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Fantaisies de l'esprit

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Rosalpina Rosa

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Depuis quelque temps, mes pensées s’égarent et parfois, j’entre dans la gare, je marche machinalement jusqu'au bas des plates-formes et j’ai une seconde d'hésitation. Sur le quai 1, le train part en direction de l'est, dans la vallée des grands sapins noirs. Sur le quai 2, le mien, le train part en direction de l'ouest dans la vallée des marais. Le mystère m'attire, les responsabilités m’encombrent. Je pourrais continuer et marcher jusqu'au quai numéro 5 par exemple, prendre une direction connue puis inconnue, un chemin, n'importe quel chemin. Observer, immobile pendant des heures puis m'arrêter, rencontrer des gens que je ne connais pas, me refaire une vie, toute neuve et irréelle.

Je me sens libre, profondément libre, mais le suis-je vraiment ? Ai-je le choix de partir ? J’ai l'impression de vivre en haute mer, au cœur du bonheur, mais de mon radeau, pourrais-je plonger, pourrais-je revivre l'état de n'être que moi-même, sans passé, sans avenir et sans m'échouer sur la rive ?

Ce qui me frappe dans ces moments d'hésitation, c'est que je ne peux aller plus loin, comme une femme emprisonnée et jamais je ne sens, si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde.

Ma présence au monde ce n'est ne pas partir mais ressentir dessus, dessous, dans la chair, dans la peau, les autres, les changements infimes dans l'air, le basculement des saisons, la nature, les villes. Je ne peux tout quitter, sans rien dire, ma vie alors c'est me laisser traverser sans aucune violence, sans défense, par tout ce qui m'entoure, ici, là, dans le présent...

Cette sensibilité-là m’effraie parfois mais me protéger me coûte. Je me laisse alors guider et c’est dans cet état d’esprit, qu’un autre jour, j’arrive dans un parking, un matin de février, au cœur de l’hiver. Je longe un terrain de sport grillagé et découvre une grande buvette de stade avec une cuisine, une salle et des dortoirs qui ressemblent à ceux que l'on trouve dans les abris atomiques, avec des matelas en plastique, sans chaleur. J’aime bien, c'est un peu décalé et l'ambiance est à la fête pour le dernier week-end de répétition avant une série de spectacles.

Dehors, l'air est glacé et le ciel couvert. Dedans, il fait chaud. Les chants, les chorégraphies s'enchaînent les uns après les autres, sont repris, encore et encore. Les bandes-son sont enterrées, les musiciens ont enfin rejoint le groupe et travaillent avec nous. Les choristes essaient leurs costumes de scène. Pour les femmes le mot d'ordre est « Bad Girl », c'est large et ouvert comme concept et il peut s'interpréter de bien des manières... Je me demande comment je vais bien pouvoir me mettre dans la tête tous ces mouvements, toutes ces paroles. Coordonner les mains, les bras, les jambes et encore chanter, cela me semble impossible mais pourtant, il va falloir me mettre au travail.

La pause arrive, je meurs de faim. Je m'assois où il reste encore de la place. En face de moi, un gars, le batteur du groupe. Jamais vu, je ne le connais pas. Il est mal rasé, il a de grands yeux sombres, des cheveux noirs, un peu bouclés. Comme cela se fait dans ces cas-là, par politesse ou fidèle à mon goût de découvrir une personnalité, j’engage la conversation, pose quelques questions. La base pour entrer en contact avec un inconnu.

Normalement l'interlocuteur répond, renvoie une question et la discussion démarre mais là, rien, de vagues réponses, un visage fermé, un regard lointain, fuyant. Je me lève, vais me servir à manger et pense : « aïe, cela ne va pas être drôle à table, qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire à cet interlocuteur muet ? ». Je reviens, son visage s'ouvre, il entre prudemment dans l’échange.

Plus tard, en quittant les lieux, je penserai à lui et me dirai : « quel étrange personnage ! »

Un mois s'est écoulé et cette fois, les spectacles commencent. Dans une petite ville, une rue en pente, illuminée et mouillée de pluie mène à un large bâtiment, à côté d'une église. Il y a des pièces en enfilades, des coulisses, des escaliers, des couloirs, tout est serré. Les gens sont proches les uns des autres, partout des couleurs, des odeurs. Ils passent, bougent, se maquillent, se déshabillent et se rhabillent.

