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L’étrange détraqueur sans nom

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Sylvie

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LAURÉAT
Sélection Jury

On dit souvent que l’on peut voir son reflet dans les yeux des gens.

Je ne vois que de la peur. Je ne vois que la misère humaine….

Peut-être parce que je suis mort à Azkaban.

Ou peut-être parce que je renaquis dans son antre.

 

Le vent violent hurle. J’ouvre les yeux derrière ma cagoule. Flottant dans l’air, je regarde les vagues se fracasser lourdement contre cet îlot. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là mais je sens mes forces défaillir. Il faut que je trouve à manger sinon je vais mourir. Je commence à faire le tour de cette forteresse à la recherche du bonheur. Des rumeurs courent sur un individu qui s’est échappé. Ça s’agite beaucoup dans la cellule Ekrizdis, celle du fugitif. Les recherches sont aussi intenses dans le cimetière derrière la prison. Outre cela, je ne rencontre que des cris, des larmes et de la folie. Qui peut se nourrir du désespoir? Personne. Rien.

Mes compagnons partent à la recherche du prisonnier, d’autres se laissent porter par le vent. Ceux là sont en train de mourir, je le vois. Ils commencent à rétrécir et à perdre la noirceur de leur enveloppe. Mais moi je veux survivre. Qui peut vraiment survivre dans cet endroit désolé? Personne. Rien. Peut-être est-ce la pensée que ce fuyard a eue?

 

Je décide de m’aventurer plus loin. Je m’éloigne de cette tour de pierre et garde foi aveuglément en ma force intérieure. Je crois que c’est une chose étrange à faire pour nous. Le chemin est long, humide et bruyant. L’orage ne cesse d’éclater comme si le ciel m’ordonnait de retourner chez moi. Est-ce vraiment chez moi? Je ne crois pas. J’ai beau réfléchir, je ne sais même plus d’où je viens. Cela me rend triste. Où est la lumière? Pourquoi le ciel est-il si gris? Je continue d’avancer sans jamais toucher les vagues aux cambrures de plus en plus profondes, de plus en plus hautes.

Elles ne m’atteindront jamais...

La faim me tord les boyaux sans matière et je finis par me laisser porter par la brise…

 

Lorsque je me réveille, je découvre que j’ai chaviré près des côtes. Une forêt large de chênes et de pins s'étend à des centaines de kilomètres. Les rayons du soleil commencent à percer à travers mon être. C’est un peu douloureux. Je dois vite me cacher. Je vole vers un endroit reculé et surveille de loin cet astre jaune orangé qui surplombe le monde. Pourquoi une beauté si virulente peut faire tant de mal à mon corps? Je trouve cela injuste. J’observe autour de moi et c’est le silence qui m’accompagne. Mon éternel meilleur ami. Une créature brune saute soudain sur la terre mouillée. Un botruc, mélange d’écorces et de brindilles. Il m’évite et va se terrer dans les racines d’un énorme saule cogneur aux branches menaçantes. Tant de peur se dégage de cette créature.


Je ne vais rien te faire.

Mais le botruc reste caché et le saule cogneur ne répond pas et continue de faire trembler l’air sous ses mouvements brusques. Je m’éloigne. Je n’ai pas envie d’être écorché.

 

Je continue mon exploration et vois passer diverses créatures. Une énorme acromentule, une ornière pleines de chaporouges, des quintapeds et...un moremplis. Un moremplis voilé dans sa cape noire en train de glisser au sol. On nous dit cousins éloignés. Je ne vois pas ce que nous avons en commun. Il dévore des humains. Je suis attiré par le bonheur.


Qu’est-ce que tu fais là jeunot? me lance t-il en s’arrêtant au pied d’un chêne.

Il s’envole à ma hauteur. Je vois qu’il est en fait énorme. Il a dû avoir un bon dîner hier soir. Son haleine putride se répand sur mon visage cagoulé.


Je cherche à manger, dis-je tout simplement

Il ricane.


Ici, il n’y a rien pour toi jeunot. Il faut que tu ailles en ville.


C’est par où?

Il éclate d’un rire sonore et effrayant.


Mais dis-moi jeunot, tu n’es jamais sorti de ta tour?

