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Je te vengerai

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V. H. Scorp

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Elle était totalement nue, attachée à un gros piquet planté dans le sol. Ses cheveux blonds brillaient dans la lumière du soleil. Ils étaient là, à tourner autour d'elle, armés de couteaux et de bâtons, et ils la frappaient en hurlant à chaque coup qu'ils portaient.
On aurait dit une horde de hyènes s'attaquant à une bête mourante.
À chaque impact que son pauvre corps sans défense recevait, je ressentais une douleur aiguë et insupportable. Comment osaient-ils ? Comment pouvaient-ils se montrer aussi cruels ? Pourtant, ils continuaient leur ronde infernale et les coups étaient de plus en plus rapprochés et violents. À tel point que le piquet vacillait maintenant à chaque impact. L'un d'entre eux a sorti un briquet de sa poche et l'a allumé. Il a approché la flamme de son visage et j'ai vu sa peau commencer à noircir. Les cils de son œil gauche se sont enflammés comme un fétu de la paille. Je sentais mon ventre se tordre de colère et de haine. Si j'avais eu un fusil entre les mains, j'aurais tiré sans hésiter. Mais j'étais seule et impuissante. Je n'avais aucune chance contre eux et s'ils m'attrapaient, je savais ce qui m'attendait.
La mort dans l'âme, j'ai quitté le fossé où je m'étais cachée pour les observer, attirée par leurs cris, et j'ai regagné la route. Je n'avais pas d'autre choix que de rentrer. J'ai pleuré tout le long du chemin.
Arrivée à la maison, je me suis assise sur les marches du perron et je suis restée là, à sangloter, presque jusqu'à la nuit tombée. Je ne cessais de penser à elle, à ce qu'elle avait subi et à l'état dans lequel elle devait être à présent. Elle était mon amie, mon amie la plus chère. Ma confidente, celle à qui je pouvais tout raconter en sachant qu'elle ne répéterait jamais rien. Et je l'avais lâchement abandonnée à ces monstres sans même tenter d'intervenir. Sans un geste pour essayer de la sauver. L'injustice était telle, le crime si ignoble, que je serrais les poings jusqu'à ne plus sentir mes doigts.
Il fallait que je la venge ! Il fallait qu'ils payent !
La vision de son pauvre corps mutilé ne cessait de tourner dans ma tête, obsédante, insupportable. J'en avais la nausée et le sang cognait si fort à mes tempes que j'en étais toute étourdie. Oui, il fallait que je trouve un moyen pour que ce lynchage horrible ne reste pas impuni. J'avais toute la nuit pour y réfléchir. Je savais qu'il me serait impossible de trouver le sommeil après ça.
Je me suis levée, j'ai essuyé les larmes sur mes joues et je suis rentrée. Une fois couchée, j'ai laissé mon esprit dériver, en quête de cette idée qui me permettrait de venger ma pauvre amie. Pour lui offrir cet ultime geste d'amour qu'elle méritait tant. Pour lui dire combien elle avait compté, combien je pensais à elle, là où elle était. Elle m'avait accompagnée avec une fidélité sans faille et sa disparition laissait un énorme trou béant dans mon cœur. Un trou que je ne comblerais jamais, je le savais avec certitude. Comment cela serait-il possible? Les images des tortures qu'ils lui avaient infligées défilaient en boucle devant mes yeux, impitoyable vision d'horreur et d'épouvante. Sur le plafond de ma chambre, je voyais leurs silhouettes énormes et terrifiantes se dresser. Je voyais les armes dans leurs mains, frappant et frappant encore, sans pitié. J'entendais leurs rires et leurs cris de joie, ces cris de bêtes fauves qui vont tuer. Monstres, ignobles monstres ! Vous l'avez massacrée, juste pour le plaisir, juste pour satisfaire votre envie de violence et de cruauté !
Je vous ferai payer ce crime, je le jure !
Au petit matin, j'ai quitté ma chambre sans un bruit. Tout le monde dormait encore. Je me suis glissée dans la cuisine, j'ai attrapé un grand couteau bien aiguisé et je suis sortie. J'ai caché le couteau sous ma robe et j'ai marché vers le village. Il faisait beau et le petit vent frais qui soufflait apaisait la fièvre qui s'était emparée de moi. J'avais trouvé ma vengeance et je savais que je serais sans pitié. Ils allaient être punis et cette idée calmait un peu le chagrin que j'éprouvais. Même si quelques larmes montaient encore à mes yeux de temps à autres. J'étais décidée et rien ne m'arrêterait.
Rien !
Dès les premières maisons, je les ai entendus. Je me doutais qu'ils seraient là, près du ruisseau, à ourdir je ne sais quel nouveau crime ignoble. C'était leur lieu habituel de rendez-vous. C'est aussi là que j'avais vu mon amie entière pour la dernière fois.
La veille, et au mépris de toute prudence, nous étions venues nous asseoir un moment près du ruisseau. Je lui avais parlé longuement et elle m'avait écoutée, sans mot dire, silencieuse et attentive, comme à son habitude. J'avais voulu plonger mes pieds dans l'eau fraîche et limpide et j'avais glissé bêtement. J'étais trempée et j'avais filé immédiatement à la maison pour me changer. Et dans ma précipitation, je l'avais laissée là, toute seule. Comment avais-je pu être aussi stupide ? Où avais-je la tête pour l'abandonner, sans défense, sur leur territoire ? Sans rester à ses côtés ? Sans même penser à ce qui pourrait lui arriver s'ils la trouvaient.
Et évidemment, ils l'avaient trouvée.
J'ai sorti le grand couteau de sous ma robe en prenant garde de ne pas me blesser et j'ai commencé à ramper vers eux. Je sentais l'adrénaline monter en moi. Mon cœur cognait comme un fou dans ma poitrine. Tellement fort que j'avais l'impression qu'il allait exploser. Plus je m'approchais d'eux, plus je serrais le couteau dans ma main, prête à bondir au moindre danger.
Mais ils ne m'entendaient pas, trop occupés à se raconter leurs derniers méfaits et à pérorer sur leurs exploits.
Je touchais au but. Mes cibles étaient toutes proches maintenant. À portée de main. J'ai pris une longue inspiration, rampé encore quelques centimètres... et je me suis élancée. J'ai frappé de toutes mes forces. Je sentais la lame s'enfoncer profondément et je jubilais à chaque coup. Dieu que c'était bon ! Dieu que la vengeance est un sentiment fort et exaltant !
Quand tout a été terminé, je suis repartie discrètement, l'air de rien, le couteau sous ma robe que j'avais copieusement froissée en rampant. Quand je suis rentrée, je suis montée dans ma chambre et je me suis jetée sur mon lit. Et j'ai pleuré, longuement.
Le lendemain, les gendarmes sont venus à la maison. Ils ont expliqué à mes parents qu'ils avaient reçu des plaintes de plusieurs enfants du village qui avaient retrouvé les pneus de leurs vélos lacérés, probablement avec un couteau. Ils étaient près du ruisseau à jouer et quelqu'un en avait profité pour s'attaquer aux vélos qu'ils avaient laissés un peu plus loin. Et non seulement les pneus avaient été crevés, mais les selles avaient été réduites en charpie. Dans un si petit village, il y avait quand même de quoi s'inquiéter un peu.
D'où leur visite.
Je n'ai rien dit. Personne ne m'avait vue et le couteau avait sagement retrouvé sa place dans le tiroir de la cuisine.
Je me sentais mieux.
Ma poupée était vengée...