Il y a des débuts, il y a des fins, le temps est découpé en morceaux. Il y a toujours le dedans et le dehors. Dedans, c'est la foule, dehors c'est le calme, c'est l'air frais du soir. C'est là que je respire et c'est là que je revois cet étrange personnage. Dans la foule, il est noyé dans une masse de corps en mouvement. Dehors, il est une personne à part, entière. J’aime bien sa présence au milieu des autres qui bavardent en fumant tranquillement une cigarette. Il m’intrigue. Parfois je surprends ses yeux rieurs, parfois, il a l'air complètement ailleurs, solitaire, un peu timide peut-être. Il est difficilement accessible et je ne sais jamais si parler le dérange ou s'il prend plaisir à échanger quelques paroles avec moi.

Un soir, il engage une conversation de lui-même, tout naturellement. Il me parle de musique et j’adore parler de musique. Je sais que toujours, je prends plaisir à partager les rythmes et les paroles qui font vibrer mon cœur. C'est l'art le plus présent dans mon existence et chaque parcelle de souvenir est liée à une mélodie, à une phrase, à une ambiance. L'écoute me plonge dans des univers inconnus, c'est comme un roman qui se déroule dans ma tête. J’imagine les gens qui chantent, qui jouent là où ils étaient, la vie qu'ils vivaient, les émotions de joie, de souffrance qu'ils ressentaient et qui leur ont donné un jour l'élan et la force de s'exprimer. J’ai envie de lui faire découvrir des choses qu'il ne connaît pas et découvrir des choses que je ne connais pas. Je pense à lui, je me réjouis de le revoir.

Deux semaines plus tard, les rendez-vous reprennent dans ce grand bâtiment aux pièces en enfilades. J’arrive, heureuse de retrouver cette vie nocturne et décalée de celle de tous les jours. Je revois mes amies, discute de choses et d'autres puis soudainement, je me retourne, croise son regard et, je ne sais pourquoi, ni par où, ni comment ce genre de choses arrive mais je sens comme une vague qui me submerge, je sens que cet homme me touche, me touche profondément. Il y a de la lumière dans ses yeux, de la douceur. Il m'aimante et par ce regard, il pénètre dans mon corps et dans mon âme. Cet état est comme une joie étrange, légère. Celle-là même qui naît d'une conscience tranquille d'être entrée dans un dessin qu'un coup de crayon guidera.

Depuis cette seconde, je ne ressens plus que le désir d'être près de lui. Pas l'envie de lui demander si sa femme est jolie ou s'il n'en a pas, s'il traîne tout seul avec un cœur en panne mais simplement l'envie de le contempler, d'échanger quelques mots et partir avec un peu de lui à garder en silence.

Plus tard, un autre jour peut-être, une femme parle, elle dit qu'elle aime les liens, les liens qui se font entre les gens. Un cercle se forme et spontanément je prends sa main, je l’observe, l'imagine caressant mon corps et une onde me traverse. Je le ressens si fort, à côté de moi. Je pense : « si je le regarde, je rougis, je rougis ou je l'embrasse... »

Le cercle se défait, je lâche sa main et les gens se mélangent, se dirigent vers les coulisses, se préparent, attendent le signal, montent les escaliers et se donnent en spectacle. Les soirées se répètent ainsi et cette sensation de chaleur ne me quitte pas. Je me déplace dans les séquences, dans la foule, tranquille. Je l'observe. J’aime sa manière bien à lui d'être très loin de tous, dans une bulle hermétique et soudainement d'être là, de sourire avec un petit air mystérieux et discret. Quand il joue, je regarde ses mouvements et m'interroge sur les secrets de l'attirance et le peu de maîtrise que j’ai sur cette dernière. Je ne peux sentir sa présence, le magnétisme de son corps sans être parcourue de frissons, sans avoir envie de toucher sa peau. C’est étrange, je reçois précieusement ces instants et me laisse aller dans cet univers de sensations sans n’avoir rien à en dire.

