Eat the murderer ép. trois

il y a
17 min
1
lecture
0
- Oui moi aussi ça me fait plaisir de te revoir. Répondit Heath.
- J’étais chez les keufs et là tu viens chez moi comme une fleur, t’es malade. T’es en planque pour eux c’est ça ? Lui dit-il d’un air suspicieux.
- Tu sais bien que je déteste ces bâtards, ces salauds, ces enfoirés, ces bouffons. Dit-il tout en sachant que toute la cellule informatique les écoutait.
- En plus tu devrais savoir que j’ai été libéré. Si je suis là c’est que j’ai un deal à te proposer.
- C’est ça casse-toi de là. Moi je fricote pas avec les poulets.
- Ok, je vais voir Orlos. Lui au moins, c’est un vrai pro. Annonça-t-il en tournant les talons immédiatement.

Pendant ce temps à la cellule, certains programmeurs paniquaient.

- Il est fou, on va perdre notre seule piste. Dit l’un d’entre eux
- Rassurez-vous, il bluffe. S’il avait insisté lourdement, Hilly se serait douté de quelque chose.
- Je l’espère pour vous. Répondit le capitaine, qui venait d’entrer dans la pièce.

Lars ne prêta pas attention à la nouvelle provocation de son commissaire. Il se concentra sur la suite des opérations. Hilly s’apprêtait à entrer dans l’ascenseur, tout en composant un numéro de téléphone factice. Car il n’avait aucune idée de la manière dont il pouvait contacter Orlos, mais ce qu’il savait par contre c’était que Hilly détestait Orlos. Sur le marché noir leur antagonisme était connu de tous, chacun d’entre eux rivalisait d’ingéniosité pour vaincre l’autre. Hilly rêvait de prendre la place du vieux Orlos, mais celui-ci ne se laissait pas faire. 2 instincts luttaient à l’intérieur de Hilly, sa paranoïa légendaire et sa volonté d’écraser un peu plus son rival.

- Attends Heath
- Ouais ?
- Qu’est ce qui me prouve que ne t’es pas avec les poulets ?
- Je t’ai déjà mis sur un plan galère ?
- Ok c’est bon, mais je t’ai à l’œil.

Il ouvrit la porte et Heath pu admirer sa silhouette qu’il connaissait tant. Face à lui se retrouvait le même jeune homme âgé d’une vingtaine d’années au physique chétif et malingre, assis sur un fauteuil roulant mécanique, qu’il contrôlait à l’aide d’un anneau électronique placé sur sa tête et qui permettait de contrôler son appareil grâce à sa pensée. On ne trouvait pas cet équipement dans le commerce, Hilly l’avait lui-même construit. Hilly était ce que l’on appelle communément un génie qui aurait pu faire n’importe quel boulot, mais il avait lui-même choisi de vivre de façon anticonformiste. Il contrôlait tout son appartement grâce à son anneau électronique. Heath contempla cette pièce remplie d’ordinateurs et d’objets high-tech de toutes sortes. Sa passion pour l’univers onirique de l’animation japonaise ne faisait aucun doute lorsque l’on regardait son appartement. Il possédait une impressionnante collection de dvd, de figurines, et de mangas à faire pâlir n’importe quel otaku. Hilly, grâce à une impulsion magnétique créée par sa pensée, recouvrit son appartement d’un plaque fer métallique. Des lumières rouges ciblèrent Heath. Il s’agissait de capteurs dont le but était de vérifier si la cible n’avait pas d’appareil d’espionnage sur lui.

