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L’Antichambre de l’Au-delà

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L’Antichambre de l’Au-delà
Je suis mort en janvier 2018, à l’aube, et pourtant je suis encore là ! C’était le jour de l’an, à l’aurore. La nuit s’estompait doucement laissant la place à une lumière diffuse qui s’étendait progressivement tout autour de nous. Déjà l’horizon s’illuminait petit à petit dans la perspective d’un premier lever de soleil de la nouvelle année. Nous revenions ma femme et moi de la ville, la capitale, où nous avions fêté joyeusement le passage à la nouvelle année avec quelques amis. Nous rentrions chez nous en banlieue à quelques kms, un petit village paisible sur la côte atlantique. Nous étions en voiture c’était ma femme qui conduisait. C’est toujours elle qui conduit, j’ai horreur de la conduite ! Conduire me met dans tous mes états, j’en ai fait l’amère expérience, elle fait ressortir le côté râleur de ma personnalité. C’est comme si je me transformais, comme si je devenais quelqu’un d’autre. Rien ne me plait chez les autres conducteurs. Ils sont ou trop lents ou trop pressés, ils abusent du klaxon ou du frein à tort et à travers et ne respectent pas les autres automobilistes. Je ne supporte plus d’être derrière un volant, alors j’ai décidé, pour ma bonne santé et pour la santé des personnes qui pourraient m’accompagner, que je suis inapte à conduire et que je n’utiliserai que les transports en commun et ne prendrais le volant que pour une réelle urgence, c'est-à-dire jamais ! J’espère...
Nous roulions tranquillement sur l’autoroute, déjà les feux des voitures s’éteignaient les uns après les autres au fur et à mesure de l’arrivée du jour. J’étais éméché, j’avais forcé un peu sur l’alcool et je chantais à tue-tête le bonheur de vivre lorsque notre voiture dévia soudainement de la route pour aller percuter un poteau électrique. Le choc avait dû être effroyable puisque ma femme était morte sur le coup et j’étais parti dans les vapes.
A l’hôpital lorsque je m’étais réveillé après un coma d’un peu plus de quelques jours, j’ai su que ma femme était morte d’une crise cardiaque juste avant que nous percutions le poteau confirmant ce que je savais déjà. Elle n’a donc pas senti la douleur de l’écrasement de sa poitrine par le volant. Moi par contre même ivre, j’ai ressenti le choc, quelques côtes cassées et le coup à la tête qui m’a envoyé aux portes du paradis je suppose.
J’ai immédiatement su où j’étais, l’antichambre de la mort, ce lieu décrit par les personnes qui avaient survécu à une mort certaine, qui avaient fait l’expérience de la mort imminente et qui étaient revenus transformés à jamais. J’étais plongé dans une brume grise, épaisse et pourtant je pouvais voir à travers, pas vraiment voir, mais j’avais conscience de la présence furtive d’autres personnes et la présence nette de ma femme. Elle était là baignant dans le bonheur total, dans le bonheur d’être là, d’être sur le point de franchir le point de non retour ; se fondre dans cette lumière intense, chaleureuse et irrésistiblement attirante pour ma femme et malheureusement inaccessible pour moi. « Ton heure n’est pas encore venue » me communiquait ma femme. Elle savait. Mais moi je voulais partir avec elle, je voulais l’accompagner, partager avec elle ce bonheur indescriptible, aller vers la lumière. Hélas je ne pouvais pas la suivre, je me sentais repoussé vers la vie, vers ce bas monde et dont je ne voulais pas. Je résistais. La brume grise s’épaississait autour de moi me repoussant vers ce corps inerte que je voyais allongé sur un lit d’hôpital, entouré de personnes en blouses blanches qui s’affairaient à le maintenir en vie. Je les voyais se démener avec persévérance accomplissant au mieux leur devoir alors que je ne voulais pas revenir. S’ils savaient...
