Encore une fois

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Ce matin, encore une fois, je me réveille avant toi. Et encore une fois, je ne peux m’empêcher de regarder ton visage paisible, endormi, que le soleil matinal caresse doucement. Tu as l’air si détendu, là, dans mes bras. Tes traits semblent apaisés, ces petites rides au coin de tes yeux les adoucissent encore. Tes cheveux sont encore en désordre de la nuit que nous avons passé, éparpillés sur l’oreiller blanc. Ta tête est sagement posée sur mon bras nu, si près de mon coeur mais en même temps si loin.
Je te regarde encore. Je suis sûr qu’un sourire orne mes lèvres. Tout comme les tiennes sont délicatement entrouvertes et laissent passer un petit souffle qui s’échoue sur ma peau et me donne des frissons. Encore une fois, je passe ma main sur ta joue rendue presque dorée par le soleil qui perce à travers la fenêtre de la chambre.
Tu fronces les sourcils à la caresse et je ris doucement de ton air quelque peu bougon. Tu bouges un peu, et je sens tes jambes entremêlées aux miennes glisser légèrement. Ton bras passé en travers de mon torse se resserre un peu et tu me rapproches de toi inconsciemment. Mon coeur manque un battement à ce mouvement avant qu’un sourire attendri ne fleurisse sur mes lèvres.
Je te regarde émerger lentement du sommeil. Tu clignes des yeux, un peu flous, encore embrumés, puis tu souris quand tu me vois. Ce doux sourire qui me fait chavirer, et me perdre encore un peu plus dans l’océan de tes yeux. Cette petite fossette sur ta joue, irrésistible, et tes petites rides au coin des paupières, qui témoignent du temps passé, mais qui n’en sont pas moins belles.
Tu approches ton visage et dépose doucement tes lèvres sur les miennes en fermant les yeux. Tes cils effleurent mes joues et je ferme à mon tour les miens alors que des milliers de papillons s’envolent et que mon coeur s’affole. Tes lèvres sont si douces et c’est sur les miennes qu’elles sont. Je souris, caresse ta nuque, le baiser s’éternise. Mais déjà tu t’éloignes et je ressens encore une fois ce manque. Ce manque de ta peau, de tes lèvres. Tu le vois, tu le sais, et tu me regardes, l’air amusé, taquin.
Puis, encore, dans un bruissement de draps qui glissent, c’est de mon corps cette fois que tu t’éloignes. Jusqu’au dernier moment, ma main reste sur ton bras, comme pour te retenir près de moi, puis retombe sur le matelas alors que tu te lèves du lit. Tu t’étires, l’air pas le moins du monde gêné par ta nudité qui réveille en moi les souvenirs de la veille. Après un clin d’œil, tu te diriges vers la salle de bain et disparais à ma vue.
Mais je ne te suis pas et tourne mon regard vers la fenêtre de la chambre donnant sur les immeubles de la ville. Je me redresse et m’assois contre la tête de lit, les draps couvrant encore le bas de mon corps. Je fouille sur la table de nuit à côté et saisit un paquet de cigarette. J’en prend une et l’allume avant d’en tirer une bouffée. Je recrache doucement la fumée, les yeux dans le vague. Je sais que tu n’aimes pas ça, mais c’est la seule chose qui comble un peu ce manque dans ma poitrine que cause ton absence. Tu ne m’as pas encore quitté mais tu me manques déjà. À chaque fois que tu t’éloignes, tu emportes mon coeur avec toi.
Quand tu reviens, j’ai eu le temps d’entamer une nouvelle cigarette. Tes cheveux sont encore mouillés de la douche que tu as prise et tu portes des vêtements. Tu fronces légèrement le nez en sentant l’odeur de tabac dans la pièce et m’adresse un petit regard réprobateur. Je m’empresse d’écraser ma cigarette et te souris d’un air innocent. Tu lèves les yeux au ciel, mais je vois ton sourire amusé malgré tout. Puis tu te rapproches et monte à moitié sur le lit pour atteindre à nouveau mes lèvres des tiennes. J’entoure ta taille de mes bras et te fais t’allonger sur moi. Tu ris et mon coeur chavire encore une fois à ce son que je ne me lasse pas t’entendre.
