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DU RÊVE A LA REALITE

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Cfa Mielleux

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Il sonnait à peine trois heures quatre minutes quand Kossi se réveilla brusquement. Il suait de toute part. Son pouls avait accéléré. Il venait de faire le plus atroce des rêves. Kossi se leva alors du lit, tituba sur quelques pas mais réussit quand même à atteindre la salle de bain où il se débarbouilla. Son esprit retourna au calme et il rejoint son lit et se blottit sous sa couverture. Il essaya ensuite de retrouver le sommeil mais hélas, garda l’œil ouvert durant tout le reste de la nuit.
Le matin, il se rendit au boulot malgré lui, mais n’y dura pas ; car il avait reporté toutes les audiences pour le lendemain, le temps de mieux se reposer. De retour à la maison, après la sieste, vers le crépuscule, son meilleur ami Paul lui rendit visite. Apres les civilités d’usage, Paul se rendit compte que son ami n’avait pas le moral haut pour s’engager dans leurs jactances habituelles. Aussi chercha-t-il à s’enquérir des motifs de son état d’abattement. Mais contre toute attente, Kossi lui opposa un mutisme. La nuit- là, la suivante et celle d’après furent toutes marquées par la répétition du même cauchemar chez Kossi.
Quelques jours après lorsqu’il arriva au boulot, le fou qui errait devant le tribunal l’attendait comme s’il voulait lui soutirer des sous. Kossi, faisant semblant de ne pas le voir, le dévisagea. Le fou ayant aperçu le stratagème l’appela :
- Ohé ! Monsieur
- Oui fit Kossi contrarié de se retourner
- Monsieur vous courez un grave danger
- C’est quoi ce folklore ? fit Kossi d’un ton moqueur
Le fou, ne semblant pas atteint par cette réplique, continua.
- J’ai rêvé que j’étais à vos funérailles dans ces jours.
Ce qu’il disait, l’accent avec lequel il le disait, rappelait à Kossi ses cauchemars répétitifs dans lesquels il se voyait dans un cercueil.
- Je vous aurais alerté. Ajouta le fou qui s’en alla sans plus tarder.
Kossi resta songeur pendant un moment puis alla à l’intérieur de l’immeuble.
Le cauchemar qu’il fit ce soir -là fut plus frustrant que les autres. Dans celui-ci, il était lui-même à ses funérailles sur l’une des pancartes, il lut «  endormi dans la paix du seigneur le 26 avril dans sa 32ème année ». C’est à ce moment -là qu’il se réveilla. Il reprit son souffle et jeta un coup d’œil sur le calendrier de son téléphone : on était le 23 avril 2017. A la vue de la date, il fut abattu psychologiquement. Il récapitula dans sa tête : s’il s’en tenait à son cauchemar et à la révélation du fou, il ne sera plus de ce monde d’ici trois jours.
Très tôt le matin, Kossi prit son portable composa le numéro de Paul et l’appela.
- Allo ! Paul j’ai besoin de toi tout de suite.
- Il y a quoi ? répondit Paul à l’autre bout du fil.
- Je n’ai pas le temps de placoter au téléphone, on se rencontre donc au bureau.
Le ton sur lequel Kossi parlait inquiéta Paul et ce dernier s’empressa de venir. Dans le quart d’heures qui suivit le coup de fil, Paul était dans le bureau de Kossi
-Kossi, la confidence noie la douleur dit-on, confie- toi à moi.
- Depuis quelques temps, je fais des rêves horribles et la nuit dernière j’ai rêvé que j’étais mort le 26 avril, c’est-à-dire dans trois jours si tu comprends ce que je dis, articula Kossi.
- Quoi ? fit Paul qui sursauta de sa chaise. Quand le mystère devient trop impressionnant on n’ose pas désobéir. Sur ce, je te propose qu’on aille clarifier l’énigme chez l’oracle.
- C’est même pourquoi je t’ai appelé car en la matière tu t’y connais que moi.
