Deux en Un

il y a
13 min
2
lectures
0

Mon véritable nom, sous lequel j'ai pour habitude de signer mes œuvres, est "Morgane Van Deuren". J'ai également un compte WattPad sous lequel je publie l'ensemble de mes écrits. Je suis une  [+]

Lucas vivait dans un petit coin de campagne plutôt tranquille depuis de nombreuses années déjà. Aucun voisin, aucun bruit parasite. Seulement le doux son de la nature. Il avait son propre potager, lui permettant de vivre convenablement et de subvenir à la majorité de ses besoins. Il détestait la ville et ne s’y rendait qu’en de très rares occasions pour faire le plein de produits hygiéniques essentiels.
Un jour, alors qu’il se rendait au bourg le plus proche de chez lui, il vit un cerf traversant un champ. Malgré les années qui passaient, il ne se lassait toujours pas des magnifiques petites scènes comme celle-ci. Le cerf arrivait dans sa direction, en bondissant à toute allure. Lucas s’arrêta donc pour ne pas le blesser accidentellement. Au moment où l’animal s’apprêtait à traverser la petite route, Lucas le vît disparaître, sans explication logique, tel un lapin de magicien, juste devant ses yeux. Il ne comprenait pas. Ce qu’il venait de voir était absolument impossible. Il se frotta instinctivement les yeux afin de reprendre ses esprits. Il se dit que l’effort sous ce grand soleil avait dû provoquer chez lui une illusion d’optique. Il reprit donc la route, rangeant dans un coin de sa tête ce à quoi il venait d’assister.

Le lendemain matin, Lucas se réveilla de bonne heure, comme à son habitude. Il prit le temps de se réveiller, de déjeuner, ainsi que de faire une toilette rapide. Il mit sa tenue de jardinage, empoigna ses outils et sortit par la porte à l’arrière de la maison, donnant directement dans son jardin. Il était prêt pour effectuer sa routine, mais une routine plaisante, une routine qu’il avait choisie. Très peu de gens vivaient à présent en campagne, ils étaient perçus comme des parias, mais Lucas n’en avait que cure, il était bien mieux ici que dans ces minuscules ruelles bondées et ces technologies lui gâchant la vie. Il avait pris cette décision difficile, qui lui avait valu de devoir abandonner sa famille, mais il en avait ressenti un besoin extrême.

Le soleil brillait, réchauffant son visage lorsqu’il franchit le pas de la porte. Il en profita quelques secondes avant de se diriger vers son potager. Lorsqu’il y arriva, il faillit s’évanouir et se retenu de justesse au mur à sa gauche. Il s’assit, toujours appuyé contre le mur, attendant que le sol arrête de tourner. Après le cerf, son potager. Comment l’ensemble de ses légumes pouvaient-il s’être envolé de la sorte, sans laisser aucune trace. Rien ne laissait paraître qu’un animal ou un homme soit venu le dépouiller. Comme il l’avait dit, il n’y avait rien pour lui donner une quelconque explication à tout ceci. Tout ce travail acharné perdu en une nuit. Il allait devoir partir quelques jours à la capitale, le temps de trouver de quoi régler le problème aussi rapidement que possible. Cela le désespéra d’avance. Il décida qu’il n’irait que la semaine suivante, il avait encore de quoi tenir jusque-là.

Il retourna à l’intérieur et passa le reste de la journée à cogiter sur ce qui lui arrivait. C’était à ne rien y comprendre. Soit il devenait fou, soit il s’agissait d’un complot. Il aurait bien prévenu les autorités, mais il savait très bien qu’en tant que marginal, personne ne l’écouterait. Une fois la nuit tombée, il avait tellement réfléchi qu’il piquait du nez dans son vieux fauteuil. Il alla se couchant, se disant qu’il ne servait à rien de se torturer toute la nuit, il verrait bien ce que la journée du lendemain lui préparait comme surprises.

