I feel love

il y a
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Finaliste
Jury

Inconditionnelle de Houellebecq et de Djian, DS aime la littérature contemporaine et tente dans ses textes d'exprimer la complexité du quotidien. Elle a commencé à écrire "sur le tard", des  [+]

La dernière fois que ça s’est produit, j’étais dans un hypermarché. C’était un jeudi soir, mon frigo était en rupture de stock et je flânais dans les allées à la recherche d’une chimère alimentaire, un plat surgelé qui soit équilibré et savoureux. Je tendais la main vers des lasagnes saumon-épinard quand je l’ai entendue. Une décharge d’adrénaline m’a traversée. Sous le choc, j’ai reculé d’un pas, mais il n’y avait aucun endroit où s’enfuir et je déteste quand cela m’arrive en public. Une vague immense de désir m’a inondée et le rose m’est monté aux joues. Cette musique a un pouvoir insensé sur moi : il suffit que j’en entende les premières notes, où que je sois, et je pense à toi, tes yeux, ta peau, qui me manquent. C’est plus fort que tout, ces petites notes qui s’adressent directement à mes sens en court-circuitant mon cerveau, me plongent en un instant dans tes bras. Je n’ai qu’à fermer les yeux, et je sens ta langue remonter le long de mon cou, tes mains qui cherchent mes seins sous l’étoffe, la chaleur de ta paume qui les enveloppe, les presse, doucement, fermement. Donna Summer susurre « It’s so good » et tu me précipites contre le mur, relèves ma jupe. Plaqué contre moi, je sens l’urgence de ton désir, tes cils frôlent mon oreille, tu murmures « Tu me rends fou ». J’ondule contre toi, ta peau m’électrise. Tes lèvres chaudes m’embrassent profondément, chacun de tes gestes est une promesse, je sombre dans l’ivresse. Tes doigts caressent mon sexe à travers le tissu de ma culotte humide, puis bientôt l’écartent, s’attardent, glissent. Tu m’affoles, j’ai envie de toi d’une façon vertigineuse, irrépressible. Continue, tu es si...
J’ai repris ma respiration d'un coup et ouvert les yeux dans le silence. Donna s’était tue. Mon panier à roulettes à la main, j’ai recouvert doucement mes esprits en face des poissons panés. Les enceintes ont grésillé quelques secondes, puis dans un larsen ont laissé le manager de l’hypermarché demander Clémence à la caisse numéro 14.

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Sylvie Loy · il y a
Donna Summer, un souvenir sensuel, et le lecteur oublie le cadre de l'histoire ! C'est bien mené et bien écrit ! Je dépose le vote à la caisse ?
(Je suis également sur Short !)

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Nicolas Juliam · il y a
Voté pour ce texte bien construit avec une chute qui nous ramène à la "triste" réalité après un moment d'égarement de la pensée... Et voté pour le titre aussi. (et vous invite à me lire sur le site si ça vous dit) +
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Julie Derussy · il y a
Joli récit !

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