Erasmus ou Magellan chez les sorciers

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Née d'une mère flamande et d’un père grison, mon cœur et ma plume oscillent entre bords de mer et forêts mystérieuses. Mi moule, mi ourse donc, avec ce brin de folie qui me demande d’écire  [+]

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« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises ! », je repose délicatement ma baguette à côté, en tremblant un peu, et lorsque mes yeux se reposent sur la carte, mon sang ne fait qu’un tour : « Il est là ! », me dis-je, surexcitée. « Olala, continue-je dans ma tête en tentant vainement de garder mon air imperturbable d'ado blasé, c’est incroyable, cette carte fonctionne vraiment bien !»

Dans le monde des Moldus, monde auquel j'ai appartenu durant la majorité de ma vie, j’aurais simplement pu tracer son smartphone avec une bonne vieille application, mais là, vraiment, je suis soufflée et c’est encore plus cool.
« Mais qui es-tu ? » Me demanda-t-on dans un français pas très français. Je lève les yeux et je vois qu’une sorcière tout de vert vêtue, âgée de seize ou dix-sept ans partage ma table pour le petit déjeuner.

"Moi ? Oui, pardon, alors je pourrais commencer par présenter en fait... Je suis Mélanine et, contrairement à ce que mon prénom laisserait supposer, je suis plutôt du genre blanchâtre comme tu peux le constater. Si je reste ne serait-ce que trois minutes au soleil je vire quasi instantanément au rose-cochon-de-lait-pas-du-tout-sexy -mais alors, pas du tout. » La jeune sorcière rondouillette me dévisage.

« Et voilà je me remets à parler trop vite et je perds l'auditeur en moins de vingt secondes... Bravo Mélanine ! » pensais-je en contemplant sa bouche légèrement ouverte.

J’inspire profondément, et je décide de calmer le rythme. Je reprends le plus calmement possible : « Je viens d’une école de sorcellerie en Suisse, basée à Grindelwald, et non, je te vois déjà venir avec ta question, ça n’est pas hyper commode d’apprendre à jeter des sorts en suisse-allemand ».

Elle continue de me dévisager. « C'est peut-être le mot suisse-allemand qu'elle n'a pas compris... ? », me dis-je. Je me décide à poursuivre tout de même en expliquant un peu le cas suisse, peut-être que ça l’intéresse, qui sait ? :

"Je ne sais pas si tu es au courant, mais la Suisse, autant minuscule soit-elle, compte quatre langues nationales - je lui montre aussitôt quatre doigts (dans ma tête je me dis que ce geste était vraiment inutile car si elle suit ma conversation, le chiffre 4 ne lui poserait aucun problème de compréhension... Et quasi instantanément une autre pensée surgit, la voix de ma mère cette fois-ci : « sois plus douce avec toi-même, personne ne te juge comme tu le fais. »).

Quelques millisecondes se sont écoulées sans que mon interlocutrice ne bouge d’un sourcil. « Ouf, elle n’a pas encore remarqué que je suis un poil hyperactive en fait », me murmurais-je avant de continuer :

« Et la langue dominante est donc, malheureusement pour moi, le suisse allemand. Tu vois, comme tout l’écolage est dans cette langue, ce qui est certes très utile pour le dressage de dragons, nous autres les francophones et les italophones, nous peinons tout de même deux bonnes années avant de comprendre la moitié de ce que nos professeurs nous enseignent. Nous finissions souvent les cours égratignés, brûlés légèrement, des fois humiliés aussi, avec des coupes de cheveux dignes des plus grands défilés de mode s’inspirant du cubisme. C’est dommage car le pays n’a, paraît-il, pas le budget - oui je te parle budget à 7:44 et j’en suis désolée, pour ouvrir d’autres écoles afin que les sorciers suisses qui n’ont pas eu la chance de naître du bon côté de la Sarine puissent accéder à un enseignement dans leur langue. »

Je la vois retrousser le nez. « Aurait-elle cru que je lui parle de narine ? » Pensais-je en souriant, et je repars dans un dialogue intérieur instantanément : Au fond, si je suis totalement honnête, je n'ai aucune idée non plus des cours d'eau anglais... Mon récit est sûrement trop détaillé. Je me surprends ensuite à penser qu'elle va sûrement bientôt perdre patience et quitter la table car mon histoire n'est pas des plus palpitante. Je resserre la carte du Maraudeur entre mes mains, trahissant un stress qui est de ne me faire aucun ami ici.

Le cœur battant un tout petit peu plus vite désormais, je me ressaisi et continue : « Nous, les non suisse-allemands, n’avons pas de très bonnes notes non plus, même si nous travaillons d’arrachepied pour passer tous les examens. Et ces helvètes germanophones manquent d’indulgence, si tu veux mon avis, ils n’ont aucune pitié pour les étudiants à la traine. Cette dureté se fait sentir d’autant plus sentir si nous sommes romands ou tessinois, crois-moi. »

Et là je me dis qu’il manque quelque chose à mon histoire en repensant au geste futile fait de mes quatre doigts, concernant les langues nationales : « Il existe encore une quatrième région linguistique en Suisse, dans le fin fond des Grisons, où les gens parlent le romanche, mais à ce qu’on dit, le dernier villageois qui parlait cette langue fut dévoré l’été passé par un ours alors qu’il pendait son linge (le villageois, pas l’ours). Je n’ai donc pas de collègues qui parlent romanche à L’Edelweiss Riechend Berg de Grindelwald.

« L’Edelweiss Riechend Berg de Grindelwald... C’est like Hogwart?» me demande la jeune sorcière finalement intriguée par mon récit - ou par mon énergie étrange, me dis-je.

