L'homme n'embrasse pas toujours la femme

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Le ciel était dégagé et la lune brillait aussi fortement que les joyaux d'une couronne dans un sac d'os. La tête plongée dans les étoiles, je me suis dit qu'écrire avait finalement plus de sens  [+]

J’attendais Ludivine devant La cocotte, un restaurant à tapas bien coté de Montpellier, où nous nous étions préalablement donnés rendez-vous à dix-neuf heures. C’était là que nous devions dîner et nous rencontrer pour la première fois. Un premier rendez-vous donc, qui se présentait comme tous les premiers rendez-vous. C'est-à-dire qu’il y avait assez de tune dans la poche avant de ma sacoche pour pouvoir payer l’addition d’une lune de miel.
C’était un vendredi soir et je n’étais pas le seul à encombrer le coin. La rue grouillait de gens bien habillés, qui se mouvaient paisiblement avec des gueules chiadées et des grains de peau luisants.
J’étais assis sur les marches d’un petit perron ; la façade du restaurant s’élevait gentiment de l’autre côté de la rue. Je fumais une cigarette tout en regardant les secondes défiler sur ma montre bracelet et les passants se croiser ; ils se croisaient, mais ne se rentraient jamais dedans, s’évitant de peu, se frôlant légèrement, allant je ne sais où. Certains déviaient simplement l’épaule et glissaient leur corps comme des feuilles mortes pour transgresser les parois de chair humaine qui inondaient le passage. Pendant que d’autres faisaient carrément des zigzags pour avancer, contournant le plus gros de la foule.
J’avais dix minutes d’avance et deux whiskys coca dans le sang que je m’étais envoyés une heure plus tôt dans mon appartement de vingt mètres carrés, juste avant de partir rejoindre Ludivine. Ça m’avait permis de faire redescendre la pression que ce rendez-vous m’inspirait. Vivre de telles affaires ne me réussissait pas. De cuisants songes venaient toujours trinquer avec mon égo et me paralysaient alors dans un vaste champ d’interrogations emmerdantes qui me coûtaient toujours la moitié de mon être.
La plupart du temps, je buvais un coup pour faire passer ça. L’alcool était une solution abordable sans conséquences particulièrement tragiques. Ça m’apaisait en un rien de temps et je pouvais alors reprendre mes occupations sans me soucier de ce qui allait pouvoir m’arriver. Pareil pour les entretiens d’embauche, j’avais toujours un coup dans le nez avant de les passer. Ça me permettait de répondre correctement aux questions tout en paraissant relaxé et confiant, de quoi satisfaire la plupart des employeurs. De ce qu’on m’avait dit, c’est ce qu’ils recherchaient : des types ouverts à la sodo-domination.
Ludivine et moi dialoguions depuis six mois sur le Net. J’avais aimé son profil. Un soir, je lui ai envoyé un message privé, qui disait que je recherchais activement une partenaire pour jouer au scrabble avec moi. Ça l’avait fait rire, ce qui engendra notre correspondance dans la foulée. Le rire fonctionne toujours dans ces cas là. Ça entame la chose sur une note légère, ça séduit immédiatement et puis ça ne vous fait pas passer pour un affamé qui ne cherche qu’à tirer son coup.
On discutait, trois heures par jour, généralement de 20 heures à 23 heures, avant que la nuit anéantisse nos rhétoriques et nous pousse à dormir. On ne s’était pas échangé nos numéros. On s’était dit qu’il serait plus drôle de découvrir nos voix le jour de notre rencontre.
Les mots que nos doigts tapaient sur le clavier en disaient long sur nos attentes et nos envies. On était à peu près compatibles sur tout, le vent en poupe pour une relation fusionnelle. Les confidences ont fusé. On s’est dévoilé nos secrets les plus croustillants. Ces habitudes gênantes qu’on préfèrerait garder pour soi, on se les offrait comme on offre un scoop à un journaliste. Ça pouvait remuer des tripes, mais fallait le faire pour la bonne cause.