Tu te laisses aller un peu contre moi, mes mains passent sous ton haut, contre ta peau. C’est fou comme dès que tu portes des vêtements j’ai envie de te les enlever. Mais tu éloignes ta bouche que j’essayais presque de souder à la mienne pour que plus jamais elles ne se séparent. Tu ris encore, je fléchis face à tes yeux si doux, et tu poses un doigt sur mes lèvres pour contenir un nouvel assaut. Tu dois partir. Mon coeur sombre à ces mots, mais je ne laisse rien paraître et je souris pour te rassurer. Bien sûr.
Alors je te laisse te lever. Encore une fois, j’ai du mal à te lâcher, mais tu prends ça pour de la taquinerie et tu ris et m’embrasses légèrement au coin des lèvres avant d’éloigner mes mains de ton corps. Trop tôt, trop vite, trop loin, pour moi. Ma poitrine se serre quand tu passes la porte avec juste un petit regard tendre en arrière. Je te fixe jusqu’à ce que tu disparaisses. Je ne te suis pas, car je sais que sinon je ne te laisserais pas repartir encore une fois. En me laissant derrière, encore une fois.
La porte claque après un dernier au revoir lancé depuis l’entrée et je ferme douloureusement les yeux. Puis je les ouvre à nouveau, rallume une cigarette et fixe le ciel. De toute façon, demain je serais parti aussi. Laissant vide cette chambre d’hôtel, où peut-être d’autres viendront s’aimer.
Je peux presque t’imaginer, là, en bas, dans la rue, marcher un peu, puis entrer dans ta voiture que tu avais garé là la veille. Démarrer et partir. Loin de moi, encore une fois. Pour retourner là où tu devrais être. Comme si cette nuit, cette nuit parmi tant d’autre, ne s’était jamais passée. Encore une fois, j’imagine ton visage reprendre ces traits plus durs presque professionnels, si loin de ceux que tu as lorsque tu soupires dans mes bras.
Encore une fois, un petit matin, si semblable aux autres, quand je dois te laisser partir. Loin de moi. Et je te souris, car je ne veux pas voir la tristesse dans tes yeux. Et encore une fois, depuis que notre histoire a commencé, je regrette d’avoir dit oui. Car plutôt que de ne pas t’avoir du tout, je préfère t’avoir au moins un peu, de temps en temps. Me nourrir quelques fois de ta peau, m’abreuver à tes lèvres. Tel un affamé découvrant une oasis dans le désert.
À chaque fois que tu n’es plus là, je me fais l’effet d’un drogué auquel on aurait arraché sa came. Puis elle disparaît dans un éclat de rire, inconsciente de la dépendance qu’elle a créée.
J’entame une nouvelle cigarette. Penser à tout ça creuse encore plus le trou dans ma poitrine. Car tout cela, tu l’ignores, bien entendu. Le révéler reviendrait à y mettre fin. Pourtant je sais que tu tiens à moi, à ta façon.
Pour moi, tu es tout. Depuis le début. Et je ne peux plus envisager n’importe quelle relation depuis que nous avons commencé ce « nous ». Toutes me paraissent si fade en comparaison.
Tu dois être arrivé chez toi à présent. Je ferme les yeux en soufflant la fumée de ma cigarette. Je te vois presque garer ta voiture, couper le contact. Basculer la nuque contre l’appuie-tête et soupirer. Puis, prendre une inspiration comme pour te donner du courage, et sortir. Te diriger vers ta maison. Cette belle maison familiale et accueillante comme on en voit dans les magazines.
Ouvrir la serrure, puis la porte. Sourire en entendant les pas précipités de tes enfants qui dévalent l’escalier. Les accueillir dans tes bras sous leurs cris de joie. Papa. Puis tu te redresses, et tu lui souris, alors qu’elle arrive, avec votre dernière née dans ses bras. Tu es rentré.
J’écrase ma cigarette dans le cendrier.
Et encore une fois, alors que je fixe le ciel, je me dis que je peux faire avec, même si, encore une fois, je regrette de ne pas t’avoir retenu et t’avoir dit ce que je ressens vraiment.
Alors, une dernière fois, je t’aime.
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