- C’est bon, tu vois bien que j’ai rien sur moi.
- Ouais bon c’est quoi le deal que t’as à me proposer ?
- Toujours aussi direct, ok. J’ai des contacts avec un keum qui recherche du Thombolmt en grosse quantité. Il est prêt à lâcher 10000 PA par kilo. Expliqua Heath.
- Attends c’est quasiment impossible d’en trouver.
Et pour combien ça deviendrait possible ?
- Ajoute 10000 PA par kilo et on pourra commencer à parler. Dit Hilly.
- T’as cru que mon contact c’est Bill Gates, je peux négocier 5000 PA supplémentaire par kilo c’est tout. Tu devras t’arranger avec ça.
- Tu rigoles j’espère !? même sur le marché noir c’est chaud d’en trouver et toi tu penses qu’avec une somme si dérisoire ton client aura ce qu’il veut, tu rêves. Parce que je te connais, je veux bien descendre à 7500 PA de plus par kilo.
Heath fit mine d’hésiter. Puis il finit par acquiescer :
- Combien de kilos tu peux m’en n’avoir d’ici moins de 3 jours ? Demanda Heath.
- Ca va être chaud, mais je peux t’en avoir pour 10 kilos pour après-demain. C’est la moitié maintenant et le reste à la livraison. Expliqua-t-il.
Heath sortit son Pocket computer de sa poche pour transférer l’argent sur le compte de Hilly.
- J’ai mis 1750000 sur ton compte. C’est un dépôt temporaire d’une semaine. Si je suis pas livré à temps, mon contact reprendra cet argent et tout ce que t’achèteras avec ce pognon sera pour ta pomme. Il lâchera l’option au moment de la livraison. Deal ?
- Deal, mais si c’est un plan de merde je te promets que tu vas le regretter. Maintenant barre-toi j’ai assez vu ta tronche pour aujourd’hui.

Heath s’exécuta sans broncher. Dès qu’il fut sortir de son appartement, Hilly attrapa le téléphone qu’il avait fabriqué lui-même à base de puces électroniques et d’objets recyclés.

A la salle des télécommunications du commissariat, un espace contenant toutes les dernières technologies permettant de localiser les appels. La seule bonne chose depuis l’arrivée du nouveau capitaine. Une dizaine d’ingénieurs en télécommunication en col blanc, chemises à manches courtes et cravates noires, avec un casque sur la tête, tapaient scrupuleusement sur les touches de leurs ordinateurs en vue de tenter de trouver l’interlocuteur d’Hilly. Lars, en grand amateur de jolies femmes à forte capacité pulmonaire, se tenait devant la sexy chef des ingénieurs nommée Foxane, qui coordonnait avec autorité les recherches de ses subordonnés. Cette jolie brune à l’allure féline, aux yeux bleus perçants comme des poignards très aiguisés, à la bouche pulpeuse, aurait pu rendre hétéro le plus grand des homos. Lars concentrait son regard sur sa jolie poitrine, sans essayer de le faire discrètement, alors qu’elle focalisait son attention sur l’ordinateur central montrait le plan de la ville. Un point rouge clignotant établissait la position de Hilly sur une carte électronique de la ville. L’un des ingénieurs finit par intervenir :

- Le suspect est branché sur un canal sécurisé. Il y a un radar que l’on ne peut contourner que si on résout un logarithme à plusieurs solutions. De plus, dès que l’on tentera la moindre manœuvre, il le saura et interrompra la communication.
- On peut tenter de se référer au satellite de communication utilisé. Répondit la jeune femme.
- Il faut une autorisation du ministère des télécommunications ou alors, il faut pirater son ordinateur principal. Ce qui est totalement illégal. Expliqua un autre ingénieur.
- Ne vous inquiétez pas. J’en prends l’entière responsabilité. Assura Lars.
- Je ne peux pas cautionner cela. Je vais être dans l’obligation de faire un rapport à mes supérieurs. Renchérit Foxane.
- Là c’est vous qui me mettez dans une position délicate. Je déteste contredire les jolies femmes. Surtout lorsqu’elles sont aussi charmantes que vous. Mais, en l’occurrence je suis votre supérieur. Et la décision m’appartient. Dit-il tout en continuant de reluquer sa poitrine avec insistance, malgré le fait qu’elle regardait dans les yeux.
- Ca ne servirait à rien de toute façon, son système est trop bien protégé. Notre seule chance serait de concentrer tous nos ordinateurs et de charger toutes nos données au moment où il raccrochera. Le stick métallique laissé par notre contact nous permettra de savoir quand notre homme raccrochera. Mais on n’aura qu’un dixième de seconde pour tenter notre coup sinon on ne pourra plus le repérer.

