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Jupiter et les gilets jaunes acte 1

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Bougli

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Ce 17 novembre là, le plein fut le détonateur du trop-plein. Trop plein d’une vie qui n’en était plus une. Les silencieux grondaient à présent, ceux qui jusque-là s’étaient tues, ceux-là allaient prendre la parole et faire de cette parole un acte revendicatif d’émancipation des pouvoirs dominants depuis des lustres à vrai dire.
Leurs vies tournaient en rond, dans un tourbillon menant au précipice, le 16 du mois pour les moins dans la panade, il n’y avait plus rien, plus rien. Jupiter tel Gargantua se purgeait de richesse dans sa forteresse Élyséenne, augmentant ci et là le coût de la vie de toutes ces gens. Jupiter était tellement cupide qu' il en demandait toujours plus pour pouvoir engloutir encore et encore. Il ne voyait rien venir avec ses collaborateurs du cac 40, si ils n’ont plus rien les gueux ils n’ont qu’à faire des crédits, encore et encore !!!! Il était si sûr de sa puissance, qu’il n’hésitait pas ici et là de traiter les gens de fainéants, d'illettrés, qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver du travail, travail qui lui-même servirait à servir son opulence et payer si petitement le travailleur.
Jupiter avait tout contrôlé jusque-là, les manifs, les habitués faisaient leur tour de piste et puis rentraient à la maison sous l’impulsion de leurs responsables syndicaux.
Si quelques-uns résistaient, une armée d’ecchymoses se levaient pour anéantir la grogne, tout était canalisé, dans des signaux habituels.
Petit à petit, les droits du peuple étaient révoqués un à un sans trop de bruit. Ce qui était fait à une branche ne concernait pas l’autre.... Le capitalisme avait fort bien fait son œuvre. Les petites gens avaient ingérés le fait d’en vouloir au voisin d' en face plutôt qu' à l' invisible patron-actionnaire , tortionnaire silencieux au glaive brûlant de vie de misère et de suicide.
Des inorganisés allaient se dresser sur les ronds-points, symbole d’une vie qui ne tournent pas rond, où le matin on se lève pour payer l’illicite facture déjà présente au lever du jour, la soif de Jupiter n’attends pas l’exécution de la tâche.
Personne ne pouvait prévoir ce qui allait se passer ensuite, pas même les défendeurs des petites gens, eux même voués à leur servitude malgré leur bonne volonté, et leur sincérité. Ni même les grands historiens, les grands chercheurs, les sociologues.....Pourtant à bien y prêter oreille, cette voix commune grondait depuis longtemps, elle grondait jusque-là individuellement, de ci de là....
Tous ces gens qui coûte un pognon de dingue, tous les sans dents, les fainéants et les cyniques, les bus pour les pauvres (ségrégation sociale),le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, les gens qui ne sont rien, qu' ils viennent me chercher, ces gaulois réfractaire au changement. Toutes et tous se trouvaient humiliés. Chaque jour Jupiter avait une phrase assassine, ses collaborateurs tout autant.
Non, les gaulois n’étaient pas réfractaire au changement, ils voulaient changer le climat de leur vie, il voulait voir du soleil, respirer, voir les fleurs pousser, pouvoir manger des fruits et légumes propres, aller gambader dans la forêt, une prairie, flâner,....
Les gens voulaient avoir droit à la vie humaine et devant ce pouvoir longtemps confisqué, ils voulaient en devenir les décideurs de leur propre changement.
Jusque-là tout était décidé à leur place, et bien même qu’ils disent non, et bien c' est qu' ils s' étaient trompés, car les choses étaient trop intelligentes pour ces gaulois. Les gens devaient choisir leur Jupiter et se taire jusqu' au prochain Jupiter. Point de contrôle sur les décisions qui changeaient pourtant la vie de toutes ces gens. Un jour on part à la guerre, le lendemain on signe un traité économique, gèle les pensions, désagrège les services publics, saborde le logement social, réduction des libertés sociales etc....
Tout était fait pour que la misère gagne du terrain, la fabrique des pauvres étaient en marche, elle avait pris un regain de pauvres, une forme de champion du monde à courte vue.
Le taux de sans-abris battait son plein, comme celui des prisonniers (souvent issue des quartiers les plus pauvres), les travailleurs pauvres naissaient à foison, les fainéants avaient droit à la subsistance avec un rsa, les agriculteurs explosaient le taux de suicide, des bidonvilles fleurissaient, pour accoucher il fallait faire des kilomètres, les élèves en besoin n’avaient pas d' avs, la liste était bien longue à la ville comma à la campagne, et longue était un court mot....
Cette capacité Jupitérienne à l’écrasement des gens dans la parole et l’acte allait accoucher d’un virus nauséabond pour l'opulence du pouvoir absolu. L’acte 1 naissait de ces humiliations, mépris, déconsidérations à répétition, des espérances déçus, de ces vies en perdition.
L’acte 1, un virus, bien en colère, qui avait choisi la route de la toile du net pour faire son chemin.
La voiture, symbole de la richesse capitaliste, allait devenir la symbolique de ce soulèvement incontrôlé.
Les lois de sévérités s’accumulaient sur cet objet roulant, il devenait une vache à lait très productive de Jupiter en Jupiter.
Le permis à points, les radars, les vignettes anti-pollution punitive,...jusqu’à l’abaissement de la vitesse autorisé à 80 klm/h. Les premiers cris sur la vie chère, les taxes, ces premiers cris allaient se paraient de gilets jaune, oui l’incident, l’accident était bel et bien là, le virus allait prendre vie. Le mouvement de colère était dans ses balbutiements jusqu'à l'heure de la toile, du net. À la différence des manifestations traditionnelles, coordonnées par des organisations syndicales, politiques ou associatives le mouvement naissant se lançait et se développait uniquement via le net.
Une automobiliste lançait une pétition en ligne sur le prix du carburant en mai 2018, deux autres en octobre 2018 demandent le blocage des ronds-points, des petits virus prennent vies et ils grossissent à vu d'œil. La toile multiplie ses toiles, jusqu' à ce que fin octobre une vidéo en ligne fasse 6 millions de vues.
Sous deux aspects d'ordre financiers se cachaient toute la misère et l’abandon social sur le territoire national. Ce qui est caché finit par se découvrir, le silence s’ébruitera et prendra voix... L' acte 1 avait sa cause commune , ses ronds-points communs, les gens qui jusque-là avaient tête baissé sur leur quotidien, allaient se solidariser , la colère était en marche......
Gilet jaune comme symbole du danger, le 17 comme une urgence aux crimes Jupitérien qui se font depuis des lustres sans rien y dire, y faire......Le froid comme il presse d' un temps meilleur....