Je lui avais par exemple fait part de mon penchant à me masturber quand un temps pluvieux m’assignait à résidence. Elle avait trouvé ça craquant. En échange, elle m’avait avoué être une femme fontaine et qu’elle aimait parfois éjaculer sur le visage des hommes avec qui elle couchait. Ça m’avait fait durcir. L’évènement valait largement son quota de craintes à accuser et de verres à lessiver.
Je fixais toujours ma montre. Le cadran était sale et pleins de rayures, voilant partiellement l’affichage analogique. Je ne cernais pas très bien le mouvement des aiguilles. Je me disais que tant que je voyais un truc trembloter derrière le verre protecteur c’est que les secondes passaient et que le temps m’allait forcément être à un moment donné favorable. Pour le moment, je sentais le trac me plomber l’estomac. J’accusais des crampes et des brûlures que l’alcool n’avait pas su anesthésier, mais le petit perron sur lequel j’étais posé était frais et confortable et me permettait de gérer la douleur assez efficacement. Ça venait comme un cheveu dans la soupe, je me crispais pendant quelques secondes et puis ça disparaissait d’emblée.
C’était un soir important. Je voulais à tout prix assurer. Quelque part, je voyais en ce rendez-vous une issue convaincante à mon train de vie de baroudeur, où je me défonçais plus souvent la gueule que je n’en prenais soin. La vie que nous menons tous à de quoi rendre fou et si je ne mettais pas le holà tout de suite, il y avait de forte chance que je ne dépasse pas la quarantaine ou que je finisse résident dans un asile. Se détruire la santé va un temps, mais rarement l’éternité.
Malgré ça, je sentais le besoin d’un autre verre me ronger les nerfs.
Niveau fringue, je me défendais plutôt bien, en grande phase avec la mondanité environnante. J’avais mis le paquet pour séduire Ludivine, les plus belles pièces de mon dressing. Je n’avais pas grand-chose comme textile, mais tout de même suffisamment pour me vanter de pouvoir assumer un premier rencard.
Le choix avait été rapide. Une fois devant le souk qui me servait de dressing, je savais qu’il y avait un short blanc qui traînait pas loin alors je l’ai cherché puis je l’ai trouvé puis je l’ai enfilé. J’ai ensuite récupéré la seule chemise de soirée que je possédais. C’était une chemise bleu clair nuancée par des contours bleu marine, dans laquelle le haut de mon corps pouvait paraitre athlétique, mais seulement quand je n’avais pas mangé de pizza la veille. Je vous rassure, j’avais prévu mon coup. Le tout m’allait bien et puis je voulais que Ludivine soit toute excitée en me voyant, ce qui semblait pouvoir s’établir avec ça sur le dos. Je m’étais fixé comme ambition de réveiller la fontaine qui était en elle.
J’avais aussi mis du déodorant, mais pas qu’un peu, une dose mortelle pour les mouches, qui m’avait brûlé les dessous de bras. Et j’avais pris par sécurité deux préservatifs et un paquet de chewing gum à la menthe au cas où les choses s’accéléreraient. Valait mieux être prudent que laxiste sur ce coup. On ne sait jamais. On ne sait plus. Les femmes d’aujourd’hui sont de plus en plus surprenantes à en juger leur facilité à s’égarer dans les plumards d’internautes en rut. Et puis six mois, ça vous laisse le temps de tout imaginer, de tout appréhender et de tout préparer.
J’ai sorti mon portable de ma poche pour vérifier l’heure qu’il était. L’heure du rendez-vous était maintenant arrivée, mais Ludivine ne s’était toujours pas pointée. Cinq minutes passèrent et son absence a commencé à me faire cogiter sérieusement. Je me suis dit que Ludivine avait peut être prévu de me poser le lapin du siècle depuis le début et qu’elle avait tenu ces six mois de dialogue rien que pour réussir son coup. L’hypothèse me fit rire. J’ai gloussé comme un con pendant que d’autres passants passaient par là. Ils ne pouvaient pas comprendre.
Dans le ciel, le soleil se couchait et commençait à ombrager délicatement le quartier. La température ambiante était malgré tout agréable et les gens ont commencé à s’installer en terrasse et à boire des cocktails. Je me suis roulé une cigarette puis je l’ai fumée en les regardant boire pendant que moi je ne pouvais pas.
