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L’apologie de mes cartes de crédits.

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Yoshi

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Pendant longtemps, l’idée même de devoir utiliser, pour la ixième fois, l’une de mes cartes de crédit, me procurait un sentiment de véritable culpabilité, en me pourrissant la vie, en quelque sorte. Je ne comprenais pas pourquoi, je ne l’exprimais pas et ce sentiment me fit passer de très mauvaises nuits, au lieu de me laisser bercer tout simplement, dans les bras de Morphée. Tant de matins, sans le moral, les yeux cernés, les cheveux gras de transpirations nocturnes, qui n'étaient que, le résultat de longues heures d’angoisses.
Souvent, des confrontations à ce sujet ou de simples conversations avec mes amies, me laissèrent interrogative et ne faisaient qu'amplifier ma détresse, face à ce désert, fait de toutes sortes de solitudes. Toutes semblaient maudire, l’idée de cartes plastiques, toutes paraissaient préférer le cash au crédit. Tellement, elles étaient des «fourmis» si méritantes, si économes, si épargnantes, si efficientes même. En comparaison, je me sentais, encore plus mal...Mais comment était-ce possible? Etais-je si incapable, si inconsciente, si dépensière? Le sentiment romantique d'une «cigale«, en quelque sorte, enfouie d'une des fables de «La Fontaine» m'était éloignée.
Elles avaient raison. Une carte de crédit peut procurer inconfort, insécurité, illusion d’un pouvoir d’achat. En revanche, je n’avais pourtant pas tort, en pensant, qu’au contraire, elle me procurait la sécurité, le confort et l’illusion d’un pouvoir d’achat.
A ce jour, je suis consciente, que tout est bien relatif. Ce qui représente un certain sentiment pour l’une, ne fait que symboliser un tout autre sentiment pour l’autre.
Ce plastique de forme rectangulaire m’a désigné. Dois-je dire que ce prédateur a le chic pour choisir ses victimes...Suis-je donc, sa seule victime? Serais-je sa seule élue? Cette réponse, nous la connaissons toutes et tous.
Cette carte plastique, objet de toutes mes convoitises, alias ce procureur de sensation forte, qui satisfait toutes mes frustrations. Je l’honore pratiquement, à chacune de mes sorties en ville, déambulant dans les galeries marchandes, léchant les vitrines et me laissant tenter à chaque occasion. Je la sollicite pour chacun de mes achats sur le net. Ce qui s'intitule, de nos jours, e-commerce. Elle consent également, à s'improviser garante de mes locations de véhicules; permettant mes déplacements vers l'étranger. Alors comment pourrais-je me passer de tout ce confort?
Et là, je ne parle pas du côté thérapeutique de celle-ci, car pour cela aussi, elle détient toutes les vertus nécessaires à mes besoins. Elle compense le grand vide d'une enfance meurtrie et d'une adolescence gâchée. En l'occurrence, irrattrapable. Certes, de façon matérielle, je l'avoue, mais elle me permet de rompre quotidiennement, avec une mélancolie dévastatrice. Par conséquent, elle permet de me défendre et m'offre un luxe psychologique, qui est ma résilience, d'où ma capacité à vivre et réussir à me développer en dépit de l’adversité. Malgré la blessure de mon âme, j'ai transformé mes souffrances en une rage de vivre. J'ai toujours refusé le rôle de victime passive. Je me suis reconstruite et j'ai encore toujours des rêves fous et plein d’humour. Bref, cette carte (ces cartes) m'évite(nt) de sombrer. Quelle aventure...
Mais retournons à cet écart de point de vue, que l’on peut aussi appeler « divergence d’opinion.«  Pourquoi y a-t’ il , celles qui les utilisent et celles qui peuvent se permettre de ne pas s’en servir...Aussi, je m’empresse d’ajouter, qu’il est bien difficile de nos jours, de ne vivre, qu’en se cantonnant à ses propres revenus mensuels. (Là, bien évidemment, je fais abstraction, des millionnaires et milliardaires, que je n'ai pas pour habitude, de fréquenter). Nous n'ignorons pas, que par les temps qui courent, la carte de crédit ne sert pas, qu’à des achats compulsifs ou à pallier à quelques imprévus du mois, elle s’improvise également, absolument nécessaire au sein des ménages, afin de payer des factures, comme par exemple, la facture d’électricité, celle du téléphone ou encore...tous ces frais du quotidien.
J'en reviens à mes amies, ces gentilles petites fourmis.