- C’est impossible, on risque un court-circuit général et en plus il faudra qu’on le fasse en un millième de seconde. De plus, même en utilisant tous nos pc, on ne localisera que la zone du récepteur de l’appel. Cela fera 2 kilomètres à couvrir. Répondit un autre ingénieur.
- Bien il nous suffira donc de réquisitionner une patrouille de police et d’arrêter tous les hommes louches du secteur. Ah oui mais nous sommes à MAD city, et les 8/10 de la population ont l’air louche. Cela devrait être d’une facilité déconcertante. Ironisa Lars
-T’as une autre idée man. Demanda l’un des ingénieurs coiffés de dreads locks et portant des lunettes carrées teintées de violet.
- Non mais je ne suis qu’un simple fonctionnaire de police, et je n’ai pas votre bagage universitaire.

Hilly téléphonait à son contact, qui ne répondit qu’au bout de 3 sonneries.

- Groooo, c’est qui ? Demanda-t-il.
- Qui tu veux que ce soit imbécile à part celui qui peut te faire gagner un an de salaire en un jour Boulaisse ? Répondit hargneusement Hilly.
- Groooooo, c’est toi Hilly l’parano. Qu’est-ce que tu veux enfoiré ?
- Ferme ta boite à merde et écoute pour une fois ! J’ai une commande pour toi. Tu peux m’avoir du thombolmt en quantité ?
- Groooooooo c’est risqué comme plan, maintenant que la chasse est interdite par la loi.
- Je t’ai pas demandé si c’est interdit par la Loi, abruti. Mais juste si 820000 PA ça suffirait pour faciliter ton taf.
- Groooooooo pfffffff, tu rigoles. A moins de 1000000 PA c’est mort.
- 900000 PA pour 10 kg, c’est ma dernière offre après tu peux retourner te faire enculer.
- Groooooo 9500000 PA, sinon tu trouves un autre pigeon pour ton bisness et je veux plus jamais entendre parler de ta face de rat.

Hilly fit mine d’hésiter pendant quelques instants puis répondit :

-Va pour 950000 PA, c’est un minimum pour que tu puisses te faire refaire une tronche potable.
- Groooooo ta gueule, puceau. Il te les faut pour quand ? Une semaine.
- D’ici après-demain soir. Je te rappellerai demain matin vers 8 heures pour savoir où t’en es.
- Groooooooo hé t’es malade ou quoi ! 2 jours pour traiter du thombolmt... Hurla Boulaisse dans le combiné de son téléphone.
- Crie plus fort crétin, c’est jamais qu’une affaire au black qu’on fait, pauvre naze va.

Sur l’écran principal de la section de recherche informatique de la police, l’équipe d’ingénieurs avait localisé l’endroit ou plutôt, le périmètre dans lequel l’appel fut passé. Lars emprunta l’escalier de fer qui menait à l’étage supérieur dès qu’il eut l’information qu’il voulait. Par téléphone, il envoya des ordres à ses collègues, puis alla rejoindre Heath. Celui-ci était assis sur une chaise, placée contre le mur, les mains et les pieds solidement menottées.

- Ah, enfin. C’est pas trop tôt. Dit-il

- Vous pourrez rentrer chez vous dès que tu auras répondu à ma question. Comment traite-t-on le thombolmt ? Demanda Lars.
- Avec du sel et du persil...
-...Je n’ai pas le temps à perdre. Dit Lars calmement. Il regarda Heath avec une certaine dureté et Heath comprit alors que l’heure n’était pas à la plaisanterie.
- Il n’y a que la chair du thombolmt qui est appréciée des grands gourmets. Pour cela il faut utiliser un mini-aspirateur à chair avec un embout vertical en métal. Le traitement doit se faire à chaud. Moins d’une heure après avoir pêché le poisson, sinon on ne peut plus le traiter après. Pour avoir une telle quantité de thombolmt, il faut le faire dans un endroit déjà réfrigéré. Disserta Heath.