Sur son profil, Ludivine disait qu’elle aimait l’été autant qu’un bon café crème servi par un homme en tablier. Peut-être pour ça que nous avons attendu que les beaux jours arrivent avant de nous voir. Elle disait aussi avoir un don inné pour la cuisine. Sa spécialité était les moules frites : quelque part, nous étions complémentaires. Ludivine était passionnée par la littérature moderne et se vantait de lire par semaine au moins trois livres, parfois quatre quand elle n’était pas inspirée par l’écriture de ses propres poèmes. Elle travaillait dans une boulangerie, à l’accueil, s’occupant des clients et de leurs commandes. Elle adorait écouter de la deep house et boire des frappés à la framboise. Elle détestait en revanche la variété française et l’odeur du plastique brûlé. Je la désirais autant qu’un bon kébab après une nuit de beuverie. Même mieux, j’avais l’intime conviction qu’elle était la femme de ma vie.
Ludivine arriva avec quinze minutes de retard, mais était aussi belle que sur ses photos de profil. Ses longs cheveux bruns offraient un reflet doré des plus éclatants et ses yeux verts paraissaient scintiller comme deux jolis rubis. Sa démarche était féline, elle avait de belles jambes élancées qui exerçaient de grands pas sur les pavés instables de la rue piétonne et son bassin remuait gracieusement comme le tempo d’une chanson brésilienne.
Une fois à ma hauteur, je mis ma main gauche sur le côté droit de sa hanche pour lui faire la bise. Son parfum sucré m’envoûta et j’eus l’impression de ne plus sentir mes jambes. Nous nous sommes rapidement dirigés vers le restaurant. Je lui ai ouvert la porte et quand elle passa devant moi, baissai le regard pour admirer son cul. Merveilleux. Elle portait une robe moulante d’un bleu pétant et aux pieds, des talons compensés rouges vifs. Son rouge à lèvre aussi, l’était. A l’entrée du restaurant, un serveur joufflu et très poli nous amena à nos places. L’endroit nous a tout de suite plu. Il y avait des murs en pierre qui rejoignaient un vaste plafond enrichit par de longues poutres apparentes, qui tenaient en suspension d’imposants lustres noirs. La lumière tamisée créait une atmosphère courtoise et séduisante. On se serait cru dans un film tant le tout semblait trop beau pour être vrai.
Il y eut d’abord un malaise éphémère, puis les mots s’enchaînèrent naturellement, comme sur le Net.
C’est Ludivine qui ouvra le bal.
« T’as l’air tendu, ça va ?
- Pas trop, ça fait plus de dix jours maintenant qu’il n’a pas plu. »
Ludivine eut un rire enchanté, puis enchaina.
« Ne me dit pas que ça fait plus de dix jours que tu n’as rien fait ? Je te croirais pas !
- Bon, allez ! Je t’avoue que j’ai craqué hier soir, juste avant de me couché.
- Ce qui veut dire aussi juste après notre discussion ?
- Ouai, aussi, bien vu !
- Ce sont des aveux ?
- Pas encore, tu ne m’auras pas aussi facilement !
- Ça y ressemble beaucoup pourtant !
- Peut être, mais je n’ai que pris deux capotes avec moi et c’est insuffisant pour des aveux selon moi. »
Ludivine eut un autre rire enchanté.
« Ça fait drôle de se voir, tu ne trouves pas ?
- Si, mais il était temps, j’avais vraiment hâte de te rencontrer !
- Moi aussi. Alors, tu la trouves comment ma voix ?
- Séduisante, et la mienne ?
- Vraiment à chier, on dirait que t’as une tondeuse coincée dans la gorge.
- Sérieux ?
- Non, je déconne, t’as une voix rauque et à vrai dire plutôt sensuelle et rassurante. Je l’aime beaucoup.
- Tu me rassures, j’étais déjà en train de me demander comment j’allais faire pour prendre la fuite sans que tu t’en aperçoives.
