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L'effroi nuptial

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Flen Dunsson

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Si nombre de gens ont peur de la Mort, la Mort ne craint personne. - Pierre Dac
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Il est minuit.

J'ai entendu un bruit dans la maison. Mes parents sont en soirée amoureuse.

Un autre bruit qui venait d'en bas, dans la cuisine. Si il y a quelqu'un, l'alarme aurait sonné. Mais là non, rien.

Quelque chose de fragile venait de se briser par terre. Mon coeur se met à battre contre ma poitrine. Ma respiration est saccadée, bruyante. J'ai peur. Pas de voix, rien. Le silence total. Mes sens sont en éveil, attentif au moindre son. Suis-je en plein cauchemar ? Je me suis pincé. Non, je suis bien éveillé. J'ai tiré la batte de base-ball de sous mon lit.

Mes mains tremblent, mes idées fusent, je suis terrorisé. Et si c'est un cambrioleur qui a forcé l'alarme ? Je m'avance dans le noir vers la porte et pose mon oreille sur celle-ci. Rien, pas un seul murmure. Puis je me suis penché vers la serrure. Je stoppe ma venue à quelques centimètres de celle-ci. J'ai peur de regarder au travers. Mais s'il y a de la lumière en bas, je le saurais et je pourrais appeler papa ou maman.

Je déglutis, inspirant à fond. Je me rapproche doucement du trou. Je tente de contrôler ma respiration haletante. J'essaie de contrôler mes spasmes de peur. Je n'y arrive pas. Je dois regarder, je dois savoir. Je me penche un plus, ferme un oeil.

Celui ouvert se mit dans l'axe de la serrure. Noir total. Je continue de regarder, peut être verrais-je une lumière de lampe de poche. J'attends. Les secondes passent et le silence règne toujours, comme les ténèbres. Je continue à surveiller. Je ne sais pas si j'espère voir un faisceau, ou si je préfère ne voir que le noir obscurcir ma vision. Je patiente encore un moment. La notion du temps, je l'ai déjà perdu...

Soudain, une lumière du bas s'allume. J'ai reculé d'un bond. Je ne me contrôle plus. Je respire fort, je ne sais pas si je venais de faire du bruit. Ma batte... Ma batte... où est-elle ?!! Je la cherche à tâtons. Je ne la trouve pas ! Je continue à poser mes mains hasardeument sur le sol. Je sens un désespoir m'envahir. Je me sens d'un coup impuissant. Il faut que je la retrouve. Aller... Aller... Bon sang... Où est-ce que tu es ?!

Une autre lumière s'allume, et celle-ci traverse le trou de ma serrure. C'est la première lumière de l'escalier. Putain... Merde... Où est cette foutue batte ! La terreur m'anime, je ne cesse de chercher en baladant mes mains partout autour de moi. J'entends le grincement d'une marche. Je me retiens de pousser un cri. Merde... ALLER ! OU ES-TU SATANEE BATTE ?!

J'entends une seconde marche grincer. Ma main se pose sur quelque chose de dure, cylindrique. Je la saisis. Je remonte mes doigts pour épouser la forme de ce que je viens d'attraper. C'est mon arme. C'est mon arme ! Un regain de confiance refait surface, mais la peur continue de m'envahir alors que je suis déjà dans un stress total.

Cette fois-ci, un craquement de bois. C'est l'une des marches située au milieu de l'escalier. Si je regarde à travers la serrure, je pourrais voir qui c'est. Je me rapproche à quatre pattes de la porte, hésitant. Je lève lentement la tête et regarde à nouveau par l'orifice. Personne.

Si quelqu'un était monté, j'aurais entendu d'autres bruits. Et si elle était descendue, les grincements auraient résonné de plus belle. Mais non, aucune des deux hypothèses n'est plausibles, car il n'y a absolument rien, outre la lumière qui continue de baigner la maison d'une fausse sécurité.

Au pire ce sont mes parents ? J'ai envie de les appeler. Et si ce n'est pas eux ? Si c'est des types qui veulent nous voler ?

Je ne sais pas pourquoi, mais main libre se dirige peu à peu vers la poignée. Est-ce que je dois le faire ? Est-ce que je dois vérifier ? J'en sais rien !

Mes doigts glissent sur le métal froid de la poignée. Ils la saisissent, tremblant de panique. Ma main se referme. Elle s'abaisse lentement... Très lentement, jusqu'à atteindre la limite d'ouverture. Je tire la porte aussi vite que j'ai abaissé le petit levier. Qu'est ce que je fais bon sang... Qu'est ce que je suis EN TRAIN DE FAIRE !!!!

