Histrion

il y a
2 min
5
lectures
1

"Ce qu'il y a de bien avec les gens fêlés c'est qu'ils laissent passer la lumière." Maman me dit que je n'écris que des élégies. Je ne sais pas décrire les petites fleurs et les papillons  [+]

Mon amitié abdique parfois devant ses montagnes russes d'émotions.
Je ne la suis plus, et à perdre la sienne, elle perd ma raison.
Je ne suis plus apte à relever.
Je ne suis plus volontaire à endurer.
C'est une cyclothymie de sentiments.
C'est une tempête, un orage, un ouragan.
On dirait un metteur en scène psychotique : un jour non, un jour oui.
On dirait une amnésique: un jour l'enfer, un jour le paradis.
J'en viens à appréhender nos entrevues.
Quelle est sa météo interne ? J'en viens à craindre qu'elle se soit perdue.
Deux mondes extrêmes: le désert est chaud, infini, indomptable.
La banquise gelée, glissante, immuable.
On a aussi les cascades d'eau salée qui ruissellent en torrent, insurmontables.
Mais jamais de tempéré.
On croirait que l'équilibre lui fait peur. Qu'elle pourrait y perdre sa candeur et sa spontanéité.
Devoir sans cesse s'adapter.
Devoir se modérer pour tenter de ramener le tout vers un centre qui puisse être géré.

Il faut, à tout va, lui offrir de l'attention.
Si elle manque elle va aller la chercher... violemment. Action !
Agressivité. Chaleur. Colère. Larmes.
Pour tirer les gens à elle elle use de plusieurs armes.
Je ne sais plus qui elle est : les gens ne qualifient pas par leurs extrêmes.
Les pôles sont fatiguant, usant.
Les opposés sont déroutant.
Où es-tu Bichette ? Respire et recentre-toi.
Qui es-tu ? Inspire. Compte jusqu'à trois.
Tiens une note. Une vraie. Cesse de vibrer.
N'assourdit pas ton auditoire. Ne cherche pas non plus à faire taire l'assemblée.
Choisis une jolie note et tiens-la. Travaille-la.
Tu n'es pas une sonorité grave, mâle, masculinité.
Tu n'en es pas une suraiguë, incisive et perchée.
Tu te situes quelque part au milieu sur la partition.
C'est le LA que les gens suivent. Sur cette note qu'ils se mettent au diapason.
Sois sûre de qui tu es. Sois certaine de ce que tu veux.
Ne te cherche pas dans le regard des autres. Vois-toi d'abord. Pas à travers eux.
Appréhende ton image pas à pas.
Ce que tu es, ne le renie pas.
Laisse-la venir.
Laisse-la se construire.
La projection va évoluer.
Un zeste de passé où tout n'est pas à jeter.
Un brin de futur à envisager.
Ne pas tanguer d'un bout à l'autre opposé.
Inspire: des robes moulantes colorées avec des bottes de l'armée.
Des chaussures confortables pour apprendre d'abord à se stabiliser. Expire. Après seulement, bouger.

Je sais que je vais te faire pleurer. Mais j'ai beau attendre tu ne veux pas y aller.
Aller sur ce chemin de la découverte. Tu veux bien faire un morceau mais accompagnée.
Or, sur celui ci on ne tient pas à deux de front.
Il y en a toujours un derrière qui se lasse de devoir adapter son tempo, de ne pas voir au-delà, et qui trébuche sur le béton.
Et le premier va passer son temps à se retourner au risque de buter sur un obstacle.
Il va porter son regard dans le mauvais sens et rater la marche.
On va s'essouffler. On va fatiguer.
On va demander à s'arrêter.
Non, sur ce chemin on avance seul, un pied devant l'autre. Sentir les ondes.
Une fois qu'on a trouvé son souffle on peut relever les yeux, éveiller nos autres sens et enfin admirer le monde.

Hécate XIII. Le 23 juillet 2015.
1

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Mohamed Laïd Athmani
Mohamed Laïd Athmani · il y a
Ah que j'aime à être parmi le premier à tendre ma main!

Hé oui! Il en est des êtres qui n'en finissent pas d'être et des êtres qui sont déjà et qui ne cherchent pas à être tandis que d'autres êtres se cherchent encore.

Vous aimerez aussi !