Étant donné que son activité principale était irrécupérable et qu’il n’avait pas ce qu’il fallait chez lui pour recommencer un nouveau potager, il en profita pour dormir un peu plus longtemps. A sa grande surprise, il sortit de son lit à treize-heures passées. Cela était bien la première fois depuis une éternité. A tel point qu’il ne se souvenait plus de l’effet que cela produisait. Son premier réflexe fut d’aller dans la cuisine afin de servir sa ration de nourriture au chat. Il s’agissait du chat de la famille, mais il l’avait emmené avec lui lorsqu’il était venu s’installer ici. Il eut bien raison, car celui-ci s’en portait à merveille et tous deux avaient finis par créer un véritable lien entre eux. Cependant, arrivé devant la gamelle, aucun chat en vue. Il avait pourtant pour rituel de l’attendre devant, même lorsque Lucas avait un léger retard sur son heure de levé. Il réfléchit et en arriva à la conclusion que son chat en avait eu assez d’attendre et avait choisi de partir chasser à la place. Ce ne serait que partie remise, il lui offrirait une friandise à son retour pour se faire pardonner.

Il avait passé la journée seul, à se promener, faire sa lessive, toutes activités susceptibles de lui occuper l’esprit. Il avait passé la journée seul. Trop seul. Certes, il s’agissait d’un euphémisme étant donné son mode de vie, mais ce qui l’inquiétait était le fait que son ami et animal n’était toujours pas de retour. Pourtant, le soleil était à nouveau en train de se coucher. Il veilla tard, près de la porte d’entrée, voulant à tout prix être là quand il rentrerait. Être là pour l’accueillir, pour ne pas refaire la même erreur deux fois.

Après avoir passé la nuit dans le couloir, il accepta l’idée qu’il ne reviendrait pas à l’heure actuelle, même si cela peinait énormément Lucas.

Il commençait à se poser des questions. Toutes ces petites étranges coïncidences, les unes après les autres, étaient-elles réellement des coïncidences ? Perdait-il la tête à force de rester seul ? S’il continuait à rester dans son coin, à remuer tout cela dans sa tête, il était sûr de devenir fou si ce n’était pas déjà le cas.
Il décida donc d’aller rendre visite à un autre homme dont la sombre réputation n’était plus à faire. Une rumeur courait à son sujet, d’après certaines personnes, il aurait en sa possession d’étrange pouvoirs. Lucas, lui, pensait simplement que tous ces bruits de couloirs étaient dus au fait qu’il vivait en autarcie, tout comme lui. Il ne fût donc aucunement effrayé lorsqu’il alla à sa rencontre, espérant malgré tout que celui-ci puisse l’aider ou au moins l’éclairer sur sa situation.

Il arriva devant la maison de l’homme. Celle-ci était plutôt lugubre, mais il ne s’en formalisa pas. Après tout ce qu’il venait de vivre, ce n’était pas ce qui allait l’arrêter. Il y trouva un homme tout ce qu’il y a de plus normal. Très sympathique soit dit en passant, il aurait presque pu en oublier ce pourquoi il se trouvait ici.
Ils discutèrent pendant plusieurs heures. L’homme l’écouta avec attention et finit par lui avouer qu’il pensait avoir vécu de petits événements similaires, mais pas d’une ampleur aussi importante. Il ne pouvait donc en conclure à un incident mondial ou régional. Lucas commença donc à perdre tout espoir. L’individu lui offrit tout de même un petit bracelet censé l’aider à le protéger en cas de grand danger. Il accepta son présent, après tout, qui ne tente rien n’a rien.

Sur le chemin du retour, Lucas était fort angoissé. Il avait pensé à retourner en ville plus tôt, malgré ses réticences. Cependant, il craignait d’être plus en danger, de voir disparaître de nombreux éléments de sa sphère visuelle. Cela lui vaudrait inévitablement de se retrouver interné, car pris pour un dément par la population. Il s’abstint de s’y rendre et regagna sa demeure. Sans en prendre conscience, Lucas serrait fortement dans sa main son nouveau bracelet, s’y raccrochant tel une bouée de sauvetage.

