Il était une femme... - Chapitre 3 (partie 3/3)

il y a
11 min
19
lectures
2

Volutes féminines : Portraits de femmes autour de l’opposition entre la beauté et le poison. Ces textes s’articulent autour d’un geste et des multiples définitions qu’il est possible d’en  [+]

【Lundi 31 octobre 2011】

Train de sept heures trente. Je suis à l’intérieur, dans un autre wagon que l’avant veille. Le signal sonore retentit, achevant tout espoir de faire le trajet avec elle. De cette attente que je ne cesse d’entretenir, ne reste plus qu’une réelle désillusion qui me frappe en plein visage. Et ce matin, les larmes ne peuvent plus se contenir ; je pleure comme un gamin capricieux qui n’a pas eu ce qu’il souhaite. Je n’ai pas honte de pleurer, mais je me sens juste ridicule de m’accrocher autant à ce désir de la revoir, à vivre d’incertitudes et de dépendre de ce que chaque lendemain voudra bien m’offrir. Mes peurs roulent sur mes joues et je m’efforce de retenir sans grande fierté mon malaise qui se disperse sur un tissu de papier. En réalité, il n’a jamais été aussi difficile de me sentir à ma place dans ce monde qui m’entoure. Que mon seul souhait finalement, c’est de croire que mon instinct ne m’a pas induit en erreur, que cette belle inconnue n’est pas seulement le reflet de tout le bien qu’elle m’inspire et qu’elle est ce rêve qu’il me serait possible de toucher du bout des doigts. Elle symbolise tellement de choses dans mon esprit qu’en parler à nouveau pourrait s’apparenter à de l’auto persuasion, pourtant une part de moi ne veut rien lâcher. Croire qu’il puisse rester une place dans sa vie pour y trouver ma place ; mais ce n’est que pure folie de penser qu’une telle femme n’a pas été volée par un autre homme. Mes sanglots se figent aux seuls souvenirs des dernières images que j’ai d’elle ; pourquoi n’avait-elle pas l’air heureuse ?

Mon attention se porte à présent sur ces gens qui ont la tête baissée et les yeux rivés sur leur smartphone dernier cri. Sur les six personnes qui m’entourent, cinq pianotent sur leur écran tactile, enchaînant de brefs messages, se nourrissant de la vie des autres via les réseaux sociaux ou s’acharnant à réussir le niveau d’un jeu dont l’intérêt est plus que limité. Il y en a même un qui se prend en photo pour envoyer aussitôt son portrait grimaçant à l’un de ses contacts. Toutes ces personnes sont là physiquement mais toutes se sont isolées devant leur jouet addictif, connectées au monde virtuel au détriment d’un réel réduit à n’être qu’au second plan. La dépendance à cet appareil est telle que le rapport avec l’environnement n’en devient que plus austère, inexistant. Ces gens sont probablement convaincus de n’avoir jamais été aussi proches de leur entourage, se suffisant du nombre grandissant de contacts plutôt que d’entretenir de vrais liens avec eux. Ils se plaisent à leur écrire des messages de plus en plus courts, à surveiller leurs faits et gestes puis finalement, tout en devient abstrait. Un automatisme qui perd son sens et sa valeur pour ne répondre qu’au besoin égoïste d’être à son tour sollicité. J’ai une vision assez amère de toute cette technologie, mais il serait hypocrite de m’exclure de cette orgie digitale quand elle me sert aussi. Tout est une question d’équilibre, je crois qu’il serait idiot de généraliser quand on peut utiliser à bon escient cet outil pour se rapprocher de celles et ceux qu’on ne peut pas voir sans pour autant se détacher de ce qui nous entoure. Bien que ma réflexion soit un peu cinglante envers les smartphones, j’en ai un et je vais même jusqu’à prendre quelques secondes pour écrire à Claire, avec qui j’aime échanger quelques instants de vies, lui dire que je pense simplement à elle. Et force est d’admettre que recevoir ses messages me donne la sensation d’être un peu plus près d’elle. Comme si finalement, elle s’était assise à mes côtés durant un court instant.

Les sourires se muent en soupirs,
Les visages se forcent à ne rien dire,
On se croise du regard en veillant à s’ignorer,
On retire aux autres le privilège d’exister.

