Eat the murderer ép.deux

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- Ouais pas trop mal pour un vieux. Pensa Heath.

De retour dans sa voiture, Lars interrogea Heath :

- Alors pour vous la main gauche de la victime sent le poisson ?
- Ouais mais comme tu l'as dit j'ai un goût meilleur que l’odorat.

Soudain une idée vint à l'esprit de l'inspecteur. Oubliant qu'il conduisait, il se tourna vers Heath et dit :

- Je suis sûr que vous préfériez éviter de passer quelques années de prison, n'est-ce pas ? Dit-il avec un sourire rusé sur les lèvres.

Alors que le soleil pointait discrètement son nez à l'horizon, chassant ainsi le sombre manteau qui sied si bien à Mad city, Heath et Lars se dirigeaient vers la morgue du commissariat où se trouvait exposé le corps de John Ecker.

- T'es totalement givré, tu sais ça ? Beugla Heath
- Pour être flic il faut l'être un peu, surtout dans cette ville.
- C'est pas légal !!!
- Tout comme le fait de mettre la vie d'autrui en danger surtout pour un jeu. Mais bon si vous préférez la prison.

Heath se mura à nouveau dans le silence, en raison de son incapacité à donner une réponse pertinente à son interlocuteur. Ils pénétrèrent dans la vieille morgue, située au rez-de-chaussée du commissariat. C'est là qu'attendait un vieux médecin légiste complètement dur de la feuille pourvu d'une énorme moustache grise qui cachait sa bouche et son menton. Son dos courbé perturbait sa silhouette, en le rendant plus petit qu'il ne l'était en réalité. Il portait un uniforme de chirurgien vert pale. Il paraissait plus jeune que son âge avancé. Devant lui, une table remplie de tubes à essai et de pipettes avec des échantillons de peau dans chacun d'entre eux. Il ne se retourna même pas pour recevoir ces hôtes, tant il semblait occupé par son travail. Lars s'approcha de lui, et regarda ce que le médecin faisait.

- Inspecteur Asgard, j'suis peut-être à moitié sourd mais je pourrais sentir votre parfum à des kilomètres.
- Hum, il est vrai que je mange un peu trop. Mais tel n'est pas le sujet qui me préoccupe aujourd'hui. Qu'avez-vous découvert lors de l'examen de la victime ?
- Qu'est-ce que j'ai recouvert sur la main de la dream team ? Répéta le vieux médecin en chef.

Lars reposa sa question en articulant cette fois-ci, sous l'œil goguenard de son jeune compagnon d'infortune. Cette fois-ci, le vieil homme comprit la question et y répondit efficacement :

- Rien de concluant comme pour les 5 autres victimes, vu la dégradation du corps, il est mort à minuit pile. Apparemment, il n'y a pas eu de trace de lutte, parce l'arme du crime l'a tué instantanément. Ce qui est logique car j'vois pas comment on peut arracher la chair de la victime sans qu'elle réagisse, à moins de la menacer avec une arme ou de l'attacher fermement. Mais y'a aucune trace de marque sur le corps de la victime. En 50 ans de carrière, j'avais jamais vu ça.

- C'est justement pour cela que ce jeune homme est là. Répondit Lars, qui dut encore une fois répéter ses propos compte tenu de la surdité du docteur.

Rubinski quant à lui, attendait patiemment devant le bureau du commissaire de la police. En effet, son responsable, l'avait convoqué pour un entretien en vue de faire le point sur son enquête. Comme à son habitude, il faisait preuve d'une certaine nervosité. Adossé au mur du bureau vitré du capitaine, son pied droit tapotait nerveusement sur le sol. Après une attente longue de plusieurs minutes, l'assistant du capitaine invita l'inspecteur à entrer. Il trouva dans ce bureau une femme assise derrière une table en marbre fraichement verni. Cette femme ne ressemblait pas à une de ses bimbos que l'on voyait sans cesse dans les magazines de mode, mais son charme incontestable lui permettait de rivaliser avec elles sans aucun problème. Cette femme à l'air sévère, âgée d'une trentaine d'années, vêtue d'un tailleur gris strict effaçant ses formes généreuses et d'un chemisier blanc. Des cartons d'emménagement étaient disposés autour de ce bureau, car cette femme venait de débarquer dans le commissariat de Mad city, il y a à peine une semaine. Pour beaucoup cette nomination aurait été la pire des punitions, mais pour elle, cela constituait une aubaine. Car s'il y avait un trait de caractère qui permettait de la définir en tant que femme, c’était de son ambition. Et son ambition ne pouvait tolérer l'échec le sien comme celui des autres. Elle dévisageait son interlocuteur avec une certaine sévérité. Elle ne réfléchissait pas à ce qu'elle allait dire mais utilisait plutôt le silence comme une arme contre son subalterne. Elle voulait lui faire comprendre que l'affaire du crucificateur devait être résolue dans les plus brefs délais. Après quelques minutes de silence, elle se décida à parler :

