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Espoir

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Alexo

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A cet instant, je levai les yeux. La tristesse emmagasinée par les nuages était sur le point de
s'épandre sur l'avenir de Gorée. Le crépitement des pensées laissait transparaître des cris et
des hurlements atroces. La belle étendue au goût de sel épicé, revêt aujourd'hui, l’aspect
d’un fétiche assoiffé de sang africain. Cet enchevêtrement de bois, amenuisé par l’action de
termites, ne sait où donner du cap. Tant malmené par ce cocktail méditerranéen aux allures
de terreur. L’angoisse est à son pic. C’est donc à ça que ressemble la mort? Si douloureux est
ce mélange d’amertume et de peur. Soudain, Un ‘’CRACK’’ et Nous fûmes dare-dare extirpés
de notre caduc confort. C’est la panique! Femmes et hommes se renient mutuellement dans
l’espoir de sauver chacun sa vie. Je les vois, par centaines, s'en aller. Leur espoir
disparaissant dans les profondeurs. Ils s’accrochent désespérément à cet ultime faisceau de
lumière. Mais le maitre, une fois de plus, c’est lui, ténèbres. J’ai le corps, l’âme et l’esprit
affligés. Le souvenir de mon enfance à Gorée, se morfond pour triompher de l’assaut
impétueux de vagues d'effroi. Quel regrettable destin! Si seulement...
Mon fils, là-bas c’est le pays des blancs. Mon fils, là-bas pas ne connaitre souffrance. Telles
étaient les phrases, toutes les nuits, citées par mon père. Oui telles étaient les mélodies sur
lesquelles zeynab et moi fermions les paupières. Aujourd’hui, papa n’est plus. Mort de
pauvreté, il me laissa comme héritage que la lourde tâche de chef de famille. Ramener du
pain pour cette famille s’avère laborieux. Mes épaules furent trop fébriles pour encaisser le
coup. Nous dûmes passer des jours et des jours le ventre vide. Obnubilé, L’inquiétude mis à
nu par les larmes de maman m'empêchait de trouver le sommeil. Le bruit des vagues
commençait à se faire entendre. Il me devait de réagir. Jusque-là, je n’ai vécu qu’avec la foi,
jusque-là, je n’ai eu que comme compagnon, ESPOIR. Aujourd’hui, la foi et ESPOIR ne
suffissent plus. Il me faut de nouveaux compagnons, j’ai besoin de gaité, j’ai besoin d’argent,
j’ai besoin du sourire de maman. Mon fils, là-bas c’est le pays des blancs. Mon fils, là-bas ne
pas connaitre souffrance. Me remémorant ces vers, je décidai de partir. Traverser la mer
pour offrir le pain à ma famille. Partir à la conquête de cette lampe qui égaierait l'Africain en
éclairant sa misère. Il me devait de partir, pour ne pas que les derniers N’Dyaye ne soient
décimés par la Malaria ou Ebola. Il était impératif de fuir la guerre, l’échec et la faim. Fuir ce
système nauséabond imposé par ces bureaucrates. A moi tout seul je n’ai plus de valeur. Il
me devait d’exprimer sur d’autres cieux ce talent que Gorée refusait d’apprécier. Ce que je
voulais, c’était de ne plus quémander la chance. Car la chance, il m’en fallait pour traverser
cette étendue. Fils de pêcheur, j’avais en moi toutes les qualités. Seul me manquait l’argent
pour m’offrir une place dans l’une des pirogues d’Aboudramane. Réputé, il assurait la
traversée tel un Dieu. Il était, comme moi, fils de pêcheur. Le prochain départ était dans trois
semaines, le 4 avril, jour de fête nationale. Comment trouver un demi-million de francs? Moi
dont les bancs du secondaire n’avaient eu à supporter le derrière. C’était le début d’une
grande lutte. Je donnai de ma personne comme jamais je ne l’avais fait. Plus aucun métier
ne me paraissait sot. De toute façon, j’étais fils de pêcheur. C’est ainsi que de pêcheur à
artisan, le pays des blancs se rapprochait de moi à pas de lutteur de Gorée. J’étais enfin prêtà prendre le large, je savourais ces derniers instants sur la côte de l’impossibilité.
Malheureusement, s’invita un vent de crainte qui se propagea à travers mes pensées. Je me
sentais déjà seul sans maman et zeynab. L’idée d’abandonner zeynab en sachant que les
proxénètes accourraient de plus en plus vers Gorée me tétanisa l’esprit. J’étais apeurés,
était-ce la solution de faire ce voyage, risquer ma vie et ne plus les revoir? À cet
attroupement de pensées dans mon esprit, s’invita un vieux compagnon ESPOIR. Celui grâce
à qui j’ai pu traverser cet enchainement de journées asséchées. Il me consola, me berça et
me dit: «tu es proche, AMINE, pas besoin de t’en aller, cette issue est fictive et périssable.
Donnes-moi cet argent je ferai de toi un héros. Tu es débordant d’énergie et d’assurance, il
me manquait cet argent gagné honnêtement pour te hisser au sommet. S’il te plait, ne t’en
vas pas, j’essuierai à moi tout seul les larmes de maman». Plongé dans le doute, ces paroles
me transcendèrent le fond de l’âme. Je voulu tout arrêter mais les larmes de maman au
coucher, ce jour-là étaient plus fortes que d’habitude. Je dus la réconforter et me résigner à
lui expliquer mon plan. Elle avait peur mais comprit l’impérativité et la nécessité de ce projet.
Elle me chanta donc, d’éloquentes bénédictions.
