6
min

En mémoire à ceux qui ne le méritaient pas

Image de Flen Dunsson

Flen Dunsson

3 lectures

0

Mardi, 5h30 du matin, le réveil sonne.
C'est dur putain. Hier on a fait la bringue jusqu'à pas d'heure pour fêter mes fiançailles avec ma... fiancée désormais. J'ai ouvert les yeux lentement, toujours avec cette bourdonnerie insolente qui m'agaçaient. Mon poing s'est finalement écrasé sur l'instrument de torture pour qu'il s'éteigne. J'ai tourné la tête et j'ai vu Kate qui dormait sur mon épaule droite. Elle est magnifique, avec ses cheveux d'un brun clair, son petit nez dont la pointe remontait, ses lèvres douces dont je ne me lasse jamais du goût.
Elle gémit du bordel qu'avait fait le réveil. Je lui caresse doucement le visage avec le dos de mon index, remontant de son menton jusqu'à la jonction de ses paupières fermées. Puis ma main pénètre dans sa crinière sauvage de la soirée pour redescendre sur son épaule, son bras et finir par un subtil touché de sa poitrine. Elle sourit, je souris aussi. Je lui dépose un baiser sur sa joue, avant de lui dire que je vais me préparer.
Je prends appui sur mon bras, et commence à me redresser, mais une main me retient.
- Pars pas mon coeur. Reste encore avec moi s'il te plaît...
- Désolé bébé, je suis déjà à la bourre il faut que j'y aille. Je te ferais un bisou en partant à tout de suite.
- Hmpf...
Elle laissa retomber sa main sur le matelas. Je serais bien resté, mais là j'ai pas le choix. Aujourd'hui c'est une grosse journée, et déjà que j'ai les cheveux qui me poussent dans la tête, ça va être serrer. Je me lève et prends une nouvelle chemise blanche dans mon placard. J'enchaine avec le reste de mon costume qui traînait sur un porte manteau sur le chemin pour aller à la salle de bain. Je finis de me foutre à poil et commence à me laver de cette odeur d'alcool qui doit sûrement me coller à la peau.
Dix minutes plus tard je sors frais comme un gardon, la buée sortant en même temps que moi lorsque j'ouvre la porte de la douche. Je prends ma serviette qui m'attend sur le lavabo et je m'essuie le visage, mais j'entends soudainement une voix féminine.
- Je me sens sale... Ca te dérange que je prenne une douche pendant que tu te prépares ? me lance-t-elle avec un regard de défi.
Je retire la serviette qui me bloque la vue et je vois Kate en peignoir à moitié ouvert qui se tenait sur le seuil de la porte. Je lui souris, recevant le message cinq sur cinq. Quelle allumeuse...
- Je t'en prie vas-y.
Elle fait quelques pas et laisse tomber son habit qui glisse avec légèreté de ses bras. Elle passe derrière moi, et ne la quittant pas du regard, je dévore de mes yeux son dos et sa belle paire de fesses bien fermes. Hm... J'ai pas vraiment faim mais l'appétit ne vient-il pas en mangeant comme l'on dit ? Elle referme la porte et fait couler l'eau. Je continue de m'éponger les cheveux en la regardant se caresser le corps pour le mouiller. Ses mains qui longent sa poitrine, son ventre, ses jambes... Puis elle me jette un regard à la fois provocateur et pervers.
Pas le temps ce matin ? On a toujours du temps pour se régaler avec sa fiancée ! Je lâche la serviette et j'ouvre la porte de douche. Kate rétracte les bras sur son corps frêle, reculant comme un petit animal ayant peur. Elle me regarde avec ses yeux dont elle sait jouer les émotions. Et là, elle jouait le manque d'assurance, l'inconnu qui la faisait frémir. Son dos a finalement rencontré un mur de la petite douche. La tête se colla à son tour contre la surface. Je suis le pas en rentrant à mon tour dans l'espace étroit. Une de mes mains se pose près de son visage, l'autre fermant la clôture qui allait l'empêcher de me fuir. Le petit bruit sec indiquait qu'elle était désormais à moi. Elle laissa échapper un petit bruit de peur, continuant de me fixer de la même façon.
Je me suis rapproché d'elle, un léger sourire narquois aux lèvres. Ma deuxième main vint caresser la sienne. Puis elle remonta le long de son bras fragile. Elle continua de se laisser faire, inspirant par a coup comme une jeune fille apeurée. Mes doigts s'allongèrent jusqu'aux contact de sa fine bouche entre ouverte, laissant un soupir irrégulier s'échappait. Ma main qui se tenait au mur est descendu dans sa chevelure mouillée puis mes doigts se sont rétractés pour la tenir à ma merci.
Mon corps tout entier s'est rapproché d'elle, jusqu'à sentir le bout de ses seins contre ma cage thoracique. Et plus j'avançais, plus elle se sentait oppressée de cette force dont elle ne pouvait se défendre. La plupart de notre corps était désormais au contact de l'un et l'autre puis j'ai penché ma tête en relevant de ma main baladeuse, son menton tremblant. Au contact de nos lèvres, ça a été comme un électrochoc, j'ai soudainement saisit sa jambe et baisser de quelques centimètres mon bassin. Kate laissa toujours plus de soupirs bruyants, puis dans un dernier baiser tendre, j'ai pris mon élan pour pénétrer son jardin secret à la chaleur extrême...
