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Homicide dans un garage

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Rémi Renaud

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Le moteur de la Golf a fini de ronronner. Tu aurais bien pris ta ustang, mais il la connaît et t'aurait flairé à cent mètres. Alors qu'une Golf... Qui irait se méfier d'une Golf garée dans un quartier résidentiel ? Pas lui en tout cas. Trop con pour ça ; pas assez observateur en tout cas. Tu attends, bien sagement dissimulé derrière le par-soleil. Dans l'ombre, tu observes, tu prends ton mal en patience et tu te prépares. Quand il arrivera, il n'aura même pas le temps de comprendre ce qui lui arrive. Toi, tu sauras être prêt. Tu fumes cigarette sur cigarette, l'anxiété te fait fumer. N'est-ce pas le cas chez tous les accros de la clope ? Tu respires un grand coup, tout va bien se passer. De cette transaction, vous repartirez tous les deux enrichis. Toi, d'un honnête pactole ; lui, du repos éternel.

Tu auras attendu cinquante-deux minutes et sept cigarettes avant qu'il ai la gentillesse de se pointer. Il arrive dans sa vieille Peugeot, fait un demi-tour, une marche arrière et s'arrête devant son garage. Il sort de la voiture, il a l'air stressé, au moins, vous êtes deux. Il ouvre le coffre pour y prendre un grand sac. Pas de doute dans ton esprit, c'est l'argent ! Plus le choix, il faut sortir, tenter sa chance. Tu y vas, tu le flingues, tu prends le cash et tu te casses ; te voilà vengé, satisfait, plein aux as. Le mieux est d'attendre qu'il soit dans son garage. Comme ça, ce sera ni vu, ni connu. Quand ils le retrouveront, tu seras déjà loin. Il rentre dans son garage. La porte de celui-ci se referme bien moins vite que la vitesse à laquelle s'ouvre la boite à gants d'où tu sorts ton revolver. Bientôt, ce dernier se fera entendre.

À l'origine, cela devait être un coup facile, aussi simple qu’élégant. Il y avait une fille, une jolie blonde, 95D. Elle était la copine d'un caïd. Un gros caïd, du genre de ceux qui se fait en une journée ce que le gentil travailleur met vingt ans à laborieusement accumuler, et ce, à condition de ne pas avoir à manger. C'était ton idée, c'est toi qui avais tout planifié. À dix heures, vous vous rendiez chez la fille. À dix heures cinq, vous éliminiez le garde du corps. À dix heures dix, vous forciez la fille à vous dire où étaient les économies de son amant. À dix heures vingt-trois, vous repartiez de chez elle, riches ; eux, morts. Pas mal pour une demi-heure de boulot. La suite du plan était simple, vous vous répartissiez l'argent en deux parts égales et disparaissiez chacun de votre côté. Lui allait pourvoir mettre sa famille à labri du besoin. Toi, tu allais finir ta vie pénard quelque part dans un endroit chaud et ensoleillé. Tout aurait dû bien se passer, mais l’appât du gain a tout fait foirer.

Cet enfoiré te l'a fait à l'envers et t'a littéralement poignardé dés que tu as eu le dos tourné. Tu n'as jamais eu aussi peur de crever de toute ta chienne de vie. Le sang coulait abondamment et tu tournais dangereusement de l’œil. Tu étais bien incapable de faire quoi que se soit. Et qu'est-ce qu'il a fait cet enculé ? Rien, il n'a rien fait. Plutôt que d'avoir les couilles de t'achever, il a fait son socialiste et s'est barré en courant. Toi, t'as pissé le sang pendant tout le trajet que tu as fait en rampant jusqu'à ta salle de bain. C'est là que tu t'es estimé heureux d'avoir fait deux ans de médecine ; même si ce n'était que la première année que tu as redoublée ; cela a suffit pour te sortir de ce mauvais pas. Tu aurais put attendre d'aller mieux pour te venger et réclamer ce qui t'es dû, mais cet impuissant de compétitions aurait été capable de disparaître dans la nature. Là, il ne peut plus t'échapper et tu ne peux plus reculer.