Je secoue de la tête. Je ne sais même pas comment je suis arrivé dans cette tour. Malgré son air lugubre, il me pointe une direction avec son vilain doigt:


Par là, tu as Pré-au-Lard. De ce côté dans le sud-ouest tu as Godric’s Hollow. Ne t’approche pas de Poudlard. Un charme pourrait te tuer. C’est un endroit bien protégé par ce vieux schnock d’Albus Dumbledore.

Ce nom me dit quelque chose mais rien de clair ne me vient à l’esprit. Est-ce normal d’avoir un esprit si brouillé? Je hoche de la tête et le remercie de ses conseils tout en me hâtant de partir. Tout ce qui émane de ce moremplis est sombre. Il continue sa route et moi la mienne. Je décide d’explorer un peu plus la forêt en attendant que le soleil brille moins.

 

Quelques heures plus tard, le ciel limpide vire au gris sombre et il recommence à pleuvoir. Je m’élève avec plus de tranquillité. Une grande surprise m’attend! Je vois au loin mes semblables au dessus d’une immense colline. Pourtant quand je suis parti, j’étais bien seul. Ils regardent une locomotive rouge à vapeur qui tire plusieurs wagons. Je m’approche avec déférence et l’un d’entre eux se retourne:


Tu ne fais pas partie de l’équipe, lâche t-il d’une voix caverneuse.

Je reste silencieux. Il ne m’en tient pas rigueur.


On cherche un prisonnier qui s’est échappé. Un homme aux yeux gris avec une sale touffe de cheveux.

Je hoche de la tête.


On le cherche mais...un petit encas ne nous ferait pas de mal, lâche t-il en riant

 

Nous flottons vers la locomotive alors que la pluie et la grisaille s’intensifient nous empêchant de voir à travers les fenêtres. Le vent se déchaîne et le train ralentit. Je la sens déjà. Je sens enfin la chaleur. Qu’est-ce que c’est agréable pour mon corps glacial. Qui est-ce qui a choisi de nous créer de cette manière? Pourquoi tant de différences? J’entends un grand fracas d’objets lourds et toutes les lumières du convoi s’évaporent.

Il est difficile de pénétrer dans cette machine à vapeur. Nous sommes obligés de forcer le passage. Je sens autour de moi mes compagnons s’impatienter. Ils ont vraiment faim. Mais ils n’ont pas besoin d’être si brusques.  

Chacun se jette sur un compartiment presqu’en se bousculant. Je préfère m’éloigner plus vers le fond. Je sens beaucoup de joie autour de moi et ma faim croît. Tiens, dans cette cabine là, il y a quelque chose de particulier. Quelque chose de très puissant... Un pouvoir étrange. Joyeux et douloureux. Je fais coulisser la porte. Cinq enfants et un homme mince au visage émacié. Cela fait si longtemps que je n’ai pas rencontré de gens pleins de souvenirs chaleureux! Ça me rend si heureux! J’ai envie de les serrer dans mes bras luisants. Pourquoi reculent t-ils? Mon bras? Je le cache. Pourquoi ont-ils si peur? Un gros matou me miaule à la figure. Et ce garçon. Ce garçon à la chevelure noire en bataille et avec une jolie cicatrice. Il y a tellement de souffrance...et de bonheur en lui. Ça m’ouvre vraiment l’appétit.


Bonjour jeune garçon, lui dis-je en inspirant

Il ne semble pas comprendre mes paroles et se replie autant qu’il peut. J’inspire encore profondément et me sens inondé de joie. Mon corps devient plus chaud. Dans ma tête, il y a enfin des gens qui sourient. Je vois ce même garçon qui découvre pour la première fois ce long chemin bondé d’humains, de magasins et d’objets. Qu’est-ce qu’il a l’air comblé! Pourquoi n’ai-je pas des souvenirs comme cela? J’inspire de nouveau. Ce garçon aux lunettes rondes est en train de rire avec ce rouquin couvert de taches de rousseur: “Tu es Harry Potter!”. Je crois qu’ils sont aussi dans ce même train. Ils se remplissent la panse avec des bonbons colorés. Des bonbons! J’ai l’impression de revivre! Comme c’est formidable! Je crois qu’en inspirant plus, je vais pouvoir redevenir normal! Je le vois marcher dans une longue allée sous un ciel constellé de bougies. C’est magnifique. Tant d’enfants heureux! Tout le monde crie et rit! Je ne veux plus que cela s’arrête! J’inspire encore mais le garçon glisse, le corps raide et le visage pâle. Son corps se met à trembler violemment. Que s’est-il passé? L’homme aux cheveux châtains parsemés de mèches grises l’enjambe et sort sa baguette magique:


Personne dans ce compartiment ne cache Sirius Black sous sa cape! me crie-t-il d’une voix rauque. Allez vous en!