Enfin, le grand jour. Je ne pu trouver le sommeil cette nuit-là. Le soleil reprenait
progressivement le dessus dans sa lutte avec l’obscurité. Le départ est programmé pour peu
avant le chant du coq le plus noctambule de Gorée. Nous pouvions voir les premières
bannières aux couleurs du Sénégal sur les façades des maisons. Il s’installait au fil de l’eau
une ambiance festive qui ne semblait guère nous intéresser. Les valeureux soldats étaient
prêts à embarquer. Nous étions des centaines. La tension était telle que les hurlements des
plus petits passaient inaperçus. Nous étions mortifiés, engourdis par la hauteur du mur qui
se dressait devant nous. Troubler par la similitude des chemins à emprunter. S’en aller, en
effet, paraissait suicidaire, mais rester c’était évidemment périr. Alors, plutôt que dans nos
yeux luisent des lueurs d’espoir, nous revêtions tous des masques de personnes
condamnées à la peine éternelle.
C’est le départ. Nous sommes trop à l’étroit dans cette pirogue d’infortune. Les plus faibles
sont poussés à abandonner. La tension monte, cris, pleures de tous les côtés. Le fait d’être
recalé représente la chute d’un rêve, l’évanouissement d’une destinée. ESPOIR essaya de me
retenir, mais j’étais déjà engagé, la case départ n’était plus envisageable. Le pays des blancs
reconnaitra ma valeur. La rive disparaissait petit à petit de l’horizon, ce fut la première
semaine. En ce moment, j’étais tout seul, mon compagnon ESPOIR avait complètement
disparu. Seules mes pensées me permettaient de tenir le coup. Une pensée par moment
pour zeynab une autre pour maman. Les larmes elles, ne pouvaient s’empêcher de se
répandent. La réalité est plus amère que les pensées. Aboudramane lui-même perdait, par
moment, son calme. Les gémissements des malades agonisant l’agaçaient. Les plus
déshydratés étaient balancés par-dessus bord. La peur nous envahîmes, nous voulions tous,
à cet instant, revenir sur nos pas. Mais Gorée était déjà loin de deux semaines. Les maux
pour lesquelles nous décidâmes de prendre le large nous suivirent jusqu’ici. Les pertes en
vies humaines s’accumulaient. Je réalisais ma bêtise. ESPOIR de retour me dit: «en vous,coule le sang du héros de Kirina. En vous, coule le sang des héros des révolutions, ils vous
ont offert des terres, vous auriez dû vous battre pour le pain et moi ESPOIR je vous aurais
donné le miel. Et maintenant, le sang de l’Afrique se noie, je n’ai personne pour la révolte,
pauvres filles et fils de légendes AFRICAINES». Je plongeai dans une atroce tristesse, j’aurais
voulu le serrer dans mes bras. Mais trop tard, il était reparti. Non ESPOIR Pourquoi t’en-
prends-tu à moi? Tu étais avec moi quand mon père me chantait ses macabres mélodies,
qu’as-tu fais pour l’en empêcher? Tu étais la quand la pauvreté lui arrachait le souffle, quand
je devais sacrifier mes études pour qu’on ait à manger, qu’as-tu fait? Tu es également resté
muet quand Ebola et la Malaria décimaient les N’Dyaye. Aujourd’hui, je veux m’en aller tu
me fais la morale. Hélas, Je n’ai plus besoin de toi, j’ai besoin d’argent, j’ai besoin du sourire
de maman. Je criais et me débattais avec tellement de vigueur qu’ils m’auraient jeté à la mer
n’eut été l’intervention d’Aboudramane... Nous avions tous perdu la notion du temps. Pour
des soucis mécaniques, la pirogue était maintenant dirigée par le vent. Tantôt le cap était en
direction de l’Italie, tantôt en direction de l’Espagne et tantôt en direction de Gorée. Gorée
qui me manquait tant. Zeynab, maman que deviendront-elles sans moi?
... A cet instant, je levai les yeux(...) quel regrettable destin! Si seulement mon gouvernement
m’avait assisté durant mes moments de tristesse, si nos secteurs d’activités avaient été
valorisés. Si l’éducation avait été obligatoire depuis l’époque de mon père je n’aurais pas fini
si tristement. Oui, si nos bureaucrates avaient financé nos projets plutôt que de se les
accaparer, s’ils avaient dépensé plus d’argent dans la salubrité que dans l’armement, les
N’Dyaye seraient encore là par centaines. Quant à moi, si j’avais écouté ce vieil ami ESPOIR.
Si j’avais valorisé mon sang, ma culture, je ne serais pas entrain de m’accrocher à ces vagues.
Piétinant mes frères pour sauver ma vie. Si j’avais affronté mon destin là-bas a Gorée. Cette
belle étendue ne serait aujourd’hui pas traitée de meurtrière. Si j’avais suffisamment
considéré mère nature, je ne l’aurais pas défiée dans ce confort d’effroi. Mon manque de
solidarité à ma race a détruit son image. Mes derniers mots sont à toi zeynab «notre sang
est sacré. Notre endurance, nos valeurs sont ce qui nous détermine. Laisse-toi guider par
espoir pour redonner le sourire à maman. Mère nature est à la fois douce et taciturne, il est
préférable de l’avoir à ses côtés et ne jamais oser la défier. Daigne éteindre la télévision, ce
rêve qui nous est vanté n’est que le reflet de notre richesse. Aujourd’hui c’est toi l’avenir de
Gorée. Veilles à rallumer la flamme, que l’ignorance a éteinte» ESPOIR, où es-tu? Je suis un
lâche pour ma couleur, une honte pour Gorée. Et Je tache de cette lâcheté toute l’Afrique.
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