Il pénétra, totalement exténué, dans son logis, se laissant tomber lascivement dans son sofa. Il s’y endormit à peine quelques minutes après. Il se réveilla en sursaut au beau milieu de la nuit, en sueur, ayant fait le cauchemar le plus intense de toute son existence. Un cauchemar si réel qu’il se demanda s’il ne l’avait pas réellement vécu. Il ne savait pas quoi faire. Il était complètement affolé. Il se mit à tourner en rond dans ce qui lui servait de salon. Il réfléchissait inlassablement, mais ses cognitions divaguaient en tous sens, il n’arrivait donc pas à en saisir une seule qui aurait permis de l’aider.

Concentré qu’il était sur sa frayeur, il ne s’aperçut pas de ce qui se tramait tout autour de lui. Plus les heures filaient, plus les objets disparaissaient. Il ne remarqua rien jusqu’au moment où se fut son fauteuil fétiche qui disparut sous ses yeux. Sa tension monta en flèche. Son réflexe primaire fut de se précipiter à l’endroit où il se situait quelques secondes avant. Il tapota le vide autour de lui, frotta le sol, tourna sur lui-même le recherchant. Il se mit alors en position fœtale à même le plancher, pleurant et hurlant à plein poumon. Il hallucinait totalement, ce ne pouvait être réel. En réalité c’est ceci qui devait être le véritable cauchemar. Il se trouvait en enfer. Il ne savait plus que faire. Il se prit les cheveux à pleine main et tira violemment dessus.

Énormément d’éléments de sa réalité disparaissaient de plus en plus rapidement, même le sol commença à subir le même sort. Il courra jusqu’à sa chambre à coucher et s’enferma à doubles tours. Il plaça autant de meuble que possible devant la porte, continuant de souhaiter inutilement que cela suffirait à tout arrêter. Il savait cependant que ce ne serait pas le cas, mais cela l’aida à se calmer légèrement le temps que son tour vienne. Il était à présent trop tard pour effectuer quoi que ce soit. Il attendit donc la mort la tête haute, le regard dirigé droit vers la porte.

Il entendait le bruit du plancher qui se fend, se rapprocher très rapidement de lui. La porte puis les meubles disparurent, mais il ne se démonta pas et ne bougea pas d’un pouce. Il retenait sa respiration. Tout autour de lui commençait à ne devenir que néant. L’anomalie l’engloutit alors à son tour, le faisant ainsi disparaître de cette planète, sans lui laisser le temps de prononcer un dernier mot.

***

Benjamin se laissait transporter par le Propulse-Tube. Toutes les grandes villes en étaient à présent équipée. Comme tous les jours, ils étaient tous bondés, mais il valait mieux ça plutôt que de prendre son propre véhicule. Il fît tout de même attention, un incident pouvait vite arriver, il se concentra donc au cas où il aurait besoin de stopper sa course rapidement. Il en avait l’habitude, cela se produisait si souvent. Cela en devenait justement pénible, mais l’on se faisait à cette habitude. Il n’avait pas réellement le choix de toute manière, le monde entier fonctionnait comme cela, depuis quelques siècles à présent. Il réfléchissait à cette vie devenue plutôt morne, cette vie qu’il effectuait automatiquement, lorsque soudain un énorme cerf apparut devant lui. Il n’eut pas le temps de freiner et se le prit de plein fouet. Benjamin était complètement sonné et la bête bramait et donnait des coups de pattes dans tous les sens, frappant quelques personnes au passage. Benjamin se retrouva écrasé sous la bête. Il avait de fortes difficultés à respirer et ressentait une intense douleur. Il s’évanouit sans même comprendre ce qu’il se passait.

Il reprit connaissance dans la soirée. Il se trouvait à l’hôpital. Il s’en sortait avec une simple jambe cassée. Ils avaient profité de son inconscience pour l’opérer. L’avantage avec les technologies d’aujourd’hui, c’est que beaucoup d’actions sont plus rapides et simples à effectuer. Il put donc partir peu de temps après son réveil. Il prit un taxi robotisé. Il n’eut qu’à rentrer son adresse dans le système informatique afin de se rendre à son domicile. Arrivé chez lui, il se laissa choir sur le canapé pour regarder un divertissement à la télé. A peine quelques minutes plus tard, il s’assoupit.