Sans plus tarder les deux amis montèrent dans leur voiture pour se rendre chez l’oracle. Ils n’y arrivèrent que vers le crépuscule. Au loin on pouvait lire «  chez Azeglo ». Paul alla un peu loin et gara sa voiture. Kossi l’imita.
Après les procédures d’usage, Paul expliqua l’objet de leur visite au vieillard. Ce dernier répondit en ces termes :
- On est au crépuscule et une consultation à cette heure-ci est très difficile.
Paul lui répliqua qu’ils avaient quitté si loin mais Azeglo ne voulut pas comprendre. Kossi décida alors d’intervenir et grâce au bagou qu’on lui connait, réussit à convaincre Azeglo de leur faire une exception. Pour la consultation Azeglo remit quatre cauris à Kossi sur lesquels il devait susurrer les problèmes qui le tracassait. Azeglo très volubile commença à prononcer des paroles sur les cauris qu’il avait repris chez Kossi. A peine avait-il fini ses paroles quand une fumée noire emplie la salle, des voix montaient pendant un moment puis tout retourna à la normale. Une fois les cauris jetés, Azeglo interpréta comme suit :
- La disposition des cauris réincarne l’histoire du jeune homme qui a eu un succès truculent mais qui est mort précocement. Si vous me racontez vos inquiétudes je peux vous aider. Kossi parla des cauchemars répétitifs et de la révélation du fou.
Azeglo consulta à nouveau ses cauris et affirma :
- C’est le destin et ce jeune homme devra mourir.
Ce verbe « mourir » créa chez Kossi un bug. Dans son cerveau, il aperçut des lointains tic -tac : c’était le compte à rebours de sa mort.
- Une offrande pourrait remédier à la situation. Le visage de Kossi s’illumina. Cette offrande est constituée de mille soixante-neuf akassas répartis comme suit ; avec sept akassas, il constitue un tas, avec sept tas un filet et avec sept filets un panier. Et ces akassas devraient être partagés aux mendiants situés dans le marché le plus proche de chez lui. Les deux amis remercièrent le vieux et s’en allèrent.
Le lendemain, de retour en ville, Kossi apprêta son offrande et alla très tôt au marché. A l’entrée du marché, il rencontra des enfants entourant un griot qui racontait une histoire dans laquelle le destin s’était acharné contre un jeune homme et a causé sa perte. C’était encore un signe. Dans le marché là où les mendiants restaient d’habitude il n’y avait personne. Kossi constata le vide, on dirait que les mendiants avaient disparu comme par enchantement. Après quelques minutes de réflexion, il décida d’attendre. Les secondes s’écoulèrent, les minutes passèrent, des heures s’égrainèrent mais toujours aucun signe de mendiants. Au crépuscule même pas un chat. On pouvait lire facilement le désespoir dans les yeux de Kossi. Dans sa tête il se posait des tonnes de questions : Les mendiants avaient-ils déménagé ? Grevaient-ils ? La nuit tomba mais toujours pas un signe de vie d’un mendiant. A vingt-trois heures quarante minutes, sachant que le destin a gagné et que la mort l’attendait à coup sûr, Kossi sortit du marché. Aussi décida-t-il de faire une randonnée pédestre circonstancielle. A peine avait-il fait un quart d’heures quand on apprit qu’il y a eu un accident dangereux dans la direction qu’il avait prise. Une voiture venait d’écrabouiller un homme. Alertés, les gens se rendirent sur la scène du drame et on vit Kossi baigné dans son propre sang qui gémissait sur la chaussée. Il fut emmené de toute urgence à l’hôpital. A zéro heure tapante, Kossi rendit son dernier soupir. On était le 26 et Kossi avait bel et bien rendu l’âme. Au mur, en haut du lit sur lequel son cadavre était étalé, on pouvait lire en gras : « La vie est une architecture en colimaçon. On peut à la limite se hisser au-dessus de sa condition physique, mais on n’écharpe jamais à son destin ».
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Angelika Adjovi · il y a
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01tinkpon · il y a
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