Evasions réussies?

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Photo du médaillon (mal centrée). Hôtel de l'Alfonce, Pézenas. 8 septembre 1655. Mon premier voyage temporel réussi. J'ai rendez-vous avec Molière. En l'attendant, je tente de soulever une  [+]

[J'ai tenté d'utiliser la contrainte oulipienne « du prisonnier ». Je l'explique à la fin du texte.]


1/...sur une eau sans un ris, marc se sauve.
... sa main serre un aviron.
... son évasion sera réussie si...
mais ce souvenir en son crâne sans cesse se ressasse:

2/ Voici l'abbé Baria.
emmuré, comme marc, un abbé- Baria- a murmuré à son voisin:
" ce soir, un barreau sera scié; suivez ce mur, vous arriverez à une barcasse aux avirons en bon bois; ramez; ma barcasse vous mènera sur une rive où vous serez sauvé."

3/... Marc va céder?
sa barcasse a abordé vers un roc; assise au-dessus, une sirène de rêve demande à marc:
" céderez -vous à une dame divine, à ses émois amoureux?"
marc, un mec ordinaire, décide d'obéir à sa sirène adorée:
"embrassons-nous, caressons-nous, baisons comme un dieu avec sa déesse."

4/ Effrayé? non.
ses amours consommées, un doux somme s'annonce... soudain, marc se redresse: un fer se referme sur sa main désormais fixée à un fourneau suédois en fonte massive.
au cours du dodo de marc, sirène, dévouée aux ennemis, a faxé:
" évadé endormi, accourez!"

5/ Un geai dégage Marc.
marc de se morfondre, de geindre dans sa géhenne car une garde ennemie, aidée d'une sirène sans cœur a décidé sa fin.
son évasion condamne marc à ce barbare engin: une roue rugueuse.
dame geai, bavarde, mais une once magicienne, annonce à Baria:
"marc enfermé demande aide. »
L'abbé Baria a des amis sûrs au fond des bois des environs. robin-wood commande seize baroudeurs. Grâce à dame geai, un message arrive à sa base.
Une armée de "robineux" va fondre sur un ennemi couard, inférieur en nombre.

6/ A vos haches!
Des arcs, des haches, de grosses massues... avec ces armes, une escouade de héros sauve marc, se débarrasse de ses gardiens: un maigre essaim de six a fui; un froussard a crié: "camarade, camarade!" , a remis ses armes; un dernier, affaissé, ses mains croisés au-dessus de son crâne, a demandé grâce.
robin arrive avec sirène:
"sera-ce à ce beau bébé de subir une fin sans honneur?
- madame sera rouée, madame sera rouée, fredonne sur un air connu un des baroudeurs.
Encore amoureux, marc refuse:
"sirène sera mienne...devenue ma serve, sirène devra devancer mes moindres désirs..."

7/ Jou, ma sirène
sombre fin de journée :" Jou" (sirène se nomme ainsi) a décidé de rejoindre dieux, déesses, héros de sa jeunesse: Jason, Josué, Jérémie... un rasoir viendra à son aide.
marc admire encore une fois ces cheveux noirs, ce cou, ces seins, ces cuisses, ces jambes en fuseau. Marc verse sa rosée sur son rêve évanoui.
on descend sirène dans sa dernière demeure; un marbre veiné recouvre un fin gravier rose.
sur ce marbre, marc fera graver:

Ici a sombré dans un somme glacé
"Jou", ma sirène.

8/ En cas de...
marc désire rejoindre sa famille, sa femme, ses vrais amis..."Adieu sirène, je navigue à nouveau mais je garderai dans mon cœur l'image d'un fugace bonheur ".
Derrière sa barcasse, à six brasses, marc devine un K.
(marc a dévoré à seize ans les œuvres de Dino Buzza...Buzza...mais ce nom d'écrivain connu a fui ma mémoire usée); un K annonce des visions dignes du diable, des cauchemars kafkaïens:
« Je me vois à Kobe, au Japon; un ancien kamikaze en kimono kaki m'arrose de kérosène...en feu, marc...je me consume sans fin. »

9/ Aile, enfin.
L'abbé Baria , délivré lui aussi grâce aux commandos de robin-wood, croise marc sur son chemin; marc s'adresse à lui:
- Ave, abbé Baria, je...
Aussi sec, l'abbé corrige:
- Je ne suis ni Baria , ni Maria, mais Faria. A cause de l'air glacial de ma cellule, je me suis enrhumé. J'ai dû vous dire mon nom de manière erronée. Alors, ouvrez bien vos oreilles: je suis l'abbé Faria, avec un F comme François.
-D'accord, l'abbé...célébrons ensemble nos évasions.
marc narre:
" Je mis alors sous le nez de Faria un gros cruchon de gin. Aïe, l'abbé se saoule, abandonne sa réserve, me confie:
- Dans une île connue de moi seul, j'ai dissimulé, voilà des années, un grand nombre de coffres. chacun déborde d'or, de bijoux, de colliers, de diadèmes..."
Il me relève sur une feuille le lieu où sommeille l'ensemble de ces richesses.
Enfin, il s'effondre sur sa couche. Il sera là, à cuver son alcool de nombreuses heures.
J'abandonne Faria à sa griserie, je laisse ma barcasse. Je choisis son voilier. Je le lui rendrai...dans un mois, dans un an."