Assise sur le sol, une pancarte résume son combat : «SVP aidez-nous pour manger. Merci.» Le message est pourtant simple, mais cet appel à l’aide passe au travers de la foule. Une foule qui ne daigne pas même accorder un semblant d’attention à cette femme et à son chat, assis sur ses genoux. Leur détresse laisse dans l’indifférence ces gosses de riches qui courent après le temps, encore lui, et de ces maudites secondes qui forcent un peu l’allure de leurs pas. Ils sont des milliers à passer dans ce hall de gare, l’un des plus vastes et plus peuplés de France. Pour autant, la petite boite tupperware n’est remplie que de vulgaires centimes, triste reflet de la générosité accordé aux pauvres. Ou peut-être devrais-je rajouter aux véritables pauvres et non pas ces charlatans qui cherchent à atteindre la vulnérabilité des plus crédules. Nul doute que cette femme n’est pas une comédienne et qu’elle est bien placée pour se faire une idée de la nature de l’homme contemporain, imbu de lui-même et égoïste, ou trop intimidé par cette situation pour oser s’approcher et offrir cette pièce qui ne demande qu’à rendre service. Certaines personnes qui passent ici ont probablement un salaire à la hauteur des tours du quartier, mais ils n’ont que des gros billets qu’ils sont fiers de posséder. Cette femme n’a que le sac rouge posé à côté d’elle qui contient sûrement tout ce qu’il lui reste, une vie se résumant à survivre et probablement à rêver. Je fais partie de ceux qui n’osent pas s’approcher pour faire le geste salvateur, celui qui redonne un peu d’espoir, celui qui aide à subsister. Sensible à sa détresse, je ravale cette stupide appréhension et me décide à agir en déposant mes deux plus grosses pièces dans sa boite. Le tintement de celles-ci sort la jeune femme de sa torpeur, et elle m’adresse aussitôt un sourire du coin des lèvres en guise de gratitude et de reconnaissance. De là sont nées des étoiles dans ses yeux qui se sont posés sur moi et qui eux, n’avaient pas de prix.

Une fois sur mon lieu de travail, mon responsable me fait signe d’aller le voir dans son bureau. Il commence à débriefer sur la journée à venir et m’annonce que l’entretien de Caroline aura lieu cette après-midi vers quinze heures, peu après la fin de mon service. Il me donne ses consignes pour la matinée puis enchaîne en me félicitant pour ce premier mois dans l’entreprise. Je le remercie brièvement, mais trahi par une humeur que je ne sais visiblement pas dissimuler, il me demande ce qui ne va pas. Je détourne la conversation aussitôt, estimant que ça ne le regarde pas et n’ayant aucune envie de partager mes états d’âme avec lui. Pendant quatre semaines, il m’a été permis de cerner le type d’homme qu’il est ; il a beau être avenant et sympathique, il n’est clairement pas quelqu’un en qui je confierai le moindre ressenti. Je l’ai déjà entendu échanger avec mes collègues sur leurs soucis et il revient sans cesse sur les siens, estimant qu’il faut relativiser ses problèmes car tout le monde en a. C’est un raisonnement que je ne supporte pas, un raccourci beaucoup trop simpliste et réducteur. Cette piètre empathie maladroite et blessante, qui vise à négliger les humeurs des autres, me met hors de moi. De plus, il se permet de poser des questions qui relèvent de l’intimité, se mêlant de la vie des autres - ce qu’il semble très apprécié. Il a aussi un côté moralisateur évident et je le soupçonne aussi d’être un brin manipulateur. D’où le fait d’esquiver toute conversation sortant du domaine professionnelle pour celui qui porte décidément mal son nom - Mr Lecoeur, tout de même, c’est un sacré paradoxe. À côté de ça, j’ai conscience qu’il est un bon chef de groupe et qu’il a d’indéniables qualités mais je préfère néanmoins rester sur ma réserve et garder mes distances avec lui. Surtout aujourd’hui. Après les habituels préparatifs matinaux, je prépare mon caisson pour passer au comptoir. Alors que le restaurant est encore vide de monde, une petite fille s’approche de moi et profite que l’adulte qui l’accompagne est occupée à discuter avec une autre personne.
- Qu’est ce que tu fais ? me demande-t-elle en serrant fort sa peluche dans ses bras.
- Bonjour toi ! Eh bien je travaille, je range les pâtisseries pour que les gens puissent les manger.
- Ah... T’es tout seul ici ?
- Non non, j’ai des collègues de travail mais ils sont occupés en cuisine.
- Moi j’ai faim, je suis venue manger avec ma tata ! me dit-elle en suçant son pouce.
- C’est chouette ça.
- Et j’ai deux ans et demi, précise-t-elle en comptant sur ses petits doigts malicieux. Et toi ?
- Moi j’ai dix fois plus que toi, m’amusé-je à lui répondre. Vingt-sept ans si tu préfères.
- C’est beaucoup ?
- Oui un peu. Enfin, pas trop non plus.
Elle semble sceptique devant ma réponse, puis elle lève spontanément sa peluche devant moi.
- Lui c’est mon doudou, je l’ai appelée Dudule. Il a une oreille abîmée.
- Oh c’est pas grave ça, je suis sûr que tu prends soin de lui. Et puis ton lapin est tout mignon ! rajouté-je.
L’échange avec cette petite fille curieuse comme tout et adorable se poursuit pendant quelques instants, jusqu’à ce que sa tante vienne la rejoindre. Cette touchante et inattendue rencontre m’a permis de retrouver le sourire et d’aborder plus sereinement le restant de la journée.