Lars sortit son vieux portable de la poche, et lui montra une photo qu’il avait prise de la zone où était localisé l’appel.

- Je sais pas exactement où mais c’est soit près d’un port ou d’un abattoir avec une puissante installation électrique. Dit Heath.

Lars remit son portable dans la poche d’Heath, puis le délivra.

- Vous êtes libre jusqu’à demain après-midi. Tâchez de ne pas quitter la ville.

Il s’en alla sans lui répondre. Lars se mit à réfléchir :

- Si Hilly est aussi suspicieux qu’on le dit, il doit être sur ses gardes. Il serait idiot de déployer un nombre important de policiers en uniformes ou en civils. On va attendre le prochain coup de fil, puis on déterminera un plan plus approprié.

Juste à ce moment-là, la sonnerie de son portable se fit entendre.

- Inspecteur Lars Asgard à l’appareil, je vous écoute...
- Bonjour cher inspecteur, je suis sûre que vous vous souvenez de moi.
- Ah Morgana, c’est vous, que me vaut le plaisir de votre appel. Si c’est pour des informations quant au déroulement de l’enquête, j’ai bien peur que de vous décevoir.
- L’objet de mon appel n’est pas de vous soutirer des informations.
- Parfois en entendant parler les journalistes, on a l’impression que ce sont eux les policiers. Ironisa Lars.
- Je ne suis pas là pour cela, mais pour une invitation amicale à déjeuner.
- J’accepte volontiers votre invitation mais à condition que ce ne soit pas dans un restaurant hors de prix. Je ne voudrais pas vous ruiner en notes de frais.
- Ne vous inquiétez pas pour ça. Disons dans 30 minutes au restaurant Maité dans l’avenue Robuchon.
- C’est noté. Dit-il juste avant que son interlocutrice ne raccroche l’appareil. Il se tourna ensuite vers ses collègues du service localisation des appels.
- Bien bipez-moi dès que vous aurez avancé. Et faites-en sorte qu’il n’ait aucun déplacement de forces de police trop important dans les heures qui viennent.

Il raccrocha à nouveau. Puis fut interrompu par Rubinski, avalant ses pilules avec empressement et voracité.

- Depuis quand c’est toi le boss ici ? hurla-t-il en postillonnant sur son entourage.
Celui-ci, tout en essayant son visage avec un bout de tissu sale et poisseux, répliqua :

- Je sais tout à fait au courant de ma place dans l’organigramme de la police, mais j’ai une piste qui pourrait nous amener vers le tueur. N’est-ce pas plus important que de savoir qui dirige les opérations ?
- Joue pas au con avec moi !!! C’est mon enquête. Alors donnes-moi les infos que t’as et retournes faire des châteaux de sable. Meugla-t-il.
- Très bien, je m’incline devant ma hiérarchie. Mais j’espère que votre attitude ne nous fera pas perdre notre seule piste. Notre commissaire ne comprendrait pas.
- Elle est au courant putain ?!! demanda Rubinski incrédule.
- Bien sûr, je viens de lui transmettre ma stratégie et elle l’a l’approuvé. Maintenant vous pouvez toujours l’appeler pour lui expliquer pourquoi vous modifiez un plan qui a des chances de succès.
- Oh ta gueule !!! Je t’ai à l’œil, si ça foire t’en prendra pour ton matricule. Conclu-t-il en avalant encore plus de pilules en sortant de la salle.

