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J'ai toujours voulu avoir des enfants…

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Céline Lledo

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J’ai toujours voulu avoir des enfants...
Avant même d'avoir compris comment un enfant venait au monde, avant même d'avoir compris qu'il fallait être deux pour faire un enfant, je sais que mon désir de maternité m'a envahi dès mon plus jeune âge.
— Pompier !
— Moi, coiffeuse !
— Et moi, hôtesse de l'air !
— Infirmière ou vétérinaire, je ne sais pas encore...
— Moi, je veux être maman !
Je devais avoir sept ou huit ans, quand à l'école, on nous a demandé ce qu'on voulait faire quand on serait grand. Je n'ai pas hésité une seconde à répondre.
— Oui, mais comme métier ? Comme travail ? Qu'est-ce que tu veux faire plus tard pour gagner ta vie, Solange ? » m'a demandé mon institutrice en faisant une drôle de tête comme si je lui avais répondu une impossible absurdité.
C’est sûrement pour cela que j’ai toujours évité de poser cette question à mes élèves...
Le soir venu, en me couchant, j’ai raconté à ma mère qui m'a dit en me bordant : « Ne fais pas comme moi, ma chérie ! Avoir des enfants, c'est merveilleux mais il faut aussi que tu penses à faire TA vie ! »
Que voulait-elle dire ? N'était-ce pas faire SA VIE que d'élever ses enfants ? N'avait-elle pas fait ce choix elle-même ? Je ne comprenais pas ! Pourquoi maman ne voulait pas que je fasse comme elle ? Lui donnais-je du chagrin ? Longtemps je n'ai pas compris pourquoi cela semblait tant déranger ma mère.
Puis j'ai grandi, j'ai cru comprendre bien des choses sur la condition féminine et le combat mené depuis toujours par les femmes pour gagner leur indépendance. Le désir de pouponner s'est enfoui en moi comme s'enfouissent bien souvent la plupart des rêves d'enfant. Un jour, alors que je n'y pensais plus vraiment, mon vœu le plus cher s'est réalisé : J'attendais un bébé ! Un tout petit être poussait, là, au creux de mon ventre !
— Daniel, je crois que je suis enceinte...
— C'est une plaisanterie ? »
Je m'attendais à ce que l'homme que j'aimais partage mon enthousiasme et ma joie mais il n'a rien trouvé d'autre à me dire. Ce lourd mot PLAISANTERIE m’est tombé sur la tête, m'assommant de douleur et de déception. Je me voyais maman à ses côtés et il n'a rien trouvé d'autre à me dire.
Lorsque la « plaisanterie » s'est confirmée, Daniel m'a demandé d'avorter. Je lui ai dit que je garderai ce bébé même s'il me quittait, pensant bêtement pouvoir le retenir. Il m’a quitté.
Quelques mois plus tard je me suis donc retrouvée avec une petite chose rose et blonde dans les bras. J'ai commencé à me poser des questions. Moi, qui avait tant souffert de perdre mon père adolescente, comment pourrais-je priver mon enfant de la présence d'un père ? Est-ce pour lui éviter la souffrance de la perte d'un père que j'ai préféré ne pas lui en donner ? J’anticipais aussi les questions qu'elle me poserait, elle, quand elle serait grande : « Est- ce que je ressemble à mon père ? Est-ce que mon père m'aime ? » Ces interrogations incessantes m'ont fait comprendre mon erreur, mon égoïsme et depuis la culpabilité n'a fait que me ronger, me détruire.
Je me suis dit que c'était perdu d'avance et que ma fille m'en voudrait toujours quoique je fasse pour elle. J'ai pris peur et je me suis lancée sans relâche dans la reprise de mes études pour devenir enseignante, confiant mon bébé à ma mère comme si c'était le sien. J'avais voulu ce bébé, je l'avais. Je pouvais passer à autre chose. Comme un jouet pour lequel j'avais fait un caprice et qui ne m'intéressait plus à peine l'avais-je déballé. Je n'étais qu'une enfant trop gâtée.
