Gornja Trepca ou séjour en kolkhoze thermal

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Saison 1

La pilosité molletière des femmes yougoslaves avait concédé du terrain, contrairement au réseau autoroutier qui s'était, quant à lui, bien étendu.

Les autoroutes françaises, allemandes puis autrichiennes m'avaient rapidement mené au pied du château de Liezen, superbement entretenu par Malko Linge.

Après l'Autriche, je poursuivis avec les paysages moins grandioses de la Slovénie, puis pas grandioses du tout du nord de la Croatie qui a tout à envier à son littoral époustouflant. Tout me faisait envisager, au plus tard, une arrivée à Belgrade le soir même, après dix sept heures de route comme me l'indiquait mon "road-book" issu de Via michelin.com.

Alors pourquoi étais-je scotché à 9 km de la frontière serbe ? La file de voitures arrêtées et de camions faisait soi-disant quatre kilomètres ! C'est du moins ce que Yogul me confia lorsque je le questionnais sur notre souci commun.



Pourquoi lui parmi les 10000 turcs qui m'entouraient ? Car son Espace Renault était juste derrière moi et son immatriculation dans le "neuf quatre" me fit penser que nous pourrions communiquer. Un coup de pot que nous n'ayons pas à débattre dans l'instant, de l'intégration européenne de la Turquie et du lien étroit de cette démarche avec les élans de modernité turque initiés en son temps par Atatürk. Ou encore, des tensions internationales induites par le barrage du même nom sur l’Euphrate.

Ça tombait bien car Yogul n'avait de français que sa voiture et notre conversation fut vite limitée à accompagner la route de nos doigts sur la carte. Deux index qui, bien que muets, nous confirmèrent que nous étions faits comme des rats sur cette unique route vers Belgrade et la Turquie.

Dans son Espace, en totale contradiction avec la publicité, le vrai confort était à l'extérieur. L'intérieur, surchargé de bagages et de paquets, ne laissait que peu du fameux luxe à sa femme, sa mère ainsi qu'à ses trois enfants. Puisque le confort était à l'extérieur des véhicules, tout le monde était dehors. Les uns marchant vers l'avant du bouchon, les autres se soulageant au bord, les autres y pique-niquant, les conducteurs fumant pour tromper leur attente. Mais tous jetant leurs détritus sur les cotés de cette étroite route qui draine tout le trafic vers l'Asie, la Turquie et la Grèce. L'herbe disparaissait et cette fin de Croatie, prémisse de la Serbie avait l'allure d'une longue décharge.

A sens inverse, circulaient à faible vitesse les mêmes turcs, quant à eux de retour de vacances. D'un sens comme dans l'autre, ce n'était que véhicules BMW, AUDI, MERCEDES. J'avais un instant envisagé de partir avec ma BX puisque le serbe, lassé des Zastavas et autres Yougos 1.1, était annoncé comme amateur de voitures plus performantes au point de les voler. Je ratai là une belle occasion de passer pour un blaireau, préférant sa BX à sa Passat automatique climatisée. Ce confort Volkswagen, même s'il l'adoucissait, ne me sortait pour autant pas de ce merdier.


Heureusement le conducteur turc est espiègle et ses facéties routières multiples cassaient un peu la monotonie. Oh ! Pas dans notre file, si compacte que forcément immobile, mais sur l'autre côté de la route et à contresens s'il vous plaît. Il faut avouer que c'était tentant puisque le flot sporadique dans l'autre sens laissait entrevoir des possibilités de fuite en avant, rapidement contrecarrée par une voiture de police qui assurait la sécurité de l'ensemble. Une fois dans un sens et une fois dans l'autre sens et ainsi de suite. Une fois la douane passée à minuit, je calculai ma déprimante moyenne, à savoir 9 km en 8 heures soit 1,125 km à l'heure. Une fois la frontière passée, je me jetai enivré de vitesse retrouvée dans le premier motel serbe.



Le lendemain, c'est sous un jour pluvieux que je traversai Belgrade, puis me dirigeai plein Sud vers Cacak et Gorjna Trepca. Ce petit village thermal à l'eau radioactive était à la fois dans le trou du cul de la Serbie, et d'un petit vallon. De ce fait, aucune vue à espérer depuis le village enclavé se résumant à quelques denses maisons à louer ou hôtels.