Benjamin se réveilla en sursaut suite à la sensation d’un poids sur l’abdomen. En se relevant rapidement, il vit quelque chose fuir dans l’ombre de la pièce. Il se demanda de quoi il pouvait bien s’agir. Il s’approcha, doucement, dans la direction où il l’avait vu partir se cacher. Une fois arrivé sur place, il recula brusquement et ne rata pas de se cogner dans le coin de la table derrière lui. Vraiment une maudite journée, mais cela n’avait pas d’importance en comparaison à ce qui se tenait près de lui. Il y avait un chat dans son appartement. Un véritable chat, fait de chair et d’os. Il n’en avait jamais vu de sa vie ! Depuis des siècles à présent, les animaux de compagnie avaient été remplacés par des hologrammes, qui obéissaient au doigt et à l’œil. Il trouvait cela barbant, soit dit en passant. Depuis le bond des humains dans le domaine de la technologie, les véritables animaux ne vivaient qu’en extérieur des villes, dans des terres bien éloignées. Chaque cité étant protégée par des champs de force et toutes étaient reliées de façon à ne pas avoir à traverser ces zones sauvages et dangereuses. Et voilà qu’à présent il se retrouvait avec l’une de ces bêtes dans son salon. Ce n’était clairement pas normal. Comment avait-il pu franchir toutes les sécurités, puis avoir traversé le centre-ville, jusqu’à se retrouver chez lui, alors que toutes les ouvertures étaient fermées. Impensable. Pourtant, il ne rêvait pas. Il aurait pu mettre cela sur le compte de la morphine, cependant celle-ci ne faisait plus effet depuis un moment déjà puisqu’il ressentait la douleur dans qui envahissait sa jambe.

Benjamin aurait pu appeler les services de sécurité pour se débarrasser de l’animal, cependant, le chat ne semblait aucunement avoir l’intention de s’en prendre à lui. Il était plutôt inoffensif et en position de faiblesse. Benjamin était également curieux de voir ce qu’une cohabitation avec pouvait donner.
La boule de poil semblait affamée, il lui mit une part de viande lyophilisée dans une assiette, mais il ne sembla pas disposé à en vouloir. Benjamin dut donc commander en livraison expresse de la nourriture pour chat, hors de prix, car considérée comme luxueuse. Lorsqu’il lui donna, le chat se jeta dessus. Il pouvait enfin aller se coucher tranquillement, en prenant tout de même soin de fermer à double tour la porte de sa chambre, par précaution.

Quand il sortit de son lit le lendemain matin et qu’il ouvrit la porte, il trouva le chat devant l’entrée de la cuisine, effrayé. Benjamin s’inquiéta, car il avait appris que cela était plutôt mauvais signe. Il s’approcha pour voir ce qui faisait réagir ainsi son nouveau compagnon. Il écarquilla les yeux lorsque qu’il découvrit, de véritables légumes, cultivés, à l’intérieur de sa cuisine. C’était à ne plus rien y comprendre. Cette fois-ci, il avait la certitude que les médicaments n’avaient rien à voir avec toutes ces étrangetés. Les légumes ne représentant nullement un danger, il alla allumer sa télévision sur la chaîne d’informations continues, en direct. Il découvrit alors que des phénomènes similaires aux siens se produisaient aux quatre coins de la planète. Il put au moins se rassurer de ne pas être fêlé, mais ces actualités ne le rassurèrent pas, bien au contraire, cela ne fit qu’augmenter sa peur. Il s’interrogea sur ce qui arrivait à leur monde. Avaient-ils trop joué entre l’artificiel et la nature ? Il se laissa tomber sur une chaise, le cœur battant la chamade. Allaient-ils survivre à tout cela ? Pour le moment rien de grave ne lui était arrivé, mais si jamais un objet plus dangereux décidait d’apparaître sur lui, ce ne serait certainement pas la même histoire.