Sirius Black? Est-ce le prisonnier que mes compagnons recherchent?


Expecto Patronum...j’entends soudainement au loin.


— Pppp….

Un écho étrange retentit. Une lumière jaillit de la baguette de l’homme. Je recule et fais volte face pour éviter la brûlure du charme. Les autres commencent à s’enfuir aussi. Pourquoi nous chasser? Je m’échappe aussitôt par la porte par laquelle nous sommes entrés.

Ces souvenirs...ils étaient si beaux. Il m’en faut encore! Mais...où sont passés les miens?

Nous restons à distance cette fois-ci. Une cacophonie que je ne comprends pas s’élève et on ne se rapproche plus. On me souffle que c’est dangereux. Il faut éviter le patronus. J’entends aussi des noms dont certains me sont vaguement familiers: “Cornelius Fudge”, “Albus Dumbledore”, “Sirius Black”, “Poudlard” et…”Harry Potter”. Le garçon aux joyeux souvenirs. On inspire à plusieurs reprises son nom.

 

Par la suite, on nous interdit d’approcher Poudlard. Le moremplis avait raison. J'intègre rapidement cette équipe de traqueurs. On se met à chercher Sirius Black partout. Partout sauf à l’intérieur de Poudlard. L’homme est introuvable. Parfois, lorsque je ne suis pas très loin du château et que je vois ses lumières, je repense à ces souvenirs pleins de joie. Je n’ai qu’une envie, c’est de retrouver Harry Potter.

 

Entre les recherches infructueuses et les journées sans manger, je fais connaissance avec mes semblables. Ils sont tous animés par le même désir que le mien. Inspirer de la joie chez les humains. Mais la manière de voir ces sorciers nous différencie. Ils semblent leur vouer un mépris glacial sans borne. La seule raison pour laquelle ils travaillent avec le Ministère de la Magie est que celui qui attrapera Sirius Black pourra lui donner le baiser ultime. Je frissonne rien que d’y penser. Des rumeurs nébuleuses courent sur la puissance de ce baiser. Selon certains, il nous donnerait le pouvoir éternel. D’autres disent que cela nous permettrait de traverser un voile qui nous mènerait à un autre monde.


Ekrizdis aurait gravé ce secret à travers d’anciennes runes. Mais c’est une énigme à part entière. Cela fait trop longtemps que personne a eu droit au baiser ultime. Il n’y a aucun témoignage récent.

Ces mots résonnent dans mon esprit. Un autre monde? Un monde...meilleur?


D’où est-ce qu’on vient?

Le traqueur s’esclaffe d’un rire à faire s’effondrer les murs d’Azkaban. Je ne comprends pas ce qui est drôle.


Petit. Fais attention à toi. Si tu commences à poser ce genre de questions, tu n’auras même pas besoin d’un patronus pour mourir.

Et il s’éloigne sans me répondre tout en marmonnant, entre deux rires, à quel point je suis étrange. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que celui qui est fou n’est pas moi.

 

Par chance, quelques mois plus tard par une journée fortement orageuse et sombre, les élèves de Poudlard et leurs professeurs sont réunis à regarder d’autres étudiants voler sur des balais. Les visages de la foule en délire sont cachés sous des capes et des parapluies. Je ne me souviens pas du nom de cette activité mais tous les équipiers semblent jouer avec difficulté. Parmi les élèves qui volent, je reconnais immédiatement Harry Potter dans sa robe rouge et jaune, malgré ses énormes de lunettes sur le visage. Il ruisselle et tremble de froid. Je voudrais lui venir en aide... Oh non! Quelqu’un fonce vers lui! Il l’a évité! Mais il manque de tomber à plusieurs reprises. J’entends un drôle de sifflement et tous les élèves mettent pied à terre. Finalement, Harry Potter va bien. Peut-être que je devrais m’en aller.

