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Il était 19h45.
Mina et moi étions installées dans sa chambre à coucher, les volets fermés.

Elle avait choisi son pyjama toute seule pendant que j'allumais sa veilleuse et sa lampe de chevet. Je me retrouvais face à ma fille habillée en Tigrou.
Elle avait les cheveux long blonds aux pointes légèrement bouclées. Elle feulait et sautillait partout pour lutter contre le début de sa fatigue.
À 4 ans et demi, elle savait parfaitement se rendre adoOorable et me mener par le bout du nez.

"Allé jeune fille, il est l'heure de te coucher." lui dis-je avec tendresse et détermination.

.:. C'était son moment préféré .:.
"Incroyable" vous allez me dire !

Entre nous, je lui avais laissé le soin de tout orchestrer pour ne plus que l'on se fâche une fois la nuit tombée.
Il lui fallait bien sûr passer par les étapes brossage des dents, bisous à papa, dernier pipi..., mais elle avait le luxe de choisir l'ordre dans lequel toutes ces actions se passeraient jusqu'à l'heure que son père et moi lui avions fixée.

Mina avait déjà fort caractère, et par moment, il valait mieux la laisser expérimenter pour qu'elle comprenne et reçoive si besoin une punition réellement justifiée.

Voulant faire du zèle sur son fameux "C'est Moi qui Dit", Mina avait inventé depuis 3 mois une règle de jeu supplémentaire avant de se coucher.
Son père étant le moins doté de fantaisie, je fus naturellement sélectionnée par ma fille pour jouer. J'étais alors certaine qu'elle avait inventé ce jeu pour me pousser à me surpasser.

Mina roula dans son petit lit en bois clair, recouvert d'une couette blanche à pois colorés. Elle attrapa Boulgom, son ours brun en peluche préféré, et me montra du doigt son bocal en verre au couvercle doré.
Elle avait les yeux ronds, comme un chaton devant une petite souris apeurée.
"À toi de jouer Maman !"
C'était le moment où, moi, "Maman souris", m'installais confortablement auprès d'elle, la couette légèrement retroussée.

Mina m'avait fait noter ses mots préférés sur des morceaux de papier coloré. Elle avait choisi un pot en verre vide de la cuisine et l'avait précieusement gardé pour que j'y entrepose tous ses mots.
Et chaque soir, je piochais dans le bocal 4 mots pour lui raconter une histoire de manière improvisée.

* Étoiles * Triangle * Oiseau * Tresse *

Qu'allais-je donc bien pouvoir lui raconter avec ça ? Elle était là, dans l'attente, alors comme à mon habitude... je me lançais !

*****************************************
"Il était une fois un petit chat à trois couleurs : noir, blanc et orangé. Il s'appelait Miaoux, et il avait une patte cassée...
[ Mina s'exclama : "Oh Maman, pourquoi il avait la patte cassée ?!" ]

... Il vivait dans un village près d'une grande forêt. Les maisons présentaient des toits pointus avec des tuiles orangées sur le dessus.
Le toit, de manière générale, était l'endroit idéal pour prendre un bain de soleil et avoir une vue dégagée sur le monde.
Miaoux avait quelques mois. Il était vraiment petit avec de grands yeux jaunes et des griffes fines bien aiguisées. Il était alors en très bonne santé et découvrait la vie avec passion.

L'été laissa place à l'automne.
Le chaton avait l'habitude de grimper sur les toits des maisons.
Son activité favorite était de regarder l'horizon. Il comparait les vues de toit en toit ; et la plus belle, forcément, c'était celle depuis sa maison.
Un jour de mauvais temps, alors qu'il voulait voir les frontières de la pluie, il glissa d'une tuile mouillée.
Il tomba de très haut sur la terrasse en terre cuite. Difficile de bien se rattraper !
[ Ziiiip - Crac - MiiiaaaaOuiiiiiille ! ]

Pauvre chaton !
Il était mal en point et fut ramené dans la maison afin d'être soigné.
Il avait le droit à de la visite mais passait le plus clair de son temps à dormir pour guérir.
Sa famille et ses amis le soutenaient pendant son rétablissement.
Si le chaton pleurait de douleur et de peur après sa chute ; il fut très courageux par la suite.

.:.