Benjamin ne pouvait pas compter éternellement sur la chance. Il devait absolument trouver une solution afin de se protéger de la catastrophe. Il sortit alors un calepin et un crayon. Il ne savait pas vraiment quoi faire. Il commença par lister les événements qu’il avait vécu, ainsi que ceux dont il avait entendu parler. Il ne sortit pas de chez lui, préférant rester dans une zone de sécurité le temps de réfléchir. Il lui serait plus simple de surveiller une quelconque menace. De plus, il pouvait compter sur le chat qui, apparemment, était capable de sentir le danger arriver. Il passa la journée à effectuer autant de recherches que possible sur internet, conciliant tout ce qui lui semblait important dans son carnet. Il prenait des notes, encore et encore, ne s’arrêtant que pour grignoter et boire. Il essaya de connecter tous les éléments ensemble, mais pour le moment rien n’y faisait, il ne comprenait toujours pas. Mise à part les témoignages récents, ses autres récoltes ne menaient à rien de concluant. S’acharnant ainsi à déchiffrer tout cela, il ne fît pas attention ni à l’heure ni à son épuisement. Il finit par s’endormir sur la table, lumière toujours allumée, au beau milieu de ses écrits.

Lorsque Benjamin entrouvrit les yeux, les muscles endoloris, il vit qu’il s’était écroulé sur sa table. Il n’aurait pas dû lutter si longtemps, cela ne lui apporterait rien de bon. Il sentait une chaleur agréable sur ses cuisses et entendit le bruit caractéristique du ronronnement du chat. L’animal s’était blotti contre lui. Il avait l’air paisible. Benjamin ne pensait pas qu’il s’approcherait de lui, étant donné qu’il ne le connaissait pas. Cependant, le chat devait être aussi perdu que lui, il avait besoin, lui aussi, de réconfort. Il câlina le chat une bonne partie de la journée, utilisant ce temps pour se reposer. Il en profita également pour contacter ses voisins ainsi que ses amis afin de savoir ce qu’eux faisait vis-à-vis de la situation. Tous étaient encore plus désemparés que lui et ne faisaient que paniquer au lieu de tenter de s’en sortir.

Étant épuisé, il décida de rester sur son sofa, à suivre les informations. Les choses n’allaient pas en s’améliorant. Bien au contraire, beaucoup plus de catastrophes étaient répertoriées. De nombreux blessés et morts étaient déjà à déplorer. Benjamin se demanda si son tour arriverai bientôt ou s’il allait trouver le moyen de s’en sortir, comme ses ancêtres bien des siècles auparavant. Si eux avaient réussi à survivre à des massacres et des attaques nucléaires, pourquoi lui n’y arriverait-il pas ? En pensant cela, sans qu’il ne s’en rende compte, Benjamin reprenez espoir petit à petit. Il sentit le courage monter en lui. Il n’abandonnerait pas. Il se battrait jusqu’à la mort, si celle-ci décidait de venir frapper à sa porte. Il n’avait pas d’autre choix. Quitte à mourir, autant ne pas abandonner trop tôt et continuer à espérer. L’espoir lui permettrai de survivre.

Benjamin fit alors le point sur sa situation actuelle. Il se trouvait en intérieur, ce qui pouvait être à la fois une chance et un risque. En effet, il connaissait bien son environnement et cela lui permettait de voir venir les objets. Cependant, il avait beaucoup moins d’espace et de possibilité pour se réfugier. Il n’avait également pas de secours à sa disposition. S’il restait seul ici, il devrait se débrouiller seul. Il ne pourrait pas compter sur qui que ce soit pour survivre. Il réfléchit encore un moment, il décida de tenter de sortir pour trouver d’éventuels agents de sécurité. Il prit tout de même le temps d’emporter de la nourriture ainsi que son couteau de chasse qu’il tenait de son grand-père et qui avait été légué de génération en génération. Il se dirigea alors vers la porte pour s’enfuir, mais ne put pas l’ouvrir. Quelque chose d’extrêmement lourd bloquait la sortie et il n’avait aucune autre issue. Il hurla à pleins poumons, tentant d’attirer l’attention de ses voisins, mais personne ne vint ni ne répondit. Pour la première fois de sa vie, Benjamin, qui avait toujours été bien entouré, se sentait seul, au milieu de cette ville gigantesque, enfermé dans son espace intime. Intimité qui à présent risquait de lui coûter la vie. Peut-être aurait-il été plus en sécurité en dehors des zones contrôlées, dans la nature sauvage. Il était de toute façon bien trop tard pour y songer.