- T’envisages même pas une opération des cordes vocales ?
- C’est possible ?
- J’en sais rien, peut être, je pense que oui.
- Admettons ! Mais si le chirurgien se foire et que je me retrouve avec la voix d’un castra ? Comment ça se passe ?
- T’auras toujours tes couilles pour te défendre, non ?
- Pas faux, ça pourrait se tenter.
- Passe-moi ton numéro !
- Quoi ?
- Ton numéro, on peut maintenant se les échanger vu qu’on a découvert nos voix.
- Passe-moi ton portable alors, je vais m’enregistrer. Flemme d’utiliser ma voix rauque et sensuelle.»
Ludivine me tendit son portable avec un sourire conquis. Je l’ai récupérer puis j’ai noté les dix chiffres qu’elle attendait. Ensuite je me suis fait sonner pour récupérer son numéro et je l’ai enregistré dans mon répertoire.
« Tu m’as m’enregistré à quel nom ?
- Là, à chaud, j’ai mis Ludivine.
- Mouai...
- T’aurais voulu autre chose ?
- Non, Ludivine, c’est bien, c’est mon prénom.
- J’ai quand même hésité à mettre femme fontaine à la place si ça peut te rassurer.
- Que t’es con ! »
Entendre le son de la voix enjouée de Ludivine me galvanisait. Au moment de commander, je la laissai parler en premier.
« Il prendra le magret de canard au chèvre. Et je vais le laisser choisir pour moi » fit Ludivine au serveur en m’épiant avec un regard espiègle.
« Elle prendra le mijoté de poulet à la crème au paprika et au parmesan.
- Et mettez une bouteille de votre Sauterne à 33, 98 euros avec cela. Merci, ajouta Ludivine.
- Très bon choix, vous allez vous régaler » conclu le serveur aux joues rondes.
J’ai regardé le serveur rebrousser chemin, il roulait du cul. La salle était bondée. Des gens de tout âge étaient installés à des tables en bois verni carrées ou rectangulaires devant lesquelles ils mangeaient, buvaient ou jactaient jovialement comme si rien ne pouvaient leur arriver.
Le serveur vint nous servir le vin. Il déboucha la bouteille, me fit goûter et, après confirmation de ma part, nous servit deux bons verres.
Ludivine avait un tic quand elle parlait. Une de ses mains plongeait dans ses cheveux pour récupérer une fine mèche et y faire des boucles. Je trouvais ça mignon.
Le rire détendait nos muscles. Tout nous faisait rire et on fut bientôt complètement détendus. Ça avait commencé par les joues du serveur. On se marrait dès qu’on le voyait passer. Puis ça a débordé sur le couple de vieux dégueulasses qui était assis à notre gauche, deux quinquagénaires sapés classe, se roulant galoches à en perdre souffle et dignité. Leurs deux corps formaient une voûte au-dessus de la table qu’ils occupaient. On aurait dit qu’ils allaient bientôt se rejoindre pour finaliser la donne. Pour le spectacle, on espérait qu’ils le fassent. Juste derrière Ludivine, il y avait aussi une bonne femme d’une trentaine d’années qui, à en croire sa dégaine, avait eu de grandes difficultés à prendre une décision pour se fagoter et avait changé d’idée au dernier moment. De visage, elle ressemblait à une pute, mais était habillée comme une mamie. Le déséquilibre se jouait dans son maquillage, trop urbain, trop m’as-tu-vu, trop en désaccord avec le reste. On ne comprenait pas, Ludivine voulut lui jeter son démaquillant pour lui faire comprendre, mais elle eut peur d’être trop violente et ne l’a pas fait.
Puis Ludivine s’est mise à m’attaquer sur ma chemise. Elle trouvait qu’elle ne m’allait pas bien. Elle disait qu’elle me donnait un style qui ne me correspondait pas, que ça faisait trop BCBG. Je lui ai alors demandé ce qu’elle aurait vu à la place. Elle m’a répondu, une salopette. Je lui ai dit que c’était elle la salopette. Raté pour la fontaine, j’ai pensé, mais ça avait au moins le mérite de la faire mouiller de rire.