45 minutes plus tard, Lars arriva au Maité. Ce bed and breakfast, à la décoration minimaliste ne manquait pas d’attrait. Les couleurs grise et rouge se mariaient à merveille, faisant de cet endroit une place très agréable pour déjeuner. Son regard balaya la salle à la recherche de la séduisante journaliste. Puis il s’avança vers elle :

- Je croyais que c’étaient les femmes qui étaient toujours en retard. Remarqua-t-elle, sans parvenir à masquer totalement son agacement.
- Je ne suis pas de ceux qui prêtent aux merveilleuses créatures que vous êtes, les défauts qui ne sont pas les vôtres. Cette phrase eut l’effet escompté sur elle, un sourire força le passage du barrage d’agacement qui crispait son visage. Puis il se transforma en rire franc et massif comme une vague déferlante. Lars prit ce signe par une autorisation à s’asseoir auprès d’elle. Il se mit à l’aise en enlevant son imperméable. Et commanda un de ces cappuccinos qui avait fait la réputation de l’endroit dans toute la ville. Puis, il considéra avec attention son interlocutrice. Mais ce n’était pas d’un regard lubrique mais d’un œil attentif et inquisiteur. Obsédé par la volonté de comprendre la vraie raison qui poussait cette journaliste à le poursuivre. Etait-ce seulement pour le plaisir ou pour le travail ? Mais ce qui le troublait le plus, c’était le fait qu’aucune des 2 options ne l’aurait dérangé pourtant il ne comprenait pas l’objet de son trouble. Elle ne semblait pas faire attention à son regard perçant qui se jetait sur elle comme un bourreau sur l’objet de son courroux. Elle regardait nonchalamment autour d’elle comme s’il n’existait pas. Au bout de quelques minutes, sa légendaire assurance revint à sa place. Il prit la résolution de reprendre l’avantage dans ce face-à-face qui l’opposait à cette femme :

- Quelle est la vraie raison de ma présence ici ?
- Je voulais vous remercier pour ce scoop que vous m’avez fourni.
- Hum, vous n’avez pas d’autres raisons comme la volonté de savoir où en est l’enquête qui déchaine les passions actuellement ?
- Vous avez vu le film gladiateur ?
- Non, je n’ai pas eu ce plaisir, vous savez malgré ce que vous en dites, dans notre métier on n’a pas spécialement le temps de s’arrêter pour prendre le temps de regarder des films.

Il aurait voulu lui demander s’il s’agissait d’une invitation, mais son instinct de séducteur avait disparu depuis quelques minutes.

- Eh bien dans ce film, l’empereur Commode avait un choix à faire. Soit il satisfaisait aux requêtes du peuple, et réformait le système politique pour en faire une démocratie. Ou il choisissait de poursuivre l’empire et s’exposer à la furie du peuple, vous savez ce qu’il a choisi ?
- Non, mais à sa place j’aurai choisi une troisième voie.
- Ah oui laquelle ?
- Je ne sais pas, vous me prenez au dépourvu, je ne suis pas un empereur.
- Pourtant vous avez tout à fait compris ce qu’a fait l’empereur. Il a choisi de rouvrir les jeux du cirque. Il avait compris qu’en donnant au peuple de quoi assouvir ses envies d’excitation, il les tiendrait en laisse. Ils en oublieraient leurs idées révolutionnaires.
- Les jeux du cirque seraient en quelque sorte une diversion.
- Exactement, cela ne vous rappelle rien ?
- Une vie antérieure vous voulez dire ?
- Non, l’information que vous m’avez donnée. Vous me l’avez donnée pour leurrer quelqu’un.
- Vous me prenez surement pour ce que je ne suis pas. Un homme particulièrement intelligent.
- Non, je vous prends pour ce que vous êtes. Je vous connais vous savez.
- Vraiment alors dites-moi qui je suis.
- Un bon flic, ce qui est rare dans cette ville. Vous enregistrez un total de 60 arrestations en 5 ans de services. Toutes ont eu lieux lors d’affaires de meurtres dont les auteurs étaient particulièrement intelligents et retors. Ce qui fait de vous l’un des flics les plus efficaces de cette ville. Vous êtes d’origine bourgeoise mais vous avez choisi la voie la plus ingrate qui soit. Malgré votre physique peu attrayant, vous cultivez les conquêtes féminines de haute volée. Vous avez l’art d’entretenir les paradoxes. Vous êtes un mystère à éclaircir. Lui dit-elle en lui caressant la main.
- Excellent travail, à une chose près.
- Laquelle ? Demanda- t-elle avec intérêt
- Je ne mélange jamais le plaisir et le travail.