Un affreux boucan emplit la pièce. Benjamin se retourna. Des objets tombaient de plus en plus, de toutes parts. Il se jeta sous la table afin de se protéger autant que possible. Tout et n’importe quoi atterrissait autour de lui. Des verres, une lampe, une chaise, de la décoration. Tout cela était d’ailleurs d’un style assez ancien, pas ce qu’on pourrait trouver ici. Il avait l’impression que son salon se transformait en boutique d’antiquités. Soudain, alors qu’un énorme feuille s’écrasa lourdement sur son parquet, Benjamin entendit un miaulement venant de la chambre. Il avait pensé rester ici, il se disait qu’il y serait plus à l’abri. Cependant, sa conscience le fit se jeter vers la porte qui le séparait du chat. Il s’agissait d’un être vivant, il ne pouvait l’abandonner ainsi et s’il s’en sortait vivant, cela lui ferait au moins un compagnon dans ce nouveau monde apocalyptique.

Lorsqu’il se retourna, pour refermer­ la porte de la chambre derrière lui, il aperçut l’obscurité, le néant. Le monde semblait être englouti par cette noirceur qui se rapprochait de plus en plus de lui. Benjamin attrapa le chat dans ses bras et se mit dans l’un des coins de la chambre, sachant que l’heure avait sonnée. Il ferma les yeux, attendant le moment fatidique. Une étrange sensation parcourut son corps, mais il ne ressentit pas la moindre douleur.

Benjamin ouvrit alors les yeux, au bout de quelques secondes et se retrouva, toujours debout avec le chat, face à son reflet. Enfin non, pas exactement son reflet puisque les habits de l’homme qui se tenait devant lui n’étaient pas les mêmes. En ce qui concerne le reste, ils étaient identiques en tous points. Même taille, même carrure, mêmes mains, même visage, même yeux, même regard. Ils avaient tous les deux ce regard non pas effrayé, mais plutôt intrigué. Il avait l’impression d’avoir été cloné. Il sentit malgré tout, au fond de lui, qu’ils étaient liés par quelque chose de bien plus fort. L’étranger se situait dans la lumière, lui dans l’obscurité, cela formait comme une ligne, une frontière. Le chat sauta de ses bras et se dirigea doucement vers l’homme qu’il semblait connaître. Instinctivement, Benjamin en fit de même. De l’autre côté du néant, son double s’approchait également de lui, à la même allure. Son regard se baladait entre le chat et lui. Il avait l’air de le connaître. Ce chat venait-il de son monde à lui ? S’il arrivait à le rejoindre, il aur­ait sans doute les réponses à ses questions. Ils se trouvaient à présent à quelques centimètres de lui.

Ils se fixèrent un long moment, sans rien dire, puis décidèrent de prendre la parole, en même temps, même si Benjamin ne savait pas pourquoi il ressentait le besoin de le faire.

— Lucas
— Benjamin

Ils se sourirent et en même temps que le chat commençait à passer la tête de l’autre côté de la lumière, ils tendirent leurs mains jusqu’à faire se toucher leurs paumes. A ce moment là, ils comprirent tous les deux. Ils n’étaient pas Lucas et Benjamin, ils n’étaient pas deux étrangers, ils n’étaient pas des sosies. Ils étaient eux. En se touchant ils ne furent alors qu’un, fusionnant en un seul et même être, tout comme les deux univers, les deux mondes dont ils venaient. Tout finit par fusionner. Deux mondes parallèles qui étrangement s’étaient entrecroisés et emmêlés. Un nouveau monde venait de se créer. Un nouvel homme venait de naître.
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

De Luxe

Konee Sept

A la base je ne voulais pas y aller. Et puis ils en ont parlé aux informations de vingt heures, c'est passé en première page de tous les journaux quotidiens et en quelques... [+]