Je sais pas combien de temps on est resté dans cette fournaise, mais lorsque j'ai regardé il... Oh merde 6h45 ! Faut que je parte ! Kate était partie se recoucher, je fonce dans la chambre pour laisser une dernière tendresse à ma douce, et au moment de lui faire, elle me chuchote ;
- Tu devrais rester.
- Dans trois jours mon coeur. Dans trois jours j'ai un petit week-end et je serais tout à toi... A ce soir. Je t'aime.
Je prends mon attache-case et déboule de la maison en refermant la porte à clef. Le bus était déjà passé, fallait que je prenne la bagnole pour me garer au parking pas loin du métro. J'y fonce et quinze minutes plus tard je trouve par chance une place libre. Coup de chance dis donc. Je cours pour attraper le premier métro qui me tombera sous la patte, en espérant que ça soit celui qui m'amène sur le Town Center. Je passe la carte, je me faufile entre tous ces gens au visage inconnu, je m'excuse à tour de bras pour enfin arriver sur les quais. Nouveau coup de chance, le mien arrive dans deux minutes. Je regarde l'heure sur mon portable, 7h05, 25 minutes de métro, 5 minutes à pied... Aller un bon quart d'heure avant le début de la journée c'est parfait ! Mon jour de chance !
Et puis je vois un message de Kate. Je l'ouvre. C'était une photo avec le drap fin du lit qui lui couvre une partie de son visage coquin. "Ce soir, ça sera toi ma proie! Je t'aime". Je rigole bêtement tout seul. Qu'est ce que j'ai hâte de sortir du boulot bon sang...
Le métro arrive et on se sert tous pour rentrer dans cette boîte à sardine. Impossible de répondre tellement que j'étais ratatiné contre les autres. Et puis dans tous les cas le réseau ne passait pas. Mais j'ai anticipé la chose et je m'étais mis la musique dans les oreilles. Le trajet passe péniblement, et en sortant du métro, je commence à répondre au message de Kate quand un collègue m'appelle.
- John t'es où?!
- Je sors du métro Math'! Qu'est ce qu'il t'arrive ?
- Bordel notre client vient tout juste d'arriver, je lui tiens la grappe avec le petit déj' de bienvenue mais va falloir te magner ! Sois là dans deux minutes !
- Ok j'arrive !
J'ai fermé mon portable. Je répondrais à Kate quand ça sera plus calme. Je commence à courir dans l'avenue. Je les voyais déjà se dresser fièrement haut dans le ciel. Et dire que je devais monter au 64e étage en plus... Je fonce comme un dératé, courant toujours avec ma petite valisette, la cravate qui me rentre dans la bouche avec le vent.
Les deux tours n'étaient plus qu'à trois croisements d'avenues. Je les franchis de justesse, manquant de me faire écraser par un poids lourd. Je crois que je vais jouer au loto ce soir ! J'arrive à l'accueil de la Tour et dit essoufflé à la secrétaire :
- John Lane, j'ai rendez-vous avec Mathew et...
- 64e étage, porte 643 sur votre gauche.
- Merci !
Je monte dans l'ascenseur et tamponne comme un malade le numéro de mon étage de destination. Je regarde l'heure, presque 8h. Putain de chinois, toujours en avance pour les rendez-vous c'est pas croyable ça. Le temps de mon ascension, je souffle un bon coup, m'éponge le front et regarde de nouveau mon portable. Je finis ma réponse pour Kate mais manque de bol, pas de réseau. Bon sang... Alors je patiente encore, des gens montant et descendant de l'ascenseur au fur et à mesure des étages. Je crois que j'ai facilement dû perdre une dizaine de minutes avec tout ça.
Toujours est-il que je finis par arriver à bon port, un peu stressé mais ça devrait aller. Je tourne à gauche et trouve rapidement la porte 643. Je m'éclaircis la gorge et pousse la porte d'un geste assuré avec un sourire se voulant tranquille.
- Bonjour messieurs, navré de vous avoir fait attendre, je ne pensais pas que vous arriveriez si tôt. Bon sang que c'est long de monter au 7e ciel, saluais-je mes invités en leur serrant la main.
Ou en m'inclinant, ça dépendait des spécimens.
- Très bien, je vois que vous avez pus prendre des forces pour notre rendez-vous, je vous avouerais que je vous envie, mais n'es-t-on pas présent pour des affaires plus importantes que des croissants français ? continuais-je le sourire aux lèvres.
Certains en daignèrent un, d'autres tiraient toujours la gueule. Pfff, humour asiatique à deux balles. Math qui s'était mis à côté de moi me passa une petite viennoiserie le temps que j'installe mon matériel pour la projection, accompagné de quelques bouffoneries histoire de mettre à l'aise.
A 8h30, j'ai commencé la présentation, en expliquant pourquoi ces bridés devaient investir des capitaux ici. Puis dix minutes plus tard, mon cerveau a soudainement déraillé m'alertant que je n'avais pas envoyé le message à ma fiancée. J'ai essayé de me reconcentrer jusqu'à 8h42. Instant où j'ai vu un avion nous fonçait droit dessus... J'aurais dû t'écouter Kate. J'aurais dû rester avec toi...
"Désolé mon coeur mais ne m'attends pas ce soir car je risque de rentrer tard. Je t'aime."
C'était ma réponse.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,