Puis, j’entre dans une salle, il est là, ma place est près de lui et nulle part ailleurs. Il me prend dans sa bulle comme sur une île, au milieu des autres qui se sont écartés.
Il se lance à nouveau, il me parle, me pose quelques questions. Il y a une sorte d’intensité dans son regard, dans ses paroles, comme si chaque mot marquait une trace en moi. Il se raconte, me dit qu'il fait de la batterie depuis longtemps et n'a suivi que quelques cours, c'est un autodidacte. Je suis impressionnée, moi qui ai de la peine à trouver ma gauche et ma droite, à travailler pour atteindre un but.
C'est visiblement un homme sensible, il prend les choses comme elles viennent, sans se poser trop de questions. Je me demande maintenant quels sont ses rêves, où il va, d'où il vient ? Lui, m'a sans doute un peu catalogué dans le rang des intellectuelles, ce mot un peu hautain et froid qui définit ceux qui sont guidés par leur raison, ceux qui jugent, qui classent, qui analysent. Les images qui collent à la peau, qui vous enferment et qui ne sont utiles qu'à dérouter le regard de l'essence même des hommes. Pourtant ce n'est pas le cas, je ne me retrouve pas dans ce mot-là. Je ne suis pas plus une intellectuelle qu'une manuelle, d'ailleurs.
Il passe d’un sujet à l’autre brusquement puis la discussion s'en va dans des questions d'emprunt, d'injustice peut-être. Il est embrouillant, je n’arrive pas à le suivre. Je n'écoute plus. Je sens à nouveau la chaleur de son corps, je le trouve beau, me plonge dans son visage animé, regarde sa bouche, ses yeux sombres, interrogateurs et me glisse doucement dans la sensation d'être si proche et de ne pouvoir le toucher.
Je flotte dans une sorte de rêve éveillé, un de ces moments suspendus qu'on voudrait retenir mais qui finissent toujours par s'effondrer. C'est trop fort, il faut sortir ou alors, subitement, quitter sa bulle.

C'est ce que je fais, je reprends contact avec le monde extérieur et me retourne pour le saluer, il n'est plus là. Le lien est rompu, il s’est décroché de moi et me laisse seule. J’aimerais reprendre chaque bribe de la discussion, saisir le sens de ses paroles mais j’ai déjà l’impression que nous ne savons ni nous dire bonjour, ni nous dire au revoir comme si, avec lui, c’est tout ou rien. On est ensemble, connectés dans l’univers ou séparé, tombant dans le vide.

La journée suivante, je marche dans les marais et pense à cette ambiance sensuelle. Les nuages sont noirs et balaient le ciel. Il n'y a encore aucun signe de vie, la végétation est toujours aussi dénudée et les bouleaux, comme des squelettes décharnés, bougent au gré du vent. C'est décidément un interminable hiver, sans lumière. C'est beau, comme un tableau. Dans cette ambiance grise et sauvage, je recherche ma raison, un sens, n'importe quoi qui puisse calmer mon esprit troublé. Pourtant, au fond de moi-même, je dois bien me l'avouer, je me demande de combien de jours, d'heures, de minutes je dispose pour revivre ces instants. Peu...

Le soir, je le retrouve dehors. Dehors, c'est un peu l'endroit où j’aime le voir. Il s'excuse pour son attitude d'hier, il a l'air sombre. « Tiens, ça se complique me dis-je, mais pourquoi, j’étais bien, près de lui, simplement ? ». Il ne me donne pas la raison de ses excuses, lâche un : « laisse tomber ! » puis se détend, reprend la discussion. Curieusement, je n’ai pas tellement envie de parler de mon quotidien mais entendre le sien ne me dérange pas, au contraire, j’aime l'écouter, me balader dans sa vie et savourer le vertige que sa personne me procure.

Le lendemain, je lui souris dans l'espoir qu'il me sourie parce que j’aime son sourire, j’aime quand son visage s’illumine mais c'est le néant, il est absent, impossible de capter la lumière dans ses yeux. Il me prive de sa compagnie, m'évite peut-être. Il est proche puis si lointain que toute tentative de le rejoindre semble inutile, je n’arrive plus à m’approcher de lui. Il ne reste rien de cette relation à peine amorcée.