Enfin puisque j’étais là, puisque la mort ne voulait pas de moi, j’espérais rester assez longtemps pour avoir des informations sur ce passage obligé, paraît-il, pour quitter notre monde vers l’au-delà, tout en essayant sournoisement de tromper la vigilance de la brume et de me projeter vers la lumière blanche. Hélas, la brume qui m’entourait s’épaississant, faisait obstacle à mon vouloir de prolonger mon séjour en ces lieux, à mon vouloir d’apprendre, de savoir, de satisfaire ma curiosité. Elle paraissait être le gardien tout puissant de ces lieux. Elle me barrait la route m’empêchant de profiter de cette opportunité d’embrasser l’ineffable inconnu, me pressant de renoncer et de retourner à ma dépouille. Elle me faisait voir des tranches de ma vie, surtout des scènes de mon quotidien, de mes œuvres et travaux inachevés, des projets en cours et des pensées encore plus profondes que je n’avais jamais exprimées. J’étais particulièrement intrigué par une scène cachée tout au fond de moi et qu’elle avait extirpée, une scène à laquelle j’avais assisté maintes fois ! Il s’agit de nos voisins, la villa d’à côté où habite un jeune couple dont on entendait les disputes fréquentes. Ils ont un chien. L’homme lui donnait toujours un coup de pied avant de franchir la porte du jardin lorsqu’il sortait ou à la rentrée quand il revenait du travail lorsque l’animal venait lui souhaiter la bienvenue. Il ratait en général son coup, ce qui me faisait plaisir, mais quand le coup portait on entendait les aboiements de douleur du chien, ce qui m’attristait. Une scène que j’ai toujours déplorée. A laquelle j’aurais aimé remédier ! Ce n’est pas que j’aime les chiens au contraire, mais je n’aime pas l’injustice. Avoir un animal domestique et le maltraiter est inadmissible pour moi. La brume m’imposait cette scène avec insistance. Oui ces animaux sont des êtres vivants à part entière et méritent notre respect. Ils ont été créés pour servir un certain but, peut-être celui qu’on leur donne, mais pas celui d’être maltraités. Nous aussi nous avons été créés dans un but précis que nous ne saurons peut-être jamais. Même si nous pensons être la race supérieure aux autres créations, nous n’avons aucun droit de disposer d’elles et en plus de les traiter avec injustice.
Soudain je m’étais senti tout drôle, mal à l’aise dans ma peau. A cet instant précis mon voisin rentrait chez lui et comme d’habitude lança un coup de pied au chien qui venait l’accueillir. Je sentis une douleur au flanc et automatiquement ripostai par un grognement de rage en montrant les crocs et en chargeant l’ennemi. Je le mordis et lui déchiquetai le bas du pantalon. Heureusement pour lui je n’avais pas atteint le mollet que je visais. Il déguerpit prestement. Plus de peur que de mal. La prochaine fois il y penserait à deux fois avant de s’aventurer à frapper un chien.
Je ne sais pas comment je m’étais retrouvé dans la peau du chien de mon voisin. Ce devrait être un tour de cette indécollable brume ! C’était une sensation étrange, indescriptible...J’étais à la fois l’animal et l’homme... et le chien avait l’ascendant sur moi, je me sentais pris au piège de l’innommable, une sensation horrible que je ne souhaiterais à personne ! J’étais pris de panique. J’essayais en vain de sortir, me détacher de ce corps, rejoindre le mien à l’hôpital... La brume en avait décidé autrement. Elle m’avait maintenu prisonnier, coincé dans ce corps d’animal pendant un temps indéterminé, une éternité me semblait-il. Avant de me permettre de rentrer, elle voulait sans doute me punir, me prévenir de ma future situation si jamais je continuais à refuser de rejoindre mon corps.
Maintenant que je suis revenu, réveillé pour l’équipe soignante de l’hôpital, je me pose beaucoup de questions sur cette extraordinaire aventure que j’ai vécue dans cet autre monde, un monde dont personne ne soupçonne l’existence... et il est à portée de nous. Sans la vigilance de cette horrible brume j’aurais pu en découvrir le secret. D’ailleurs la brume est toujours là. Elle est invisible pour le commun des mortels mais je sens sa présence, elle me surveille pour une certaine raison, une raison indéterminée pour l’instant. J’ai dû voir, entendre ou senti quelque chose d’important qui pourrait me revenir, vraisemblablement me mettre sur la bonne voie pour comprendre, dévoiler ce qui se cache derrière ce passage merveilleux de vie à trépas, ce passage obligé qui n’accepte que certaines personnes et refuse d’autres !
Pourquoi ma femme et pas moi ? D’ailleurs sa mort est suspecte, une crise cardiaque, elle qui était pourtant en très bonne santé et au dernier bilan que nous avions fait pas l’ombre d’une quelconque déficience cardiaque ! Alors si ce n’est pas une preuve d’un vaste complot universel pour disposer des Humains, c’est que je suis revenu un peu dérangé du cerveau ! Ce que je ne pense pas ! D’ailleurs La brume est toujours là, aux aguets de mes moindres gestes ou pensées. Elle me suit partout ! Je représente sans aucun doute un danger potentiel pour l’ordre établi !
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