 

Au moment où je m’apprête à partir (mes semblables me font signe au loin), ils enfourchent à nouveau leurs balais. J’ai envie de rester regarder. Harry Potter semble plus heureux et confiant cette fois. Il a évité cette énorme balle brutale! Bravo! Un coup de tonnerre retentit alors qu’un éclair zèbre le ciel. Dans un excès de zèle, Harry se lance dans un virage serré puis s’arrête. Aussitôt, un autre joueur fonce vers lui à la poursuite d’une petite balle en or. Ils vont se percuter! C’est inévitable! Je me rapproche aussitôt pour l’aider et un éclair éclate à ce même moment. Ah non! Harry fonce aussi. Un de mes camarades que je n’ai pas entendu arriver est près de moi:


Qu’est-ce que tu fais? On t’a dit de venir! me somme t-il d’un ton grave en me pointant du bras une direction en contrebas.

Je regarde le stade. Tous les traqueurs sont à présent près de la foule et je n’entends plus autant d’acclamations. Pourquoi tout le monde s’arrête de jubiler maintenant que nous sommes là? On ne cherche que cela! La joie! Le vent lui même cesse de mugir.


C’est Harry Potter? s’enquit mon acolyte en se dirigeant vers lui


Non! dis-je sans conviction

Il ne me croit pas et se dirige vers le jeune garçon. Mais je ne veux pas que Harry partage avec lui ses souvenirs! Ils sont à moi! Je fonce vers Harry en inspirant:


Harry! Va t’en!

Il ne m’entend pas mais une nouvelle vague de souvenirs m’envahit. Je vois des enfants chaudement applaudir Harry après qu’un chapeau ait crié “GRIFFONDOR!”. Quelle allégresse! J’inspire à nouveau! Harry mange avec appétit avec ces mêmes enfants que j’ai vus dans le compartiment du train. Depuis quand je n’ai pas mangé de cette façon? C’est une autre faim. J’essaye d’inspirer à nouveau mais rien ne vient. J’ouvre les yeux et je vois Harry Potter chuter à une vitesse vertigineuse vers le sol alors que son balai s’envole vers la forêt. Que s’est-il passé?! On était si heureux! Il faut que je le rattrape! Non, cet homme barbu ralentit sa chute. J’espère qu’il va bien… Le vieil homme a l’air fou de rage. Ses yeux..ce regard est si familier. Il remue ses lèvres. Oh non! Un charme vite!


— Pppper….

J’évite l’attaque argentée brûlante de très près. Quel était donc cet écho? Une colère naît en moi. Pourquoi nous rejette t-on cette manière? On ne cherche que de la joie…

 

Après cette terrible journée, le froid de la nuit me fait l’effet d’un séjour à Azkaban. Éternelle faim sans aucun espoir. J’erre avec ma colère latente et mes questions sans réponse. Pourquoi sommes nous rejetés? Pourquoi suis-je différent des autres traqueurs? Je m’éloigne autant que je peux, sans vraiment savoir où je vais et me retrouve au fin fond d’une forêt sombre loin de tout. La plupart des créatures sont endormies. Celles qui ne le sont pas, comme les Moremplis, vaquent à leurs occupations abjectes. Mais dans cette pénombre gît une masse étrange et difforme que je n’ai jamais vu. Je m’approche, curieux. Un gigantesque serpent vert rôde autour, les yeux perçants dans ma direction.


Shh shh Nagini. Il n’y a aucun danger, susurre une voix autoritaire et apaisante

On me voit enfin sans peur.


Tu me sembles perdu...mon enfant, continue la voix mature

On ne m’a jamais appelé “mon enfant”.


Tu sembles...en colère.

Je hoche vigoureusement de la tête.


Veux-tu partager tes maux avec moi?

Personne ne m’a jamais posé cette question… Toujours sans distinguer sa forme, à part des yeux rougeoyants, je narre mon aventure. La créature écoute avec empathie sans m’interrompre.


Ah...cher enfant. Tu es donc un détraqueur.