La porte est entre ouverte, je me glisse dans le mince espace sans bruit. J'avance sur la pointe des pieds jusqu'en haut de l'escalier. De là je peux voir la porte d'entrée. Elle est fermée. L'alarme est toujours activée... Donc mes parents ne sont pas rentrés. Si il y a quelqu'un dans la maison, ce n'est pas eux. Je commence à descendre, toujours sur les pointes. Je connais les endroits où je ne dois pas m'appuyer.

Je continue ma descente infernale, ruisselant de sueurs froides qui me dégoulinent sur le visage. Je m'essuie le front. J'ai peur de me frotter les yeux ne serait-ce qu'une seconde. Je me cramponne à mon bâton.

Je suis au milieu de l'escalier, sans voir une ombre qui bouge, sans entendre le moindre son suspect. Peut être qu'ils sont partis ? Je me baisse un peu pour voir au dessous du balcon. Le salon est devant, le téléphone fixe toujours sur sa base. Je vais appeler mes parents. J'ai trop peur de ce qui se passe. Je prends plusieurs inspirations et reprends ma marche.

Je scrute chaque détail avec mes yeux qui vacillent dans tous les sens, à la recherche d'un seul mouvement. Je prie pour qu'il n'y en ai pas. Je prie... Je prie... Je ne crois pas en Dieu mais je prie... Faites qu'il n'y ait personne. Faites que ça soit un coup de vent. Faites que ça soit un truc qui était en déséquilibre. Par pitié... Je vous en conjure...

Je pose un pied sur le carrelage froid du couloir. Le salon est à ma droite. Le couloir allumé devant moi, avec au bout, la cuisine, la porte ouverte, sombre. Une assiette était tombée là, à son entrée. L'autre couloir sur la gauche est éteint. Je comprends pas...

Je me dirige vers le téléphone. Je n'irais pas plus loin... Je prends le téléphone et ensuite je remonte m'enfermer dans ma chambre. Il est là, à quelques mètres de moi. Mais ça me parait si loin. Je pose le deuxième pied au sol. Mes pieds suintent de l'eau salée que je déverse partout. Mon pyjama est littéralement trempé de terreur. Je fais un pas, puis deux. Cinq pas. Pas plus. Cinq pas qui me séparent de mon sauveur. Je tends déjà la main, parait à agripper ce foutu combiné.

J'en fais un autre. Je poursuis. Plus que trois. Deux. Un. Ma main aux abords du téléphone.

Des bruits de pas. Mais pas des bruits de chaussures. Pas des bruits de pieds. Mais des bruits de pattes. Des bruits de pattes de chien je dirais. Mais qu'est ce que foutrait un chien ici ? Comment est-il entré ?

Mon esprit se sépare en deux. Un véritable dilemme s'oppose à moi. Voir ? Appeler ? Voir ? Appeler ?

Le bruit des griffes contre le carrelage s'arrêtent. Ma respiration aussi. C'est dans le couloir sombre. C'est là-bas. J'en suis sûr. Je prends le téléphone qui me glisse à moitié des mains. Je le mets dans ma poche. Mes deux mains serrent le manche de ma batte. Mes doigts sont crispés. Même si je voulais desserrer ma prise, c'était impossible.

J'avale ma salive qui a du mal à descendre dans ma gorge sèche. Je me dirige peu à peu vers le couloir, prêt à donner un coup aveugle à qui que ce soit. Ma peau s'hérisse d'une terreur sans nom. Mon échine se dresse droit vers le plafond. Je pose mon dos contre le mur qui fait l'angle de la bifurcation. Putain mais qu'est ce que je fais... Pourquoi je suis descendu ?! POURQUOI ?!

J'arrive à l'intersection. L'interrupteur est sur le mur opposé, à ma gauche. Tendre le bras suffirait pour l'atteindre. Mais si il y a quelqu'un, il me verra faire. J'ai glissé un oeil vers l'ombre oppressante qui s'allongeait dans la maison. J'ai fait un va et vient, sans rien voir. Pas de lumière de lampe de poche. Pas d'ombres. Pas de formes. Que dal.

Je regarde de nouveau l'interrupteur. Il me rassure et m'effraie à la fois. J'appuie ? Je n'appuie pas ? J'en sais rien. A trois.

Un... Deux...T... Non. Non. A cinq. Oui c'est bien cinq. A cinq j'appuie. A cinq j'appuie et quoi ? A cinq j'appuie et j'hurle ? A cinq je fais quoi ? Je cours en criant et en brandissant mon arme ? A cinq non. A cinq je regarde ce qu'il y a. A cinq je vois où est ce chien. Après tout, je n'ai entendu que des bruits de papattes non ? Aller. Cinq. C'est rien cinq. Ce n'est qu'un chiffre.