Lentement, tu remontes la porte du garage ; discrètement, tu pénètres dans celui-ci ; laborieusement, il essaye de dissimuler le sac sous le plancher. Il ne t'a pas encore entendu. Tu brandis ton revolver, tu savoures l'instant, tu appréhendes la suite. Soudains, il s'arrête ; il sait. Tu tentes tant bien que mal de ne pas montrer ta peur et tu déverses ta haine vengeresse à ses deux oreilles attentives :
─ T'aurais dû me tuer. Tu le sais n'est-ce pas ?
D'une voix tremblotante encore audible mais plus pour très longtemps, il répond :
─ Je te croyais hors d'état. Je me suis trompé, désolé.
Tu ne sais que penser de sa réaction. Il semble désemparé par la situation, mais pas terrifié par la mort pour autant.
─ Retourne-toi ! Que je vois ton visage avant de te tuer !
Il s’exécute, se lève et te regarde. Ses yeux rouges de larmes te font un effet peu agréable. Une soudaine envie de vomir te prend à la gorge. Tu la réprimandes courageusement ; aujourd'hui, tu as décidé d'être un homme. Vous tremblez tous les deux, toi autant que lui. Tu fermes les yeux un court instant, histoire de ne pas perdre pied. Lui, reste immobile, la peur l'ayant cloué sur place.

Le temps a suspendu son envole. Tu peux encore partir, faire demi-tour et rentrer chez toi. Il n'est pas encore trop tard. Non, tu sais bien que non. Tu ne peux plus faire machine arrière, une force t'en empêche. Tu es pris à partie par l'une de ses puissances supérieures qui nous font agir d'une certaine façon et pas autrement. Tu ne sais plus quoi penser, tu as envie que tout cela se termine, et tout de suite.
─ Écoute, je...
La détonation est partie, d'un seul coup, le coupant en pleine phrase. Tu ne lui as laissé aucune chance de s'expliquer ; tu es impitoyable. Son visage est passé de l'incompréhension à la terreur puis à la lividité ; le tout en moins d'une seconde. Son corps s'est effondré sur le sol en un instant, c'est terminé pour lui. Peu de sang, peu de chaire dispersée, c'est propre, comme tout travail bien fait. Tu regardes le corps inerte de ton ennemi, pendant de longues minutes, incapable de réagir. Et puis, ton esprit de bon capitaliste revenant à toi, tu te diriges vers le sac.

À deux mètres de celui-ci, tu t'arrêtes net. Tu as entendu quelque chose bouger. Tu te sens observé. Serai-ce ton imagination ? Tu regardes à gauche, à droite, sous un établi, il est là, te regardant, incapable de cacher sa terreur. Tu t’accroupis pour mieux le voir, décidément tu aimerais bien être ailleurs. Sous l'établi se cachait un enfant, le fils de l'homme que tu viens de tuer. Il n'a pas huit ans. Il est suffisamment jeune pour être encore complètement innocent, mais il est trop vieux pour oublier ce qu'il vient de voir. Il est certain qu'il n'oubliera jamais le visage de l'homme qui a tué son père. « Pas de témoin » crie une voix dans ta tête. Tu dois éliminer ce gosse si tu souhaites vivre libre. Il le faut, tu n'as pas le choix. Seulement, le pourras-tu ?