C'était de nouveau l'été, Miaoux avait fêté sa première année.
Il boitait depuis sa chute sur le toit. Le petit chat se motivait malgré tout pour marcher un peu chaque jour. Il était tellement content de sortir de sa chambre. Il savait qu'il avait eu beaucoup de chance.

Miaoux était bien entouré.
Sa famille et ses amis le laissaient rarement tout seul, sauf s'il en indiquait le besoin.
À l'école des chats, on apprenait le "chacun pour soi". Miaoux était souvent le dernier aux exercices de chasse.
Il avait un copain de galère qui s'appelait Patatou ; c'était un chaton gris aux yeux verts. Il était très gentil et potelé de partout.
Patatou, lui aussi, n'arrivait pas bien à chasser... Il finissait toujours par rouler lorsqu'il essayait de sauter sur sa proie.
Heureusement que sa maman avait un gros stock de croquettes à la maison !

Les vieux chats du village grondaient souvent Miaoux. Ils lui disaient d'être plus fort, plus rapide... car dans son état il n'arriverait jamais à rien.
Ces mauvaises paroles rendaient le chaton triste parfois.
Heureusement, ses amis l'aimaient très fort, peu importe la patte cassée. Les autres chats continuaient à jouer avec lui malgré tout.
Miaoux se demandait parfois comment il grandirait avec son infirmité. Il voyait bien que les copains devenaient forts et agiles naturellement.

.:.

Une nuit d'été, allongé seul sur les dalles tièdes de sa terrasse, Miaoux observa une grande lune ronde. Elle était belle et lumineuse, entre de gros nuages boursouflés.
Patatou lui raconta un jour que c'était peut-être une grosse crêpe à chasser ! Miaoux se permit d'en douter.
Patatou était un bon copain, mais il imaginait n'importe quoi avec la nourriture.
Miaoux se demanda si un jour il aurait l'occasion de vérifier tout ce qu'il y'a dans le ciel. De nuit comme de jour, cet endroit le faisait rêver ! Il se dit qu'il trouverait le moyen d'y aller.

Le petit chat fut tiré de ses pensées par une étoile à 8 branches. Elle lui parla depuis le ciel :
"Mon cher Miaoux, je m'appelle Stella.
J'ai entendu ton souhait de venir visiter le ciel ; et j'aimerai l'exaucer.
Je vois que tu as une patte cassée...
Si tu acceptes cette aventure, tu seras guéri par ma bonté.
Qu'en dis-tu ? "

Le chaton ébloui, fut enchanté par la voix de Stella.
Il se sentait curieux et répondit sans hésiter à l'étoile : "Oui, bien sûr, avec Joie !"
Elle lui dit alors de la rejoindre à travers le désert de sable et de suivre l'oiseau aux grands yeux. Stella le guérirait après avoir franchi le chemin qui mène aux cieux.

Miaoux se leva en douceur. Il n'était pas certain d'avoir tout compris. Comment pouvait-on marcher jusqu'au ciel ? Où se trouvait le désert de sable ? Et qui était donc cet oiseau aux grands yeux ?

.:.

Miaoux s'étira et bu l'eau fraîche d'un pot.
Soudain, il perçut une silhouette se glisser du ciel vers le haut d'un arbre. Cela semblait très gros !
Le petit chat, surpris, alla se cacher sous un buisson à gros feuillage.

Un faucon émerillon vint se poser au sol.
Ses ailes déployées, il était aussi grand qu'un canapé.
Il avait effectivement des Grands Yeux,... une nuque rousse, un petit bec crochu, des pattes jaunes aux griffes noires et pointues, un plumage beige sur le dessous et un plumage bleu nuit aux reflets de la lune sur le dessus.
Qu'il était Beau !
Miaoux se mit à claquer des dents. Un reflex de chat gênant par moment.
[ kKkkKkk-kKkkkKkk-KkkkKKkk !! ]

L'oiseau tourna son regard vers le buisson et affirma : "Si tu m'attaques, plus de chemin vers la guérison ! Allé n'aie pas peur, sors donc de ce buisson. Nous avons une longue route à faire ensemble. Il ne faut pas traîner. Tout doit se passer cette nuit pour que ton vœux soit exaucé."

Miaoux était choqué.
Qu'une étoile lui parle depuis le ciel : "Ok", mais qu'un gros oiseau le fasse dans le même langage ?
Alors là : ** MiiiaaaWow !**
Le chaton s'approcha timidement du faucon.
Ce dernier avait un œil brillant comme le soleil et l'autre œil brillant comme la lune.
Il se présenta sous le nom de Horus.
Il était impressionnant, très sage et imposait tout de suite le respect.
Avec lui, pas de jeu "chat-perché"...
Miaoux rougit et baissa la tête devant Horus.
Vraiment, quel drôle d'oiseau !

