Jardin secret

il y a
12 min
13
lectures
0
Il marche dans la rue, raide comme la justice, à en tomber à la renverse. Son petit cul se perd dans un jean trop large retenu à la taille par une ceinture de cuir. Les manches courtes du tee-shirt laissent apparaître des biceps aussi blancs que son crâne, recouvert d'un mince duvet et qui le ferait du coup ressembler à un rapace à peine sorti de l'oeuf vu le nez long et busqué, s'il n'y avait le menton proéminent qui vient à la rencontre de ce dernier. On le croirait édenté. Il bombe le torse et écarte les épaules, jetant à droite et à gauche de ses petits yeux ronds et égrillards des regards bleus appuyés... Un vieux-beau , c'est l'idée qui vient à l'esprit lorsque l'on croise son chemin. Paul se croit toujours irrésistible, persuadé d'être le centre d'attraction en paradant le long du trottoir. Il faut reconnaître qu'il ne paraît pas ses soixante-quinze ans, mais dans le village personne ne daigne lui prêter la moindre attention depuis longtemps, l'habit n'ayant jamais fait le moine. Au bout d'une laisse se traîne un pauvre caniche défraîchi, la gueule et la patte de travers. Il le sort plusieurs fois par jour. Ce sont quasiment ses seuls moments de liberté, de tranquillité, pour s'illusionner sur sa capacité à séduire encore, car elle n'est jamais bien loin...
Il n'a pas sitôt franchi le seuil que déjà elle braille en haut de l'escalier. Elle cherche son briquet, elle l'accuse de sa disparition quand bien même il ne fume pas. Il ne boit pas d'alcool non plus, elle le lui interdit et quant au reste il y a plus de trente ans qu'il n'y a pas goûté! Elle a fait « son devoir d'épouse » au début de leur mariage, deux gosses et puis plus rien, terminé, même si elle a 15 ans de moins que lui! Trente cinq ans bientôt qu'il se la met ainsi sur l'oreille... On ne sait trop comment il supporte cela, encore moins comment il l'accepte! On se demande s'il s'est mis en mode veille au cours du temps ou s' il n'a jamais vraiment été connecté. Il ne conduit pas, il n'en n'a pas le droit. Il n'a aucun pouvoir de décision. Il n'est pas autorisé à s'occuper des comptes du ménage, ni même à avoir quelques euros en poche. Il ne lit pas, juste peut-être la page du coin dans le quotidien et ne sait pratiquement pas écrire. Tout juste peut-il regarder à la télé les émissions de téléréalité dont elle raffole. Elle seule gère tout, il ne s'occupe de rien, n'est au courant de rien, ne sert à rien... ou presque, puisqu'elle ne peut rien faire sans lui! Il est son esclave, son factotum, son valet, son serviteur, un copilote transparent dans leurs incessants trajets entre la maison et celle de leur fils, ou un accompagnateur muet dans la salle d'attente du centre médical du village qu'elle fréquente assidûment. Car il n'a pas non plus le droit de s'exprimer! Les quelques paroles qu'il se permet de temps à autre de prononcer ne sont certes pas d'un grand intérêt mais de toute façon vite réprimées d'un « ferme-la au lieu de dire des conneries » ! Du coup il a plus ou moins décidé de ne pas entendre non plus, et il y a belle lurette qu'il fait « la grève du sonotone », déclenchant ses foudres lorsqu'il ne lui répond pas tout de suite ! Il est aussi son défouloir, son exutoire, son souffre-douleur, le dépotoir ambulant dans lequel elle déverse les fruits accumulés de sa rancoeur et de sa frustration permanentes à l'encontre du monde et de cette « putain de vie »! Elle porte ainsi sur le visage un masque austère venu se graver au fil du temps, mélange de colère, de rancune, d'insatisfaction, de contrariété et caractérisé par un vieillissement prématuré qui gomme l'écart d'âge entre eux, les coins de la bouche et des yeux en chute libre...Bref, elle fait la gueule en permanence! Chaque jour lui apporte son lot supplémentaire de misères physiques qu'elle combat à grand renfort de chimie, ce qui la déglingue encore davantage. Elle a pourtant des qualités, si le fait de travailler jour et nuit en est une, à fond dans diverses corvées d'entretien et menus services rémunérés qu'elle effectue à droite à gauche chez des connaissances, chez des voisins. L'argent est son seul ami. Contraint et forcé Paul est mis à contribution malgré son âge respectable et une retraite bien méritée ; il a juste le droit de se taire et de la regarder enfouir au fond de sa poche les euros qu'il a largement aidé à lui faire gagner !
Il paraît qu'il était beau avec des cheveux jusqu'aux épaules et qu'il ressemblait à Johnny dont il est d'ailleurs un fan invétéré ! Il paraît que les femmes en étaient folles, surtout les femmes mariées et c'est finalement elle qui lui a passé la bague au doigt, enceinte dès leurs premières rencontres ! Une fille de trente neuf ans qui ne donne plus de nouvelles et un fils qu'elle vampirise en permanence afin de se créer une raison d'exister. On se demande d'ailleurs comment le fiston qui va sur ses trente-cinq ans supporte encore cela.

