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Dernière fois, dernière nuit

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Ngango'o Diane

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Aussi troublant que ce fut lorsque mon mari vint et me trouva dans cette position, position accablante pour moi, position déshonorante pour la gente féminine en cette nuit pluvieuse du mois de juin.
La soirée avait pourtant bien commencée !
Grand homme d’affaires, le plus renommé, mon mari était un homme super occupé ces dernières années. Il n’eut plus mon temps, qui sait à cause de son âge avancé ou alors de ses affaires qui marchaient à merveilles. Toute sa conversation ne fut désormais que clients, fournisseurs, banque, marchandises, marché, bourse... que ces mots sans aucun sens pour mon cerveau, charabias en quelque sorte. Lui qui autrefois était si doux, si attentionné si aimant s’était transformé au cours du temps pour laisser place à un homme froid, distant, toujours occupé. Nos diners à la chandelle, ballades le soir, soirées en amoureux, vacances au bord de la mer devinrent au fur et à mesure des programmes décalés, remis à un autre jour qui n’arrivera jamais, un lendemain à long terme.
Je ne reconnus pas mon mari au début, il me laissait sans arrêt pour des voyages, meetings, missions, des urgences professionnelles. Je me sentais seule surtout parce qu’on n’avait pas d’enfants. Ce sujet il le remettait aussi à plus tard, il me parlait de planning familial. C’est vrai que mon plus haut diplôme était le BEPC mais je n’étais pas dupe. Planning familial ? Ce n’est pas une chose dont on parle quand on a déjà au moins un enfant ? Notre enfant était sans doute virtuel car moi je ne le voyais pas du tout.
Je commençai à regretter ma vie dans mon petit campement. Ce n’était pas le luxe mais je vivais heureuse avec mes quarante frères et sœurs, mes quatre mamans et tous mes cousins.
Chaque matin, nous allions dix à douze à la source pour ramener de l’eau à la maison, les autres restaient faire les tâches ménagères ou allaient aux champs pour nous ramener de quoi manger. Mon père était décédé depuis quatre ans mais il y’avait toujours la paix dans notre famille.
Le chemin de la source était le moment pour nous de conter aux autres nos rêves pour ceux qui s’en souvenaient, de parler de nos ambitions, de raconter des anecdotes et de faire un peu de Kongossa sur nos amis et ennemis. Et chacun avait son mot à dire, ce qui ne nous rendait ni ennuyés ni fatigués sachant qu’il fallait porter des bassines d’eau de vingt litres pour le plus faible.
Chaque soir, tous les enfants du village se réunissaient autour de Ma’a qui nous racontaient des histoires héroïques pour la plupart de nos ancêtres. Elle nous racontait une histoire chaque jour sans se fatiguer avec la même passion, la même extase, le même engouement. Au retour, certains enfants effrayaient les autres qui n’avaient pas encore le discernement entre la fiction et la réalité.
Les vacances vivifiaient encore plus notre village qui se bondait de vacanciers citadins. Les tournois de football opposant les jeunes des autres villages et le notre, le grand 28, bal qui se déroulait tous les 28 Aout de chaque année marquaient la fin des vacances et le retour à grand pas des classes.
Tout cela m’emporta dans un autre monde, monde bien loin maintenant. Je fus désormais madame Fouda, Ada n’existait plus sans civilité pour la société. D’ailleurs le jour où je quittai mon village avec mon mari ne me revint plus, je ne voyais que la fumée qui se dégageait des cases ce matin glacial et ma mère qui me souhaitait bonne chance dans mon mariage, je venais de finir la troisième avec mon diplôme en poche. Ce vieux monsieur avec le double de mon âge m’emmena à l’hôtel sans savoir à quel moment je lui avais dit oui. Il promit de me donner tout ce que mes yeux souhaiteront, j’avais alors vingt ans. On se maria à la mairie deux jours après et ce fut la dernière fois que je vis ma mère vivante.
