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Enzo déménage

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Mememomo

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Enzo est de très méchante humeur : papa et maman ont décidé de déménager dans une autre ville et ce n’est pas drôle.
- Non, répète Enzo, Ce n’est pas drôle de quitter mes copains et, surtout, Julia, ma petite amie. Ce n’est pas drôle de quitter Tatie qui me garde le soir et le mercredi, ce n’est pas drôle de quitter ma maîtresse qui m’a appris à faire de si jolis dessins. Et la musique ! Je veux continuer à jouer de la musique !
-Ce n’est pas très grave, dit papa. Des copains, tu t’en feras plein d’autres. Et ta prochaine maîtresse sera sûrement très gentille aussi.
-Ce n’est pas très grave, dit maman, D’ailleurs, quand nous arriverons, ce sera ton anniversaire : nous ferons une super fête.
Une fête ? Enzo adore les fêtes mais c’est beaucoup mieux si on invite des enfants qu’on connaît. On va inviter qui à la super fête de son anniversaire puisqu’on ne peut pas emmener les copains ? Et Julia ? Elle va lui en vouloir s’il fait la fête sans elle.
-Mais non, dit Maman. Tu lui enverras des dessins et des photos. L’an prochain, tu apprendras à lire : tu lui écriras des lettres pour tout lui raconter.
Enzo n’est pas rassuré pour autant. D’abord, entrer à la grande école, il n’est pas sûr que ce soit une très bonne idée. A la maternelle, il a déjà appris un peu à lire et à écrire : il pourrait très bien continuer s’il existait une section de super-grands.
Papa et maman n’ont pas l’air de cet avis.
-Voyons, disent-ils, tu n’es plus un bébé. Là où nous allons, ce sera beaucoup plus agréable. Nous aurons une vraie maison avec un jardin au lieu d’être en appartement. Tu verras, Tom, le chat, sera ravi de pouvoir sortir. Allons, Enzo, ne te fais pas tant de souci.
Enzo essaie encore une fois de faire changer ses parents d’avis.
-Et la musique ? Est-ce que je pourrais encore aller au jardin d’éveil ?
Le jardin d’éveil, c’est drôlement amusant : on a le droit de jouer avec tous les instruments, les clochettes, les castagnettes ou les tambourins, seul ou avec les autres. On écoute le professeur au piano et, ding, on agite ses clochettes quand il fait un geste ou on tape sur son tambourin, comme dans un véritable orchestre. Et là, c’est vraiment trop bête, parce qu’Enzo ne sera pas là pour la fête de la musique où il aurait dû jouer dans le parc autour de la mairie.
-Il existe sûrement un jardin d’éveil, là où nous allons, le rassure maman. Sinon, nous trouverons un atelier de dessin ou peut-être nous t’inscrirons dans un club sportif. Je sais qu’il existe une patinoire. Tu aimeras sûrement le patin à glace.
Le patin à glace ? Enzo est épouvanté. Il n’aime pas, mais alors pas du tout, du tout le froid. Il déteste la neige et les trottoirs qui glissent. Une fois, il est tombé et il a eu drôlement mal. Il n’a pas envie de patiner : il veut continuer la musique.
Mais papa et maman ne l’écoutent plus : ils sont occupés à ranger les cartons. Enzo est inquiet : il ne faut rien oublier. Ni ses petites voitures, ni sa collection d’images, ni ses livres, ni son nounours. Il surveille attentivement le déménagement. Heureusement car maman allait mettre à la poubelle son plus beau dessin.
Enzo ne reconnaît plus rien dans l’appartement. Les meubles sont vides, les caisses traînent partout et il ne sait plus où sont ses crayons.
Un grand camion arrive et embarque tout, les meubles, les caisses et la machine à laver. Papa et maman mettent Tom dans un panier, ils font un dernier tour pour voir s’ils n’ont rien laissé et, hop ! on part dans la voiture où Enzo ne tarde pas à s’endormir.
Quand il se réveille, il découvre la maison. C’est vrai, il y a un jardin et une vieille balançoire. Ce n’est pas si mal. La maison est vide et les déménageurs apportent les meubles, les caisses et la machine à laver. C’est bizarre car les meubles ne sont pas à la même place que dans l’appartement. On dirait que ce ne sont plus les mêmes meubles.