Je n’aime pas vraiment ce mot. Il a une connotation bien négative alors que nous ne cherchons que de la joie.


Tu as bien raison.. Vous êtes de magnifiques créatures incomprises de ce monde d’humains égoïstes qui veulent garder les moments de félicité pour eux-seuls.


Pourquoi ne veulent-ils rien partager? J’ai vu dans les souvenirs de ce Harry Potter et il en a plein!

Un silence le saisit.


Harry...Potter?

Je hoche de la tête. Je ne suis plus surpris ar ce genre de réaction. Ce jeune garçon est extrêmement connu. Mais je n’arrive pas à me souvenir pourquoi...


Et qu’as-tu donc vu chez ce...Harry Potter?

Je lui conte les souvenirs de joie avec avidité. J’ai presque l’impression qu’ils m’appartiennent.


Tu devrais en aspirer plus, m’avise t-il d’un ton sage.


J’essaye mais l’accès à l’enceinte de Poudlard est difficile.


Je vois…


Et...et…


Et?


Et...à chaque fois que je m’approche, il semble avoir peur de moi. Je ne comprends pas pourquoi on nous a créés de façon si différente...cela semble...vraiment injuste.

La masse sombre se meut et cela ressemble à un hochement de tête.


J’ai entrepris diverses expériences. J’ai repoussé les limites de la magie plus loin que personne avant moi… J’ai parcouru le monde, lu des centaines d’ouvrages et s’il y a bien une chose qui est injuste...c’est votre histoire.

Mon coeur sans matière semble battre plus fort.


Vous connaissez notre histoire?


Bien sûr...qui donc ne voudrait pas connaître l’histoire des détraqueurs?

Je ne dis rien.


Veux-tu en savoir davantage? Bien sûr que tu veux en savoir davantage… et si.. en échange de cette histoire, je te demandais un petit service?

Sans méfiance, j’acquiesce aussitôt.


C’est le baiser libérateur! S’il le reçoit, Harry Potter et toi partageriez ses souvenirs à jamais…

Bien après ma rencontre, cette phrase résonne profondément en moi. Un nouvel enthousiasme naît et je pars à la recherche d’ouvertures pour pénétrer Poudlard. Je n’arrête pas de penser à mon histoire aussi.


— Vous êtes nés de la misère humaine. Les sorciers à travers les âges ont commis de terribles actes.. Au XVe siècle, Ekrizdis un grand mage s’est isolé du reste des sorciers tant il ne pouvait plus faire face à la détresse des vivants. Il a créé votre demeure, Azkaban et y a habité pendant des décennies. C’est ici que vous êtes nés. Les circonstances sont floues mais une chose s’accorde: vous avez été créés pour libérer le monde de sa torpeur. Les humains ont peur de vous parce qu’ils ne veulent pas faire face à leur passé et actes infâmes. Ils pensent pouvoir vivre toute leur vie et oublier ce que signifie l’infortune. Mais vous devez leur rappeler. Vous devez leur rappeler que la vie...la vie est ce mélange de joie et de tristesse...et de pouvoirs.

C’est donc...ce que je suis? Je me demande s’il n’y aurait pas un meilleur moyen que celui là. J’ai envie de partager ce savoir avec les autres mais lorsque je regarde mes confrères, aucun est véritablement mon ami.

 

Pendant plusieurs mois, je tente d’entrer en vain dans l’enceinte du château. Les autres traqueurs me regardent d’un mauvais oeil.


Je cherche Sirius Black.

Ils ne semblent pas convaincus. Mon zèle nous vaut plusieurs avertissements du ministère car je me suis fais remarquer par un des professeurs, un homme qui semble malade et épuisé, Lupin je crois.. Les traqueurs sont en colère contre moi. C’est fini. On m’interdit de m’approcher de Poudlard. On m’ordonne de quitter les lieux. De retourner à Azkaban. J’erre dans les airs pendant des jours. J’ai faim et je suis si triste. Je n’arrête pas de penser à cette euphorie que j’ai ressentie avec Harry. A cette promesse de libération. C’est injuste.