Avant le 17 novembre, deux trois actions sporadiques vienne à montrer le vent qui se lève, qui se soulève. Le gilet jaune sur soi, quelques personnes essaient d’interpeller Jupiter lors d’une commémoration de l'armistice 1918. Les premiers gilets jaunes sont refoulés par les tenues bleues rois, il n' y aura pas d'échange. Là où la paix est mis en avant, Jupiter déclare une guerre sociale, sans que personne y pense d' un côté ou de l’autre.
Les premiers ronds point occupés par ceux que l’on va appeler les gilets jaunes vont pousser comme des champignons ici et là à travers tout le pays, jusque dans les îles, jusque dans le plus petit village, pas un territoire gaulois ne sera épargné.
La seule revendication est à ce moment précis de baisser la taxe sur les carburants et les taxes en général. Jupiter envoie son premier ministre dire que rien ne bougera , le cap est fixé !!!
Les gens, ces inconnus.....Dans la mémoire de quelques-uns vient à l' esprit cette chanson des Inconnus sur les taxes: Nous sommes Ursaf, Cancras et Carbalas, qui que tu sois , quoi que tu fasses, pas possible que t' en réchappe , il faut que tu payes tout.....C'que tu as sué de ton front, on te le sucera jusqu'au fond!! Voilà c'est inconsciemment dans toutes les têtes.
Le samedi 17 novembre au matin, première victime sur un péage d'autoroute à Pont de Bonvoisin, il s’en suivra d’autres à travers le pays et de nombreux blessés plus ou moins grave.
Pour la première fois, un mouvement de masse s'organise par le net, en dehors de toute organisation habituelle. Personne ou presque ne se connaît, les manifestants sont des travailleurs, des chômeurs, des artisans qui n’ont jamais rien dit, ou si peu, beaucoup de gens de territoires délaissés, de nombreuses femmes.
L’acte 1 est en marche, en mouvement. Le ministère de l'Intérieur comptabilise un peu plus de 287 000 personnes dans tout le pays, plus de 2000 sites occupés. Le bruit court que les chiffres comme pour les manifs officielles sont truqués pour minimiser la gronde. Il est difficile de compter à vrai dire tous ces gens qui marchent en dehors des plateformes traditionnelles, mais à voir les vidéos qui circulent sur le net, nul doute que le chiffre est bien plus grand. Le net, la toile...
Ce samedi matin, après tout le travail de la toile via Facebook, twitter, instagram et autres tunnels de communication non Etatique, la foule est donc présente à travers toute la France au-delà des mers et des océans, Sur les ronds-points, aux péages, dans la rue, sur les préfectures....La France est quadrillé par des gaulois réfractaires en gilets jaunes ,n'aillant comme slogan que l'abrogation de l'augmentation de la taxe sur les carburants et le questionnement des taxes.
Les gens pour beaucoup découvrent la capitale, Paris. Et comme par enchantement le chemin les conduit sur les Champs Elysées et ensuite vers le Palais de Jupiter.
Le mouvement naissant est populaire aux yeux des Français, sept personnes sur dix disent soutenir ces gens qui déambulent dans les rues de la capitale et partout ailleurs sur le territoire national jusqu' à la belle île de la Réunion.
Les gens sont en colère et ils le font entendre, quelque uns entonnent la Marseillaise pour se donner du courage sans nul doute, ils ne sont pas habitués aux chants des partisans, à l'internationale," a las barricadas" et autres chants que les rues de Paris et d' ailleurs ont l’habitude d' embrasser.
Les premiers heurts apparaissent, les forces de l'ordre sont bien débordées ce jour-là, l’ampleur est grande, la colère aussi.
Dans quelques villes des gens se dirigent vers les mairies, les préfectures, personne ne doit rentrer dans les lieux du pouvoir sans y être invité, les gens sont repoussés manu militari. Les premiers gaz lacrymogènes, les premières grenades assourdissantes, de dés-encerclement, les premiers tirs de flash ball , les premiers coup de matraques battent de leur plein gré.
Pour la première fois pour beaucoup de gens présent partout, la répression fait son apparition, l’Etat fait place à la violence et trouveras les arguments pour légitimer cette violence, parlant d'autorité pour ne pas dire autoritarisme.
Jupiter souhaite que tout le monde rentre chez soi et reprenne une vie normale, le bâton ou la maison. Pour le moment pas de carotte à proposer.
Via les médias, dont les puissants sont maîtres, vont se vouer corps et âmes à sélectionner les images, faire des montages bidouillés, prendre tous les raccourcis pour dire que les gilets jaunes, inorganisées qu’ils sont, se retrouvent pris par l’étau de quelques nationalistes et quelques anarchistes.
La critique est grande d’un mouvement inorganisé, qui ne rentre pas chez lui après le coup de sifflet de la Cgt et autres syndicats.
Jupiter nourrit là encore la colère de ces gens, sans savoir sans nul doute il les forme politiquement, il les incite à recommencer.