Tuer le père était encore acceptable. Il t'avait trahi, avait eu le temps de réussir la vie qu'il avait raté. Il n'était pas un exemple. Sa mort, même s'il ne la méritait pas, n'était pas venu de nul-part. Mais là, ce gosse, il n'avait rien demandé à personne. Il était innocent, un dommage collatéral. Qu'est-ce qu'il foutait là aussi, merde ! C'est tellement injuste ce qui t'arrive ? Tu es dos au mur maintenant. Tu voulais être un homme ? Et bien vas-y, sois-en un ! Tu braques ton arme vers le gamin. Le pauvre est terrorisé, incapable de réagir, une cible facile, une victime difficile à accepter. Si tu le tues maintenant, tu détruis tout ce qu'il aurait put être, l'enfant prodige, l'adolescent révolté contre la société, le brillant élève brandissant son doctorat, le père de famille modèle passant le plus de temps possible avec ses enfants car il a souffert de grandir sans paternel. Si tu tires, tu réduis tout cela en poussière. Es-tu certain de vouloir prendre une telle décision ? Qu'est-ce qui te donne le droit de t'octroyer un tel pouvoir ?

Il regarde ton arme, avec insistance, sans crainte, comme s'il voulait que tu tires, que tu mettes fin à tout. Tu trembles, tu transpires, ton cœur est au bord de l’arythmie. Il est temps de se reprendre en mains, il est temps. Tu fermes les yeux, trop difficile d'affronter la vérité en face. Et tu tires, tu décharges une salve de projectiles. Le bruit assourdissant de l'arme a empli le garage. En cet instant de rage dévastatrice, tu aurais juré que rien de tout cela n'était réel. Tu rouvres les yeux, la réalité vient de refaire son apparition. Le gosse est mort, tu n'auras pas à l'achever. Trois balles l'ont atteint, les autres sont logées dans le mur, venant témoigner de ta sauvagerie. Tu fonds en larmes, car au fond, tu n'es pas un monstre. Tu ranges ton revolver, tu n'en auras plus besoin. Tu te précipites vers l'argent. Après le massacre que tu viens de commettre, le bruit a dû rameuter tout le voisinage. Une détonation ça passe, six, c'est moins certain. Il faut fuir, disparaître de ce garage où tu as déjà passé trop de temps.

Tu arrives jusqu'au sac. Tu essuies tes larmes, l'argent est à toi maintenant. Tu ouvres le sac, tu écarquilles les yeux. Tu commences à reprendre en considération ta précipitation. Dans le sac, il n'est nullement question d'argent. À l'intérieur de celui-ci, une pelle et une pioche, les deux outils qui l'on certainement aidé à ensevelir l'argent quelque part, ailleurs. Pourquoi a-t-il fait ça ? Pourquoi l'avoir enterré ? Pourquoi cacher le sac sous le plancher ? Il ne pourra plus te répondre, il est mort. Tu regardes autour de toi. Le père et le fils sont bien sagement étalés sur le sol. Toi, tu viens de récupérer deux outils de jardinage. Tu ris un bon coup. Tout va bien se passer.
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Utilisateur désactivé · il y a
L'originalité de l'emploi du "tu" (rare, en effet), est torpillée par l'accumulation d'une foule de petites scories agaçantes qui rendent la lecture pénible : il en est déjà question sur le forum, je n'y reviendrai pas.
Encore un petit détail : quand je lis "golf", mon cerveau embraye sur green et dix-huit trous, si je lis "Golf" il percute bagnole. C'est aussi à ça que ça sert, les majuscules. Bon, et puis pour le meurtre du gamin, quand on a vu "C'est arrivé près de chez vous"...
Je ne dis pas que j'aurais forcément donné ma voix à ce texte si j'avais fait partie du comité-Théodule, mais je trouve le refus surprenant, vu ce qu'on peut lire par ailleurs. Comme dit Elisabeth, faut pas chercher à comprendre. Mais en tout cas pour l'avenir, il faut absolument changer de correcteur ou de relecteur.

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Rémi Renaud · il y a
Merci pour le temps prit à lire et commenter mon texte. Je vais tacher de corriger les "petites scories" à l'avenir.
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Elisabeth Marchand · il y a
Une histoire horrible que TU racontes avec tellement d'humour... TU es fort... Bravo... Pour les choix de SE, ne cherche pas à comprendre...
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Rémi Renaud · il y a
Merci beaucoup. Je vais arrêter de chercher à comprendre, ce sera bénéfique pour moi.
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