La chambre d’Enzo est plus grande que dans l’appartement. Elle a deux fenêtres. Son lit n’est plus du même côté, sa table non plus et il n’y a pas de penderie.
-Il va falloir t’acheter une armoire et une commode, dit maman.
-Mais non, répond papa. Regarde, là, il y a suffisamment de place pour construire une penderie.
En attendant, les affaires d’Enzo restent dans les caisses. Heureusement que maman a eu la bonne idée de tout écrire ce qu’il y a à l’intérieur.
La chambre de papa et maman, elle, n’est pas trop différente de l’appartement. Enzo se sent rassuré pour eux. Ils ne seront pas trop perdus.
La grande salle ne ressemble pas à leur ancien séjour. Sur un côté, Enzo découvre une cheminée.
-Nous ferons du feu quand il commencera à faire froid, dit papa. Ce sera comme quand j’étais petit.
Il a l’air ravi.
Le canapé et les fauteuils sont installés autour de la télévision mais la table de salle à manger n’est plus la même.
-Elle était vieille, explique maman. On a eu envie d’en avoir une neuve. Regarde, c’est une table ronde et on mettra des rallonges quand nous aurons des invités.
Enzo ne sait pas trop si cette table-là lui plaît.
En revanche, il aime bien la cuisine. C’est une grande cuisine avec une table en bois, un banc et des tabourets tout autour. Les placards aussi, sont en bois.
-Je vais coudre des rideaux jaunes et blancs, assure maman. Le jaune, c’est plus agréable l’hiver quand on manque de soleil.
Papa a l’air d’accord. Lui, il est très content parce qu’il a un très grand garage. D’un côté, c’est pour la voiture, de l’autre, il pourra bricoler. C’est vrai que papa aime bien bricoler.
Enzo se dit que peut-être, ce ne sera pas si mal ici. Sauf qu’il n’aime pas la salle de bains. Elle est affreuse, avec des tuyaux partout et une vieille baignoire abîmée. Les toilettes, ce n’est même pas la peine d’en parler : elles sont dans une toute petite pièce sans fenêtre et on a l’impression d’étouffer.
-Il va falloir faire des travaux, explique papa. Il faut changer les papiers peints et repeindre quelques murs. On n’est pas pressés. On aura tout le temps pendant les vacances.
Maman range les placards et papa et Enzo préparent le repas.
-Omelette aux champignons ! annonce papa avec un grand sourire en tendant à Enzo un grand bocal. Ce sont des girolles. Tu vas voir, je suis sûr que tu vas aimer.
Enzo se charge de casser les œufs ; il y ajoute du sel et du poivre et un peu de crème fraîche. Pendant ce temps, papa fait cuire les champignons dans une poêle. Ça sent bon. Papa et Enzo versent l’omelette dans la poêle et la laissent cuire doucement. Ils mettent la table et appellent maman quand l’omelette est cuite, juste un peu baveuse au milieu. C’est délicieux et maman les félicite tous les deux.
Après, Enzo va se coucher. Il n’est pas rassuré de dormir dans cette chambre qu’il ne connaît pas. Pourtant, c’est vrai qu’il est un grand garçon et il s’endort en serrant très fort son nounours dans ses bras.
Le lendemain, papa et maman continuent à mettre les choses en place. C’est un gros travail et Enzo les aide. Dans l’après-midi, il fait soleil et ils décident d’aller se promener.
-Regarde, dit maman. C’est la patinoire. Elle est fermée en ce moment parce que nous sommes au printemps mais cet hiver, nous irons ensemble. Quand j’étais petite fille, j’ai fait du patin à glace et j’aimais beaucoup cela.
-Ah, bon ? dit papa. Tu ne m’en avais jamais parlé.
-Tu ne sais pas encore tout de moi, répond maman en riant.
Maintenant, ils longent une école.
-Regarde, dit papa. C’est ta nouvelle école. Nous irons ensemble demain matin. A côté, c’est celle où tu iras l’an prochain.
Ils visitent la ville. Ce n’est pas très drôle parce que c’est dimanche et tous les magasins sont fermés. Heureusement, ils arrivent dans un parc et Enzo se précipite vers l’aire de jeux qui est beaucoup plus grande que celle de son ancienne ville. Il monte sur le toboggan avant de s’accrocher au pont de singe puis de grimper au mur d’escalade. Il se fait un copain : il s’appelle Gauthier. Tous les deux courent dans les allées, se cachent derrière les arbres. Ils sont rouges et essoufflés quand leurs parents les rappellent pour rentrer.