Peu après avoir ôté ma tenue de travail, je m’installe pour prendre mon repas en salle. Il est bientôt quinze heures et c’est alors que celle que je n’avais aperçue qu’à travers son curriculum vitae et sa photo se présente devant le restaurant. Elle a ce petit peu d’avance qui démontre sa ponctualité, les fameuses deux minutes qu’une personne sérieuse aime offrir pour laisser une première impression positive. Manque de chance, mon responsable est au bout du fil, enfermé dans son étroit bureau. Je délaisse mon siège et mon plateau pour aller l’accueillir.
- Caroline, c’est ça ?
- Euh oui.
- Enchanté, moi c’est Mickaël, je travaille ici. Je crois savoir que vous venez pour l’entretien, c’est ça ?
J’avoue avoir hésité à lui serrer la main à ce moment-là, mais ça aurait été ridicule. Tout comme le vouvoiement l’est un peu aussi, mais bon, je n’ai pas osé cette familiarité.
- En effet. C’est avec vous ?
- Oh non non, moi je ne suis qu’un simple employé. Mon responsable est occupé au téléphone, il devrait avoir bientôt fini. C’est qu’il est un peu bavard, lui dis-je en lâchant un rire un peu bête et nerveux.
- D’accord. Je dois l’attendre ici alors ?
- Je pense que c’est le mieux à faire, attendez un instant je vais le prévenir que vous êtes là.
- Merci, c’est gentil.
Après lui avoir signalé la présence de Caroline, je retourne vers elle pour l’avertir qu’il viendra la retrouver dans un court instant. J’en profite pour lui poser deux ou trois questions, curiosité oblige, et lui présente dans les grandes lignes ce que propose le restaurant. Je ralentis un peu mon débit de paroles, conscient qu’elle doit être suffisamment stressée comme ça. Pourtant, elle véhicule une certaine sérénité, insufflant un sentiment positif sur lequel je n’arrive pas à poser mes mots. Elle m’apprend que c’est son tout premier entretien, bien qu’elle travaille actuellement dans un bar à smoothies situé tout près d’ici et où elle me dit avoir été prise par un coup de chance.
- Il me reste une semaine à faire là-bas, j’espère que tout se passera bien.
- Je vous souhaite en tout cas bon courage. Y’a pas de raison que ça se passe mal.
Je me permets de lui glisser en vitesse quelques conseils avant de la laisser rejoindre mon responsable. Cette fille me laisse une forte impression, ne serait-ce qu’à travers son sourire qui m’a semblé sincère.
- Encore merci. Et bonne après-midi à vous ! conclut-elle dans un ultime échange du regard.