Cette après-midi Paul est au jardin, ainsi en a-t-elle décidé de son emploi du temps. Le jardin est celui du voisin, le père Gyro décédé presque centenaire 2 ans plus tôt. Le fils qui vit à Paris paie pour l'entretenir et leur laisse aussi la jouissance des légumes. Le fils Gyro est un intellectuel, un érudit qui ne connaît rien au jardinage! Il débarque de temps en temps les bras chargés de livres et repart de même après quelques jours passés en ermite dans la maison. Paul se trouve bien au jardin, elle y vient peu, juste pour lui donner des ordres, mais finalement il semble se sentir bien partout, toujours d'humeur égale. Quarante années d'une existence de merde qui semble glisser sur lui et il est toujours là, le sourire aux lèvres sous les brimades et les reproches quotidiens. Il était de l'Assistance Publique, peut-être a-t-il trouvé une mère, invivable certes mais une mère quand même puisque justement elle le traite en gamin irresponsable... Il fait chaud. Il doit récolter quelques carottes pour elle. Elle s'est mise à en consommer beaucoup depuis que quelqu'un lui a dit que ça soignait le foie. Il attend juste de voir si le dicton se vérifiera, si ça la rendra vraiment aimable mais vu la mauvaise humeur qui est la sienne depuis toujours il n'attend pas de miracle. Il a horreur des carottes, c'est tout juste bon pour les lapins. Lui non plus n'est pas expert en jardinage, il a seulement bénéficié de quelques conseils de la part de feu le père Gyro ; quelques patates, des salades, des poireaux, des oignons et les carottes de Madame ! La cabane au fond du jardin abrite un mélange hétéroclite d'outils sans âge et de produits de traitement phytosanitaire inutilisables depuis longtemps. Les étagères tapissées de toiles d'araignées sont surchargées d'un bric à brac de pots de fleurs, de sachets de graines plus ou moins entamés, de vieilles revues sur le jardinage jaunies par le temps. Sous une caisse de bois, bien planquée il y a sa boîte, le précieux sésame pour son pays d'évasion, son jardin secret... Elle a dit qu'un jour elle viendra mettre de l'ordre car il n'en n'est pas capable tout seul et qu'il faudra faire plusieurs allers-retours à la déchèterie. Mais elle dit beaucoup de choses, n'empêche qu'il doit être vigilant. Elle aime aller à la déchèterie, c'est sa destination préférée après son fils et le médecin. Il faut reconnaître qu'à la maison tout est impeccablement évacué et remplacé le cas échéant, nettoyé, classé, répertorié. Rien ne traîne, c'est un lieu où la vie n'existe pas. Paradoxalement elle ne retrouve jamais rien et fond sur Paul comme le rapace sur sa proie lorsqu'elle a perdu quelque chose, ce qui arrive à peu près dix fois par jour. Elle se justifie en disant qu'il commence à perdre la mémoire, qu'il ne se souvient jamais où il met les choses, et qu'elle a pour sa part trop à faire et à penser puisque lui ne s'occupe de rien. Alors Paul le soumis cherche, fouille, farfouille et, sans même l'ombre d'un merci, finit par retrouver le téléphone dans la baignoire, les lunettes sur l'évier, les cigarettes chez la voisine car elle fume elle comme un pompier, et la carte bancaire sur le plancher de la voiture. Au passage il se sera fait souffler dans les bronches pour s'être permis de lui signaler qu'elle avait laissé les phares allumés !
C'est le soir-même en sortant Cléo, bien que celui-ci ait déjà fait comme à son habitude ses besoins dans la maison, que Paul aperçoit une figure encore inconnue dans le village, une silhouette vêtue d'une robe à fleurs et qui le gratifie au passage d'un sourire et d'un bonsoir. Le torse s'est bombé davantage, les épaules se sont encore redressées et Paul a bien failli pour le coup partir en arrière! La robe à fleurs vient d'emménager dans le village, ce sont les antennes de Paul, celles qu'il laisse traîner ça et là mine de rien qui le lui apprendront. Elle vit seule, elle est discrète. Une fois rentré en lui faisant part de sa rencontre, Paul écope d'un « qu'est-ce que ça peut me foutre, je t'ai dit de nettoyer la poubelle ! »
La robe à fleurs se met à croiser son chemin plusieurs fois par semaine, surmontée du même visage ouvert et agréable, du même sourire franc qu'elle continue de lui adresser, un sourire qui met en joie l'existence de Paul...