Il s’en alla, en la laissant seule désarçonnée par son aplomb. Mais très vite son étonnement fit place à l’intérêt le plus élevé.

- J’adore les défis. Dit-elle en souriant.

Le lendemain, alors que Hilly était toujours sous le coup d’une écoute téléphonique, le service informatique de la police réussit à localiser l’endroit où se trouvait les contrebandiers de thombolmt. Rubinski avait pris les choses en main en organisant une opération policière nocturne à l’entrepôt 02 de l’ancien port de Kersauson, aujourd’hui désaffecté. Toute la journée, l’inspecteur avait organisé le moindre détail de l’opération. Il savait que son supérieur ne le raterait pas en cas d’échec. Il devait prendre en compte un nombre incroyables de paramètres. Il devait empêcher les fuites, obtenir tous les équipements nécessaires à la réalisation de son projet. La concentration de pollution dans cette zone se manifestait par la proximité de gaz assez toxiques pour rendre une intervention policière impossible. Il fallut alors procéder à un certain nombre de simulations avec un groupe d’intervention expérimenté.
Malgré le fait que la plupart des essais se soient révélés concluant, il sentait monter le stress en lui au fur et à mesure. Jamais sa consommation de pilules n’avait atteint ce niveau. Mais il devait être à la hauteur, pas parce qu’il adorait son job de flic, mais parce qu’il ne savait faire que ça. Et il savait combien le marché de l’emploi était cruel avec les gens de son âge. Marche ou crève, sa devise. L’opération allait se dérouler vers minuit. Une fois tous derniers détails réglés, il alla s’enfermer dans son bureau. Il regarda une photo. Elle représentait une jolie petite fille d’à peine un an blottit dans les bras d’une femme d’âge mur, pour ne pas dire plus. Après quelques minutes d’hésitations, il décrocha son téléphone et composa un numéro. Au bout de deux sonneries une femme lui répondit, mais il n’osa pas lui répondre tout de suite :

- Allô, allô, allô...Rubinski hésita un moment puis fini par répondre
-.... C’est moi...
- Qu’est-ce que tu veux ?
- Je veux... lui parler. C’est tout.
- Pas question. Le juge a fixé ton temps de garde, en dehors de ça t’as pas le droit de venir nous faire chier chez moi.
- Je...t’en prie... juste quelques minutes, s’il te plait.
-...Qu’est ce qui t’arrives, c’est pas ton genre de parler comme ça. Comme un type normal.
-... Juste quelques instants, pitié. Son ton larmoyant fit infléchir la décision de cette femme.
- Ok, mais je mets sur haut-parleurs dès que tu dis une connerie, je raccroche.
- Merci. Elle tendit le combiné à une petite fille d’à peine 5 ans.
- Allô ? C’est qui ?
- C’est papa.
- Papa, dit-elle en hurlant de joie. Pourquoi tu viens plus me voir ?
- Papa travaille ma chérie. Mais il pense à toi tous les jours.
- C’est vrai ?
- Bien sûr, tu es ma petite Sissi.
- Je suis pas petite, j’ai 5 ans. Je suis grande maintenant.
- Oui mais pour les papas, leurs filles sont toujours des bébés tout mignons.
- Pourtant la maitresse m’a dit que je meutrissais très vite.
- Ah oui, elle a dit que tu murissais. Quand ça ?
- Hier. Quand on s’est occupé d’un oiseau blessé avec toute la classe.
- Ah oui, comment est-il cet oiseau ?
- Il est mort.
- Comment est-ce arrivé ?
- On l’a soigné mais il est mort quand même. Tous les élèves pleuraient sauf moi. Et la maitresse m’a demandé pourquoi ?
- Et pourquoi tu n’as pas pleuré ?
- Parce l’oiseau ne serait pas content au paradis des oiseaux de nous voir triste.
- Oui, quand on tient à quelqu’un on veut son bonheur. Dit-il avec des sanglots dans la voix. Quelqu’un frappa à sa porte en disant :
- Chef, c’est l’heure.
- Papa doit partir mais... il te retrouvera bientôt.
- Promis ?
- Juré.
- Papa ?
- Oui ma chérie ?
- Malgré tout ce qu’on dit sur toi je t’aime très fort. A ces mots, des larmes lui montèrent aux yeux
- Moi...moi aussi dit-il en pleurant.
- Papa rappelles- toi, faut pas pleurer.
- Oui...Je vais essayer d’être aussi courageux que toi. Au revoir, ma petite puce.
- Au revoir mon petit papa. Puis il raccrocha le combiné de son téléphone et fila en dehors de son bureau pour conduire la descente de police.