Ma mère est morte brutalement. Je me suis retrouvée seule avec ma fille pour qui ma propre mère avait été une mère bien plus que moi. Les premiers temps sans elle, nous étions comme deux orphelines. J'étais tout autant perdue que cette gosse que j'ai découverte vive, intelligente, mature, peut-être bien plus que moi. J'ai dû apprendre à devenir mère à ce moment-là mais il m'était impossible de rattraper le temps perdu. J'ai commencé à déprimer, je perdais de plus en plus de poids alternant période de jeun et ingurgitations démesurées de nourriture en espérant au fond de moi que quelque chose ou quelqu’un viendrait un jour me sortir de là...
*
C'était un matin semblable à tous ceux que je vivais chaque jour. Un matin qui me fatiguait d'avance. Un matin plein de miettes de pain dispersées de la table de la cuisine jusqu'au sol, un matin gras de beurre et collant de confiture trop sucrée, un matin rempli de tasses de café trop vite refroidies que je me forçais à boire pour oublier ma crise de boulimie de la veille ; pour faire comme si de rien n'était. J’essayais de prendre un petit déjeuner normal en m’efforçant d’être la maman que j’avais toujours voulu être.
Toute cette pagaille matinale précédant ma première vaisselle de la journée m'angoissait terriblement. Tous ces gestes, ces objets quotidiens semblaient m'engloutir. Toutes ces miettes, toute cette vaisselle, les mêmes que j'avais ramassées, lavées et essuyées quelques heures avant de me coucher m'attendaient à nouveau tous les matins. Un éternel recommencement qui m'était insupportable et me semblait insurmontable. Seul le sommeil me délivrait un peu de l'enfer du règne des objets, de la saleté et de l'obsession de la nourriture. Parfois, j'aurais voulu tout laisser tel quel et me réfugier dans mon lit. Fermer les yeux, ne plus penser et oublier cette sensation de n'être plus bonne à rien. Je peinais à me coiffer le matin, ne me démaquillais plus les rares fois où cela m'arrivait de mettre du blush ou du mascara et devait faire un véritable effort pour ressembler à quelque chose pour me rendre à l’école.
En faisant ma vaisselle tant redoutée, j'ai tiré le rideau de la fenêtre située au-dessus de l'évier de la cuisine. Rien qu'à la couleur du ciel et à la luminosité timide et rosée, je pouvais ressentir exactement, depuis l'intérieur, la fraîcheur matinale qu'il faisait dehors. L’allée bétonnée du jardin était comme chaque automne, recouverte de feuilles sèches et fadasses. Mes cheveux, que je n'avais plus envie ni de démêler ni de teindre, se parsemaient de cheveux blancs comme ce jardin de feuilles mortes. Moi aussi j'étais fade, triste, mais contrairement à mon jardin le printemps ne reviendrait plus pour moi. Je n'avais pas trente ans et j’avais déjà la sensation que le chemin qui me menait vers la vieillesse aboutirait à un précipice dans lequel j’allais inévitablement dégringoler.
L’apparition d'une silhouette bleue s'approchant du portillon du jardin me sortit brusquement de ma déprime matinale. Je vis un homme déchiffrer du bout des lèvres mon nom sur la boite aux lettres. Le cheveu châtain clair et ébouriffé, il était mal rasé, grand, mince, portait ce qui ressemblait à une tenue d’ouvrier, une sorte de bleu de travail, et une écharpe à carreaux marron et rouge. Un peu apeurée, intriguée, j'ouvris la fenêtre de la cuisine pour lui signaler ma présence :
– Mme Féraud ?
– Oui, dis-je timidement à voix basse, un peu surprise par sa façon de parler et ne pouvant m'empêcher de penser machinalement « Non, Mademoiselle Féraud !  » un peu contrariée que l'on m’appelle « Madame » alors que je ne m’étais jamais mariée avec personne !
– Bonjour, je suis intéressé par la location, poursuivit-il, hésitant. C'est bien vous qui louait un appartement ?
– Oui, enfin c'est plutôt une petite maison. Vous êtes mal renseigné. Si vous cherchez un appartement ça ne vous ira pas ! Dis-je hautainement, sûre que ce serait trop couteux pour cet ouvrier décoiffé.
– Je viens de la part du Dr Marchal. Je peux visiter ?
Agacée, je lui fis comprendre d'un signe de la main d'attendre un instant tout en refermant ma fenêtre. Par-dessus mon pyjama je mis mon imperméable et enfila mes bottes rapidement. En passant devant le miroir de l'entrée je me dis qu'il était trop tard pour me rendre plus présentable et sortis sur le perron afin de poursuivre la discussion, gênée, en espérant qu'il ne prêterait pas trop attention à mon accoutrement.