Ce jour-là ils ont encore passé 2h dans la salle d'attente ! Lui a somnolé, elle s'est répandue en plaintes et jérémiades sur le mal de dos qui l'a empêché de fermer l'oeil toute la nuit ! Elle veut quelque chose pour faire passer les crampes d'estomac déclenchées par ce que le docteur lui a prescrit il y a 2 jours contre ses douleurs aux jambes ! Il y a aussi ces plaques rouges qui lui sont apparues sur tout le corps, c'est sûrement une réaction au générique que le pharmacien lui a donné pour guérir sa sinusite chronique ! Elle n'a plus d'odorat, il lui coule en permanence des glaires dans la gorge et ce n'est pas le mouchoir à carreaux qu'elle déplie au nez de sa voisine qui dira le contraire ! Son fils pense que c'est à cause des tilleuls devant la fenêtre, elle est sûrement allergique, elle va écrire au maire pour qu'il les fasse couper ! Après trente années passées dans ce même appartement mieux vaut tard que jamais ! C'est pas normal de laisser encore des tilleuls dans les villages avec toutes ces allergies, de toute façon ce maire est un con ! Il fait quoi pour le village ? Rien du tout ! Il attend quoi pour construire un supermarché ? Parce qu'on en a marre de se faire arnaquer à l'épicerie avec des légumes que cette bonne femme n'a pas de honte à vendre dans l'état où ils sont et qu'un jour elle lui dira elle, qu'on n'est pas des poubelles ! Entre deux diatribes elle sort fumer une cigarette. Paul est d'ailleurs lui aussi subitement sorti de sa léthargie avec pour mission de récupérer sous la chaise le sac qu'elle a laissé tomber. Elle en extrait un fume cigarette à la Sapritch et c'est au moment où elle y introduit une Marlboro en se levant péniblement que le Dr Lemser fait son entrée . Avant même qu'il ne lui fasse signe de le suivre elle lui a décrit ses maux dans le moindre détail ! Une fraction de seconde, le temps que la porte du cabinet ne se referme sur eux, on croit apercevoir au fond de l'oeil gris du praticien comme une certaine lassitude, tandis que la voisine de droite semble elle pousser un profond soupir de soulagement...
En sortant de chez le médecin ils ont croisé la robe à fleurs. Paul a ralenti le pas, laissant son garde chiourme partir devant pour incliner galamment la tête au passage de la belle dame alors qu'un tonitruant « Alors ! Qu'est-ce que tu fous ? T'arrives ou quoi ? » ramenait un Paul penaud dans le droit chemin ! Il faut encore passer chez le pharmacien toujours ravi d'accueillir de fidèles clients et cet après-midi il retournera au jardin pendant qu'elle fera le ménage chez la voisine. « Putain de vie ! »