- Inspecteur Rubinski où en est votre enquête sur le crucificateur ? En desserrant le col de sa chemise.
- Euh...on examine le corps...pour l'instant...
- Avez-vous quelque chose de concret ? Comme une piste, des suspects, l'arme du crime, un mobile ?

Ces questions dérangeantes posées par sa supérieure ne firent qu’augmenter son stress. Des gouttes de sueurs pullulèrent sur son front comme de la moisissure sur de la nourriture périmée. Le commissaire Washler se leva, s'approcha du store de sa fenêtre qui donnait sur l'extérieur et prononça quelques mots :

- La presse nous tape sur le dos avec cette affaire. Votre devoir est d'y remédier au plus vite.
- Le commissaire Washler a raison affirma son assistant.

Celui-ci répondait au nom de Foklorer Iven. Si l'on devait faire le douloureux exercice de décrire son physique insignifiant, on n'aurait pas beaucoup de chose à dire. Son caractère était à l'image de son physique, il n'avait aucune personnalité. La seule chose remarquable chez lui, son espèce d'ordinateur de poche sur lequel il passait son temps à taper.

- On...y travaille...et je pense...que...bientôt... on cherche...
- Si vous ne trouvez pas l'assassin avant que la presse nous retire la dernière once de crédibilité que nous avons encore, c'est un emploi que vous chercherez. Est-ce clair ?
- Oui...oui. C'est très clair
- Prenez tous les hommes disponibles et faites votre travail. Conclut le commissaire Washler.
- Oui dit-il.
- Vous pouvez disposer.

En la refermant, il chuchota quelques insultes à son égard. Suite à cela, il prit quelques cachets.

A la morgue, le docteur avait appris le délirant projet de l'inspecteur Lars Asgard. Il manifesta sa désapprobation :

- C'est moi qu'on traite de vieux sénile mais c'est vous qui êtes complètement gâteux.
- Bien dit le vieux, il a pété une durite. Ajouta Heath.
- Très bien, alors trouvez-moi une piste. Vous savez bien que vous n'arriverez à rien. Ça fait 2 semaines que le crucificateur opère sans être inquiété. Et si ça continue comme ça, il y aura d'autres victimes. Alors préférez-vous garder votre éthique et laisser des gens mourir ou coincer un assassin ? La virulence dont faisait preuve le flegmatique Lars, stupéfia le médecin légiste ainsi que le jeune homme qui les accompagnait.
- Bien, j'me lave les mains de c'te histoire. Dit le vieux médecin
- Maintenant que ce bon vieux docteur nous a fait son Ponce Pilote, je vous prie Heath de vous mettre au travail. Alors vous préférez avoir un cadavre cuit ou cru ?

Le visage de Heath mima le dégout, puis il reprit de la contenance. Sachant qu'il ne pouvait faire autrement, il décida de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Il marcha lentement autour du plateau métallique où se trouvait le corps sans vie du feu John Ecker. Il s'arrêta devant la main gauche où se situait la croix.

- Faudrait que je puisse...Euh, j'ai failli gerber rien qu'en y pensant...gouter la paume de la main gauche de la victime.

Le légiste prit un scalpel et découpa soigneusement la paume de la main sans toucher au squelette du cadavre. Lars avait amené une assiette et des couverts à l'attention de Heath. Heath s'attela à sa tâche ingrate. Il commença d'abord par enduire se fourchette d'une lotion alcoolisée.