La rupture avec le naturel est faite, mon élan imprévisible devient source de questions inutiles, la spontanéité s'envole, se dissout. Le terrain devient mouvant, ses réactions sont déconcertantes, surprenantes comme une force mystérieuse qui s'amuse à lier et à délier, à attirer puis à rejeter.

Je perçois de plus en plus clairement qu’il s’est installé, a envahi une partie de mon âme, un monde parallèle où il n’y a que lui et moi. Quand il n’est pas là, je suis seule, abandonnée. C’est une angoisse glaçante et je ne peux supporter qu’à chaque rencontre, la séparation menace...

Maintenant cette attirance qui est sans doute trop visible m’effraie, elle doit être fortuite, passagère et je veux en guérir, la faire disparaître. Je n’ai plus envie d'insister et j’ai de la peine à saisir lorsque tout se défait, l'effet que ça me fait. L'absence de ce lien qui vient de balayer le temps en moi – comme de la poussière, sur une route, à l'infini – me laisse sans force.

Les spectacles s’interrompent pendant un mois. Le temps pour moi de dompter ces sensations si légères qui se sont transformées soudainement en fardeau. Que faire d'un contact qui se crée mais qui se heurte subitement à un mur, que faire du désir de découvrir un être inconnu s'il ne le veut plus ? Rien.

Pourtant, m'en défaire n'est pas si facile que je l'imaginais. Parfois mes pensées s'égarent et des frissons traversent mon corps mais je ne les comprends pas. C'est décidemment un état inexplicable que je ne peux analyser.

Le mois s'écoule, les rencontres et les spectacles reprennent. Le temps des cigarettes, du dehors pour tuer l'attente et s'extraire de la foule recommence aussi. Il est là. Instinctivement je m'arrête à côté de lui, il me sourit à nouveau, n'est plus si lointain, c'est doux, je me détends. Je le trouve toujours aussi charmant, différent. Nous échangeons quelques paroles banales et la discussion est reprise par les autres, toujours les autres.
Je n’ai plus envie de laisser passer le moindre des sentiments en travers de moi, même si au fond, paradoxalement, j’aimerais le regarder jouer, l’écouter, être seule, seule avec lui, sans vivre sans cesse ces scissions douloureuses.
Le lendemain, quand je sors, l'obscurité a envahi le ciel plombé. Il pleut et l'allée est déserte, à peine éclairée par les lumières lointaines de la rue. Il n'est pas là, il ne viendra pas. Il n'y a pas d'abri, la pluie coule sur mes joues. Je me sens triste, triste de cette histoire. Le rien qui revient sans cesse résonne dans ma tête. Comme c'est étrange, ces sensations qui vous emplissent puis qui vous vident. C'est pénible d'attendre quelqu'un qui ne vient pas et je n'aime pas être dans cet état beaucoup trop lourd, beaucoup trop compliqué. Je me suis fait un film et ce film n'a aucun scénario. Je ne trouve plus de sens à ce besoin impérial de m'approcher de lui, de le rejoindre.

Je me dis que, décidément, cette rencontre a perdu toute sa spontanéité, que le crayon ne trace plus de courbes, plus de lignes, que le dessin est brouillé. Je retrouve désagréablement les impressions et les questions anciennes, la situation n'a pas évolué. Il doit certainement m'éviter ou sans doute est-il simplement hors de mes préoccupations, à mille lieux de mon ressenti, dans un autre monde.

Dans ces réflexions, je franchis la porte des coulisses, je me retourne et il est là, au loin qui me regarde. Cette vision se fige en moi. Il est appuyé contre un mur mais je ne vois pas l'expression de ses yeux. Que me disent-ils : « dégage ! » ou attendent-ils un sourire ? Je n'y comprends plus rien et ne peux soutenir ce regard, alors je me retourne et me glisse dans la foule, complètement déconcentrée.

Au fil du temps, des soirées, des séquences, délicatement, la présence de cet homme est devenue de plus en plus importante comme si un lien indescriptible s'était noué entre nous. Je l’ai cherché du regard, il m’a envahi d’une joie étrange, légère mais aussi d’une peur obscure tant j’ai eu de la peine à le cerner, à saisir son intention. Il s’est approché, je me suis approchée, on a échangé quelques mots, détachés. Je l’ai découvert par bribes, de manière un peu brutale. Une phrase, un élément, une pièce se sont ajoutées au puzzle puis les autres sont arrivés, toujours et partout les autres... Le temps n’a pas pu s'allonger, je n’ai pas pu m'extraire de ce cadre répétitif. La fin approche, je me sens fragile, je ne veux plus le voir.

