephen King est aux ch’tis n’enfants : une déviance psychopathologique.

Exemple et première strophe :

Tu es tombée du ciel
Moi qui voyais le mal partout
Si l'amour est encore sur terre
Rien n'efface les douleurs d'hier
Sans toi je n'aurais
Jamais pleuré autant de joie pour personne
Le canon qui résonne

Le premier vers peut donner à penser que l’auteur va nous parler d’une météorite (peut-être nous bavocher un hommage aux dinosaures trop tôt disparus) ou d’une astronaute qui aurait été aspirée par les toilettes de la station orbitale ISS.
Le second évoquerait quant à lui la confession d’un paranoïaque qui s’est enfin décidé à consulter. Sans trop voir le rapport entre les deux, on décide de s’accrocher tout au long des cinq vers suivants malgré la syntaxe plus que défaillante et le dernier vers « Le canon qui résonne » qui à mon humble avis doit faire partie d’une autre chanson mais qu’Obispo a foutu là pour la rime. Grossière erreur vu que cette phrase, justement, ne rime à rien. Mais restons un moment dans le grand n’importe quoi avec la deuxième strophe :

Ici sur pilotis
Refuge de mes amours englouties
Mon cœur d'éponge à la dérive
Les marées ne me feront revenir
Je reste avec
Les étoiles de mer
Les oiseaux des terres amères
Et mon cœur qui se perd

Là, pour être honnête et après avoir entendu les deux premiers vers, j’ai pensé un instant que Pascal était un serial killer, qu’il avait une cabane sur pilotis et qu’il balançait ses victimes à la baille après leur avoir fait subir des trucs répertoriés nulle part ou alors peut-être chez Maxime Chattam. Mais « mon cœur d’éponge à la dérive » m’a plutôt orienté vers le delirium tremens d’un pochetron. Confirmé d’ailleurs avec le mot « marées » comme dans « Dis-donc, il tient bien la marée ! ». Et du coup il décide de « rester avec les étoiles de mer et les oiseaux des terres amères ». Moi tant qu’il ne vient pas beugler sous mes fenêtres il peut bien aller danser le kazatchok avec un banc de mérous ! Surtout si c’est pour nous dire que « son cœur se perd ». Il n’y a pas que lui, Pascal... Crois-moi.
Ce qui nous amène à la première occurrence de ce qu’il faut bien appeler un refrain.

Je suis tombé pour elle
Je n'ai d'yeux que pour elle
Ma maison, ma Tour Eiffel
Quand mes amours prennent l'eau
L'île aux oiseaux

Donc je résume : elle « est tombée du ciel », lui « il est tombé pour elle ». On commence à se dire qu’il y a un problème flagrant d’équilibre dans le couple. Couple qu’Obispo nous décrit comme une représentation symbolique « maison/tour Eiffel » qui laisserait hagards des séminaristes lacaniens tentant d’expliquer leur vision de la psychanalyse lors d’une réunion d’analystes freudiens. Perso, la tour Eiffel ne m’évoque pas prioritairement le Bassin d’Arcachon. Ce doit mon côté taquin. Mais laissons-le « prendre l’eau »... si ça peut le faire dessoûler, je n’y vois que des avantages. Notamment auditifs.

Et nous voilà t’y pas déjà rendus à la troisième strophe ?

Au-dessus des marées
J'ai de l'amour à perpétuité
Pour Pyla sur mer, Arguin, Ferret
La pointe aux chevaux de mer, l'été
Arcachon, Piquey et Frédéliand
Les glaces sur la jetée
Pourraient bien me manquer

Hormis le côté Guide du Routard consacré à des bleds qu’on pourrait qualifier de chiantissimes si on n’avait pas peur d’accumuler des procès intentés par les syndicats d’initiative des dits bleds, on apprend qu’il a « de l’amour à perpétuité », qu’il a sans doute pris conscience que la perpétuité c’est long et qu’effectivement il risque de « manquer de glaces ». Surtout s’il reste sur « la jetée ». Je ne saurais trop lui conseiller d’aller au centre-ville et d’y chercher une supérette. Il est à noter que si vous remplacez « glaces » par « places », ça marche aussi. Comme quoi...
On en est là de cette sidération dont je parle plus haut quand il décide de nous rebalancer un refrain. Au point où on en est, pourquoi pas ?

Je suis tombé pour elle
Je n'ai d'yeux que pour elle
Ma maison, ma tour Eiffel
Quand mes amours prennent l'eau
L'île aux oiseaux

Puis c’est l’estocade. Moi, arrivé là, je ne sais toujours pas s’il s’agit d’une chanson d’amour, de l’appel au secours d’un scaphandrier en détresse ou d’un ornithologue défoncé à la fiente de macareux.
Peut-être que le final nous apportera des éléments de réponses ?

C'est ma tour de Babel
Mon phare, ma citadelle
Mon cinéma, mon repère
Mon oasis et mes amours à la poubelle
Et quitte à perdre pied
Je suis tombé pour elle
Je n'ai d'yeux que pour elle
Ma maison, ma tour Eiffel
Quand mes amours prennent l'eau
L'île aux oiseaux

Non...