Alors qu’il allait atteindre la sortie principale du commissariat, Rubinski aperçu une scène qui le fit entrer dans une grande fureur. Plusieurs de ses coéquipiers supposés se préparer pour l’intervention se trouvaient agglutinés autour d’un seul homme : Henry la main heureuse. Il était très populaire dans la police, mais pas pour ses compétences en tant que standardiste mais comme cartomancien. Avant chaque opération d’une certaine envergure, on le consultait dans le commissariat pour savoir l’issue de l’opération. Et ses prédictions étaient toujours justes.

Tous avaient les yeux rivés sur lui. Henry manipulait les cartes avec une dextérité rarement atteinte. Il tira une carte de son jeu et cela tomba sur la dame de pique. L’effroi et le découragement pouvaient se lire sur le visage de tous les policiers dans l’entourage. Henry les regarda et dit :

- C’était juste un essai, vous prenez pas la tête. Je tire encore 2 fois les cartes et à la troisième fois, on saurait ce que les cartes disent vraiment. Faites confiance à Henry la main heureuse.

Tandis que Rubinski approchait lentement de la scène, sa rage augmentait à chaque pas. Henry ne voyait pas la menace qui pesait sur lui. Il fit un second tirage, mais le résultat resta le même. Et le silence s’installa alors dans la pièce détruisant le bruit de manière claire nette et définitive. Si l’on était dans un film, chaque acteur de ce spectacle serait scruté dans le moindre recoin de ses émotions par un zoom sur chaque partie de son visage. Henry la main heureuse également.

- L’heure de vérité, Henry la main chanceuse vous le dit. Cette fois la vérité va parler. Comment va se passer l’opération de ce soir ? 3, 2,1.

Il commença à mélanger les cartes avec plus d’habileté et de rapidité que les autres fois comme pour être sûr de ne pas tomber sur la même carte que les 2 autres fois, sous le regard médusé de son audience. Mais au moment où il allait tirer la carte qu’il avait choisi, Rubinski balaya toutes ses cartes du revers de sa main.

- Bande de trous du cul ici c’est un commissariat de police, pas un putain de tripot !!! Alors soit vous bougez vos gros culs soit vous vous retrouvez à la rue à votre vos culs de merde pour grailler !!!! Maintenant !!!! hurla-t-il. La foule se dispersa avec une vitesse inouïe. Il se retourna vers Henry et le chopa par le col.
- Si je te vois encore faire de telles conneries ici t’es viré, c’est clair ?
- Oui, Henry la main chanceuse à compris. Il ramasse mes cartes et je retrouve ses cartes et il se remet à bosser.