 

Ce soir, la lune est pleine. Il est temps de partir. J’ai échoué de toute manière. J’entends les hurlements d’un loup-garou mais je n’y prête pas plus attention. Mon regard se tourne vers l’horizon plongé sous un ciel noir d’encre. Un ciel où je vois...un groupe de centaines de traqueurs. J’entends un chien qui gémit. Pourquoi sont-ils tous là bas?


Sirius Black! je m’exclame

Je me précipite vers la masse noire près du lac de Poudlard. Je peux bien jeter un oeil sur le visage de cet homme qui a créé tant de remous auprès des miens. Il est bien là, prostré par terre se protégeant la tête de ses mains. Est-ce qu’on leur fait tant de mal que cela? Puis j’entends un cri:


Hermione! Pense à un souvenir heureux!

Cette voix. Je fais volte-face. Je vois au loin, Harry Potter qui sort sa baguette magique. J’inspire aussitôt mais je ne ressens rien. Il y en a tant d’autres qui forment un mur autour de ces deux enfants que je ne peux rien percevoir. Sirius Black roule sur le sol, étendu et le corps inerte. Harry a l’air si malheureux. Comment puis-je l’aider? Le baiser libérateur! Il hurle de plus en plus fort.


Expecto Patronum! EXPECTO PATRONUM!!

Alors que son amie est évanouie à terre, une lumière jaillit et bloque le passage.


— Perciiiiii

Ce même écho! Plus distinct! C’est un signe pour me laisser du temps. Je peux l’atteindre! Je fonce à la vitesse du vent et me glisse à travers mes compères pour arriver tout devant non sans difficulté. Harry n’est pas pour eux. Il est pour moi! C’est moi qui dois le libérer! Il est bien là. Je glisse ma main de sous ma cape en lambeaux et écarte le patronus.


Je suis là pour t’aider!

Je soulève ma cagoule pour lui montrer:


Regarde Harry! C’est moi! Je vais te libérer!

Je lis dans son visage une frayeur aiguë qui le paralyse. Il ne dit rien. Son patronus vacille et disparaît dans la nuit. C’est qu’il n’a plus peur de moi, n’est-ce pas? Mais son corps est faible. Il attrape le bras de cet homme aux traits tirés. Pourquoi ne me regarde t-il pas? De mes deux mains moites, j’attrape son cou pour lui relever la tête.


Harry! C’est moi! je crie avec joie.

J’inspire profondément. Et je vois une voiture volante qui tire les barreaux d’une fenêtre derrière lesquels Harry se trouve. Des visages qui se ressemblent tous apparaissent avec un grand sourire. Harry ressent tant de soulagement à leur vue. J’ouvre les yeux:


Tu vois Harry! C’est magnifique lorsqu’on est tous les deux!

Mais Harry est livide et tombe face contre terre, tremblant. J’entends un tintement étrange et j’aperçois une lueur de l’autre côté du lac. Je me retourne. Sur la rive opposée, je vois avec stupeur...un autre Harry. Un autre?! De sa baguette magique se dégage un immense cerf au pelage lumineux qui galope sur la surface sombre du lac. Nous sommes aveuglés alors que le cerf nous charge de sa ramure d’argent.


— Perciii...

Les autres traqueurs se dispersent aussitôt, tentant de l’éviter. Mais je n’ai pas peur. Je ne suis pas effrayé. Harry et moi sommes liés. Je sens la chaleur de ce cerf brillant m’envahir. Ce n’est pas la chaleur d’un feu ardent destructeur. Il y a tant d’amour dedans. Tout ce que je recherchais. Mon corps se réchauffe enfin même si les forces m’abandonnent. Cet amour que je vois est si intense. L’amour d’un père envers son fils. L’amour d’un père envers sa fille. Cette lumière puissante m’enveloppe avec tant de douceur, d’espoir et de bonheur. Peut-être que je me suis trompé...Peut-être que ce n’est pas à moi de libérer Harry...Peut-être que c’est lui qui peut me délivrer de ma souffrance et de cette faim immuable.

Je vois mon corps commencer à disparaître.

Je n’ai pas peur.

Je comprends.

Je ne suis pas un détraqueur.

Je suis une âme déchue.

Condamné à Azkaban.

Mort à Azkaban.

Je suis pas sans nom.

Je l’entends.

J’entends son murmure.

Je le sais.

Tout va bien.