L'homme prit ma venue vers lui comme une autorisation d’entrer dans le jardin et actionna le loquet pour ouvrir le portillon ce qui m'étonna et me choqua un peu. Alors que je m’apprêtais à lui faire une réflexion, il me lança un profond regard aussi bleu que sa tenue :
– Alors, je peux visiter ? Insista-t-il avec un accent que je n'arrivais pas à identifier.
Pendant qu’il s’avançait dans l’allée, je lui expliquai que je souhaitais louer la petite maison mitoyenne à la mienne qui était inoccupée depuis le décès de ma mère. Je lui décrivis brièvement le petit salon, la cuisine minuscule, les deux chambres, la salle de bain sans oublier le petit bureau qui pouvait faire une chambre supplémentaire si besoin.
Il me tendit la main pour me la serrer mais je fis comme si je n’avais pas vu, me précipitant vers la porte d’entrée, sortant de ma poche le trousseau de clé.
— Entrez, je vous en prie, dis-je, sans même le regarder.
Le fait de me retrouver seul avec cet inconnu au lever du jour me déstabilisait complétement et je regrettais de ne pas avoir fait semblant de ne pas être là. Depuis Daniel, je ne m’étais plus retrouvée seule avec un homme. Perdue dans mes pensées, je lui fis répéter sa question :
— Pardon ?
— Combien de mètres carrés ?
— Oh, je pense soixante-dix. Soixante-quinze au plus...
Je n'étais pas rentrée dans cette partie de la maison depuis plusieurs mois. Nous commençâmes la visite par la cuisine, sur la gauche. Il en fit le tour sans dire un mot. Pour combler le silence qui me mettait de plus en plus mal à l’aise, je lui dis :
— Je laisse au locataire, la table, les chaises et le four à micro-ondes...
Il acquiesça vaguement de la tête, les yeux rivés sur le plafond.
Nous continuâmes la visite en montant l'escalier. Il passa devant moi et ses lourds pas firent trembler et résonner l'escalier de bois en colimaçon. De la boue sèche se détacha de ses chaussures de chantier.
– Désolé, je suis en tenue de travail...
– Ce n'est rien, dis-je, en essayant de cacher le plus possible ma contrariété, en me demandant pourquoi j’avais ouvert à ce type sale et envahissant de si bon matin.
Nous fîmes le tour des chambres et de la salle de bain. Il souleva un morceau de papier peint qui se décollait dans le couloir : « Je peux remettre en état... Nous pourrions peut être nous arranger sur le prix du loyer ? »
« Maman ! T’es où ? Je mets quoi comme pantalon ? » Hurla ma fille, jambes nues, depuis le perron.
— Je vais devoir abréger la visite, il faut se préparer pour l’école... » Dis-je pour essayer de lui faire comprendre que ce n’était pas une heure pour passer chez les gens.
*
Un de mes CM 2 m’avait traitée de « tête de mort squelettique ». Cela m’avait tellement vexée que j’ai pleuré devant mes élèves. Maryvonne, la directrice de l’école, constatant, ma maigreur et mon état de dépression avancé, m’avait conseillée de rentrer chez moi et d’aller voir le médecin.
Le Dr Marchal m’interdit de retourner travailler tant que je n’avais pas repris de poids : « Vous êtes de plus en plus maigre, Solange ! 43 kg pour 1 m 62, ça devient préoccupant ! »
En rentrant chez moi, j’ai avalé deux paquets de biscuits au chocolat et je me suis fait vomir. J'ai pleuré pendant plus de trois quarts d'heure en me disant que j’étais à moitié morte. Je n’avais plus de peau, plus de chair, seulement des viscères accrochés à mes os.
Cette semaine-là, il avait prévu de commencer les travaux. Il était venu sur le continent, comme il disait de son grave accent corse, en tant qu’intérimaire pour la construction d’un lotissement. Il envisageait de venir s’installer définitivement ici. Sa femme et son fils étaient restés dans leur village du Cap Corse le temps qu’il trouve un travail stable et un logement.
En début d’après-midi à travers le mur de ma chambre, où je m’étais réfugiée pour cafarder, je l'ai entendu siffloter sur la radio. Sans trop réfléchir, je suis allée frapper à sa porte, prétextant :
— Tout se passe bien ?