Les bienfaits supposés de la source concentraient le tout, comme si tous jugeaient sa proximité vitale. Le centre thermal, au fin fond de ce boyau, hésitait entre modernité et ringardise. De fait, la ringardise l'emportait, dès que l'on pénétrait le moindre recoin. Vieillerie des équipements, saleté omniprésente, installations électriques bricolées ou surajoutées se mariaient curieusement bien avec cet univers essentiellement médico-aquatique.

Accompagné de Juca, nous fîmes au "pas de course" les formalités d'inscription et médicales. De tous ces échanges verbaux, je ne captai rien, nada... Néanmoins mon dossier avançait. J'en fus totalement convaincu lorsque Juca m'introduisit chez le docteur Stomir Janicovic. Le même que celui avec qui j'avais tenté vainement une conversation téléphonique en anglais depuis Paris. D'un brun roux indéfinissable mais laissant supposer un goût pour le Régécolor, Stomir me plut tout suite. Son sourire de vedette cadrait mal avec l'environnement de son bureau. Sale n'était pas la première réflexion que l'on se faisait en pénétrant sa canfouine, usée et douteuse suffisaient.

A l'instant précis où il me répondit " Saint Denis", alors que lui demandait "Have you already been to Paris ?", je compris à son sourire qu'il ne faisait pas référence à la basilique. Ce gars ne pouvait pas être mauvais, et ses prescriptions de même.

Ses tests, similaires à ceux de ses confrères parisiens, le menèrent à me prescrire des bains, de l'hydromassage, des massages et de la kiné. La conversation entre Juca, curieusement présent lors de la consultation et Stomir, m'échappa presque totalement hormis qu'il nous conseilla de ne pas trop picoler ce soir !? Quant aux massages, ceux-ci se dérouleraient au domicile de Stomir à cent mètres de mon hôtel et non dans le centre de soin. La raison en était simple, le pognon allait directement dans la petite poche de Stomir.


Une fois ce tour bouclé et ma cure organisée, Juca et moi sommes rentrés à l'hôtel dont il était le propriétaire. Les présentations avec Lijliajna, son épouse, furent rapides et limitées car uniquement en serbe. Seule sa fille de 18 ans avait quelques notions d'anglais. Cette petite glandeuse n'en écossait pas une, alors que ses parents s'échinaient au service du resto et du bar. Ce fut le seul brin de jeunesse que je rencontrai durant les cinq premiers jours. Une jeunesse qui se voyait bien, plus tard, aider ses parents à croquer leur retraite. Comme quoi, les Balkans n'étaient pas à l'abri d'une jeunesse désoeuvrée, infirmant le fait que "ce qui leur faudrait c'est une bonne guerre...!". Mais je souhaitai que leur merdeuse soit une plaie, contrepartie méritée des tarifs qu'ils me concédaient au double des résidents yougoslaves.


Ma chambre au rez de chaussée sur cour bénéficiait de tout le confort moderne. Une modernité dont la touche serbe, l'embargo et la guerre, avaient notoirement ralenti l'élan. Elle me rappelait étrangement l'Akwa Palace de Douala, ceux qui connaissent y trouveront une référence précise, cousines en moins. Je ne traînai pas, puisque mon premier bain m'attendait dans l'instant.


Une fois une attente d'une heure écoulée, vient l'appel des élus aux bains dans l'eau de la source salvatrice. A présent, bien connu de tous, "Piaiire" est doublé de "françossky" pour être sûr que je réponde à l'appel au milieu du bordel général. Et ils font bien, car soit je me tiens à l'écart discutant avec ma pote Yulka, soit je lis encore plus loin de la cohue.



Déshabillage commun et dénuement variable pour chacun. Le plaisir des yeux est ailleurs, et aucun n'égare son regard, sauf moi pour raison de reportage à vous faire ! Étrangement, alors que de légères volutes de vapeurs s'échappent des bains, l'eau est juste pénétrable mais sûrement pas chaude. Les neurologiquement malades comme moi s'en réjouissent car ils ne craignent rien moins qu'une chaleur lénifiante, surajoutant à leur ramollissement. 27 degrés en fait, je l'appris plus tard.
Tout juste froid mais aussi tout juste chaud, pour un bain. Mais tout de même le confort s'en ressent. Charge au patient thermaliste d'arrêter le remplissage de sa baignoire.