- C'est ce que c’est ? Demanda le légiste.
- C'est une lotion, elle permet d'isoler le goût de la viande pour que mon palais ne soit pas déstabilisé par les ustensiles utilisés pour cuisiner la viande que je dois manger.
- Quoi ?
- Merde j'oubliais que t’étais sourd comme un pot. Je vais devoir répéter tout ça. Dit-il
- J'ai entendu jeune isolent. C'est pour savoir pourquoi t’utilises cette lotion ? Depuis que mes vieux os ont vu le jour je n'avais jamais vu un truc pareil.
- Mon palais est trop développé, le moindre instrument peut influer mon sens du goût. Je l'utilise à chaque fois que je dois gouter un truc.

Il découpa la peau de la victime, qu'on lui avait servi, il mastiqua la peau moribonde et cuite à feu doux à l'aide d'un bec bunsen. Il la garda en bouche pendant 10 secondes et la recracha dans l'assiette :

- Alors quel est votre verdict ? Demanda l'inspecteur.
- Ça a un léger goût de Thombolmt.
- Du Thombolmt ? Balbutia le vieillard.
- Oui, c'est un poisson un peu particulier. Il n'a pas de branchies, donc son système respiratoire est comme celui des mammifères. Normalement, il devait avoir le corps rempli d'eau au bout de 20 secondes, mais il possède un corps spongieux qui retient l'eau. L'ennui c'est que son système respiratoire empêche qui que ce soit de pouvoir déguster sa chair. Donc on utilise un embout métallique rectangulaire d'0,01 millimètre d'épaisseur pour aspirer la chair du poisson pour qu'on puisse la bouffer.
- Cela ne colle pas, il y a un signe de croix sur la main et non une ligne verticale ou horizontale.
- Quelqu'un à du adapter ce système pour les humains. Explique le légiste.
- Oui, cela expliquerait pourquoi on ne trouve pas l'arme du crime et cela écarterait la thèse d'un meurtre religieux. Conclut Lars.
- Ouais, mais le Thombolmt ne s'achète que sur le marché noir. C'est interdit d'en vendre par la loi, une histoire de protection des espèces maritimes. Ajouta Heath.
- Vous devez surement connaître un revendeur. Demanda Lars à Heath.
- Ouep, j'en connais bien un mais ça va pas être possible.
- Pourquoi ? Renchérit le docteur.
- Parce que le gars que je connais sait tout ce qui se passe en ville. Il doit déjà savoir que je suis en zonzon. S'il me voit arriver comme une fleur chez lui, il va se douter du coup foireux. Expliqua Heath.

Lars eut un autre sourire rusé :

- Oh, cela peut s'arranger.

Il sortit de sa poche la carte que la journaliste lui avait donnée.

Quelques heures plus tard, un papier incendiaire sur la police parut en première page du journal Z. Il s’intitulait : « Nouvelle preuve de l'incompétence des services de police ». Il expliquait qu'un groupe de parieurs clandestins avaient été relâchés pour vice de formes. Cet article portait la signature de Morgana. Le commissaire Washler dévorait des yeux ce journal avec une rage folle. Puis son regard se porta sur Lars Asgard.

- Expliquez-moi ceci !!!
- Oui expliquez-moi ceci répéta l'assistant.
- Il s'agit d’une diversion qui a pour but de faire avance notre enquête. Expliqua Lars.
- Et comment, en nous ridiculisant aux yeux de tout le pays ?!
- Non, nous avons une piste pour attraper le crucificateur. Relâcher les prisonniers est la seule façon de le confondre. Vous aurez tous les détails de mes investigations dans le rapport que je vous ferai parvenir dès que possible. Répondit-il sans prêter attention à la colère froide qui envahissait de plus en plus l'esprit du commissaire.
- Très bien, mais si cela n'aboutit à rien vous serez le bouc-émissaire que je sacrifierai au grand bucher médiatique. Est-ce clair ?