.:.

Les deux animaux s'éloignèrent des maisons du village.
Ils s'arrêtèrent devant deux menhirs. Ces deux pierres ovales dressées vers le haut marquaient le début du chemin de la forêt.
Miaoux révéla sur un ton inquiet :
"Ma Maman m'a interdit d'aller sur ce chemin. Il parait que c'est dangereux, surtout pour un chat à la patte cassée."
Horus lui assura calmement :
"Cela tombe bien, ce n'est pas là que nous allons.
Il faut savoir regarder plus loin que ce qui est ton horizon.
Je vais te montrer comment ouvrir de nouvelles directions."

Le Faucon se mit à siffler et un triangle brillant apparut entre les deux menhirs. Miaoux vit des collines de sable sous un ciel de nuit, à travers le portail magique.
Horus, confiant, signala au petit chat d'avancer.

Les deux animaux se retrouvèrent sur un chemin en plein désert.
Le sable était si froid que Miaoux crut qu'il était mouillé. Il se retourna vers les menhirs. Les deux pierres s'étaient changées en obélisques et le portail était désormais fermé.
Le petit chat reluqua les obélisques : c'étaient encore deux pierres, comme des longues bougies plantées !

Le faucon indiqua au chaton le chemin sous un ciel rempli d'étoiles.
Il fallait grimper plusieurs dunes, supporter sur les hauteurs le vent glacé au sable qui fouette et ils arriveraient sur le chemin qui mène aux cieux.

Miaoux s'enfonçait péniblement dans le sable.
Que cette nuit était longue ! Il n'avait jamais autant marché.
Il continua tant bien que mal sa route en compagnie de son guide ailé.
Les pattes engourdies, Miaoux eu de plus en plus de difficulté à marcher.
Il eu une pensée pour Patatou lorsqu'il descendit maladroitement une dune en roulant les fesses par dessus la tête.
Horus proposa finalement au chaton de monter sur son dos.
L'oiseau se mit à voler pour le restant du voyage.

.:.

Le désert semblait plus petit vu d'en haut que de près. Il ressemblait par endroit à une tarte au citron meringuée. L'air en hauteur sentait bon la pâte sablée.
Miaoux réalisa que c'était chouette d'être un oiseau et de voler. Il se sentit chanceux d'être sur le dos de Horus.

Le petit chat découvrit au loin des grosses maisons en triangle. Il n'en avait jamais vu, ni entendu parlé.
"Quelle drôle d'idée de poser des toits directement sur le sol !"
Horus expliqua au chaton ce qu'étaient des pyramides. Il lui raconta toute l'histoire de l’Égypte jusqu'à la fin du trajet.

Miaoux apprit également qu'il devrait, dans sa dernière épreuve, escalader la plus grande de toutes ces pyramides.
L'oiseau regarda le site ; c'était le bon moment pour atterrir.
[ Attention... Prêt... Posé ! ]

Le petit chat grognon demanda :
"Mais Horus, pourquoi ne me déposes-tu pas directement tout en haut de la pyramide ? C'est pas gentil !"
Le faucon lui jeta un regard perçant.
L'oiseau rappela à Miaoux que rien n'arrive sans bonne volonté.
Horus lui dit au revoir par une révérence de ses ailes et s'en alla au loin.

.:.

Miaoux se sentit seul et énervé. Il fit un brin de toilette pour se réconforter.
Il observa le site tout autour de lui.
Il n'y avait pas un chat. Enfin si ; Lui !
Il était en bas de la plus grande des pyramides, quelque peu embarrassé.
Il avait mal aux pattes et se sentait épuisé.
Il pensait aux vieux chats du village qui disaient sans cesse :
"Tu ne vas pas y arriver !"
Heureusement que la pleine lune était là pour l'éclairer.
Il lui adressa son plus beau regard pour la remercier.

La Lune lui sourit tendrement. Le chaton sentit son cœur se gonfler.
Il réalisa qu'il voulait guérir par dessus tout.
Au fond de lui, il se savait capable d'une grande énergie.
Il prit le temps de grimper la pyramide, marche après marche jusqu'au sommet.
Que c'était difficile, et comme le vent sur les hauteurs était glacé !
Miaoux pensait à Stella, la belle étoile ; il allait découvrir le ciel et, enfin, la rencontrer.