【Mardi 1er novembre 2011】

Il est seize heures et il n’y a que le son de la télévision pour troubler le calme dans l’appartement. Mon père est dans le salon et j’ai ce malheureux réflexe de fermer la porte de ma chambre. Vieille habitude qui me rappelle de bien mauvais souvenirs et ce besoin grandissant d’avoir mon propre chez moi. J’ai débuté des démarches pour emménager de mon côté, peu glorieuses jusque-là, et je ne cesse de culpabiliser à l’idée de le laisser seul, de l’abandonner ici. Il ne cesse de me répéter en plaisantant qu’il ne me laissera pas partir, bien qu’il se doute que l’échéance approche. Et sans m’en rendre compte, de ce temps qu’il nous reste à passer ensemble, je n’en profite pas vraiment. Je suis dans ma bulle, cloitré derrière cette barrière que je nous impose en m’enfermant dans mon petit monde. Des regrets que j’exprime aujourd’hui, car cette nuit, à presque quatre heures du matin, ce cauchemar m’a rappelé avec brutalité que mon père est la seule famille qu’il me reste. Je m’en vais alors le retrouver dans le salon et m’assieds à côté de lui. Il est avachi sur le sol, appuyé contre le canapé et il regarde l’actualité sportive. Je m’oblige un peu à m’y intéresser, ne serait-ce que pour engager la conversation. Mon père est quelqu’un de bien, loin d’être parfait, mais il est tout ce qu’il me reste. Je lui dois beaucoup et je le respecte, bien qu’a une époque, il m’est arrivé de le craindre et de le haïr. Il n’a pas toujours été un père exemplaire, il n’a pas toujours été présent et parfois irresponsable. Il m’est difficile de parler de lui sans faire référence au passé, parce que nous sommes encore entourés de ces murs salis par les mauvais souvenirs. On s’échange le plus souvent des banalités et l’on se complait dans cette routine. Mais entre un père et son fils, il faut croire que ce n’est pas facile de laisser parler son coeur. C’est pourtant ce que je m’efforce de faire, bien que je ne lui fasse pas lire ces lignes. Je crois avoir eu cette facilité à juger plus promptement ses défauts sans admettre ses qualités, une erreur que je tiens à réparer en ayant à coeur d’écrire ici l’amour que je lui porte. Je n’ai pas eu la présence d’esprit de lui être reconnaissant pour ce qu’il a pu faire pour moi, mais aussi et surtout pour ce qu’il m’apporte aujourd’hui. J’apprends à vivre ma relation avec lui en faisant table rase du passé, comme si nous ne nous connaissions pas ; ce qui n’est pas loin d’être vrai, au fond. Cependant, il m’est important de lui faire honneur d’être là, sur ces pages, en tant que héros plus qu’en tant qu’homme. Parce qu’il s’avère que c’est ce qu’il est, avec des qualités rares comme le courage et le mérite, la compassion et la générosité. J’ai un profond respect pour lui, pour la force qu’il a su puiser au fond de son être pour rester debout et veiller sur moi. On n’ose pas souvent se parler, s’adressant parfois des lettres manuscrites quand il s’agit de sujets « graves ». On s’efforce de se dire ce « je t’aime » qu’on n’a pas eu l’habitude de prononcer, mais qu’il fait bon de s’écrire ou d’entendre. J’ai certainement mille choses à dire sur mon père, et je m’en voudrais de ne pas lui accorder quelques lignes pour le faire. Sans lui, ma vie n’aurait plus le même sens. J’en prends d’autant plus conscience avec ce mauvais rêve qui m’a tenu éveillé au beau milieu de la nuit, qui mettait en scène mon père perdant l’usage de la vue. Ça m’a profondément secoué. Je ressens encore ce sentiment de panique, qui me rappelle qu’une de mes peurs les plus profondes, c’est de le perdre. Mais en ouvrant les yeux ce matin, la réalité avait quelque chose d’incroyablement rassurant. Parce qu’il était là, dans la pièce d’à côté.

【Flashback - Juin 1990】

Il ne me reste que des bribes de souvenirs et pourtant, c’était le jour de mon sixième anniversaire. Je me souviens de l’insouciance inhérente à mon jeune âge quand la nouvelle est tombée : mon père est hospitalisé suite à un accident de travail. Dès lors, je ne mesure pas la gravité de ce qu’il se passe. Pourquoi n’ai-je pas le droit cette année à un cadeau qui ne ressemble pas à une mauvaise nouvelle ? L’inquiétude s’installe peu à peu quand les langues finissent par se délier un petit peu. Une chute de trois mètres, les pompiers, l’hôpital... Et le mot « coma » est prononcé. Je crois ne pas avoir compris ce que le mot signifiait, mais à voir les regards environnants, ce n’était pas bon signe. Et puis le temps passe, sans que mon père ne soit là. Je me rappelle que le temps était long. Tout était finalement orchestré de manière à ce que je ne m’aperçoive de rien. Mais un papa qui n’est pas chez lui auprès de sa femme et de son fils, on ne peut pas le cacher indéfiniment. Des semaines entières se sont écoulées. De cette période floue, je ne me souviens que de son absence. Je ne me souviens pas des visites à l’hôpital, je ne suis même pas sûr qu’on m’y ait emmené. Je crois qu’on a tout fait pour me protéger de ce qu’il se passait. Et puis, il est sorti de son coma. Trois semaines interminables et une rééducation intensive. La perte partielle de la parole, des séquelles au coeur de toutes les préoccupations. Mon père venait très certainement de frôler la mort, de cohabiter avec elle durant trois semaines. Je regrette de ne pas avoir su être aussi clairvoyant que maintenant. Au-delà de la peur ressentie, je crois que j’aurai vu mon père autrement. Comme aujourd’hui, à savoir un héros qui aurait vaincu la mort.

