Extase in Jazz

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Bonjour, je suis comédien et metteur en scène de théâtre depuis une quarantaine d'années. Cela fait quelques années que j'ai "sauté le pas" vers l'écriture de pièces de théâtre et de  [+]

Elle n'aime pas le jazz. Vraiment pas. Pourtant, elle en entend depuis qu'elle est toute petite. Ses parents ont été de grands amateurs. D'ailleurs ses trois prénoms Betty, Shirley et Sarah sont un hommage à mesdames Carter, Horn et Vaughan.
Ses deux frères et sa sœur ont attrapé le '' virus jazz '' parental mais pas Betty. Elle n'y peut rien. Elle a bien essayé car voyant le plaisir, le bonheur et le ravissement que suscitait cette musique chez les membres de sa famille, elle s'est dit plusieurs fois : « Il faut que moi aussi je vive cette émotion. » Mais rien à faire, dès qu'elle entend une note de Jazz, quel qu'elle soit, la chair de poule prend possession de son épiderme, sa respiration devient courte et irrégulière...
Elle a donc renoncé et évite les endroits où cette musique se joue : club, boite, bien sûr concert. Avant d'accepter une invitation à une soirée, elle s'arrange pour savoir si les hôtes sont férus de jazz et si c'est le cas, elle trouve un prétexte pour ne pas aller à la soirée en question. Évidement dans ses rencontres avec les hommes, elle est très prudente et se garde d'avoir des relations avec des amateurs et à plus forte raison avec des musiciens de jazz. Mais on ne peut pas tout prévoir et parfois c'est tant mieux...
Comme souvent quand il faisait beau et qu'elle en avait le temps et l'envie, en cette fin de journée Betty se promène dans les allées d'un des parcs publics de la ville. Elle croise un homme qu'elle a d'ailleurs aperçu de loin et qu'elle trouve de belle apparence ! Arrivé à sa hauteur, il lui demande du feu. Betty dit qu'elle est désolée mais qu'elle ne fume pas.
« ― Il ne faut surtout pas être désolée ! Vous avez mille fois raison de ne pas fumer. » réplique le fumeur.
Il s'ensuit une conversation cordiale, tout d'abord en position debout puis en position assise sur un banc public du jardin public. Betty trouve ce fumeur fort sympathique. Elle va même jusqu'à penser qu'il pourrait être séduisant. Hélas, l'échange de paroles s'arrête assez rapidement car le fumeur doit aller à travailler. Betty s'interroge sur la nature de ce travail qui à priori s'exerce à partir du soir... Cependant, elle n'ose pas le demander à l’intéressé car elle estime qu'au stade fort initial de cette rencontre, cela pourrait passer pour de l'indiscrétion et il n'en est pas question. Quoiqu'il en soit après avoir échangé leur prénom et une bise amicale, il et elle prennent congé.
Betty rentre chez elle en s'avouant qu'elle aurait préféré ne pas finir cette soirée seule. Mais mi positive, mi fataliste, elle se dit que si il et elle doivent se revoir, cela se fera.
Les mois passent. Betty a quelques jours de congé. Elle choisit de les passer au calme dans un petit village de Haute Loire. Un jour qu’elle se promène dans la ville la plus proche de ce village, il lui semble apercevoir le fumeur au métier du soir avec qui qu’elle avait passé un moment dans un parc public. L’échange fut bref et chaste mais elle garde un bon souvenir de ce petit moment. Elle fait appel à sa mémoire pour se souvenir de son prénom mais en vain. Elle s’approche de lui malgré tout et le salue. Il marque un court instant d’étonnement puis la reconnaît en disant :
« ― Ah ! Betty ;, la non fumeuse du parc ! Ça alors, quelle surprise !! »
Effectivement aussi bien lui qu’elle ont un air surpris mais apparemment, tous deux semblent encore assez bienheureux de se revoir. Elle lui dit qu’elle prend quelques jours de repos dans un petit village pas loin d’ici. Il lui dit qu’il est venu dans cette ville pour travailler. Ainsi, elle se met alors à se remémorer qu’elle ne sait pas quelle activité il exerce si ce n’est qu’il peut travaillerle soir... comme lors de leur première rencontre. Elle se dit que cette fois, elle va le lui demander et elle le fait.
Celui-ci répond :
« ― Eh ! Bien Betty, je suis musicien ; »
À ces mots, le visage de la femme se crispe et blêmit. Elle parvient, cependant à articuler à travers des lèvres serrées par l’appréhension :
« ― De... de... Jazz ou bien... »
L’émission de ce mot par Betty déclenche chez le musicien un large sourire et ses pommettes se colorent de plaisir.