Putain de chiffre. Je pensais pas qu'un jour ça serait aussi dur de compter... Aller... Un... Deux... Tu vas y arriver. Y'a rien... C'est juste un gentil chien qui s'est perdu. Deux... Je l'ai déjà compté... Je m'en fous. Ca me rassure... Un, deux, trois... Quatre... Quatre... Quatre... C'est cinq après. Tend la main bon sang. Tend ta main. Quatre... Quatre... Respire. Il n'y a rien. Il n'y a rien qui t'attend. Rien qui va te faire du mal.

Quatre... J'essaie de me rassurer. Quatre...Aller. Compte jusqu'à cinq. C'est le prochain chiffre ! Quatre... Tu sais plus compter ou quoi ?! Quatre... Appuie sur ce bouton... Appuie... Appuie... Quatre... APPUIE !

CINQ !

Les ampoules éclairent désormais le couloir. Les portes sont ouvertes. Pas de traces de chien. Il est peut être dans une de ces pièces. Il n'y a que de la moquette, c'est pour ça que je ne l'ai plus entendu. Je m'avance. Je marche, indécis, poussé par l'effroi qui me drogue à l'adrénaline. Faut que j'y aille franco. Si je pense trop, j'irais pas plus loin. Trois portes. Une sur la gauche, le bureau de mon père. Une sur la droite, la chambre d'amis. Celle du fond est déjà ouverte, je vois l'intérieur de la salle de bain avec la baignoire qui me fait face.

Je me dirige pas à pas vers la première porte, l'arme levée, prête à s'abaisser pour assommer. Ou faire mal au moins. J'étais à côté du pan de la porte. La peur m'empêchait d'aller plus loin... A trois cette fois-ci. A trois tu fonces. Ne doutes pas. Ne doutes pas...

Je compte les deux premiers chiffres sans hésiter. Le troisième ne vient pas, comme pour le premier décompte. Oblige toi. A trois. Je reprends mon souffle en deux temps. Le troisième je fais volte-face à la pièce. Le bureau est en ordre. Rien n'avait bougé.

Je me tourne vers la chambre d'ami. L'animal ne peut être que là. Je m'avance, un peu plus rassuré pour je ne sais quelle raison. La lueur du couloir suffirait à éclairer toute la pièce. Je fais encore quelques pas de mes pieds qui ventousaient le sol par leur humidité excessive.

Cette fois-ci, je n'ai même pas compter. J'y suis allé. Mais là encore, je n'ai rien trouvé d'anormal. Ma peur s'apaisa petit à petit. Bon sang, j'ai rêvé ou quoi ?

Je vais quand même appeler mes parents. Je ne suis pas rassuré du tout. J'ai besoin d'eux maintenant. Je prends le combiné et commence à taper le numéro en me dirigeant beaucoup plus sereinement vers les marches.

D'un coup, toutes les lumières se sont éteintes. Toutes. Absolument toutes. Je vois que dal, à part les petits clignotements de l'alarme qui est sur le mur face à moi.

Je reste tétanisé de terreur. C'est pire qu'avant. Je n'ose même plus bouger. Je cherche les numéros du doigt pour composer l'appel vers ma mère. Mes yeux restent fixer sur les clignotements. Faut pas que je les perde de vue, sinon j'hurle sans pouvoir me retenir. C'est peut être la meilleure chose à faire non ?

Le téléphone sonne occupé. Non... Non... Pas ça... Me fait pas ce coup là... Je ne quitte pas la petite lueur rouge qui perce l'obscurité. Les clefs... Les clefs de la maison. Elles doivent être sur le petit meuble à côté de la porte, juste au dessous de l'alarme. Je piétine, je ne sais pas ce qu'il y a devant moi, pourtant je connais la maison par coeur. Mais là, c'est l'enfer. J'ai tout oublié. Je ne sais plus où je suis. Je me rapproche... Je me rapproche. La distance qui me séparait de la petite loupiote ? Je n'en sais rien. Elle me parait loin soudainement.

Les pattes... Les pattes... J'entends les bruits de pattes... Des griffes qui frottent le sol, comme un animal qui trottinait. C'est proche. Tout proche... Trop proche... Peut être à côté de moi. Je sais pas... Je ne bouge plus. Paralysé. Je suis paralysé. Je n'ose même plus avancer. Je continue de regarder ce clignotement rouge, mon seul espoir de sortie. Je me concentrais dessus.

Les pas se sont arrêtés. La lueur rouge a disparu.

J'ai entendu un grognement. C'était différent d'un chien.

J'ai senti un souffle près de mon visage. J'ai senti une haleine putride. Un rugissement qui me glaça le sang.

Et j'ai vu deux globes blancs sortirent des ténèbres armés d'une gueule repoussante fonçaient sur moi.
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