— C’est à vous qu’il faut demander ça, Solange. Il me semble que je vous ai entendu pleurer tout à l’heure...
— Non, ce n’est rien, je suis un peu malade. Je vais vous laisser, j’ai des copies à corriger...
— Vous ne me dérangez pas Solange. Vous pouvez rester là... »
*
Jour après jour, je me suis échoué vers lui comme sur une terre ferme et sécurisante après avoir traversé un océan déchainé... Et nous nous sommes aimés dans la poussière, à même le sol dans l'odeur de peinture et du White Spirit. J’avais à nouveau une peau à toucher, une chair à embrasser. Ses travaux prenaient du retard et cela me réjouissait de penser que tant qu’il n’aurait pas fini, sa famille ne le rejoindrait pas. Je ne savais rien ni de cette femme ni de cet enfant qui devaient être si fiers de ce père qui leur bâtissait un petit nid douillet sur le continent. Pour rattraper son retard, dû à nos étreintes, il travaillait tard le soir. Il était là tout près, derrière le mur de ma chambre, et j’interprétais chacun de ces gestes comme une caresse qui m’était dédiée alors qu’ils ne marquaient plus que le compte à rebours de notre séparation....
*
Il avait fini par trouver un véritable emploi. Sa femme et son fils n’allaient maintenant plus tarder à venir s’installer. Il prit donc la sage décision de ne plus me voir. Le matin je n'arrivais même plus à me lever. Je restais immobile sur mon lit et j’avais l'impression de m'y enfoncer n’étant plus rien d’autre qu’un corps mort. J’aurais préféré que l'on dévore mon cœur à la fourchette. Ma fille venait me secouer dans mon lit le matin pour me réveiller en me suppliant de me dépêcher de l'accompagner à l'école. Une fois seule chez moi, je m’allongeais sur le canapé sans rien faire d’autre que de penser à lui. Lorsque j'avais faim, il m'arrivait de liquider le contenu de mes placards : chocolat, pain de mie, mayonnaise, fromage, soda, chips, bonbons, cornichons et autres merdouilles grasses et sucrées... Tout y passer dans n'importe quel ordre jusqu’aux vomissements : une fois que mon estomac était plein, je buvais du lait froid jusqu’à avoir la sensation qu’il se retourne et fasse remonter dans ma gorge un liquide acide, irritant. Je ne prenais donc pas de poids. Je restais affaler sur mon canapé en guettant l'heure pour ne pas oublier d'aller chercher la petite à l’école. Ma vie n'était plus que rythmée par les besoins essentiels de ma fille. A 16 h je tentais de m'habiller correctement, de lui préparer un gouter. Parfois, il ne restait plus rien dans les placards après mes crises alors il m’arrivait de lui piquer des pièces dans sa tirelire pour aller lui acheter un pain au chocolat. Ma fille me racontait sa journée, je ne l'écoutais pas. Je lui disais que j'étais fatiguée et qu'il fallait que je me repose. Gentiment, elle se mettait à ses devoirs avant de se gaver de télévision jusqu'à me demander ce que j'avais prévu pour le diner. Je faisais l’effort de lui préparer le repas mais ne me mettais que rarement à table avec elle, étant donné mes excès de la journée. Je devenais de plus en plus agressive. Pendant qu’elle mangeait elle me parlait de ses copines, de l’école ou me disait que Maryvonne lui avait demandé de mes nouvelles. Régulièrement, je lui hurlais de se taire :
— J’ai mal à la tête ! Va dans ta chambre !
Un soir pendant qu’elle dormait, je suis allée frapper à la porte de la maison mitoyenne qui sentait, même depuis l’extérieur, la peinture fraiche. L'attirance que nous avions l'un pour l'autre prit le dessus et nous avons recommencé à nous aimer dans la poussière, à même le sol dans le petit bureau qu’il venait de repeindre en rose...
*
En allant chercher le courrier, je les ai croisés à leur retour de la maternité. Sa femme tenait dans ses bras un adorable bébé emmitouflé dans une couverture. Une petite fille.
Emue, les larmes aux yeux, j'ai bredouillé bêtement que cela me rappelait la naissance de la mienne :
— Comment elle s’appelle ?
— Ghjulia, comme ma mère. » Me répondit-il, en tentant de cacher son embarras.