Je m’enfermai dans ma tristesse jusqu’au jour où vinrent habiter de nouveaux voisins dans le duplex d’en face. La maison y était vide depuis déjà six mois et les mauvaises langues disaient qu’elle était hantée. J’avais passé l’âge de croire à ces sottises. Ils furent bien sympathiques la voisine, son mari et Lala leur petite fille de quatre ans.
Je m’attachai tellement à Lala, elle donna un sens à ma vie et devint ma raison de vivre. La petite fille était si gentille, si aimable, la douceur incarnée et enfermée dans un petit visage tout rond, tout mignon. Je l’aimais beaucoup et demandai à ses parents de me la laisser de temps en temps pour des sorties, nuits, des week-ends et même elle m’accompagna pour ma croisière de trois semaines.
Je m’entendais très bien avec la famille, les femmes de la haute société ne m’ayant pas acceptée. Ces bonnes femmes aux mœurs aristocratiques me trouvaient fade, sans élégance, sans bonnes manières. Mon mari n’arrêta pas de me les imposer, il m’emmena à chaque soirée côtoyer ces dames pendant que lui réglait telle chose avec un client telle autre avec ses fournisseurs. Je m’ennuyais et voyant que ces femmes médisaient de moi, je ne finissais jamais la soirée. Il finit par y aller sans moi finalement et c’était mieux ainsi.
Ma vie bascula le jour où Lala quitta le quartier pour l’internat. Je convainquis ses parents de me la confier mais cela ne fut pas. Nous nous séparâmes les larmes aux yeux, avec qui allais-je passer mon temps à partir de maintenant ? De nouveau seule !
Je passai mes jours à la maison en espérant revoir ma fille dans peu de temps mais rien. J’attendis jour et nuit devant la fenêtre, je ne mangeais plus et mon mari devint inquiet au bout de deux semaines. Voyant ma dégradation, il convoqua le médecin à la maison. Je souffrais de mélancolie profonde, il me prescrit repos et quelques séances de thérapie chez un psychologue mais tout cela fut en vain. Je n’avais pas l’intention de voir ce psychologue à la noix ni de dormir toute la journée. Ma mère me répétait toujours qu’un Homme était fait pour travailler et qu’on ne se repose que dans la tombe. Personne ne pouvait m’enlever ça de la tête, ni le docteur, ni le psychologue. Je souffrais c’est vrai, le seul médicament efficace serait sans doute le retour de ma fille, fille que monsieur Fouda ne voulut pas m’en donner.
Les jours passaient,vinrent les vacances de noël. Je redevins joyeuse, je faisais plusieurs tours chez les voisins en espérant voir arriver ma fille mais non. L’internat catholique ne leur avait pas donné de congés pour venir voir leurs parents, ce fut une nouvelle horrible pour moi. Personne ne savait comment je comptais les mois, les semaines, les jours, les heures, les minutes, et même les secondes pour revoir ma fille, la toucher, la serrer contre moi.
Je quittai la maison enragée pour m’enfermer chez moi et ne plus jamais en sortir.
Des mois s’écoulèrent et ma vie toujours monotone. Après mon bain, quelque chose vint se cogner sur ma fenêtre. Je courus dehors pour voir ce que c’était et ce n’était qu’un oiseau dévié de sa trajectoire. De mon jardin, je vis un jeune homme qui passait, je l’observai attentivement tout au long de son passage, il ressemblait beaucoup à un étudiant, à un étudiant de droit. Il était habillé simplement : jean noir avec un polo moulant qui traçaient ses abdos de béton et montrait le bout d’un tatouage sur ses bras bien musclés. Il était plutôt grand, mignon avec une barbichette, il avait ce qu’il fallait où il fallait. Il semblait avoir la vingtaine mais pas plus de vingt huit. Il faisait de plus en plus chaud, je transpirais à grosses goutes. Il se dirigea vers le nouveau café, je connaissais bien le propriétaire, c’était un ancien camarade de classe qui avait tout investi après son divorce, le café était son seul bien.
