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« E.T.S - En Toute Sécurité »

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Devant le miroir, dans mon irréprochable costume noir, je me trouve fière allure. Ce teint halé me va à ravir et je suis merveilleusement bien dans cette peau. Une sorte de « Men in black », comme dans le film que j’ai visionné récemment, mais en vrai ! Bien entendu, il est hors de question de pourchasser de quelconques extraterrestres, ce n’est vraiment pas dans ma nature, mais c’est l’occasion unique d’intégrer cette « Agence ». Une organisation de sentinelles terre-à-terre sera une formidable couverture. Être vigilent et discret, cela me correspond et me permettra de garder moi aussi quelques secrets... pour mieux observer !

Je n’ai bien entendu rien dévoilé au type que j’ai eu au téléphone. Pour cette seconde prise de parole dans une autre langue que la mienne, je suis plutôt satisfait. J’apprends vite et l’oral n’est pas un problème. Il m’a dit son nom, j’en ai donné un. Il m’a posé quelques questions, j’ai brodé un parcours imaginaire de détective privé emprunté dans mes nombreuses archives télévisuelles. Cela a eu l’air de lui suffire puisqu’il m’a fixé un rendez-vous... à 15 h aujourd’hui.

Il y a quelques jours déjà que j’ai reçu les directives pour cette mission... Je m’étais alors rapproché d’Anita, la colocataire de l’appartement d’en face. Une jeune personne charitable et plutôt jolie, bien que je n’eusse guère de référence en la matière. Je n’étais dans l’immeuble que depuis peu, elle n’avait pourtant pas hésité une seconde à me venir en aide. J’en avais conclu que mon apparence physique n’était pas dépourvue de charme non plus. Comme il était impossible pour moi de déchiffrer les hiéroglyphes qui s’étalaient dans le journal fourni par mes supérieurs, j’avais prétexté un problème de vue pour lui demander de lire à ma place l’annonce que j’avais sélectionnée. J’ai bien suivi des cours de linguistique à la base, mais je ne garde aucun souvenir des leçons rabâchées sur l’immense tableau noir. Alors pour garder ma belle assurance, je lui avais lancé que lire une annonce sans lunette était comme « chercher les brindilles en métal tapissant le sol ». Elle m’avait regardé d’abord interloquée. J’avais bien senti que ce que j’avais dit n’avait aucun sens. Puis elle avait émis un adorable gloussement juvénile en rectifiant mon expression erronée.

- « Tu veux dire : Une aiguille dans une botte de foin » ?
- Évidemment !» Avais-je répondu en gloussant à mon tour par mimétisme.

L’expression n’était pas plus parlante pour moi, mais il est impératif de me fondre dans la masse... et de mettre à jour mes fiches numériques ! D’ailleurs, observer Anita pouvait être d’un grand enseignement. L’écouter, encore plus. Alors qu’elle décryptait le journal pour moi, j’essayais de faire une connexion entre les sons et ce code secret que représentait l’assemblage de lettres. Et ce n’était pas très compliqué. Avec un algorithme primitif, je devrais m’en sortir pour traduire petit à petit l’ensemble des caractères.

- « En fait cette Agence cherche plus une espèce de coursier, finit-t-elle par conclure, tu crois que cela te conviendrait ?

- Oui, c’est parfait. Je suis une espèce... de... de représentant. En fait quel que soit l’espèce, je me défends plutôt bien.

Anita avait souri de nouveau en me regardant du coin de l’œil. Une chaleur singulière s’était emparé de mes joues. A moins que quelqu’un ait monté le chauffage, c’était une réaction de mon corps. C’était nouveau et ce n’était pas très agréable.

- Tu es vraiment surprenant toi... enfin si le poste t’intéresse, il te suffit d’appeler ce numéro.

Au bout de ses longs doigts manucurés, j’avais reconnu le logo qui m’avait décidé à choisir cette offre plutôt qu’une autre. Contrairement aux lettres, les chiffres, lorsqu’ils sont séparés, ne représentent pas un obstacle. Une seule étoile pour le signe du 1, deux pour celui plus courbé du 2, etc... pour les associations de ces éléments entre eux, je pourrais toujours improviser plus tard. Pour téléphoner, il suffisait de reproduire les symboles les uns après les autres sur le clavier. Un jeu d’enfant.