Arrivé sur la pointe de la Pyramide, Miaoux contempla cette vue unique.
"Pourquoi tout le monde s'obstinait à vouloir rentrer dans ces gros triangles alors que le plus beau des cadeaux se trouvait au sommet ?"
Le chaton n'avait jamais été aussi haut dans le ciel.
Soudain, il eu très peur de tomber des escaliers.
Une larme coula de ses yeux et il se mit à miauler.

.:.

Un gros nuage boursouflé nommé Pilou descendit jusqu'à lui.
"Ta larme vient du cœur, je suis touché.
Je te propose de monter sur moi.
Dis-moi, où veux-tu aller ?"

Le chaton, encore affolé, tendit une patte pour toucher le nuage.
C'était comme une couette de coton, moelleux, douillet.
Miaoux murmura :
" J'aimerai rencontrer Stella, peux-tu nous rapprocher ?"
Le nuage acquiesça.
Le petit chat essuya ses yeux et effectua son plus beau bond.

Pilou s'éleva dans les airs en compagnie du chaton.
Il frôla la lune et Miaoux déposa un "chabisou" sur sa joue.
C'est un bisou tout doux, du bout de la truffe.

Pilou traversa le ciel et se plaça devant Stella, la majestueuse.
Elle était jaune et douce comme un poussin.
Il y'avait beaucoup de joie dans ses yeux violets.
Pilou déposa Miaoux sur une branche de l'étoile. Le chaton lui sourit pour le remercier.
Pilou repartit plus bas, satisfait d'avoir aidé le petit chat.

.:.

Stella parla à Miaoux :
" Te voilà enfin à mes cotés .:.
Tu as choisi d'aller jusqu'au bout du voyage malgré toutes les difficultés.
D'abord, ta patte cassée : il n'était pas facile pour toi de bouger.
Ensuite le climat : les dunes de sable et le vent glacé ne t'ont pas aidé.
Puis, les variations d'humeur : inquiétude, colère, solitude, tristesse et peur.
Ce n'est pas agréable de ressentir tout cela.
Mais tu as laissé ces sentiments s'exprimer et ils ont fini par passer.
J'avoue, j'ai cru un instant que tu allais te décourager.
...
Tu peux être très fier de toi petit chat.
Tu as été curieux, patient, volontaire, confiant et aimant.
Tu es vraiment un chat courageux !
Les bienfaiteurs Horus et Pilou sont honorés de t'avoir accompagné.

En suivant ton rêve, tu as choisi d'aller au delà de tout ce que disaient les vieux chats du village. C'est ce que l'on appelle "se surpasser".
Félicites-toi bien de tout cela.
C'est une grande victoire de choisir son destin.
Fais-moi donc une belle tresse à 5 brins pendant que je te guéris par ma bonté."

.:.

Le chaton n'avait pas remarqué les brins filandreux de l'étoile. Ils étaient cachés derrière la septième branche de Stella.
Il les attrapa un à un et les tressa de son mieux.
Le frottement des brins laissait s'envoler de jolies paillettes dans le ciel.
L'étoile lui redonna l'usage parfait de sa patte, le petit chat était heureux.
Mais une pensée préoccupa Miaoux :
"Stella, je te remercie d'avoir exaucé mon vœux. Mais comment faire maintenant pour rentrer chez moi ? Pilou et Horus ne sont plus là."

L'étoile offrit son plus beau voyage à Miaoux. Elle vogua dans le ciel jusqu'au dessus du village du petit chat.
Il en aurait des choses à raconter à la récré !

Stella déploya pleinement sa tresse vers le sol, en guise d'escalier.
Le chaton put rejoindre tranquillement sa maison en marchant sur la tresse qu'il avait créée.
Avant de se quitter, Stella offrit un bout de sa lumière au petit chat.
Ainsi jamais Miaoux ne pourrait l'oublier. Elle lui déposa sur le cœur...

[ "...Là, comme ça."

J'embrassais ma fille sur le front et la bordais de nouveau dans son lit.
Elle se mit à bailler.
De ma voix la plus douce, je lui dis :
" Bonne nuit Mina.
Je t'aime.
Repose-toi." ]
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