Paris, les champs, le ciel embrumé de poivre...le ciel, la Réunion, les gilets jaunes. A des milliers de kilomètres, les mêmes préoccupations, oui l’essence c'est trop trop cher.
Ici c’est aussi un territoire oublié de la République, des bus faut les compter, la voiture c'est le moyen de déplacement. Les gens y savent ce que c’est le seuil de pauvreté, ils en sont imbibés de la misère, de l’abandon de l’Etat, on est loin ici, plus loin qu’à la campagne encore. Ici la moitié des jeunes sont au chômage, les diplômés sont en emploi aidé, va faire un plein toi avec un revenu si faible, oui ici aussi il y a de quoi mettre un gilet jaune, bien brillant !!!
Alors on s’y affaire au blocage, on sait où il faut bloquer, les employés sont là. Mais ce n’est pas tout, les jeunes des quartiers si souvent maltraités viennent participer, ceux-là même traités de fumeur de zamal, de râtisseur d' aides sociales etc...En fait les gens de ces quartiers se mobilisent tout entier, et très très vite. En trois jours la Réunion est bloquée, les gilets jaunes et leurs alliés tiennent bons. Durant 15 jours malgré les attaques incessantes des crs, les points de blocage résistent aux chocs. Le couvre-feu est instauré, à la Réunion la bagarre c'est la bagarre, on rend coup pour coup aux forces de répression. l’Etat essaie comme en métropole de faire un distinguo gilet jaune gentil et jeune casseur, mais dans la colère, dans la misère rien n’est aussi simple. Une mamie en colère vaut toujours mieux qu’un jeune endormi et ici aussi les femmes sont en colères tout autant que les hommes. La ministre viendra quelques jours, ici et là... réussissant son tour de passe passe mais jusqu'à quand.....

Le gouvernement, malgré la première salve d’avertissement de ces gens terrés au silence jusque présent et besogneux à leur travail durant la semaine fixa le cap de rien ne bouge. Le président de la République ne daigna même pas prendre la parole, pour des gueux, des gaulois réfractaires. Il fallait bien que le pauvre continua de payer son impôt, sa taxe, il fallait sauver le monde de la pollution martelait le haut de l' Etat dont le ministre tant emblématique de l' écologie s' était barré quelques jours plus tôt en l' annonçant par surprise sur une radio qui a encore de l' écoute parce que rien n' était fait pour vivre un monde respirable, bien au contraire, mine de rien , mine d' or en Guyane....Enfin , c' est une partie de l'histoire.
C'est vrai que le président n’avait il lui même pas lancé la Start up bus, pour les gens qui ne peuvent pas prendre le train, trop cher, formule bien écologique pour sauver la planète que celle-ci. A quand on veut se foutre de la gueule des gens en haut on ne badine pas , on y va franchement. On ne se cache même plus des mots, on s'égosille à dire que les gaulois sont des cons, enfin on explique que l’on a fait les choses trop intelligemment. Le peuple dans son entièreté était invité au dîner de con !!!.... Bon le président nous avait demandé de venir le chercher, bien il se trouve que quand on y va, il y a comme une fin de non-recevoir, et les bleus ecchymoses, des bœufs des pas tout rose.
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