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Dolmen

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Yannick Badot

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Ce texte a été écrit sous l’impulsion du concours Imaginarius proposé par Short Editions. Il a éclôt sur une idée de Lucas Moreau, acteur. Ne pouvant publier qu’un seul texte, je n’ai donc pas eu l’opportunité de le soumettre au concours. J’avais envie de le partager avec vous!
Si le comité a tout de même envie de l'inclure... soyons fou!

Bonne lecture, Yannick


C’est interdit ! Loann le sait.
Seuls les druides sont autorisés à pénétrer dans la grande forêt.
Du haut de ses 10 ans, l’enfant a fait fi de toutes les légendes au sujet du grand dolmen et enfreint la règle au mépris de sa propre vie.
La forêt est dense, sombre et le sentier devient presque invisible tant il est envahi de fougères et de buissons épineux. La bougie qu’il a emportée s'est éteinte, soufflée par une bourrasque de vent alors qu'il venait à peine de franchir la lisière du bois. Loann est vif, taiseux et discret. Il a repéré les lieux de jour en suivant le druide. Mais cette nuit, il sent la peur le tenailler et le doute l’étreindre.
Et s’il se perdait ? Et si tout ce que l'on raconte sur le « Grand Dolmen » était vrai ?
Ses jambes sont mouillées et écorchées par la végétation.
Parfois, il se met à quatre pattes pour retrouver le creux du sentier marqué par le passage régulier du Saint Homme. Une éclaircie laisse filtrer les rayons lunaires qui sortent la clairière de sa noirceur.
Face à lui, Loann aperçoit le monument funéraire fait de pierres dressées.
Ce dolmen serait d'après la légende la porte d'un autre monde.
Ceux qui s'y sont aventurés ont perdu la raison ou relatent des bribes de récits décousus et effrayants. D'autres qui seraient entrés ne seraient jamais ressortis.
Il est dit que le fond du mégalithe est fait d'une brume laiteuse et opaque abritant des êtres maléfiques et dangereux. Certains racontent aussi que des revenants y trouvent refuge et se divertissent en terrorisant les inconscients qui ont osé braver les interdits.
Loann est décidé. Il aimerait pouvoir allumer cette bougie de cire froide mais il n'en a pas la possibilité. Il aurait dû prendre une torche mais c'était risquer de se faire repérer avant même d'atteindre la forêt.
Prenant son courage à deux mains, il fait le pas le plus difficile : le premier.
Au lieu de s'enfoncer dans une obscurité grandissante, plus il avance et plus sa vue semble s'ouvrir.
Une lueur émane de la pierre humide et plus loin, tout au fond, il fait de toute évidence encore plus clair.
La brume maudite dirige le voyageur de sa lumière machiavélique !
Loann refuse de se donner le temps de réfléchir et pénètre d’un pas déterminé dans la masse vaporeuse.
Il y fait plus chaud qu'à l'extérieur, plus lumineux aussi.
Alors qu'il continue d'avancer, des sons se font entendre, des murmures a peine audibles.
Le cœur du petit garçon se met a battre plus vite et ses jambes ralentissent inconsciemment sa progression. Les sons deviennent musiques et chants, les murmures des syllabes puis des mots.
Une voix masculine lui parle dans une langue qu’il ne connaît pas et Loann, pétrifié, l'oreille tendue, voit apparaître sur sa droite une silhouette qui ondule.
« Qui est là ? Qui êtes-vous ? »
Le silence lui répond, ce qui ne fait qu'accroître son angoisse.
Il faut qu'il continue d'avancer, « elle » est peut-être plus loin.
Et s’il ne pouvait plus faire demi-tour ?
Si ce spectre vaporeux pouvait lui saisir le bras, que ferait-il ?
Regardant droit devant lui, l’enfant a le sentiment qu’un couloir se forme dans cette épaisseur laiteuse, une brume plus légère, plus aérée se différencie des parois blanches et compactes faites de brume épaisse.
Là, tout au loin, plusieurs silhouettes de tailles différentes attendent.
C'est encore trop imprécis pour qu'il puisse savoir.
Un jappement retentit.
« César? César ? »
La voix de Loann ricoche sur les parois .
Elle appelle son ami disparu alors qu'il n'avait que six ans.
Une silhouette bleutée, la plus petite des trois se détache et court vers l’enfant. Elle approche...
Se pourrait-il que les démons prennent l'apparence de ceux que nous avons aimé ?
Nous dévorent-t-ils alors en ayant pris cette allure connue pour nous punir de notre audace, de notre inconvenance a violer ce lieu interdit?
« Mais je ne suis qu'un enfant ! », pense Loann soudain prêt à rebrousser chemin.
Le fantôme se pare de couleurs, ses contours se précisent et c'est maintenant couché dans le brouillard tiède que Loann joue avec César qui est arrivé jusqu’a lui.
Le grand Epagneul lui lèche le visage, se love contre son flanc et frétille de la queue.
« Tu es vivant ? Tu es vivant ! » 
Comme si les mots étaient des sédatifs, le chien se couche et cesse de bouger. Il pose sa tête entre ses pattes et fait mine de dormir. 
Son regard noisette reste fixé sur l’enfant et il commence à gémir. 
Quelque chose approche. 
L’être qui se déplace dans sa direction tient dans ses mains une faux gigantesque.
Ses cheveux sont si longs qu'ils effleurent le sol. 
« Je vais mourir ! » est la seule pensée accessible dans l’esprit paniqué de Loann. 
« J'ai désobéi au druide, j'ai offensé les Dieux, j'ai nié la sagesse des anciens mais je voulais juste revoir ma maman moi ! » 
Les larmes ruissellent sur son visage, il sanglote.
Son cœur ravagé ne pouvait pas se résigner à vivre sans elle, alors il va se briser sous le joug de cette harpie.
« Maman, maman, maman! » 
Dans une aura scintillante, la silhouette se découpe enfin pour cesser d'être une manifestation ténébreuse.
Les cheveux d'un blond doré encadrent un visage angélique d'une infinie douceur. La toge spectrale est en fait une robe de soie d'une éblouissante délicatesse et la faucille dans la main droite de la déesse est un sceptre sacré orné de pierres précieuses.
La peur avait dessiné de sa main menteuse une image épouvantable et mensongère.
Loann, recroquevillée au sol, tremble des pieds à la tête lorsqu'une main diaphane lui ôte toute trace d'inquiétude.
Il colle son petit visage contre les jambes de la femme qui l’a mis au monde
Sans avoir besoin de la regarder, il sait, il reconnaît. 
De sa voix douce, elle lui murmure : « Allez lève toi... Viens... On rentre à la maison ».
À l'aube, un père cherche son fils. Il a trouvé un lit vide et froid.
L’enfant a emporté le collier de sa mère. 
Peut-on guérir le chagrin en affrontant la brume ? Peut-on vivre dans le manque glacial de l’autre? Doit-on mourir pour être délivré ou peut-on passer un voile et y trouver l’éternité?
Dans un village perdu, une légende Celtique écrit un nouveau chapitre.

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Elisabeth Marchand · il y a
C'est un beau témoignage de brume, de légende, de trristesse, d'espoir aussi peut-être... j'ai bcq aimé...
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Yannick Badot · il y a
Merci Elisabeth... je suis occupée a commencer la rédaction du texte pour la Saint Valentin...
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Elisabeth Marchand · il y a
J'irai le lire... j'ai mis le mien en ligne... il y en a beaucoup et pour tous les goûts... c'est enrichissant...
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Jacqueline Halkin · il y a
J'adore .. j'attends la suite Yannick
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