Il a commencé par ouvrir la fameuse boîte dissimulée dans le fatras de la cabane et s'est octroyé un petit quart d'heure avant de se mettre au boulot. Il caresse amoureusement les rondeurs qui sont nées de son coup de crayon. Paul est un artiste, il dessine en cachette depuis des années. Voilà peut-être sa bouée de sauvetage, son évasion d'un quotidien qui en aurait achevé plus d'un ! Loin des regards inquisiteurs il fait surgir sur la blancheur du papier des formes féminines issues de ses rêves les plus fous, de ses fantasmes les moins avouables. En créant ses œuvres il s'égare dans des contrées peuplées de naïades, il se noie dans un océan de délices qu'il n'a jamais connus, il boit à même la coupe de la jouissance... Depuis peu les belles nymphes issues de son imagination ont pris les traits de sa dame de coeur, et la rencontre de ce matin titille justement son inspiration. En quelques gestes nerveux, précis et passionnés, le crayon a déshabillé « la robe à fleurs », ou plutôt soulevé un pan de tissu sur une nudité qui fait ressurgir du plus profond de Paul des sensations et des désirs qu'il croyait à jamais enfouis, à jamais refoulés. Le sourire est une invitation. Paul ferme les yeux et caresse la poitrine opulente de ses doigts impatients qui remontent le long des cuisses pour s'attarder dans la tiédeur humide... Si Paul est un artiste, il est aussi amoureux, ou ça y ressemble du moins.
Le fils Gyro a fait son apparition entre les plates-bandes, alors qu'il éclaircissait les radis noirs, bons aussi pour le foie paraît-il ! Elle dit que son organe est dans un sale état à force d'ingurgiter toutes ces boîtes remplies de mises en garde, et que les gens qui ont la santé ne connaissent pas leur bonheur! Un livre à la main le propriétaire des lieux est venu s'enquérir de la bonne forme de ce « brave Paul » et puis il a continué sa lecture en allant vers le fond du jardin. Cinq minutes plus tard Paul a sursauté en entendant dans son dos « qu'il faudrait nettoyer tout ça ! » Le fils Gyro parle des hautes plantes à fleurs blanches sur la parcelle laissée en friche derrière la cabane, et qui descend vers la rivière. Paul s'étonne de cet intérêt soudain pour l'entretien du jardin, mais le fils Gyro dit que c'est comme ça que Socrate est mort et que c'est dangereux. Paul ignorait que le chien de l'épicière était mort, qui plus est d'avoir mangé de l'herbe ! L'herbe c'est bon pour les chiens, ça les purge. Sans doute lui aura-t-elle plutôt refilé un steak passé de date !

Il s'est mis à sortir Cléo de plus en plus souvent. Le vieux chien rechigne, traîne la patte pour le grand bonheur de son maître qui s'attarde dans la rue, jetant des oeillades alentours, guettant l'apparition d'une robe à fleurs telle Bernadette celle de la Vierge à la grotte de Lourdes. Un simple regard échangé, un sourire et Paul est au Paradis pour les heures qui suivent, malgré le rappel à l'ordre qui ne manque pas de tomber, non pas d'un lieu saint mais du haut du balcon : « qu'est-ce que tu branles ! Tu te fous de ma gueule ou quoi ? Tu me prends pour un con ? » Ainsi en est-il de certaines libertés et modifications du langage lorsque l'on porte la culotte... En remontant dans l'appartement il suffoque : le bouton est ouvert sur la gazinière ! Elle ne sent rien, c'est toujours à cause de « ses glaires », la baraque aurait pu sauter et elle avec ! Une idée saugrenue germe dans l'esprit embrumé de Paul qu'il tente de repousser sans grande conviction à vrai dire ! Mais il est trop tard, le ver est dans le fruit ! A partir de ce moment-là Paul se met à gamberger sérieusement...

Il a arraché les fameuses plantes, le fils Gyro lui a expliqué pourquoi elles étaient dangereuses et Paul a compris. Elles ont fini avec le reste des déchets verts dans une benne de la déchèterie. Il a encore fallu aller « au docteur », elle a maintenant des brûlures d'estomac, des nausées, elle dit qu'elle ne supporte pas ce qu'il lui a prescrit l'autre jour. Le Dr Lemser lui a dit qu'elle est trop stressée, il lui a donné un somnifère parce qu'avec tous les soucis qu'elle a, elle dit qu'elle n'arrive pas à dormir la nuit et le médecin lui a demandé quels soucis, et elle a parlé de la fille de son amie qui divorce et aussi de la vieille Alice la voisine qui est hospitalisée parce qu'elle a « Aïzamer » et que c'est bien triste tout ça et tout le reste, et le médecin a hoché la tête en silence en lui jetant un regard faussement compatissant derrière ses lunettes... Le jour-même Paul lui a rapporté d'autres carottes pour sa soupe. Une odeur bizarre en émane cette fois-ci, on dirait de la pisse de chat mais elle ne sent rien, toujours ces fameuses glaires... Elle dit qu'elle ne constate pas beaucoup d'amélioration avec ces légumes, il lui dit de ne pas se décourager et de continuer. « Dégage ! Sors de mes pattes, laisse-moi respirer ! » Et Paul en a profité pour sortir le chien... Les nausées et les vomissements ont perduré, avec en plus des douleurs musculaires. A peine trois jours plus tard s'épanche-t-elle à nouveau auprès du généraliste. « Vous faites une dépression, vous n'avez rien de grave, tous les examens effectués sont normaux, c'est dans votre tête ! On arrête tous ces traitements, ce sont eux qui vous détraquent et je vous prescris un antidépresseur »...