L’ultime représentation démarre et enfin je l’évite, je ne l’attends plus. Durant l’entre-acte, je sors par une petite porte jamais empruntée et je fume tranquillement ma cigarette puis, j’entre dans le couloir, me retrouve face à lui, par surprise, sans arme. Dans un mouvement, mon corps est attiré, je me retiens, me recule et bégaye une phrase en réponse à une question. Je descends les escaliers amusée : « mais qu'a-t-il donc à m'aimanter ainsi, il me trouble, c'est incroyable, je ne peux rien y faire ?! »

La dernière séquence passe et c'est terminé, c'est la fin de moments éphémères mais intenses, de partage, d'émotions avec les autres mais aussi la fin du dehors, du dedans, du temps découpé en morceaux.

Je me rechange tranquillement dans la loge, range mes affaires et sors. Je sens l'air du printemps m'envahir, la lumière est belle, l'air est doux.

Une femme s'approche, je ne la connais pas. Elle est jolie, blonde, sophistiquée. Son visage est maquillé, ses ongles peints. Cette femme ne doit me ressembler en rien, à première vue pas de points communs mais elle a l'air sympathique. Nous engageons une vague conversation et elle me dit d'entrée : « je suis la femme du batteur ! ». Je souris intérieurement et me dis : « c'est les farces de la vie, t'as ton imagination qui divague, t'es incorrigible... ». C'est clair, je ne suis pas du tout le genre de cet homme, toujours aussi mystérieux, toujours aussi inconnu. Je me sens même un peu rustique.

Cette rencontre me sort soudainement de cet état étrange qui m'habite depuis quelques temps déjà.

Ils s'en vont. De loin, je regarde encore une fois sa démarche si singulière. Je me dis que, contre toute attente, j’ai au moins un point commun avec cette femme : nous avons été touchées toutes les deux par cet homme mais moi, je n'aurai pas l'occasion de le connaître davantage...

J’ai envie de marcher. Je me sens de nouveau légère, mon cerveau s'est apaisé comme fatigué par tout le bruit qui tourbillonnait dedans. La tension de la fin imminente qui s'approche, cette tension qui fait un peu mal mais qui est si palpitante s'est envolée.

Plus tard, je retrouve mon village aux rues désertes, ma maison. Je monte les escaliers, j’ouvre la porte, chevauche un amas de petites chaussures et reste un moment seule dans le noir. Je pense à la force qui attire, au désir qui attend, qui demande humblement, ironiquement, de lui prêter attention. De lui prêter quelques minutes – ici ou là – du temps qu'il reste à vivre...

Puis, j’entre doucement dans ma chambre, il dort. Ses lunettes rondes sont posées à côté du lit et sous les draps, je devine son corps mince, musclé. Ses cheveux blonds auréolent son sommeil paisible. Je le regarde tendrement et toute mon âme revient vers lui. Je l'aime tellement fort. Je l'embrasse : « Bonne nuit mon amour ».

PRIX

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Keith Simmonds · il y a
Une œuvre bien écrite et fascinante ! Mon vote !
Mon œuvre, “De l’autre côté de notre monde”, est en Finale pour la Matinale en cavale 2017. Une invitation à la lire et la soutenir si le cœur vous en dit ! Merci d’avance et bonne journée !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/de-l-autre-cote-de-notre-monde

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IB · il y a
on se laisse embarqué dans votre univers sensuel... Les questions suspendues, un parcours, un chemin de vie, des questions d'existence, d'amour, merci...
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Frédérique Lechat-Lechat · il y a
Texte à l'atmosphère onirique dans lequel l'héroïne semble tiraillée entre des pôles différents, voire contraires ... et finit par retrouver la paix de sa maison, de sa famille. Mon vote, très tardif !
Grâce à vous mon récit ferroviaire est en finale du printemps 2015. je vous en remercie. S'il trouve toujours grâce à vos yeux, http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/mort-dans-les-transports !

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