PRIX

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Borodine Thomas · il y a
Texte qui dégage beaucoup un drame insoutenable... La fin est bien ancrée. Vous méritez la qualification. Mon vote pour vous! Visitez moi si cela vous dit!
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/un-pere-noel-etranger

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V. H. Scorp · il y a
Mes voix pour votre texte et un grand merci!
Bonne soirée!

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Lyriciste Nwar · il y a
Le style me plaît
C mon lien

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V. H. Scorp · il y a
Merci beaucoup! Mes votes pour vous. Bonne journée!
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Adjibaba · il y a
Très beau texte avec un style assez plaisant. Mais J'ai particulièrement apprécié le fond qui est d'ailleurs très riche en enseignements. La chute est tout simplement spectaculaire.
J'aime et m'abonne avec plaisir.
Une petite invitation à soutenir mon oeuvre en compétition : https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/entre-justice-et-vengeance

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V. H. Scorp · il y a
Mes voix pour votre texte et un grand merci pour votre gentil commentaire.
Bonne soirée!

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Marie-Françoise · il y a
très bonne chute bravo bien amenée voici mes voix. Mon lapin brun est en finale jusqu'à demain, viendrez-vous le soutenir ?
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V. H. Scorp · il y a
Merci beaucoup! Mon vote pour vous. Bonne soirée!
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Zouzou · il y a
on s'attend ...au pire avec les enfants , bravo ! mes voix
en lice Imaginarius , si vous aimez

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V. H. Scorp · il y a
Un grand merci à vous! Pourriez-vous m'indiquer où lire votre texte? Je ne parviens pas à le trouver.
Bonne soirée!

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Zouzou · il y a
Il y a ' Vivre pour nous '
et ' De sa vie en rose' un haïku...les deux premiers sur la page...si vous aimez !

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V. H. Scorp · il y a
J'aime. Mes votes pour vous. Bonne soirée!
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Zouzou · il y a
MERCI à vous !
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Magalune · il y a
Il ne faut jamais sous estimer la colère d'un enfant ! Le tumulte intérieur de cette pauvre gamine est bien rendu, on vibre avec elle. Merci pour ce sympathique moment de lecture.
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V. H. Scorp · il y a
C'est très gentil à vous!
Merci beaucoup et très bonne soirée!

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Clarabt · il y a
Bravo ! j'ai beaucoup aimé votre écriture et la chute bien amenée
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V. H. Scorp · il y a
Un grand merci à vous et très bonne soirée!
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Mazi · il y a
J'y ai cru du début à la fin! Excellent!!!
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V. H. Scorp · il y a
Merci beaucoup pour votre gentil commentaire.
Très bonne soirée!

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Patrick Peronne · il y a
Bien joué. Bien trouvé.Bien écrit.
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V. H. Scorp · il y a
Merci, c'est très gentil.
Bon dimanche à vous!

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Luc Michel · il y a
J’ai cherché le truc et ne l’ai pas trouvé. Bravo !
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V. H. Scorp · il y a
Un grand merci à vous et très bon dimanche!
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