La porte aussitôt claquée, je me suis effondrée en pleurs dans l’entrée. J’ai entendu sa femme dire : «  Elle n’est pas un peu folle celle-là ? » Dans sa bouche, à elle, l’accent corse semblait cruel et tranchant.
— «  Aio ! Cittu, vè ! Elle entend tout, là ! Ils ne sont pas épais les murs ! » lui-dit-il comme pour me défendre.
Nous n’avions plus que des relations de locataire et propriétaire. Il venait me donner chaque mois en main propre une enveloppe contenant le chèque du loyer. Il jouait bien son rôle, me vouvoyant, toujours accompagné de son fils, Pascal, qui lui servait de bouclier à émotions. Un accessoire indispensable pour qu’il se persuade lui-même qu’il ne s’était jamais rien passé entre nous, pour mieux faire croire à sa femme que je n’avais jamais été rien d’autre que la voisine anorexique complètement folle, pour que j’évite de lui parler de nous, pour que je ne pleure pas. Il avait beau se protéger derrière son fils, ses yeux bleus, eux, ne mentaient pas.
Ce manège hypocrite n’a duré que quelques mois. Un matin en me remettant le loyer, il m’a fait part de leur souhait de retourner en Corse. Je l’ai pourtant revu, une dernière fois, plusieurs semaines après leur déménagement, un samedi après-midi, à la supérette du quartier.
*
«  Quelle est la date de vos dernières règles, Solange ? me demanda le Dr Marchal.
— Je ne sais plus trop...Ça va, ça vient, je suis très irrégulière...
— Et j'imagine que vous ne prenez pas de contraception...
— Non, enfin.... Je suis seule ! Et de toute façon avec mes crises, je vomirais ma pilule, non ?
— Etes-vous sûre d'avoir été seule ces derniers mois, Solange ?
— Oui....
« Ça ne vous regarde pas... » pensais-je.
— Je vais tout de même vous prescrire une prise de sang, voire une échographie.
— Je suis malade ? Vous avez détecté quelque chose ?
— Oui, enfin il me semble plutôt avoir détecté « quelqu'un » si vous voyez ce que je veux dire !
— Non ! Ça, ne vous regarde pas ! Non, je n’ai pas de moyen de contraception ! Et puis, oui j'ai rencontré « quelqu'un » mais ça n’a pas marché entre nous ! Mais enfin où est le problème ?
Je me suis mise à imaginer qu’il avait confié notre relation au Dr Marchal et à me demander quelle saloperie de maladie sexuellement transmissible, il avait pu me refiler ! Puis j’ai commencé à comprendre ou plutôt à ne pas vouloir comprendre où le médecin voulait en venir.
— Je pense que vous êtes enceinte Solange !
— Mais c'est impossible ! Je n'ai pas eu de rapports sexuels depuis des mois !
— Vous confirmer donc mon diagnostic ! Je pense que vous êtes enceinte depuis plusieurs mois...
*
Face à son regard interrogateur à la maternité, j’ai tenté de lui expliquer que quand les bébés décidaient de venir au monde, ils venaient au monde. Elle s’est contentée, par maturité, de faire semblant de croire à mon explication idiote, s’est laissée agripper par une petite main, l'a longuement observée, a bien recompté tous ses doigts et m’a souri tendrement.
Plus que jamais je me sentais déchirée par des sentiments contradictoires, mêlant joie, peine. Le cœur dévoré à la fourchette par la culpabilité.
— Maman, ma petite sœur, comment elle s’appelle ?
— Julia.
« Presque comme sa grand- mère » pensais-je en tentant de cacher mon embarras...
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Subtropiko · il y a
Dépressive, anorexique, boulimique, amoureuse... et très attachante, la narratrice ! Une histoire pleine de détails parlants (le "menu" des fringales, les besoins de la petite fille qui, seuls, rythment le quotidien) et de trouvailles : les matins pleins de miettes, le coeur dévoré à la fourchette. On espère une fin heureuse, dans le "hors-champ" du texte !
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Céline Lledo · il y a
Merci de me lire et de me donner vos impressions. C'est un personnage qui m'habite depuis longtemps ! Mon texte "Les courses du samedi" est la suite, point de vue de la fille aînée...
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Subtropiko · il y a
Je l'avais lu et j'avais voté, il y a cinq jours... merci d'avoir fait le lien ! Les personnages n'en sont que plus captivants.
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Céline Lledo · il y a
Merci !

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