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L'évasion

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1 : Arrivée

[Ordinateur] Lieu : Prison de haute sécurité. Année : 2054. Individu : Alve Edgar. Motif d’emprisonnement : Emprisonné pour assassina. Durée de la peine : décision encore en attente. Numéro de cellule : 222. Type de cellule : cellule individuelle. Type d’individu : Individu violent à caractère récidiviste.
— C’est parti, entre là dedans, voici ta nouvelle maison. Ah ah ah...

2 : Alve Edgar

Quelque mois plus tard en pleine nuit...

— Allez ! Sortez !
Le garde en combinaison et chaussures noires tapait militairement sa matraque grise sur ses gants de cuir.
— Allez !
Un prisonnier étourdie sortit de sa cellule.
— Chef, il est tard, pourquoi vous nous réveillez ?
Le garde, étonné, releva lentement la visière de son casque puis, le fixant droit dans les yeux, chuchota :
—...Ici, c’est moi qui décide, d’accord ?
— Oui, bien sûr...
— Tout le monde sort ! Allez, sortez tous ! Allez ! Allez ! Bande de rats...
Les prisonniers arrivèrent en file indienne marchant lentement. Certains avançaient les yeux fermés, d’autres baillaient... D’autres encore ne comprenaient pas du tout ce qu’il se passait, mais s’attendaient à une leçon.
— Tout le monde dehors ! Dépêchez-vous...
— Mais que se passe-t-il ?
— Mais bon sang, il a quoi ce fichu garde ? Il n’a pas pris sa coke ou quoi ?
— Eh ! Il est trois heures du matin...
— Je t’avais bien dit mec qu’il ne nous aimait pas.
— Ouais...
Le garde les fit s’aligner dans la cour, appela trente autres gardes armés jusqu’aux dents à l’aide du micro sur son poignet.
Il commença :
— Vous savez tous pourquoi je vous ai fait venir ici, n’est-ce pas ?
Aucun des prisonniers ne répondit.
— On a encore trouvé un trou, hier soir, sous l’escalier qui mène aux dortoirs. Qui est le responsable ?
Les prisonniers se regardaient les uns les autres...
— Je vous préviens les gars. Le responsable sera mis en chambre d’isolement jusqu’à nouvel ordre. Nous avons trouvé ça ! (Il sortit quelque chose de son sac.) À qui appartient ce livre sur les voitures ?
Tous les prisonniers se faisaient petits.
— Hey ! Toi ! Là, dit l’un des gardes qui pensa avoir repéré un comportement suspect. Comment tu t’appelles ?
— Je m’appelle Alve.
— Alve, chef ! N’oublie pas de dire « chef », à la fin, c’est juste un conseil. Écoute-moi bien... Alve. Tout à l’heure, tu avais ce livre à la main ; comment se fait-il que nous l’ayons retrouvé devant le trou ?
— Je ne sais pas chef, quelqu’un a dû le poser pour que je me fasse accuser de tentative d’évasion.
— Nan, nan, nan, c’est trop facile ça. Me prends pas pour un con. Je ne suis pas né hier. Écoute-moi bien. (Il chuchota dans son oreille.) Ne joue pas au plus malin avec moi Alve. J’ai très peu de cœur et coffrer les merdes comme toi, c’est un réel plaisir.
— Je suis un soldat. J’ai toujours protégé des hommes dans ton genre et, derrière ton uniforme, tu es comme moi...
— La ferme !
Il lui donna un coup du revers de la main sur la bouche. Sa lèvre se déchira net. Alve saignait.
— Allez, attrapez-le et les autres vous n’allez pas dormir cette nuit car vous avez été complices. Si l’un d’entre vous l’a vu, il fallait venir nous le dire. Bande de rats !
Un des hommes détourna les yeux se sentant coupable. Il avait aperçu Alve en train de creuser un trou, mais il avait gardé ça pour lui. Il ne voulait pas de souci avec les gardes. C’était un homme frêle et aussi le plus calme de la prison.
— Voilà ! Sale con. Entre.
— Après vous... répondit Alve avec ironie.
— Tu vas pourrir là-dedans et je dirai que tu t’es suicidé. Ça t’apprendra à te prendre pour un rat.
Il s’en alla le gosier plein d’arrogance :
— Je ferais mieux de changer de prison moi...
Il l’enferma dans le noir.
— Merde... soupira Alve.
Il y resta un mois. Un mois de traitements inhumains. Un mois d’eau froide et de nourriture bonne à être régurgitée. Il ne savait même plus quel jour c’était et commençait à perdre tous ses repères. Il était à bout.
— Je n’aurais pas dû essayer... Je n’aurais pas dû essayer. Je n’aurais...

« Boum ! »