Immergés pour une demi heure, l'intervention d'un ou d'une aquathérapeuthe est aléatoire. Peu différents des soins des thermes français, seules les clopes au bec ou à la main du personnel, me confirment que le "Fumer tue" n'a rien d'universel et que l'industrie du tabac a encore de beaux jours devant elle.

Nombreux de mes bains se sont déroulés à coté de ces enfants lourdement handicapés qui vous font remercier “je ne sais quoi” de vous avoir épargné cette épreuve. Le petit Igor avait bien treize ans et un corps difforme ne lui permettant que de sourire aux sollicitations que je lui adressais. Son père, beau gaillard aux cheveux grisonnants, s'émerveillait des sursauts incontrôlés de son fils sous le jet de la thérapeute.
Sa mère, quant à elle, était sonnée, soit par l'alcool, soit par ses médicaments ou les deux et était appuyée à un coin de carrelage attendant la sortie de l'eau de ce qu'elle ne semblait pas avoir mis au monde. Comment lui reprocher, alors que dans le même cas je pense sincèrement que, peut-être retenu physiquement par un amour paternel, j'aurai tout de même rêvé à ce qu'une bonne âme le noie pour moi. Ce papa serbe magnifique, lui "il tutoyait les anges" avec son fils dans l'eau, laissant sa femme évader ses pensées, le temps de cet intermède aquatique.

Puis charge au patient de vider son bain laissant la place au nettoyage manuel et sommaire de la baignoire par le préposé. Séchage, habillage et sortie au milieu des impatients agglutinés à l'entrée.


Les effets secondaires de l'eau, "blindée" de Lithium entre autres, m'épuisaient littéralement et me laissaient juste l'énergie de rentrer à l'hôtel et lire la bibliothèque très fournie qui ornait mon coffre de voiture.



Yulka, c'est ma copine à moi. Quand à l'orthographe de son nom, elle même ne le connaît pas exactement. Seule sa carte d'identité française tente une transcription de son prénom albanais. Yulka parle serbe, croate, roumain, turc et français mais n'écrit ni ne lit rien. Ça n'empêche pas nos discussions sur des sujets inattendus comme son goût pour Mahé, Praslin, la Digue mais aussi pour Dieu puisqu'elle est témoin de Jéhovah.
Emigrée en France, il y a 35 ans, elle vient d'acheter une maison à Rouen, laissant sa grande maison de Dieppe à un de ses six enfants. Ses allocs se sont transformées en immobilier normand. Sa fille est agent au sol à Air France, d'où son goût pour les îles sous le soleil.

Elle râle Yulka que la Sécurité Sociale ne lui rembourse pas cette cure et m'en suggère d'autres. "A Ovca, il y a source très bonne pour tout. Tu devrais aller voir pendant que t'es là. Mais ya pas hôtel. Ya pas encore richard qui en a fait un". Elle ne me tente guère avec Ovca pas remboursée non plus. Son fils dentiste n'a rien pu faire non plus pour son dossier de prise en charge.

Devant la respectable intégration française de ces six enfants, dentiste, prof, agent de vente Air France, etc, je ne pus pas m'empêcher de penser à mon glandeur scolaire et aux coups de pieds au cul qui se perdent lorsqu'on a tout pour bien faire, et qu'on ne veut pas, tout simplement.

Yulka, je ne pouvais pas la louper dans la cohue grâce à ses cheveux briques, divinement assortis à sa robe de chambre à fleurs qui passait très bien dans le décor. A propos de Dieu, son discours était rodé : "Tu vois Dieu, il en a marre des imans qui tuent, des musulmans qui picolent et bouffent le cochon, des curés qui baisent les enfants, des rabbins voleurs. Il va nous faire grand malheur comme avec Noé et son bateau. Car tu sais Noé, il avait prévenu que ça allait chier. Et puis déluge alors qu'il pleuve jamais en ce temps là, tu sais juste humide le matin. Comme tu dis remettre les compteurs à zéro, nous on fait trop les cons, divorces, guerres, tout ça. Tu vois Dieu lui propriétaire. Si ton locataire fout le bordel tu préviens puis si il continue, pfuuiiit toi virer lui ".