Il est temps que je me laisse partir.

Je suis Percival Dumbledore.

Adieu Harry Potter.

Et merci.
 

PRIX

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Sylvie  Commentaire de l'auteur · il y a
Youhou!! Mille millions de mercis!!! Merci pour tous les votes, les commentaires, les retours constructifs et merci au Jury :) Je vous suis vraiment hyper reconnaissante! Les textes en compétition étaient vraiment géniaux! Je suis contente d'avoir pu donner un peu de "vie" au côté obscur du monde d'Harry Potter! C'est une idée qui n'est pas toujours facile à accepter mais je me dis souvent que si l'on connaît vraiment quelqu'un (ou un personnage), si on apprend vraiment son histoire, les raisons qui l'ont transformé...on finit toujours par avoir de la compassion. C'était un petit défi personnel pour les détraqueurs! A très bientôt tout le monde!! et encore merci :)
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Maour · il y a
Bravo Sylvie :)
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Sylvie · il y a
Merci Maour !!!
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Maël.amat · il y a
Wouah !!
En tant que grand fan du monde fantastique de J.k Rowling, j’ai trouvé cette écriture époustouflante ce qui m’a redonné envie de lire les livres Harry Potter.
Bravo!!!

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Sylvie · il y a
Merci beaucoup Maël! ça fait vraiment plaisir :)
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Laureline · il y a
bravo ! ♥
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Sylvie · il y a
Merci Laureline! Bon courage pour le Grand Prix Automne 2018!
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Aurélien Azam · il y a
Toutes mes félicitations, Sylvie :D
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Sylvie · il y a
Merci Aurélien! Ton texte et ton fanart étaient superbes! :)
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Félicitations !!
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Sylvie · il y a
Merci Patricia :)
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Jo Kummer · il y a
le 1er Prix du jury ! ça ce fête nous attendons le champagne?
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Sylvie · il y a
Haha Jo! On sort le champagne oui! :D
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Fred Panassac · il y a
Félicitations Sylvie pour le 1er Prix du jury !
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Marine Snape Morin'stal · il y a
Bravo pour le 1er prix du jury! :-)
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Sylvie · il y a
Merci Marine! je t'ai laissé un gros commentaire! haha
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Thomas Potier · il y a
Bonjour Sylvie, bravo pour ton prix ! Peux-tu m'expliquer la fin de ton texte, que je n'ai pas comprise ?
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Sylvie · il y a
Merci Thomas! Oui je peux t'expliquer!! Et pardonne moi pour le méchant "copier coller" que je vais faire! Je viens juste de l'expliquer dans un autre commentaire ci-dessous!
Dans cet univers d'Harry Potter (pas la version "super" officielle), les détraqueurs peuvent seulement naître dans l'antre d'Azkaban. Ils ont été créés par Ekrizdis, un grand mage noir du 15e siècle qui pratiquaient les pires sorts qui puissent exister. C'est le premier habitant de cette prison (là c'est une information officielle). J'ai poussé un peu plus loin les informations qui existaient déjà. Ekrizdis (il a aussi une cellule à son nom du coup!) torturaient des moldus qui se trouvaient sur son chemin. Puis un jour il est mort et dans la version de ce texte, il est devenu un détraqueur. La première véritable âme déchue par la puissance de la magie noire notamment.
Donc ils viennent tous d'Azkaban. Il y a une puissance liée à l'endroit sinistre.
Percival Dumbledore était prisonnier à Azkaban parce qu'il avait attaqué des moldus qui avaient eux attaqué sa fille. Il a vu son geste comme un amour puissant pour sa progéniture (un peu comme la mère d'Harry qui s'est sacrifié pour lui) et c'est le seul prisonnier (de la liste que j'ai trouvé) a avoir été envoyé à Azkaban pour ça. (Généralement ce sont pour des actes plus graves). Le seul a avoir été envoyé là bas et à être mort là-bas. Donc sa mort est particulière. Il n'est pas mort "plein de haine" mais mort en pensant à quel point il aimait sa fille. Contrairement aux autres prisonniers! :) J'espère que ça éclaircit un peu xD! Après... je conçois totalement qu'on a tous des points de vue différents :)

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Thomas Potier · il y a
Dacc merci !
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