Il vient d’y avoir une explosion ; il y a de l’agitation à l’intérieur de la prison.
On entend des cris et des bruits de pas dans tous les sens.
Une tentative d’évasion.
Tous les gardes s’attroupent : « Allez ! allez ! allez ! » Les prisonniers se demandent ce qu’il se passe ; certains arrivent à sortir de leur cellule, d’autres au contraire y sont bloqués et supplient en gesticulant et braillant qu’on les aide. D’autres ont couru en direction de la porte principale de la prison et se sont fait abattre par les gardiens.
Le système de gestion de la prison a été touché en plein cœur. Un coup de maître, un petit malin a visé l’ordinateur principal. Cela avait dû être fait de l’intérieur...
Trois hélicoptères en pleins phares survolent la prison. À l’aide d’un détecteur de mouvements thermiques, ils peuvent voir ce qu’il se passe à travers les murs. Ils voient des silhouettes rouges se battre et des mains qui étranglent des cous. « Bon sang, c’est la guerre là-dedans. Les gardes se battent avec les prisonniers ; seigneur... »
[Click !] Alve se rend compte que la porte de la chambre d’isolement est entrouverte.
Il sent une occasion...
Il commence à comprendre que le système entier a été touché.
Il s’approche avec prudence de la porte, la pousse, puis longe les murs.
Il est concentré.
Des bruits de pas.
— Bordel de brigands... Je savais bien qu’ils allaient tenter de s’évader.
— Patron, c’est pas des brigands pour rien. Vous pensez qu’ils savent au sujet de...
— Chut, ne parle pas de ça ici ! Va donc voir ce que le salaud qui a tenté de s’évader devient. Je suis sûr qu’il est dans le coup !
— Oui, patron, j’y vais tout de suite.
Alve le voyant s’approcher colla furtivement son dos contre le mur. C’était peut-être sa dernière chance de s’enfuir. Il repensa à sa femme, ses amis, la liberté, sa maison. Il devait fuir pour redevenir un homme libre...
Le garde, ne se doutant de rien, passa enfin... Alve avançait sur la pointe des pieds. Il aperçut son dos ; sur sa combinaison, il était écrit « Cof Company ». En regardant vers la fenêtre qui donnait sur la cour, où d’habitude les prisonniers faisaient leur promenade journalière, il vit le directeur de la prison, le téléphone à la main.
— Vous avez cinq minutes ! Pas plus ! Sinon je vous vire ! Et vous enferme dans la prison S-14.
C’était la prison de l’autre zone.
Ici, il était dans la zone B, celle de la prison S-15.

Alve en profita pour filer en direction d’une porte entrouverte. Elle menait au sous-sol, un long chemin entouré de tuyaux sales ainsi que de câbles électriques de toutes les couleurs. Il ne pouvait pas passer par l’entrée, il y avait trop de gardes et ils avaient l’autorisation de tirer.
Il courut dans les sous-sols en moins de trois minutes.
— Patron ! Il a disparu !
— Qui ?! dit-il le téléphone à la main et le pistolet dans l’autre.
— Le soldat !
Il reprit ses esprits :
— Merde ! Ordure ! Attrapez-le! Il ne faut pas qu’il s’échappe ; c’est à cause de lui que tout ça arrive !
Et en effet, il n’avait pas tort. L’homme frêle qui a aperçu Alve en train de creuser avait reçu un paquet de la part des proches d’Alve. La lettre cachée dans une boîte de biscuits à la noisette disait : « Aide-nous à libérer Alve et tu seras libre également. Nous effacerons ton nom des ordinateurs de la prison et tu seras envoyé à Ewon City. Tu y seras en sécurité. Alves est le seul à pouvoir nous aider. Rejoins-nous à... »
Il avait reçu des instructions. Il avait l’air de les avoir suivies à la lettre...
Il fallait libérer Alve. Alve avait une maîtrise parfaite de l’art de l’infiltration et de la dissimulation, et il pouvait le faire ça : s’évader d’une prison. Il avait été condamné arbitrairement. Il devait absolument prouver qu’il n’était pas impliqué dans l’assassinat de l’ex-ministre de la ville de Ova et que les vrais coupables étaient Zdor et Donas. Zdor était l’homme qui tenait le téléphone. Il se cachait derrière son statut de directeur. C’est pour cette raison qu’il ne voulait pas qu’Alve s’évade. Il ne voulait pas être dénoncé et perdre le contrôle ainsi que le pouvoir.
Alve est désormais sur le parking. Il voit enfin la nature ; les sapins, la silhouette de la montagne ainsi que les lumières d'Ewon City au loin briller telles des étoiles.
Il est sur le parking de la police, à l’arrière du bâtiment pénitencier. Les policiers amenaient les prisonniers et les gardiens prenaient la relève.
Il se cache où il peut ; derrière les voitures, derrière les lampadaires... Il aperçoit un policier debout en train de boire son café et de regarder un match de Hokow sur une télé volante. Il rit. Il rote. Il insulte : « Mais tire ! Allez ! Allez ! » Le Hokow est un jeu qui se joue à dix dans l’espace. Cinq contre cinq.

Alve arrive vers lui tout doucement...
Tout doucement...
Tout... doucement...
Il est enfin à son niveau. Au moment où le policier se rend compte de sa présence, il tente de se saisir de son arme, il est déjà trop tard. Alve l’assomme avec une barre de fer. Son café tiède coule sur son uniforme, la visière de son casque est relevée, son pistolet est au sol : il est K.-O.
Plein d’adrénaline et sachant qu’il ne pouvait plus revenir en arrière, Alve allume la radio de communication, respire un bon coup, puis se lance :
— Hey les gars, j’ai un petit creux. Je vais faire un tour en ville. Vous voulez quelque chose ?
— Ouais Tom, apporte-nous des chips, si tu veux bien.
— Moi, je veux bien du soda vert. Va voir chez Soda Infinity, il doit être ouvert.
Les policiers trouvaient sont comportement bizarre.
— Dis-moi Tom, t’es malade ? Je trouve que t’as une drôle de voix aujourd’hui...
— Non, ça va. C’est parce que j’ai regardé un match de Hokow ; tu me connais hein...
— Ha ha, ça oui ! Ça oui que je te connais. Toi et le Hokow, ça fait qu’un. Eh, tu devrais peut-être faire entraîneur de Hokow un de ces jours. Ha ha !
— En plein dans l’mille ! Bon, j’arrive, si on vous demande où je suis allé, dites que j’ai éteint la puce de ma voiture pour ne pas être repéré des brigands.
— Ça marche...
Il saisit le volant des deux mains, puis il partit à toute allure et ne revint plus jamais.
Alve avait réussi son évasion.

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