10/Espoir de paix
Je navigue depuis plusieurs jours. Une brise agréable gonfle mes voiles. Je me dirige vers une île.
Mon navire s' immobilise dans une anse. Je lance l'ancre puis rejoins le rivage à la nage.
Là-bas, à une lieue du bord, ça ressemble à une caverne.
Bizarre, ces signes sur la paroi: six cibiches dessinées...six cibiches, ça sonne mal. Alors, six clopes?
J'ai deviné: la caverne, une cache de voleurs, de receleurs !
Soudain derrière mon dos, ce cri:
" Eh là, cessez de bouger!"
Un gamin, un bandeau sur l’œil, dirige vers moi son fusil. Il me demande:
" vous cherchez?"
Je lui parle de mon évasion. Il me regarde incrédule, il semble se méfier.
"Venez!" Il m'oblige à le suivre dans la caverne.
A nouveau aux fers, le sieur Marc! Le lendemain, le gamin au bandeau, accompagné de deux complices amène plusieurs brebis -volées, ça va sans dire-.
On me donne à boire, à manger, mais je suis comme scellé au rocher. Je force sur l'anneau...rien! Je recommence au maximum de ma puissance musculaire. Hourra, l'anneau cède.
Le gamin borgne, allongé sur le dos semble assoupi. Je prends du poivre, je m'approche à pas de loups de mon geôlier. Il remue, cherche à se lever. Je lance sur son seul œil le plus de poivre possible. Il hurle, appelle ses amis à l'aide. Je me glisse sous les brebis, je réussis à m'éloigner de la
caverne, à rejoindre mon voilier, à regagner la pleine mer.

11/ Coups de pieds au cul
Cap sur l'île de Faria. A force d'exercices, je sais enfin naviguer. Je découvre une île qui ne figure sur aucune mappe.
Je m'empare de l'or, des bijoux, mais que faire d'une incalculable richesse?
Je pourrais changer de nom, me venger, punir un à un les responsables de mon malheur (mais qui me rendra ces années perdues, passées en prison dans une cellule immonde.)
Non, je n'ai pas de rancune. Je ferai un don à la recherche médicale, mais je garderai un peu de sous pour moi (un gros peu, pour mes vieux jours), un peu pour Faria.

Me voici sur le lieu de ma naissance où j'espère revoir, après onze années d'absence, ma femme, mon fils, mon chien.
J'arrive; mon chien aboie. Il m'a reconnu! Un groupe d'anciens copains espère prendre ma place auprès de ma femme, me rendre cocu.
Je surgis. A coups de pieds au cul, je chasse ces faux amis.
Je serre enfin dans mes bras ma fidèle épouse, mon fils chéri.

12/ Eté au harem d'Archimède
Prendre de vraies vacances, en famille.
C'est l'été....Nous partons tous, mon fils Télémaque, ma femme mon chien et moi en thalasso du côté de Tunis. L'après-midi, nous visitons les souks, buvons tous les thés: nature, à la menthe, verts, blancs, rouges, au gingembre etc.
Le propriétaire du salon prétend que son bâtiment a été construit sur les ruines d'une antique maison romaine habitée au temps des guerres puniques par un certain Archimède.
Ensuite, à l'époque des beys, Hussein le magnifique a réquisitionné cette splendide demeure pour abriter les plus belles femmes de son harem ( 365, autant que le nombre de jours du calendrier des infidèles. Chaque soir, une nouvelle compagne l'accompagnait dans sa couche, mais les années
bissextiles, Hussein acceptait une nuit d'abstinence).
Nous passâmes d'excellentes vacances. Faria nous rejoignit. Nous fîmes ensemble quelques beuveries mémorables avec force whisky. Pour finir nous achetâmes des produits typiques et
de belles cartes postales que nous envoyâmes à des amis égyptiens habitant Annecy.

Addenda
L'abbé Faria, à la suite d'un différend avec Marc sur le partage du trésor, accepta de se confier à une journaliste de GALA.
Il affirme que Marc a été enfermé dans un cachot de l’îlot d'If, non pas à cause d'une dénonciation, mais parce qu'il était atteint d'une affection rare, qu'on pensait incurable et peut-être contagieuse: la lipogrammanie évolutive.
Sans raison apparente, il supprimait de ses écrits certaines lettres:
b,d,f,g,h,j,k,l,p,q,t,y, donc celles qui dépassaient au-dessus ou en-dessous, comme si ces deux barreaux de prison - la ligne et l'interligne- n'acceptaient que les lettres tenant à l'intérieur.
Mais les lettres exclues se virent à nouveau utilisées, une à une, et dans l'ordre alphabétique, à mesure que l'ex-prisonnier reprenait goût à la liberté.
Au moment des retrouvailles à Tunis, il avait recouvré l'usage intégral de l'alphabet, pourtant Faria n'osait affirmer que Marc était définitivement guéri.


Notes sur le lipogramme:

1/ Contrainte totalement respectée: seules sont utilisées les lettres "prisonnières" : a,c,e,i,m,n,o,r,s,u,v,w,x,z.
2/Retour du b
3/ du d
4/ du f
5/ du g
6/ du h
7/ du j
8/ du k
9/ du l
10/ du p
11/ du q
12/ du t et du y

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