Enzo espère que Gauthier sera dans la même classe que lui mais papa et maman lui explique qu’on ne peut pas le savoir à l’avance.
Le lundi, Enzo va à l’école avec son papa. Quelle chance ! Gauthier est là avec sa maman. Ils sont obligés de se séparer dans le couloir car papa doit d’abord aller voir la directrice. C’est une dame avec des longs cheveux noirs. Elle sourit à Enzo.
-Alors mon petit bonhomme ? Ce n’est pas trop difficile de changer de maison ? Viens, je vais t’emmener dans ta nouvelle classe. Ton maître s’appelle Julien. Il t’attend.
Enzo est un peu intimidé et il n’ose pas demander si Gauthier est aussi dans la classe de Monsieur Julien. C’est déjà assez bizarre d’avoir un maître alors qu’il a toujours eu des maîtresses.
Monsieur Julien est grand, encore plus que papa. Il a les cheveux bruns et une barbe. Il porte aussi des lunettes. Il fait un peu peur. Enzo regarde partout mais il ne voit pas Gauthier et il se sent tout triste.
-Enzo ! crie une voix.
C’est Gauthier qui vient d’arriver. Il en a mis, du temps ! Peut-être que sa maman discutait avec une amie dans le couloir.
-Vous vous connaissez ? dit le maître. Je vais vous mette l’un à côté de l’autre. A condition que vous soyez sages, n’est-ce-pas ?
Les deux enfants promettent. Enzo se sent ragaillardi. La journée se passe bien. Julien n’est pas si terrible qu’il en a l’air. Enzo découvre avec surprise qu’il a une guitare. Il s’en sert pour accompagner les enfants pendant le chant. C’est vraiment magique. C’est un peu comme au jardin d’éveil. Gauthier explique à Enzo que l’on répète des chansons pour la fête de la musique. On invitera les parents et tout le monde se réunira dans la cour de l’école.
-On n’ira pas chanter dans le parc ? s’étonne Enzo. Où j’habitais avant, on allait chanter dans le parc.
Gauthier ne sait pas et pose la question à Julien.
-C’est mieux à l’école. S’il pleut, vous serez à l’abri sous le préau.
C’est dommage mais tant pis. Enzo se dit qu’il va falloir apprendre toutes les chansons très vite. Il fait bien attention aux paroles et les répète dans sa tête. Quand sa maman vient le chercher le soir, il lui en chante une sans presque se tromper. C’est sûr, il sera prêt pour la fête de la musique.
Les jours suivants, Enzo se fait d’autres copains. Karim qui est le pitre de la classe et Arthur qui court encore plus vite que Gauthier. Il y a aussi Chloé et Mina, deux petites filles qui sont à côté d’eux à la cantine. Enzo décide de tous les inviter pour son anniversaire. Papa et maman sont d’accord. Ce qui fait beaucoup d’occupation pour Enzo : il doit préparer en même temps la fête de la musique et son anniversaire qui arrive juste un peu après. Il n’a plus le temps de s’ennuyer et de regretter son ancienne école. Il est juste un peu triste de temps en temps en pensant à Julia. Il lui a envoyé des photos de la nouvelle maison et elle lui a répondu avec un beau dessin qu’il a collé dans sa chambre, sur le placard que papa a construit.
Papa a aussi posé des étagères pour ses livres et ses jouets et il a changé le papier peint. Maman a accroché des rideaux avec des petits lapins bleus. Enzo se sent bien maintenant dans sa chambre. Il n’a plus du tout peur d’y dormir et il est impatient de la montrer à ses amis. Papa a dit que pour l’été, comme la famille ne partira pas en vacances, il achètera un portique avec une nouvelle balançoire, une petite piscine et un bac à sable. Ce sera drôlement amusant. D’autant plus que maman a promis d’inviter Julia pour deux ou trois jours.
Ce qu’il faudrait, maintenant, c’est que papa se décide à refaire toute la salle de bain. Elle est vraiment trop laide avec cette horrible vieille baignoire. Maman n’est pas d’accord.
-La baignoire, c’est ce qui en fait tout le charme. On va juste donner un petit coup de peinture et ajouter quelques plantes vertes. On aura l’impression de se baigner dans la jungle.
Franchement, maman, quelquefois, elle a de drôles d’idées !
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