Il le lâcha par terre, et Henry se mis à ramasser les cartes. Et parmi toutes celles qui étaient retournées, la seule carte qu’il prit dans ses mains était le fameux as de pique honni.
Rubinski passa dans la prochaine pièce contiguë à l’entrée du commissariat pour prendre son fusil à pompes. Mais il aperçut Lars se tenir contre un mur pour éviter de sombrer dans le sommeil. Il n’avait pas dormi pendant des jours à cause du crucificateur, et malgré l’impressionnante qualité de café qu’il avait ingurgité, il ne pouvait toujours pas tenir sur ses jambes. Rubinski se cacha derrière le mur perpendiculaire à la pièce où se trouvait Lars et attendit qu’il se remette droit. Dès que ce fut le cas, il surgit de nulle part et dit :

- C’est moi qui prends les choses en main. Donc tu ne viens pas avec nous.
- Vous plaisantez je suis l’un des meilleurs tireurs de l’équipe. A moins que vous vouliez faire capoter l’opération.
- Je vois ton petit jeu d’essaie de prendre mon putain de job. Ça marche pas tu restes ici. C’est un ordre.
- Non il n’en ait pas question, je dois participer à...

Rubinski le frappa au ventre. Lars s’agenouilla sous le poids de la douleur. Rubinski le porta sur le banc en face d’eux, et alors qu’il allait s’évanouir Rubinski lui dit calmement :

- Quand t’aura dormi un peu, t’auras les idées un peu plus en place et tu pourras dire ce que j’ai fait à la bosse. J’espère en tout cas que tu seras sur pied pour bosser car un gros nul ça rehausse le niveau de la bande de tarlooses qu’il y a ici. Dit-il d’une voix presque amicale.

- Rubin...Puis Lars sombra dans le sommeil. Quelques instants plus tard, il se retrouva avec toute son équipe à l’entrepôt des contrebandiers de Thombolmt, tout en communiquant leurs informations à Rubinski. La tension était plus que palpable, elle prenait forme dans l’air, pesante comme des poids de plusieurs kilos. A l’intérieur, une douzaine d’individus à mine patibulaire s’afféraient dans le but de commettre leur larcin.
- Aller on se bouge. Hurla Remy. A ses acolytes qui travaillaient d’arrache-pied sur les tapis roulant des machines transforma le poisson en un pâté tant convoité.
- Attendez mon putain de signal et faites pas les cons !!! dit Rubinsky.
- Si vous foirez même pôle emploi ne vous trouvera pas de boulot, même comme ramasseur de chiotte. Ajouta-t-il tout en avala ses pilules.

Pendant ce temps une femme de l’autre côté de la ville, prenait sa douche en tout insouciance.
Sans Savoir que quelqu’un avait pénétré dans l’intimité de son logis prenant ainsi le sentiment de sécurité ayant trait à cette habitation, et que ce n’était pas la seule chose qu’il avait l’intention de prendre.

A ce moment-là, les officiers de police donnèrent l’assaut. Rubinsky enfonça bruyamment la porte principale en hurlant :

-Police !!! Mettez vos putains de mains en l’air ou on vous trou la peau.

La rapidité de l’opération laissant les hors-la-loi complètement sidérés. Mais ce ne fut que de courte durée. N’écoutant que leur instinct de survie, ils attrapèrent les armes cachées sous leurs plans de travail et engagèrent une bataille de feux avec les policiers. Ils se savaient en infériorité numérique, tout comme ils savaient que des policiers avaient emprunté la voie des airs. Notamment en pénétrant dans le hangar par les fenêtres du haut. Les hommes des 2 camps tombaient sous les coups de feu. Le tout se déroulant sous une forme de ballet de poudre et de sang. Les contrebandiers cachés derrière les plans de travail, luttaient férocement pour ne pas se retrouver en prison. Mais malgré leur résistance désespérée, ils plièrent sous le poids du nombre. Ils finirent par se rendre. Sauf l’un d’entre eux qui avait réussi, à s’enfuir par la porte de derrière réussissant à passer outre les gardes postés devant cette porte. Rubinsky avait vu cette scène. La procédure exigerait qu’il prenne plusieurs hommes pour l’accompagner dans sa traque du criminel mais en fait, il choisit un autre chemin.
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

Perle

Michèle Thibaudin

Elle était seule devant la tombe ouverte, serrant contre sa poitrine un bouquet de neuf roses d’un rouge éclatant. Nos regards se sont croisés au moment où elle le posait délicatement sur le... [+]