C'est le week-end du 15 Août ! Aucun signe de vie dans le village qui somnole sous une chaleur accablante. Les rues sont désertes, les gens sont en vacances, à la mer. Parti faire de la spéléo le fils est injoignable ; il a besoin de souffler de temps en temps, loin d'elle. Elle a trouvé du boulot pour Paul, un déménagement à quelques kilomètres de là. Il y passera la nuit. Un copain va l'y conduire car elle ne se sent pas bien, toujours ces problèmes gastriques et des céphalées aussi. Mais ça ne la dérange pas de rester seule, l'appât du gain est le plus fort ! « Elle se reposera pour une fois »! Avant de partir il lui apporte les éternelles carottes, quelques radis, et retire discrètement du téléphone la batterie qu'il dissimule au fin fond d'un placard...
A son retour le lendemain, c'est fait, elle est raide sur le lit. Le spectacle n'est pas beau à voir ! Paul retire de la main crispée le portable et y replace la batterie avant de le mettre hors de vue sous des journaux éparpillés sur la table du salon : on sait bien qu'elle égare tout, tout le temps! Puis il pose en évidence à son chevet un verre près des boîtes vides d'antidépresseurs et de somnifères qu'a chassés l'eau des toilettes. Comme à l'accoutumée la cuisine est impeccable, la vaisselle faite, toute la soupe ayant été ingurgitée. Reste à faire disparaître les épluchures de carottes et il peut aller prévenir de sa macabre découverte. Cette « putain de vie » aura finalement eu raison du désir de vivre d'une épouse dépressive....

Elle est venue à l'enterrement. Dans une robe à fleurs couleur pastel elle lui a adressé de loin un regard empli de compassion qui a irradié le coeur de Paul contraint malgré tout de conserver un visage de circonstances...

C'est à la boulangerie qu'il la rencontre quelques jours plus tard. Il ne prête pas attention à l'autre client qui entre à sa suite. Il ne voit qu'elle, son lumineux sourire et le champ des possibles qui s'offre désormais à eux. Elle lui parle. C'est la première fois qu'elle s'adresse à lui aussi longuement. Paul n'entend pas les paroles, il n'entend que la voix dont la beauté le dispute à celle du sourire. Mais subitement toute la clim du magasin se retrouve dans son estomac lorsque désignant l'homme entré derrière elle, elle lui présente son mari. Il vient d'arriver, il était à l'étranger depuis deux ans. Le mari est jeune, beau, avec sur son visage hâlé un sourire aussi lumineux que celui de sa femme. Et Paul réalise subitement que tout l'amour qu'il lisait dans les yeux de celle-ci ne lui avait jamais été destiné à lui ! Et le sang se retire alors de ses veines, remplacé par un fiel aussi épais que sa déconvenue !

Il ne lui reste plus de ces fameuses racines de cigüe qui ressemblent à s'y méprendre à des carottes, mais il paraît qu'on confond aussi aisément le laurier rose avec le laurier sauce. Et Paul se remet à gamberger de plus belle...
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

Remonter le temps

Floriane GERARDIN

— Tu savais Maman que la maîtresse elle sait faire remonter le temps ?
— Ah ? Non, je ne savais pas... Comment elle fait ?
— Ben, je sais pas. Elle l'a pas fait avec moi. Que avec... [+]


Nouvelles

L'épave

Francois Henault

Tout est prêt, vérifié deux fois plutôt qu’une. Il a contrôlé les détendeurs principaux, le détendeur de secours, le serrage des palmes, le paramétrage de sa montre-ordinateur. Puis il a... [+]