En soi, l’écriture automatique ne me dérange pas mais malheureusement, Obispo, son truc, c’est plus la « laverie automatique ». Il te lessive.
Il piocherait des lettres au hasard comme au scrabble, son « message » n’en serait pas plus aléatoire.
Pascal, il est au-delà de la drogue. Au point que tu te surprends à l’envier (deux secondes) et à te demander où il peut bien trouver ce succédané ultime. Et surtout combien de doses il s’enfile pour arriver à ce néant aussi intellectuellement motivant qu’un puzzle à deux pièces.
Si vous avez un élément de réponse, n’hésitez pas...

♫♪♫ Tû dû tû... Tû lû tû tû... ♫♫♪♫
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Sauvagere · il y a
Tout ça me donne le mal de mer... Obispo ne va pas se remettre de cette correction ! (je croyais que la fessée était interdite ?)
Tout de même, il y a un peu de sectarisme (ou de parisianisme) dans ce commentaire : le banc d'Arguin, le Cap Ferret, etc. ne sont pas "chiantissimes", sauf au mois d'août, et comparer le Lot-et-Garonne au coma avancé...
J'ai bien ri quand même !

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Patrick Barbier · il y a
Moi, parisianiste ??? Alors que j'habite la pointe de Mousterlin et qu'après ma maison, derrière l'océan, c'est l'Amérique ??? (Je déconne il y a d'abord les Glénan à passer.) :-)
Par contre pour le Lot-et-Garonne, mea culpa... Il n'est plus en coma avancé...
On l'a débranché.

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Sauvagere · il y a
Dur, dur, pour le Lot et Garonne !
Et pardon pour l'insulte suprême de parisianisme, mais vous l'aviez bien mérité !

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Patrick Barbier · il y a
Je suis prêt à tout en vue d'écrire des provocations débiles :-)
J'ai un souvenir pourtant ébloui de ce magnifique endroit qu'est le Cap Ferret.

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Sauvagere · il y a
Ah, quand même !
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James Wouaal · il y a
C'est là ce qu'on peut appeler un "deux en un". Je découvre d'abord cet Obispo avec une certaine fascination. J'avais bien déjà aperçu ce personnage, mais je ne savais pas qu'il chantait, je croyais qu'il était juste le président du fan club de Polnaref. Ce texte, et plus particulièrement ce "Ma maison ma tour Eiffel", va me poursuivre toute la journée de demain. Merci pour cette découverte. Je vous découvre enfin vous Patrick qui m'avez tant fait rire sur le forum pas plus tard que ce week-end dans un exercice fort virtuose où vous taquiniez un brin un certain L.M.
Votre décorticage de ce rude crustacé littéraire fut un pur ravissement. Si vous vous attaquez un jour à Gilbert Montagné, faites-moi signe.


Extrait :
Princesse des coups bas
Elle fait l'amour
Au monde entier
Si oyé vez
Elle vit la salsa
Elle nous la joue de haut en bas
Elle vit la salsa
Elle nous met le cœur en rumba

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Patrick Barbier · il y a
Ah ouais... Quand même ! ^^
Je ne te remercie pas pour l'extrait, James mais ton commentaire me fait très plaisir.
Merci

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Joelle Teillet · il y a
je préfère le tombé du ciel d'Higelin ;-) ^^
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Patrick Barbier · il y a
Moi aussi, Joelle.
Higelin... Un que je pourrai jamais m'amuser avec :-(

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Jean-Francois Guet · il y a
Pauvre Pascal ... mais bon une si longue satire témoigne d'une forme d'amour ... parce que les rois mages en galilée qui laissent leurs gondoles à Venise c'est du concentré de bang bang 5 étoiles et que dire de la petite Valentine en V.O. ... are you smart ??
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Lulla Bell · il y a
Voilà qui fait plaisir à lire ! C'est surprenant de décortiquer les paroles des chansons et Obispo n'est qu'un exemple entre autres.
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Eponine52 · il y a
Vraiment hilarant mais le pire, c'est malheureusement vrai ! J'suis aussi sur le cul parfois quand j'entends certaines paroles de chanson ! C'est complètement fou ! j'me suis délectée de ce décorticage et suis à 200 % OK avec toi, c'est affligeant ! la conclusion s'impose d'elle-même CHAPEAU A RAS DE TERRE pour ton brillant esprit de déduction ! tiens j'cours la poster sur mon mur afin que mes amis rient aussi ! y'a pas de raison ! merciiii Patrick ! bises et douce fin de journée loin de ce monde déjanté !! à bientôt !!
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Malice · il y a
En cette période, un peu d humour fait du bien !
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Gabrielle11 · il y a
j'en ai une pour toi ( entendu ce matin )
j'avais les yeux fermés , je ne voyais plus mes pieds !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! ( téléphone )

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Sourisha Nô · il y a
Bon ben moi c'est simple, je suis assez stakhanoviste avec Obispo. Voire même binaire. C'est à dire que si je le croise, soit je lui éclate de rire au nez, soit je le félicite pour son déguisement de Polnareff.;-)
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