Plusieurs cas de figures se présentent à moi. Me racontent-elles n’importe quoi ou sont-elles discrètes sur ce sujet, mais en réalité, elles en possèdent aussi. Veulent-elles se la raconter ou comme on dit, se faire mousser...Peut-être apprécient-elles beaucoup l'idée de liasses de billets en poche. Autre possibilité. Elles sont riches, rentières peut-être? Sont-elles issues d’une famille d’aristos? Elles ont fait un bon mariage? Ou sont-elles, tout simplement, chanceuses et par conséquent, sans souci d’argent?... Les veinardes! Moi, petite cigale, je les envie, mais pourtant, à y regarder de plus près, je n'ignore pas non plus, qu'elles sont propriétaires de biens, loin d'être payés. Cela va sans dire et si l'on sait, que l'immobilier convenable gradue entre 250.000€ et peut aller jusqu'à plus de 800.000€, leurs dettes doivent être importantes. Elles conduisent des véhicules, toujours pas payés et les vacances! J'oubliais les vacances, qui elles, sont le plus souvent, à crédit.
En faisant la somme des différents crédits mensuels, je dirais que nous vivons aussi dangereusement, l'une que l'autre.
Je poursuis avec cette prochaine question. A compter, que je vis consciemment avec mon crédit revolving. Sont-elles, elles aussi, conscientes de vivre à crédit? Là, je n'en suis pas vraiment si certaine. Tout me le laisse présager, que ces dames du «sans souci(s)« se voilent la face.
Alors!
Se réfugieraient-elles derrière des apparences?
Si l'on considère, que le regard de l'autre peut s'avérer aussi intransigeant. Ne devons-nous pas, tout simplement l'ignorer. Je l'avoue, cette devise est mienne. J'accepte l'autre, sans critique, sans attente et en quelque sorte, désintéressée.
En résumé, je poursuis en rassurant les lecteurs (les lectrices), de tout l'enthousiasme, que je mets à cette apologie, car je ne peux toujours pas m'astreindre à une totale abstinence et que faute d'un autre choix, je m'obstine à consommer consciemment, à crédit et surtout sans culpabilité.
Si, tout comme moi, mesdames, messieurs, vous ne pouvez, vous passer de vos cartes de crédit. Restez serein(e)s et confiant(e)s. Par conséquent, après avoir remboursé votre mensualité, à votre organisme bancaire, y compris, tous vos frais, allant des intérêts, des dépassements aux assurances, vous n'avez aucun compte à rendre à qui que ce soit. Inutile de se justifier. J'insiste pour rappeler que le dicton «qui s'excuse, s'accuse«, est plus que jamais d'actualité. Ne vous laissez pas submerger par tous les sentiments de culpabilité. Tout va pour le mieux.
J'ai eu beaucoup d'hésitations avant de décider de me confier à vous, sur ce sujet, quelque peu délicat et difficile à traiter, en raison de toute la controverse, que j'imagine déjà. Pourtant j'y suis parvenue et je ne regrette rien. Je souhaite aussi, que mon témoignage puisse servir à rassurer beaucoup d'entre-vous, mesdames, qui, tout comme moi, êtes contraintes de faire appel à vos cartes de crédit pour votre consommation mensuelle.
Toutefois, j'espère également, qu'après m'avoir lue, le sourire se trouve au coin de vos lèvres. Oui?!!! Alors, vous m'en voyez réjouie, pour vous tout(e)s, puis reconnaissez que tout est bien relatif. N'est-ce pas?
En ce qui me concerne, je vous assure, qu'à part cette divergence d'opinion, avec mes copines; pour le reste, notre relation s'en trouve intacte. Ma vénération pour mes cartes de crédit n'ayant pas eu raison de notre amitié, nous continuons, de par le fait, à faire de belles sorties de shopping et beaucoup de commerces continuent de bénéficier, de mes nombreux achats.
Maintenant, vous savez tout, en ce qui convient d'appeler «le péché avoué, déjà pardonné» et si, combien même, une rédemption existe, l'heure de celle qui m'est allouée, se fera encore attendre.
Bien consciente de m'être adressée à une gente féminine plutôt que masculine, je dois vous demander de m'en excuser. Pourtant, je serai également flattée, par l'intérêt que pourrait susciter cette apologie chez les hommes, pour qui soudainement, une vocation de dépensiers compulsifs, accros au crédit revolving se serait révélée. C'est pourquoi, avant de prendre congé de vous toutes et tous, mes lectrices, lecteurs incognitos, je vous souhaite encore beaucoup de plaisir, en compagnie de vos complices plastifiées...
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Kiki · il y a
quel joli récit Yoshi. Je découvre au hasard votre texte comme chaque jour je découvre un peu plus SE en lisant de nombreux textes récits poèmes anciens. Cela me permet d'avoir des échanges enrichissant avec les auteurs de ces textes et me permet de visualiser la richesse de SE.
J'ai beaucoup aimé votre nouvelle. BRAVO
Je ne sais pas si vous revenez de temps en temps mais j'irais vois si vous avez écrit d'autres écrits;
Ca vous dirait d'aller lire mon poème sur les cuves de Sassenage ? Il est en finale. MERCI

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