Il se retourna s'en répondre en souriant. Il savait que le commissaire n'hésiterait pas à mettre ses menaces à exécution, mais il s'en moquait. Seul le résultat de la procédure qu'il venait d'engager avec Heath l'intéressait en ce moment. En ce moment, celui-ci se promenait librement sur l'avenue la plus huppée de Mad city : l'avenue Caponne. Il s'arrêta à l'hôtel le plus luxueux de cette ville : le Phocéa. Le portier et le réceptionniste le laissèrent passer sans encombre, en le saluant par son prénom, preuve qu'il était un habitué des lieux. Il emprunta le luxueux ascenseur au centre du hall principal pour aller au 5ème étage. Pendant son trajet, il repensa aux évènements précédents. Ils sortaient de la morgue avec l’inspecteur :

- Tu crois qu'il est aussi con. Qu'il suffit de faire semblant que je suis libre pour qu'il gobe tout.
- Vous êtes relâché réellement contre votre coopération totalement.
- Attends ce mec s'appelle Hilly le parano. Même si je sors de zonzon comme ça, il trouvera chelou que je sois relâché dans la nature. Et qu'en plus je vienne le voir dès ma sortie. En plus, qu'est-ce qui te dit que je vais pas en profiter pour me barrer ? Demanda Heath.
- Avez-vous déjà joué au poker ? Lui demanda Lars.
- Au poker ? Répéta Heath.
- Oui, j'adore ce jeu. Et spécialement le moment où les 2 joueurs misent tous les jetons qu'ils ont sur le tapis et que tout se joue sur la river. Ce moment de tension palpable où tous les espoirs sont permis. Où la réalité peut se transformer en rêve ou en cauchemar. Je ne vis que pour ces instants.
- Quel taré ce keuf. Heath se dit en lui-même.

L'ascenseur s'arrêta à l'étage choisi. Un long couloir luxueux s'étendait devant Heath. Il s'y aventura sans perdre de temps, en sachant pertinemment que le temps ne jouait pas pour lui. A l'antenne principale de Z groupe de presse, Morgana Cosgrove était dans son immense loge en train de se faire remaquiller par Rancis, le maquilleur gay de la chaine :

- Encore un peu de blush et tu seras la salope la mieux foutue de toute la chaine ma chérie.
- Sale flatteur. Tu embrasses ta mère avec cette bouche. Lui répondit-elle en souriant.

Soudain, un troisième personnage fit son apparition impromptue dans la loge de la star du journalisme. Il s'agissait d'une jeune journaliste de 24 ans prénommée la « Rastignac » rapport à son ambition démesurée. Bien qu'elle haïssait Morgana, elle l'idolâtrait, c'est pour cela qu'elle copiait tout ce que sa rivale faisait. Elle tenait dans ses mains le journal du jour :

- Je suis venue féliciter la très, très, très expérimentée journaliste que tu es.
- Ça fait plaisir d’être reconnue par une personne à peine sortie de l’enfance. Répondit Morgana. Les magnifiques yeux verts de la jeune femme se tentèrent de colère.
- Livany que me vaut le plaisir de ta visite. Ne devrais–tu pas être en train de couvrir la rubrique des chiens écrasés. Attaqua Morgana.
- Moi je me demande comment la très expérimentée journaliste que tu es a réussi à avoir ces renseignements. J’imagine que tu as dû donner beaucoup de ta personne pour avoir ces infos. Répondit Livany.
- Surement pas autant que toi avec le patron de la chaine pour avoir ton poste, mais ne t’inquiètes pas je suis sûre qu’un jour tu pourras en faire autant quand ta greffe de talent aura pris. Conclu Morgana.

Vexée au plus haut point, Livany sortit de la pièce en claquant la porte.

- Ma chérie, tu as remis à sa place cette petite arriviste de rien du tout. Renchérit Rancis.
- Et je n’ai pas fini de la faire enrager. Expliqua-t-elle avec un sourire énigmatique sur les lèvres.

A l’hôtel, Heath frappa à la porte d’Hilly le parano. Il entendit le bruit des serrures de défaire. Son interlocuteur entrouvrît la porte. Avant cela, Heath laissa tomber un cure-dent métallique sur le sol.

- Qu’est-ce que tu fous ici Heath ? Lui dit-il en l’agressant.
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