- « Mais ça fait tout de même pas mal d’étoiles ! » ais-je lancé sans réfléchir.

Son rire avait envahi de nouveau l’espace. Nos regards s’étaient croisés mais je n’étais pas parvenu à lire dans son esprit. Difficile de percevoir ce qu’elle pensait à cet instant précis. Difficile d’ailleurs de comprendre d’où venait ce trouble qui m’empêchait de me concentrer.

- « Excuses-moi, j’étais dans la lune... un peu comme Youri Gagarine !
- Tu veux dire comme Neil Armstrong ?
- Sans doute oui. Comme Armstrong... mais sans sa trompette. »

Elle avait ri de bon cœur à ce qu’elle croyait être une boutade de ma part et l’entendre rire, m’avait fait rire à mon tour. C’était plus fort que moi, comme un réflexe et j’avais trouvé cela plutôt agréable.
Le soir même, en pensant à Anita et à ce que j’avais appris en l’observant, je m’étais lancé dans une programmation acharnée. Elle avait durée toute la nuit. Au matin, mon corps était épuisé. J’avais une sensation bizarre de sècheresse dans la bouche et un creux dans le ventre. Il m’avait fallu engloutir plus d’aliments et d’eau que prévus et me mettre en position « off » une grande partie de la journée suivante. Encore une chose qu’il me faudrait noter dans mes fiches.

Mon rendez-vous est dans une heure. En ajustant ma cravate, je poursuis mon monologue quand soudain un bip caractéristique annonce l’arrivée d’un message sur mon récepteur téléphonique portable. C’est l’« Agence ». Dommage qu’Anita ne soit pas là, je l’aurais bien sollicité une nouvelle fois... juste pour le plaisir de l’entendre rire. En cliquant sur le lien, je réfléchis à toutes les autres occasions que je pourrais inventer pour poursuivre ce premier contact. Peut-être pourrait-elle m’aider à décrypter les notices de ces appareils ménagers obsolètes qui encombrent mon logement ou bien remplir pour moi le questionnaire déposé par la gardienne. Pour l’écriture, je n’ai malheureusement pas encore trouvé de solution. Dès l’ouverture du message, de nouveaux hiéroglyphes envahissent instantanément l’écran. Heureusement, la linguistique n’est peut-être pas mon fort, mais j’excelle en informatique. Après avoir connecté le portable à mon ordinateur, il me suffit de glisser le message dans le programme écrit pendant mes heures d’insomnie. Maintenant, il suffit d’un simple contact sur l’écran tactile pour qu’une voix métallique prononce le texte. Et ça fonctionne !

« Suite à notre entretien téléphonique, merci de vous présenter à 15 h précises, dans nos locaux, place de l’Étoile. Nous vous conseillons de prendre le métro et de sortir à la première station après l’Espace Champerret. Si vous venez en bus, après le Champs de Mars, il y a une navette qui s’arrête juste devant notre établissement. Vous avez rendez-vous avec deux de mes collègues, Christian Sage et Claude Marchand. Au plaisir de vous rencontrer. Paul Augier »

Un second contact enclenche automatiquement une traduction écrite. Un jargon, qu’aucun être humain, fut-il instruit comme Anita, ne peut comprendre. Je jubile. Un dialecte aux symboles rigides et anguleux merveilleusement limpide s’affiche. Un immense soulagement doit se lire sur mon visage d’emprunt. La traduction dans MA langue est parfaite... un concert de cliquetis étranges accompagne alors la lecture que je fais à haute voix du message terrien.... L’étoile... une station... un espace... Mars... une navette... j’aime vraiment beaucoup ces mots. C’est plutôt un bon début... pour la rencontre d’un troisième type.

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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour cette histoire mystérieuse et si bien écrite! Mon vote! Vous avez voté pour “En Plein Vol” pendant la Qualif’. Comme il ne nous reste que 2 jours, je vous invite à renouveler votre soutien si vous l’aimez toujours! Merci d’avance!
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Ted Martin · il y a
Bonjour Véro,
Bien vue toute cette ambiance un peu étrange… On a envie d'une suite !! ;-)

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