Bref, l'avenir était sombre et je me demandais si je faisais bien de traîner dans ce trou serbe à l'aube de je ne sais quel cataclysme purificateur. On est tout de même mieux chez soi pour ce genre d'événement !


J'étais au milieu de huit vieilles croulantes sous la tonnelle jouxtant ma chambre. Seul un vieillard tout sec tentait de faire croire avec moi que nous survivrions aux femelles. Quoi que, vu le tableau, rien ne pouvait nous incliner à vouloir survivre. Vieilles desséchées, grosses énormes, ridées boiteuses, guère plus jeunes mal voyantes, cet aréopage survivait néanmoins. Pour ma part, si mon point fort était l'âge, je me déplaçais néanmoins moins vite que toutes ces mamies.



Nous nous mesurions, le matin et le soir, sur les 250 mètres qui séparaient l'hôtel du centre de soin et j'enviais la mobilité intacte de mes tromblons de copines. Nous nous retrouvions scotchés dans l'attente indéterminée des bains que nous prenions dans des baignoires attenantes. Le déshabillage se faisait autour des baignoires, me confirmant que rides rimaient avec avachissement, et attraction terrestre avec seins sur les genoux. Seule parade à cela, le poirier qu'elles ne pratiquaient guère, du moins devant moi. Une fois quelques échanges uniquement visuels engagés, toutes étaient plutôt agréables. Nous échangions des sourires aimables depuis nos baignoires attenantes, tout autant que les morceaux de pastèques sous notre tonnelle commune.



Les Markotovic étaient mon seul havre de français presque pur, mais je n'en abusais pas. Dragan était serbe et Daniela meusienne. Ils habitent Chamblet, haut lieu d'accueil des réunions techno ou adventistes sur l'ex base de l'OTAN et d'une usine Lapeyre qui l'employait lui et ses deux fils. Dragan supportait Dianela qui ne supportait rien. Ni sa sclérose, ni la techno, ni le reste.
Dragan lui, il était au petit soin de cette casse-noix. Prévenant toutes ses demandes, acquiesçant à ses râleries infondées et multiples.
La saleté, l'attente, l'eau froide, les resquilleurs, tout faisait démarrer Daniela. Dragan sur les freins en permanence, temporisait ou faisait tampon.
Il avait une façon de parler où tout était rond. "Clac" dans sa bouche tournait au "Blab", et ça n'aidait pas à la compréhension. Cela m'a tout de même permis d'entendre, si ce n'est tout comprendre, sa vue serbe de la période Slobodan Milosevic, de l'embargo et de mieux cerner, par des exemples du quotidien, la terrible période dont se remet encore mal la Serbie.

Les radiations atomiques de l'eau étaient peut-être à l'origine des confidences de Daniela, qui me confiait sa perte de réceptivité sexuelle. "En dessous de ça, rien du tout !". Ce qui faisait d'évidence mal au cul à Dragan, car lui même sous "préparation H" depuis son premier contact avec la source. Ils me quittèrent à mi séjour et me manquèrent un peu, tout comme leurs confidences.


Gorjna Trepca, comme d'autre lieu d'espoir de Lourdes à Fatima en passant par Varanasi, draine les souffrances les plus terribles. Couples, pères ou mères d'enfants anormaux qui traînent leur progéniture débile, diminuée, dépendante, incontinente vers cette source d'espoir. Pierre Perret chante "je ne doute pas que Dieu existe mais il a beaucoup trop de clients". Plus miséricorde, je serais tenté d'écrire, après avoir vu, entre autres, cette grand-mère hors d'âge et éreintée en charge de son petit-fils de vingt ans très lourdement handicapé au point de lui poser, marche après marche, le pied sur la suivante. Plus miséricorde, je dirais donc "je ne souhaite pas à Dieu d'exister lui évitant en cela la honte de laisser d'aussi grand malheur accabler certains". Quant aux jansénistes ultras et autres fatalistes qu'ils remballent leurs certitudes, puisque ce même jeune homme était, aux dires de tous, encore en fauteuil l'année précédente et luttait à présent, toutes béquilles dehors, contre un déséquilibre constant.
Tout comme Forrest Gump..." C'est tout ce que j'ai à dire la dessus ! ".