« Yes, exactement ! En français, nous disons Poudlard, c’est marrant, n’est-ce pas ? » Je me dis que je peux continuer l’explication encore un peu : « Histoire de me mettre encore plus les suisse-allemands à dos, je suis issue de parents habitant Orbe et totalement Moldus, pour dire, ma mère travaille comme caissière à la Migros et mon père est conseillé en assurance à la Vaudoise ! Je vois la sorcière habillée de vert – on dirait une grenouille en fait, écarquiller les yeux, et reposer sa fourchette.

Je poursuis : « La Migros c’est là qu’on achète notre nourriture principalement, c’est comme un centre commercial... Et la Vaudoise, comment t’expliquer ça ? Imagine que je te demande de me prêter ton nouveau balai, je la vois aussitôt se tourner vers son magnifique « Outrage Voyage » comme pour le saisir. « Non, non », dis-je en riant, c’est à titre d’exemple ! Je ne veux pas te l’emprunter, surtout que je pourrais réellement le réduire au stade de cure-dent ! C’est pour t’expliquer que si je t’emprunte ton balai et que je le casse, comme j’ai au préalable souscrit une assurance auprès de mon père, eh bien celle-ci te remboursera ton balai. En échange je paie un montant par année pour être couverte de mes bêtises éventuelles, tu comprends ? Elle fit non de la tête.

« Hum eh bien... pas grave, finalement les assurances c’est comme les budgets : ce n’est jamais le moment d’en parler. », lui répondis-je.

« Et donc, je n’ai appris qu’à mes 15 ans que j’étais une sorcière », continuais-je pour me présenter. J’ai dû rattraper quatre ans de sorcellerie (et voilà que je remontre mes doigts, mais bon sang, ça n’est pas possible !), durant les soirées, les congés, les weekends et les vacances pour être à niveau aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, moi, Mélanine je suis en programme d’échange Magellan à Poudlard pour parfaire mon anglais et aussi découvrir une la culture britannique ». Je vois la sorcière s’illuminer, je crois qu’elle a enfin compris quelque chose à mon charabia.

Je poursuis, ravie de constater que le lien se crée : « Lorsque j’ai su que j’étais acceptée – et je te le confirme, nous sommes en face d’un réel miracle, - toutes les notes incluant de l’oral étaient sous la moyenne requise – j’ai sauté au cou de tous les collègues qui croisaient ma route durant deux jours ». Et là, je me surprends à lui sauter au cou en hurlant « Total Krass », entendant au loin une tasse s’écraser violemment au sol. Toutes les têtes sont tournées vers moi :

« Pardon, je crois que j’ai trop de joie en moi à l’idée d’être ici... »
La jeune sorcière se masse légèrement le cou, je m’excuse encore trois fois, (une fois en français et deux fois en anglais), et cette fois, je vois qu’elle repousse son assiette devant elle : ça y est, elle va partir, je ressens l’abandon au fond de mes tripes, comme ce jour où je me suis retrouvée arrachée à mes parents, pour aller chez une vieille tante suisse allemande lorsque j’avais sept ans.

Je jette un bref coup d’œil à la carte de Maraudeur et je vois qu’il a disparu. La sorcière me regarde l’ai complètement ébahi.

« Ah ça ? », dis-je en remuant la carte sous son nez, manquant de justesse le pot de confiture d’abricot, « c’est la copie de la carte du Maraudeur, je te rassure ce n’est pas l’originale ! Tu ne savais pas que nous pouvions les obtenir pour ici ? » J’ajoute fièrement : « C’est un site Internet suisse en fait, il propose les cartes pour chaque école du monde, et je trouve que c’est vachement pratique, surtout pour s’y retrouver dans le bâtiment. »

« Si tu veux, je t’en commande une volontiers, ça me fait plaisir de faire plaisir, comme on dit ! », lui dis-je en riant.

Et je continue mon speech de présentation : « Je terminerai donc, si tout va bien, mon cursus à la fin de cette l’année, si je passe tous les examens ici, en Angleterre, pour être officiellement diplômée du L’Edelweiss Riechend Berg de Grindelwald, avec option Magellan à Poudlard, et ainsi je pourrai continuer ma formation de sorcellerie dans les grandes universités du monde entier ».

La sorcière me tend la main, me coupant dans mon récit : « Je suis Sirena Wallace, from Slytherin. Et oui, cela ferait très plaisir de recevoir un carte de cette sorte ! » Son accent est vraiment délicieux, pensais-je.

« Et qui suivais-tu sur le carte ? » me demande-t-elle.

« James Sirius Potter, voyons ! » répondis-je un peu trop énergiquement à nouveau.

« Ah mais tu n’as pas besoin de tout cela ! » me dit-elle en riant. « Come on, je vais t’introduire à lui, il répare les balais durant les pauses, continue-t-elle en s’emparant de son « Outrage Voyage ». Tu n’as qu’à lui parler de Vausoise... »

Finalement elle a compris beaucoup plus de chose que ce qu’elle ne laissait paraitre, la Serpentarde, me dis-je en répétant « Vaaaausooooise » dans ma tête, en imitant son accent suave.

« Méfait accompli » me dis-je en riant, et fourrant ma carte du Maraudeur dans mon sac.
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Image de Alex Des
Alex Des · il y a
Pauvre villageois romanche...Moi qui pensais que les Suisses parlaient lentement, voici une apprentie sorcière qui défie les stéréotypes :)
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Potter · il y a
J'ai vraiment bien aimé bravo ! Tu as mon vote !
Si tu veux voir ma nouvelle :
Neville mène la résistance à Poudlard

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Fawn Renosterveld · il y a
Merco! je vais y jeter un oeil alors!