Au bout de vingt minutes, le serveur vint nous déposer nos repas sur la table en rajoutant un peu de Sauterne dans nos verres. On s’est mis à manger. Tout était très bon. La cuisson des viandes étaient nickel chrome et les condiments qui les accompagnaient explosaient de saveurs une fois déposés sur la langue, un régal. Ça nous a rendu silencieux un certains temps. On mangeait, on se souriait bêtement, on profitait de l’instant pleinement.
Au bout d’un moment, tout en mastiquant un morceau de viande, je me suis mis à jalouser le verre à pied de Ludivine qui arborait la marque de son rouge à lèvre. J’espérais recevoir un jour les mêmes marques un peu partout sur mon corps. Et plus le repas arrivait à sa fin, plus mes espérances s’intensifiaient et d’autres, plus sérieuses, s’initiaient dans ma tête, me rappelant à quel point Ludivine me paraissait exceptionnelle : une déesse hors normes capable d’éclairer ma route de mille manières différentes. Moyennant quoi, l’espoir d’un meilleur lendemain commençait à remplir chaque fragment de mon être. Un espoir plus fort que celui qui m’avait encouragé pendant six mois à entretenir ma correspondance avec elle. Je le sentais là, divin, à portée de bras, puissant tel le souffle d’une ogive nucléaire. Rien que le fait de la voir avaler un morceau de poulet me donnait la terrible pulsion de la chérir jusqu’à la fin de mes jours. J’étais allègre de la voir en face de moi, de la voir bouger, de pouvoir me dire que j’étais en train de diner avec un tel bonbon. Je voulais la posséder jusqu’à l’usure complète.
Le vin commençait à faire effet, mais la bouteille était déjà vide. Parallèlement, nos assiettes furent débarrassées et le couple de quinquagénaires chauds bouillants partit baiser ailleurs. A cet instant, je n’avais plus de place pour un dessert, Ludivine se tâtait. Elle hésitait entre le fondant au chocolat ou ne rien prendre du tout. On décida de se partager le fondant au chocolat, Ludivine se sentait d’en manger, mais pas entièrement parce qu’elle s’était finalement rendu compte qu’elle n’avait plus vraiment faim et que cette dernière salve culinaire serait peut être celle de trop pour son estomac, un truc de femme.
Le dîner terminé, je demandai au serveur de nous amener l’addition. Il nous demanda de le rejoindre à la caisse, ce que nous fîmes. La note revenait à un peu plus de soixante euros. Je la payai, fis un tour aux toilettes rendre le Sauterne que j’avais ingurgité au cours du dîner, puis allai dans la rue retrouver Ludivine. La nuit était tombée. Une demi-lune souriait dans le ciel étoilé d’un été enivrant. Ludivine me remercia pour la soirée tandis que je la regardai balancer son bassin de gauche à droite.
A cet instant, il y eut une latence particulièrement embarrassante, qui dura une bonne minute. Ludivine et moi étions l’un en face de l’autre à nous regarder, à nous convoiter, à attendre que quelque chose se passe. Un réverbère éclairait nos visages pétrifiés. Le sien était plus beau que le mien. Je ne comprenais pas comment une fille aussi belle qu’elle pouvait être attirée par un homme aussi commun que moi.
Soudainement, Ludivine s’approcha de moi et, de ses lèvres écarlates, gratifia ma joue gauche d’un long et chaud baiser. La joue, pas la bouche, mais c’était déjà pas mal à prendre. Puis elle fit un demi-tour sur elle-même et s’éloigna, pénétrant les ténèbres d’un secteur encore bondé par la foule. Je l’observai remonter la rue. Je la vis allumer une cigarette, tirer dessus, vaporiser une épaisse fumée blanche au dessus de sa tête, trébucher sur un pavé, reprendre son équilibre, puis sortir son téléphone portable de sa sacoche. De là, la poche gauche de mon short vibra. C’était elle.
« Pourquoi tu ne m’as pas embrassée ? » me demanda-t-elle.
Je lui ai retourné la question.
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