La mode serbe suit des critères simples. Soit un je m'en foutisme total vous guide ou vous est dicté par une pauvreté que Radovan Karadzic n'a pas arrangée. Soit vous tentez de suivre cette regrettable mode sportive du jogging à tout faire. Toutes les marques sont présentes de Kappa à Adidas en passant par Champion et Nike. Un vrai festival réservé aux plus "friqués". La chaussure quant à elle suit les mêmes impératifs, contraintes ou modes. On est donc très à l'aise en toutes circonstances et si par hasard l'envie d'un séjour vous prenait, les règles vestimentaires ne devront vous torturer. Seul impératif, chaud et contre la pluie. Alors que je craignais les plus grandes chaleurs, Gorjna Trepca fut exceptionnellement rincé au moins une fois par 24 heures par la pluie, de ce fait la température fut très supportable.


Joseph m'avait abordé avec ce qui lui restait de français, pour savoir ce que je faisais à taper sans cesse sur mon Palm pilot. Outre ce texte que je rédigeai, je lui fis la démo du Palm Vx.



Il avait été électricien à Paris et habitait alors près la station Marcel Sembat. Saint Denis ne l'avait pas marqué mais il m'évoqua tout de même son bon souvenir des françaises. Il nous cassait les oreilles l'après midi à écouter les infos de Radio Belgrade au volant de sa Kia Sprint break. Un "must", semblait il, pour lequel il avait tout de même déboursé 14000€ et dont il tenait d'évidence à nous prouver la puissance de la radio de bord. Avec un salaire serbe moyen à 150 €, le paiement de son auto provenait forcément de ses économies françaises. Des "bon dieu" multiples émaillaient son discours chaque fois qu'il cherchait un mot français oublié. Il y avait en fait plus de "bon dieu" que d'autres mots, et nos échanges s'en sont vite ressentis et terminés.



On s'en doute, lorsque le message est puissant, le thème universel et la mélodie choisie, une chanson peut faire le tour du monde. Sans aucun de ces atouts, la chanson de la "Ferme des Célébrités", "le poulailler", venait néanmoins bercer ma séance de massage chez Dragana grâce aux programmes de Radio Belgrade. Un prénom de rêve pour ma masseuse attitrée. Sur l'ordre expresse du docteur, mes séances de massages ne pouvaient être exécutées que par les puissantes mains de Dragana. Malgré un prénom et une allure à jouer le contact russe de James Bond dans "Bons baisers de Russie", Dragana m'avoua être passablement épuisée par ses vingt massages par jour.
Toujours était-il que la puissance de ses mains, que mes muscles croisaient à sa mi journée, était amplement suffisante.

Nous échangions quelques mots sur des sujets divers limités par notre anglais.
Elle avait aimé Proust en lisant "cheurche ove losse time" "A la recherche du temps perdu". Elle rêvait de toutes évidences à d'autres horizons que celui que lui réservait le Docteur Aleksic, que je classai comme un négrier du massage.

Ces séances, très agréables, étaient payées directement, évitant ainsi le lourd et officiel circuit monétaire du centre de soins. A 360 dinars le massage, soit 5€, la future villa sur la côte adriatique de Stomir nécessitait d'autres filières. Mais le nostalgique de Saint Denis avait d'autres revenus, comme le laissaient supposer les autres pièces de sa maison aménagées à but locatif. Sans parler de son cabinet d'électrothérapie, un étage en dessous, et celui de Cacak, la ville la plus proche.