【Mercredi 2 novembre 2011】

Quatre jours seulement me séparent de la dernière fois où je l’ai vue, mais en me relisant, c’est comme si les jours étaient élevés à la puissance dix, multipliant la sensation d’éloignement, ce manque intarissable. Le jour férié de la veille n’a été qu’un obstacle de plus pour favoriser nos retrouvailles et je n’ai su apprécier ce repos que pour apprécier la présence de mon père, écrire à son propos comme j’aurai dû le faire depuis longtemps. Ce matin, c’est forcément avec un espoir amoindri que je vais à la gare, sans fabuler, sans me projeter dans une quelconque situation. On dit parfois que l’on trouve sans chercher ; une expression qui se vérifie lorsqu’en haut de l’escalier qui mène à la voie six, une silhouette captive mon attention. Le reste du monde s’évanouit aussitôt dans le décor, ne laissant plus que cette ravissante femme devant moi. Mon coeur s’affole et le sol sous mes pieds se met à vaciller. Je me rapproche d’elle comme si de rien, tandis qu’elle tourne l’une des dernières pages de son livre. Un frisson me traverse, un froid soudain me picote les narines. Mon éternuement interromps malencontreusement sa lecture. Elle se tourne vers moi, un léger sourire aux lèvres, et referme aussitôt l’objet qu’elle tient entre ses mains. Le train arrive à quai. Les portes s’ouvrent et la flopée de voyageurs me pousse dans la rame qui nous fait face. Il aurait paru trop équivoque de rester planter là et d’attendre qu’elle entre la première. Je m’installe dans le compartiment du bas, près des fenêtres, là où seuls deux sièges sont en vis-à-vis. Je jette un coup d’oeil à travers la vitre pour la chercher du regard ; à peine ai-je eu le temps de constater son absence qu’une femme s’installe en face de moi. C’est elle.
2
2

Un petit mot pour l'auteur ? 6 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Patricia Burny-Deleau
Patricia Burny-Deleau · il y a
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce texte et l'image des relations avec le père m'a beaucoup touchée.
Image de Jo Hanna
Jo Hanna · il y a
Ravi d'avoir pu lire la suite qui m'a beaucoup plu d'ailleurs. J'ai apprécié le contraste entre la tristesse, presque le désespoir du début et l'espoir de la fin avec ce simple "C'est elle".
Mais ce qui a le plus retenu mon attention c'est ce passage sur le père. C'est joliment écrit, même quelqu'un d'imparfait ne doit pas être seul. C'est un passage qui m'a vraiment émue sans que je sache vraiment pourquoi, et puis forcément on s'y attache davantage avec ce flash back sur cet accident.
Encore une réussite que ce texte ! Bravo :)

Image de Mick
Mick · il y a
Hop, après avoir répondu à tout tes commentaires sur les volutes, place au roman ^^
Ravi que cette dernière partie de ce chapitre 3 t'ai plu. C'est un passage clé puisque la fin de ce chapitre ouvre une nouvelle voie, il y a des retrouvailles qui se profilent :D Le passage sur mon père est très très authentique, 100% autobiographique. Je ne lui ai pas encore fait lire mais j'espère le faire bientôt pour qu'il puisse voir combien je tiens à lui.
Merci pour tout Johanna, la suite dans quelques jours ;)

Image de Jo Hanna
Jo Hanna · il y a
Depuis le temps qu'on les attend celles-là !
C'est très beau d'écrire comme ça sur son père :)

Image de Mick
Mick · il y a
Haha, oui je fais languir le lecteur mais c'est vraiment mon souhait, je ne voulais pas que ça puisse paraitre trop facile. Et tu verras par la suite que ça ne sera pas facile encore.
Merci, j'ai à coeur de témoigner mon affection aux personnes qui comptent le plus dans ma vie, et d'autres personnes vont encore passer à la casserole ^^ C'est important pour moi d'exprimer ces choses là par l'intermédiaire de cette histoire.

Image de Jo Hanna
Jo Hanna · il y a
Et c'est super à lire parce que justement c'est authentique !
J'exprime aussi mon affection au travers de textes (que je ne publie pas ici), c'est plus facile d'être totalement honnête et de dire ce que l'on veut dire et puis surtout, ça fait toujours plaisir !

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

Éclairages

Alice Didier

Dans le bleu tendre de la chambre, elle est couchée près de moi. Essences de tilleul et de fleur d’oranger tentent de la sevrer des somnifères – vieille habitude de trois longues années –... [+]