Le soir je m’y rendis pour une visite de courtoisie, mon ami devait passer pour prendre la recette. Nous parlâmes pendant plus d’une heure des anciennes anecdotes, il me raconta en détail ce que devenait le campement, les autres camarades, me demanda des nouvelles d’une cousine qu’il draguait mais à chaque fois il devait m’appeler par mon nom, j’étais absente de la conversation.
La fin du service des employés avait sonné et moi, également je quittai les lieux pour permettre à mon ami de fermer les lieux en toute quiétude.
Le jeune homme rentra à pied et il me fallut quelques secondes pour le rattraper et lui proposer de lui raccourcir le chemin. Il ne se fit pas prier et était très intelligent, il me demanda d’aller droit au but ce que je fis immédiatement en lui proposant de devenir mon amant.
Il savait ce qu’il voulait et je savais ce que je voulais. J’avais enfin quelqu’un qui me fera revivre, qui me boostera et qui me fera vivre ce que je ne connaissais pas.
C’était très facile d’entretenir notre relation, mon mari étant toujours en voyage, nous n’avions pas besoin de nous amouracher à l’hôtel ni dans une auberge, ma maison était grande et luxueuse pour nous accueillir et nous permettre toute distraction.
Ce 28 juin, le jour de mon « trente cinquième anniversaire » devait être le jour le plus mémorable de toute ma vie. Ma fille m’envoya une carte, ma journée commençait bien. Quelques heures plutard, mon mari me fit livrer des roses et sa carte quant à elle me souhaitait un joyeux anniversaire et des excuses pour son voyage programmé à quinze heures ce même jour.
Deux heures avant son vol, il rentra pour se reposer un moment et je profitai pour faire son sac, il avait pour trois semaines hors du pays et loin de moi. C’était le moment tant attendu.
Les heures s’écoulèrent très vite et fut venu le moment pour mon mari de partir. Je simulai un malaise pour ne pas aller à l’aéroport et attendre sagement mon homme sur place. Je le vis s’éloigner par le biais de la fenêtre mètre par mètre jusqu’à disparaitre complètement de ma vue. Il ne restait plus qu’à préparer les lieux pour mon amant.
Vers dix neuf heures, quelqu’un vint sonner à la porte. Je courus voir ma surprise mais ce ne fut que la voisine qui venait me prêter quatre œufs pour son gâteau. Je m’assis sur le divan pour lire mon roman et quelque temps après, la sonnette me réveilla d’un coup.
Il me saisi d’un baiser sensationnel comme il avait l’habitude de le faire à l’entrée de la porte, les caresses n’étaient pas les moindres. On se fraya un chemin jusqu’à ma chambre au premier étage.
Il ôta ma chemise de nuit sans lâcher ses baisers, ôta ensuite mon vêtement supérieur et pour finir le dernier que j’avais sur le corps... ses baisers humides sur ma peau m’excitaient, me donnaient des frissons et me faisaient entrer dans mon roman. Il me donna ce que mon mari ne me donnait plus depuis déjà dix ans, il me faisait sursauter comme une petite fille venant de découvrir la chose... l’idée m’extasiait, je brulais de l’intérieur. Le bonheur était partagé, la douleur n’existant plus c’était même transformée en joie. Ce n’était plus un devoir vis-à-vis de l’autre mais unacquiescement réciproque, un mélange homogène. Pourquoi ne l’avais-je pas connu plus tôt ?
Il ne donna pas que l’essentiel mais il me donna tout ce que je désirais, que j’imaginais... la plus extraordinaire de toutes nos fois, de toutes mes fois, je considérais que c’était ma première fois.
La porte brusquement s’ouvrit et l’oiseau entra dans son nid, mon mari n’en revenait pas de ce qu’il vit. Un bruit lourd s’entendit et la crainte m’envahit : mon mari venait de tirer une balle sur mon amant, couché sur moi.
Il dirigea son arme sur moi, resta longtemps les larmes aux yeux en réfléchissant puis tira.
Je venais de faire deux victimes de mon adultère. La vie fut étrange pour moi à cet instant. Malgré tout, mon mari m’aimait et je me rendis à l’évidence que je l’aimais davantage.
Culpabilité trop grande, je pris la même arme et mis fin à mes jours.
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