Henad Téripic... sur le « c » final, il y a un tréma et cela se prononce Tépitch. Henad était accompagné de Jubica sa femme. Lui avait été champion de boxe de yougoslavie, il y a 40 ans. Ils vivaient à Paris, porte de la Villette, lui retraité et elle toujours couturière, et venaient prendre un bol d'air et d'eau ici tous les ans. En à peine un déjeuner ensemble, ils m'ont confirmé deux choses : la difficulté de parler français pour un serbe et leur méfiance des "arabes" dont je cernai mal le périmètre de provenance. Ces fameux « arabes » étaient-ils l'équivalent de nos « melons » français, ou bien les albanais faisaient- ils partie du lot à jeter ? Sans réel éclaircissement ethnique, je compris néanmoins que tous étaient à jeter. Henad arrivé en France avait, bien sur, fréquenté les salles de boxe, y avait rencontré Belmondo qui l'avait fait embaucher dans la société Carboxyde appartenant au père de Brigitte Bardot. Puis fusions et acquisitions aidant, Henad venait donc d'être retraité d'Air Liquide. Dans un sabir franco serbe, ils s'inquiétaient tous deux du peu de réaction du gouvernement français vis à vis de ceux qui ne respectent pas les lois de leur pays d'accueil, comme par hasard, les fameux "arabes".


Micky m'accompagne car elle est serbe et parle un français parfait affiné 13 ans en Suisse et dans les secrétariats d'études notariales parisiennes, où elle a travaillé jusqu'en 1977. Elle m'accompagne donc, pour une consultation explicative avec le Doc sur les bienfaits de l'eau, et faire un tri définitif de tous les mythes, croyances et conseils divers qui fleurissent autour de la source. Un dessin explicatif du Doc peut être commenté ainsi.



Basique car affichant un PH de 7,4, sa température de sortie 29 degrés. Son passage dans un fort champ magnétique semble avoir une action positive sur la reconstitution de la myéline que les sclérosés auto détruisent. Faut le faire, mais c'est le propre des maladies auto immunes ! Outre une forte présence de Cs, Li, Pb et St, elle est par ailleurs fortement gazéifiée de CO2, H2S et de Rn. Oui, Rn, le radon et non Rm, moi aussi j’ai cherché...

Il compléta par la nécessité de se protéger de toute source de chaleur durant les 15 jours suivants, pour cause d'interférences d'autant plus nuisibles sur le système neurologique que ce dernier a été sollicité .

Très modeste sur ses connaissances et théories, il nous confia que, soit ça me faisait un effet positif et il convenait de revenir 15 jours par an. Soit je n'étais réceptif et je serai effectivement mieux chez moi. Je bénis son honnêteté car un truand aurait pu me suggérer six mois de cure nécessaire dans ce kolkhoze thermal. Quand je vous disais que ce gars là ne pouvait pas être mauvais.



Quant au Bétaferon que j'utilisais, ce médicament faisait en Serbie les beaux jours d'une mafia spécialisée car il n'était pas pris en charge par la Sec soc locale. Reste à prouver que, bien que remboursé en France, des mafias pharmaceutiques plus présentables n'abusent pas de cette maladie, si trouble scientifiquement.

Scandalisé par mes hôteliers arnaqueurs, il allait se charger de leur réputation et ne perdant pas le Nord, nous indiqua les tarifs de ces deux studios à 21 € par semaine. Les amateurs de vacances économiques noteront tout de même le peu d'activités proposées sur le site ! J'appréciai que l’amateur de galipettes tarifées ne pousse pas à la consommation avec ses 15 jours de cure annuels suffisants. J'avançai donc immédiatement mon départ de cinq jours, rapport au grand déluge annoncé par Yulka, et au fait que l'on s'emmerdait tout de même un peu dans ce kolkhoze aquatique. Je regrettai déjà la compagnie de Micky qui m'avait convaincu qu'il existait effectivement un accueil serbe de qualité.

Mais au fait, qu' étais je venu faire là et qui m'y avait incité ?
Tout simplement, une dernière promesse faite à ma maman, elle même informée de cette station thermale introuvable par une copine yougoslave. Deux sources au monde se prévalent de bienfaits neurologiques, Gorjna Trepca et une station thermale japonaise.


Vous savez donc tout sur ce voyage. Quant à ses effets, outre les 4000 km de plus au compteur de ma voiture, une fatigue insensée durant la cure, je me dois d’attendre que la fatigue rémanente disparaisse pour pouvoir en mesurer les réels effets.
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Adlyne Bonhomme · il y a
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