Il est à noter donc que Betty est fort pâle et le musicien vermeil. Ainsi le rouge et le blanc vont-ils s’épouser ou pour le moins se comprendre et s’accorder ? Attendons la suite...
Quoiqu’il en soit le musicien s’exclame sur un ton réjoui :
« ― Bravo ! s’exclame-t-il. Vous avez gagné, bien deviné. »
Betty doit s’asseoir sur un muret qui se trouve là fort à propos pour récupérer.
Elle reprend son souffle et lui dit avec regret mais avec résolution :
« ― Je suis profondément désolée de ma réaction mais je n’y peux rien, je suis carrément allergique au jazz. »
Cette information n’attriste nullement le musicien que ces retrouvailles inattendues mais souhaitées a mis dans une bonne humeur pratiquement inaltérable. Très enjoué, il lui déclare : 
« Oh ! Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine. !!! »
Elle ne peut rire mais la découverte de son métier ne l’empêche pas d’être très attirée par le musicien et elle n’a vraiment pas envie que cette rencontre se termine aussi rapidement que celle dans le parc. Elle prend son courage à deux mains et la parole :
« ― Écoutez, je n’y vais pas par quatre chemins: La première rencontre bien que ultra rapide et laconique m’a pourtant laissé un fort bon souvenir et vous me plaisez.
― Pas par quatre chemins, non plus, vous me plaisez aussi, répond le musicien.
— Parfait, enfin presque car je vous répète que je ne supporte pas le jazz ! Déclare Betty.
À ces propos, le musicien déclare à son tour :
« — D’une part, je ne vous oblige pas à assister au concert auquel je participe ce soir. D ‘autre part, si vous en êtes d’accord, je vous propose de nous retrouver après le concert. »
Betty hésite bien sûr puis décide d’accepter pensant que ce sera peut-être que pour un soir et puis voilà.....
Il lui donne l’adresse où il loge et lui dit “à tout à l’heure” avec un sourire charmeur voire plus....
Pendant le concert, Betty va attendre dans un endroit le plus éloigné possible du concert pour ne pas risquer d’entendre un seule note de cette musique. Lorsque l’heure du rendez-vous arrive, elle attend encore une demi-heure pour être sûre que le concert est tout à fait fini et que son oreille n’accrochera pas la plus petite parcelle de ce son quasi diabolique pour elle.
Le moment venu, elle trouve l’adresse sans problème. Le musicien l’accueille fort chaleureusement. Il et elle partagent un repas bien agréable en devisant tout aussi agréablement. Il et elle sont attirés réciproquement l’un par l’autre et l’une par l’autre, ce qui est toujours préférable pour qu’une soirée à deux soit plaisante. Les corps se rapprochent, les caresses commencent à s’échanger. Il et elle s’embrassent.
Le musicien a disposé la télécommande de la chaîne hifi sous un coussin du canapé où il et elle sont installés à présent. Il libère astucieusement l’une de ses main pour pouvoir faire démarrer en sourdine, à peine perceptible, l’enregistrement du concert qui a eu lieu un peu plus tôt dans la soirée.
Les caresses deviennent plus sensuelles, les baisers plus fervents. Betty prend un très grand plaisir à ce dialogue charnel. Grâce aux pressions discrètes et habiles qu’exerce le musicien sur la télécommande, l’ambiance jazz est de plus en plus présente et aussi surprenant que cela puisse paraître, le plaisir de Betty s’intensifie. En effet, elle n’a jamais connu un plaisir aussi puissant. Le paroxysme de l’orgasme est atteint avec une amplitude jusqu’alors inconnue pour Betty. Et pourtant, et pourtant le concert “jazzistique” a envahit la pièce.
Le musicien baisse progressivement le son et Betty retrouve une sérénité calme et voluptueuse.
Son partenaire lui murmure :
« Tu vois jazz et extase vont très bien ensemble.... ! »
Betty se contente de l’embrasser tendrement et de rester blottie contre lui.
Pendant tout le séjour, il et elle se revoient et à chaque fois, la sensualité, le plaisir, la volupté, l’extase et le jazz sont là.
Depuis, il et elle ne se sont plus quittés. Elle est devenu une “ mordue” de jazz, elle s’est mise à la clarinette. Elle accompagne le musicien à tous ses concerts .
Évidemment, il et elle ne ratent sous aucun prétexte les manifestations de jazz qui ont lieu dans la ville de Haute Loire où leur histoire a vraiment commencé et où Betty s’est réconcilié avec le Jazz jusqu’à l’extase.

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